Il existe plusieurs excellentes traductions françaises que je recommande: La bible de Jérusalem (Cerf), La traduction oécuménique de la bible (Cerf/Les Bergers et les Mages), La bible: nouvelle traduction (Bayard/ Mediaspaul/ Service biblique catholique Évangile et Vie), etc. Pour les évangiles seulement, il y a les Évangiles de l'ACEBAC (Bellarmin) qui contiennent également un commentaire verset par verset.

Mais pour éviter un conflit sur les droits d'auteur en diffusant ces traductions, j'ai décidé de procéder à ma propre traduction à partir du texte grec. Pour ce faire, j'ai utilisé «The Greek New Testament», Aland, K. et alii,United Bible Societies.

Traduire, c'est aussi interpréter. Dans une interprétation, on peut "coller" au texte afin de bien rendre la couleur locale et le style de l'évangéliste, tout comme on peut essayer de "redire autrement",

de transposer dans un nouvel environnement culturel un texte qui appartient à une autre culture. Tout traducteur vit cette tension: demeurer fidèle à l'auteur originel tout en respectant l'auditoire contemporain. Comme ma perspective est de rendre actuels les divers récits évangéliques, je me suis permis une certaine liberté, en particulier devant certaines expressions. J'apporte plus bas une justification de mes choix.

Rendre actuel un récit évangélique se fait habituellement de deux façons. 1) On peut partir du récit et chercher quelle est aujourd'hui la situation équivalente à celle décrite et comment le message proclamé y trouve sa pertinence (par exemple, voir le commentaire Mt 21, 33-43); 2) on peut, à l'inverse, vivre une situation précise et, après coup, se laisser interpeller par l'une ou l'autre composante de notre foi tel qu'exprimée dans les évangiles (par exemple, voir le commentaire Mt 5, 1-12).


Voici une liste de mes choix dans la traduction proposée

(Grec: ergon) On traduit habituellement par "œuvre". Ce mot est surtout utilisé aujourd’hui pour désigner soit les bonnes actions d’une personne ou d’un organisme, i.e. les œuvres du cardinal Léger, soit les travaux ou les réalisations propres à un art ou manifestent l'effort de toute une vie, i.e. l’œuvre de Victor Hugo, l’œuvre de Riopelle, l'œuvre d'une vie. Il est rarement utilisé dans la conversation courante pour désigner cette dimension de la vie où quelqu’un intervient, agit, pose des gestes. Aussi ai-je préféré traduire ce mot grec par le mot courant "action", qui permet de montrer la tension entre ce qu’on peut voir des hommes et de Dieu, et ce qu’on ne peut pas voir comme les idées. Exemple: Jn 9, 3; Mt 11, 2; Mc 13, 34; Mc 14, 6; Jn 4, 34; Jn 14, 10.

(Grec: semeion) On traduit habituellement par "signe". Un signe décrit le fait qu’une chose ou un événement revêt une signification aux yeux d’un être humain, ou qu’elle fasse référence à une autre chose, à un autre événement ou à une dimension de la personne : les signes précurseurs de la révolution, un signe d’intelligence. On l’utilise aussi au sens de symptôme : les signes de fatigue. Dans le monde biblique, et plus particulièrement chez l’évangéliste Jean, le mot est utilisé dans un sens plus spécifique et plus religieux pour pointer vers un événement qui révèle l’action bienfaitrice de Dieu dans notre monde ; chez Jésus, l’événement en question concerne son action. Aussi, pour rendre plus explicite cette idée, j’ai opté pour l’expression "action révélatrice de la présence de Dieu". Exemple: Mc 16, 17; Jn 9, 16; Jn 2, 23; Jn 6, 2; Jn 6, 14; Jn 20, 30. Mais quand ce mot se retrouve dans la bouche de gens qui n'ont pas la foi, alors je préfère traduire par "prodige", car on s'attarde sur le côté extraordinaire de certaines actions de Jésus sans saisir le lien avec Dieu. Exemple: Lc 23, 8; Jn 2, 18

(Grec agapaô et phileô). Dans les évangiles on utilise de manière presqu’équivalente ces deux verbes grecs pour parler soit de l’amour de Dieu pour l’humanité ou pour son Fils, soit de l’amour des hommes pour le prochain ou pour Dieu. Cette équivalence est reflétée par exemple chez Jean lorsqu’il parle du disciple que Jésus aimait et où il utilise le verbe agapaô, sauf une fois où c’est phileô (Jn 20, 2). Nous avons la même situation en Jean 21 quand Jésus demande à Simon Pierre s’il l’aime : les deux premières fois c’est le verbe agapaô qui est utilisé, la troisième fois c’est phileô. Existe-t-il en grec une nuance entre les deux verbes? Selon Xavier Léon-Dufour dans son Dictionnaire du Nouveau Testament, le verbe phileô désigne davantage l’inclination vers quelqu’un ou quelque chose et sert souvent à manifester l’amour d’amitié. Par exemple, l’affection de Jésus pour Lazare en Jean est exprimée par phileô. Ou encore, le signe d’affection convenu par Judas pour identifier Jésus à Gethsémani et qu’on traduit par « donner un baiser » est exprimé par le verbe phileô. Aussi, j’ai opté pour traduire dans le mesure du possible agapaô par « aimer » et phileô par « être attaché à » pour rendre cette petite nuance et faire sentir que ce n’est pas le même mot grec derrière le texte traduit. Exemple: Jn 21, 15.

(Grec: charis) On traduit habituellement par "grâce". Dans le langage courant, le mot est surtout utilisé au sens de pardon: demander la grâce d'un prisonnier. On l'entend également pour désigner un comportement empreint de beauté et de finesse: la personne se déplace avec grâce. Dans le milieu religieux, il est utilisé pour parler de la force mystérieuse de Dieu. Mais dans la Bible, le mot hébreu équivalent (hesed) renvoit à la tendresse et la bonté généreuse et indéfectible de Dieu. Il me semble que l'expression "amour débordant" peut rendre cette idée. Exemple: Jn 1, 17, Lc 2, 41-52.

(Grec: makarios) On traduit habituellement par "heureux". Pourtant, on n'utilise habituellement pas ce mot dans le langage courant pour introduire une affirmation. Par exemple, personne ne dirait: "Heureux, les nouveaux mariés, car vous vous aimez". Mais surtout le mot veut traduire un état de chance ou de bonheur. Or, ne serait-il pas paradoxal de dire: "Vous avez de la chance vous qui êtes pauvres", ou encore, "Vous êtes dans le bonheur si on vous persécute". Le Juif André Chouraqui a proposé il y a plusieurs années de traduire par "En marche" en se basant sur le sens du mot hébreu (ashré). Pour ma part, je pense que cette idée serait bien rendue par "Bravo", car elle sous-entend aussi l'idée de: "allez, continuez". L'expression veut à la fois être une source d'encouragement et indiquer que la personne est sur la bonne voie. Exemple: Lc 6, 20; Lc 23, 29; Mt 5, 1-12; Mt 11, 6; Mt 16, 17.

(Grec: eulogêmenê) On traduit habituellement par "Béni". Dans le langage courant, ce terme signifie avant tout "être protégé" ou "être consacré". Mais dans le monde hébreu, le participe "barûk" est en quelque sorte un cri enthousiaste devant la générosité merveilleuse de Dieu pour certaines personnes. Il souligne donc à la fois ce que fait Dieu et les sentiments que cela suscite chez le croyant. Exemple: Lc 1, 42.

(Grec : êggiken) On traduit habituellement par « s’est approché » ou « est tout proche » ou « est là » en relation avec le Royaume de Dieu. En théologie, on explique cette expression par la foi que le Royaume de Dieu est déjà commencé par la venue de Jésus, mais qu’il demeure inachevé et ne sera complété qu’à la fin des temps. Il y a donc un « déjà » et un « pas encore ». Pour exprimer cette idée que Jésus nous rejoint déjà par son Esprit, et qu’il nous revient maintenant de poursuivre son œuvre avec le même Esprit, je préfère traduire par : le monde de Dieu « a commencé à nous rejoindre. » Exemple: Mc 1, 15; Mt 4, 17.

(Grec : Paraklètos) Le mot grec signifie littéralement : « celui qui est appelé à ses côtés », qui correspond au mot latin « ad-vocatus », avocat. Le mot fait référence à une fonction, celui de soutenir, défendre, conseiller, encourager, aider quelqu’un, intercéder pour lui. Donc on le traduira par les mots : avocat, défenseur, intercesseur, consolateur, médiateur, conseiller, enseignant ou coach. Quand le contexte fait référence à son rôle de faire comprendre le message de Jésus, alors il vaut mieux parler d’un coach, ou enseignant, ou conseiller. Exemple: Jn 14, 26.

(Grec: basileia tou theou) On traduit habituellement par "Royaume de Dieu". Il est inutile de rappeler que les royaumes on disparu avec les rois, et seul son sens symbolique demeure. Il me semble toutefois que l'expression grecque, lorsqu'elle renvoit à l'idée de milieu à part des autres et différents, réservés aux fidèles de Dieu (voir "Monde de Dieu" pour l'autre traduction possible), serait mieux rendue aujourd'hui par "domaine de Dieu", car domaine est le terme approprié pour désigner un vaste territoire relevant d'une personne. Exemple: Lc 6, 20; Lc 22, 29; Mt 21, 31; Mt 21, 43; Mt 22, 2; Mt 25, 34.

(Grec: dunamis) On traduit par diverses expressions selon le contexte, i.e. puissance, force, ou encore miracle. Ce mot grec est à l'origine du mot français "dynamisme". Dans le contexte contemporain, il me semble que c'est l'idée d'énergie qui rend le mieux ce que veut traduire les mentions de force et de puissance, et quand Dieu est à l'oeuvre, il faut ajouter la dimension de surprise, d'où ma traduction "énergie surprenante". Exemple: Mc 5, 30; Lc 6, 19.

(Grec: pneuma akathartos) On traduit habituellement par "esprit impur". Mais aujourd'hui le mot impur renvoie soit à des saletés (enlever les impuretés au minerai de cuivre) soit à des choses immorales (pensées impures). Or dans le monde sémitique il renvoit plutôt à un écart par rapport à un certain ordre social ou à une classification du monde (animaux impurs). Cette idée d'un ordre brisé me semble bien rendue par le mot "dérangé". Exemple: Mc 1, 23; Lc 6, 18.

(Grec: ouai) On traduit habituellement par "malheur à" ou "malheureux". Mais cette expression n'est guère utilisée dans le langage courant pour traduire le sentiment de désolation devant la situation ou l'attitude de quelqu'un. Il me semble que la même idée est mieux rendue par : "Comme vous êtes à plaindre", ou encore: "Je vous plains". Exemple: Lc 6, 24; Mc 14, 21.

(Grec: ôphthê) On traduit habituellement par "il est apparu", comme dans l'expression: "le Seigneur est ressuscité, il est apparu à Simon." Notons tout de suite que le verbe grec est employé au passif et devrait se traduire littéralement: "il fut vu". Pourquoi ce passif, pourquoi ne pas avoir utilisé l'actif et avoir dit : "Simon a vu le Seigneur"? La réponse probable est que nous sommes dans le monde de l'indicible, un monde qui nous échappe, et ce qu'a vécu Simon n'est pas du même niveau que de voir son voisin ou voir un chien ou voir un arbre. Ce qu'a vécu Simon relève du monde de l'expérience intérieure de la foi. Aussi, pour garder le caractére unique et indicible de ce qu'a vécu Simon, je préfère traduire l'expression grecque "Jésus fut vu" par "il a fait l'expérience de Jésus", sans pouvoir préciser en quoi consiste cette expérience. Exemple: Lc 24, 34.

(Grec : diabolos) On traduit habituellement par « diable ». Le verbe « diaballô » signifie jeter de côté et d'autre, d'où diviser, accuser, calomnier. Quand au mot lui-même, il désigne ce baton qu'on mettait en travers des roues d'un char pour l'arrêter. Cela fait donc référence à tout ce qui est contraire au mouvement de la vie, aux projets, à la mission. Dans le Nouveau Testament, ce "baton dans les roues" est personnifié sous les traits d'un être semblable à Satan. Il me semble que la façon de rendre aujourd'hui le sens du mot est de traduire par « forces adverses », soit à la mission de Jésus, soit au monde de Dieu. Exemple: Lc 4, 2; Mt 13, 39; Mt 25, 41

(grec: parabolê) Dans le langage courant, le mot « parabole » renvoie à un récit allégorique ou à une manière détournée de parler. Aussi ce mot ne traduit-il pas adéquatement le sens du geste de Jésus qui veut expliquer ce qu’est le règne de Dieu en utilisant des images tirées de la vie courante : son but n’est pas d’utiliser un langage énigmatique, mais d’utiliser des comparaisons de situations que les auditoires peuvent comprendre, comme le ferait un bon enseignement. C’est tout le récit qui l’objet de la comparaison. Ce n’est que plus tard, au temps de l’Église primitive, que ces récits sont devenus une forme d'énigme et ont été allégorisés, i.e. chaque élément imagé du récit a revêtu un sens symbolique en lui-même, en vue d’un enseignement catéchétique.

Le terme grec signifie : comparaison. Nous sommes donc dans le monde de l’analogie : de même que telle chose, ainsi telle autre chose. On peut le traduire par image, exemple, comparaison, similitude, histoire, ou illustration. Quand Jésus propose un récit avec un certain développement, je préfère traduire « histoire inspirée de la vie » pour rendre l’idée qu’il propose une scène familière à son auditoire. Quand la scène est très courte, je préfère traduire par comparaison ou image. Les évangiles contiennent parfois des références à l’Ancien Testament où le mot hébreu équivalent est celui de mashal, qui signifie bien sûr comparaison, mais aussi proverbe, fable, ou parole énigmatique. Dans ces cas, je préfère traduire par parole figurative ou énigmatique. Lc 18, 1; Mt 13, 24; Mt 13, 31; Mt 13, 33; Mt 13, 35.

(Grec: sozô / sôtêria) On traduit habituellement par "sauver" ou "salut". Dans le langage courant, salut indique le fait d'échapper au danger ou à la mort. Mais dans les milieux chrétiens contemporains, ce mot a vu son sens restreint au fait de se retrouver avec Dieu après la mort. Pour retrouver l'idée d'échapper peu à peu ce qui nous aliène pour que notre être atteigne toute sa grandeur, il me semble qu'il faut traduire par "libération". Exemple: Jn 3, 17; Lc 3, 3; Lc 9, 9; Lc 9, 10; Lc 17, 19; Mc 16, 16.

(Grec: aphête tas amartias) On traduit habituellement par "remettre les péchés". Dans le milieu catholique, le mot péché me semble trop lié au catalogue des péchés proposé par le milieu ecclésiastique et au pouvoir juridique du prêtre de les remettre. À l'époque où sont écrits les évangiles, une telle vision restrictive et juridique n'existe pas. De plus, parler de remise nous introduit dans un contexte mercantile de dette et de remise de dette, alors que, dans notre monde plus personaliste, le détournement de ses erreurs passées est davantage vu comme une libération par rapport à une situation aliénante. Il me semble donc que parler de libération et d'égarements permet d'établir un contexte plus large et plus axé sur la croissance de la personne, tout en maintenant l'idée que la vie est tendue vers Dieu, et que l'éloignement de Lui est une aliénation. Exemple: Jn 20, 23, Lc 7, 47; Lc 11, 4; Mc 1, 4.

(Grec: aggelos) On traduit habituellement par "ange". Dans l'Ancien Testament et dans les religions du Proche-Orient ancien, on imagine Dieu à la manière des rois avec toute leur cour où des groupes particuliers exercent diverses fonctions. Tout comme un roi ne contacte un sujet qu'à travers un messager, ainsi en est-il de Dieu, selon eux. Plutôt que de garder cette imagerie ancienne, j'ai préféré rendre l'idée qu'un individu interprète un événement comme un message venant de Dieu en traduisant aggelos par messager de Dieu. Exemple: Lc 16, 22; Lc 24, 23; Mc 1, 13; Mt 1, 20; Mt 2, 13; Mt 13, 39; Mt 16, 27; Mt 25, 31.

(Grec: basileia tou theou) On traduit habituellement par "Royaume ou règne de Dieu". Dans un monde où les rois et leur royaume ne sont plus qu'honorifiques, il faut chercher autrement à rendre l'idée véhiculée par l'expression. Dans plusieurs cas, Jésus entend désigner ainsi un environnement marqué par la proximité de Dieu et le renouvellement d’un peuple uni dont l’attitude serait au diapason de Dieu. Ce monde est à la fois commencé et à venir. Il porte les traits de Dieu à travers les attitudes et les actions. Voir plus haut "Domaine de Dieu" quand l'expression désigne plutôt un espace ou un lieu. Exemple: Lc 8, 1; Lc 9, 11; Lc 11, 2; Lc 9, 60; Mc 1, 15; Mc 12, 34; Mc 14, 12-26; Mt 4, 17; Mt 5, 19.

(Grec: kurios) On traduit habituellement par "Seigneur". Cette traduction convient bien lorsqu'il s'agit de Dieu ou de Jésus ressuscité. De leur côté, les Juifs, pour éviter de prononcer le nom de Yahvé, disaient "Seigneur" (Adonai). Cependant, le terme est aussi utilisé dans la vie courante pour interpeller un étranger. Dans ce cas, il faut traduire par "monsieur". D'ailleurs, cette expression n'est-elle pas la contraction de "mon seigneur", devenu "mon sieur"? Exemple: Lc 13, 8; Jn 12, 21; Mt 13, 27. Le terme kurios est aussi utilisé par les disciples dans leur conversation courante avec Jésus; dans ce cas je me suis donné la liberté de traduire par "Maître", comme le fait d'ailleurs la Nouvelle Traduction de la Bible.

(Grec: nephelè) La nuée ou les nuées est un symbole dans l'Ancien Testament qui représente le mystère de la présence divine; car la nuée est à la fois opaque et lumineuse, et donc peut exprimer le fait que Dieu est présent dans nos vies sans dévoiler totalement son mystère, donc un Dieu à la fois présent et voilé. Une colonne de nuée a guidé le peuple Juif lors de la sortie d'Égypte, puis est devenue un mur empêchant les Égyptiens d'approcher. Au Sinaï, la nuée devient le symbole de la transcendance de Dieu. Enfin, dans les récits apocalyptiques, la nuée vient exprimer le fait que la justice et la vérité finale proviendront de Dieu, à travers ses êtres ou son être choisi. Comme ma foi profonde est que Dieu ne se manifeste normalement pas de manière éclatante, et surtout ne se trouve pas là-haut dans le cosmos, mais au contraire, se manifeste au coeur de nos vies, il me semble que la même idée peut être rendue aujourd'hui par "présence mystérieuse"; cela rend compte de notre foi que Dieu agit au coeur de nos vie, mais que sa présence demeure en même temps voilée. Exemple: Lc 21, 27; Mc 13, 26.

(Grec: sarx) On traduit habituellement par "chair". Aujourd'hui le mot chair est utilisé pour désigner la chair molle du corps, par opposition aux os, ou encore l'aspect extérieur du corps comme la peau. Or dans les évangiles le mot chair entend traduire la dimension incarnée, limitée et pécheresse de l'être humain. Aussi m'a-t-il semblé préférable d'utiliser l'expression "nature humaine" pour traduire ce mot. Exemple: Mc 14, 38; Mt 16, 17

(Grec: uios tou anthropou) On traduit habituellement par "fils de l'homme". Cette expression est à peu près incompréhensible pour nos contemporains. Utilisée par Jésus pour parler de lui, elle renvoit à la figure apocalyptique juive où un peuple humilié goûtera un jour aux grands honneurs dans le monde de Dieu et exercera la fonction de juge sur les peuples de la terre. Fondamentalement, elle désigne l'homme renouvelé, tel que voulu par son créateur. Aussi, il m'a semblé que la façon de rendre cette idée était d'utiliser l'expression: "Nouvel Adam". Car Adam, qui veut dire: terre, désigne l'homme primordial, et c'est cet être renouvelé qu'a voulu être Jésus. Exemples: Jn 3, 13; Jn 6, 53; Jn 9, 35; Jn 13, 31; Lc 6, 22; Lc 9, 58; Lc 18, 8; Lc 19, 10; Lc 21, 27; Lc 22, 48; Mc 8, 27-35; Mc 9, 9; Mt 13, 37; Mt 16, 13; Mt 24, 37-44; Mt 25, 31. Saint Paul parle de Jésus en ces termes.

(Grec: kathizein heis sou ek dexiôn et heis ex aristerôn/euônumôn) On traduit habituellement par "siéger l'un à ta droite et l'autre à ta gauche". L'image renvoit au monde royal d'autrefois où ceux qui siégeaient à droite et à gauche du roi étaient son bras droit et son bras gauche, i.e. partageaient son autorité pour gouverner sur le royaume. Aussi j'ai préféré oublier cette image ancienne et exprimer le sens explicite de "partager l'autorité". Exemple: Mc 10, 45.

(Grec: plêrôthênai panta ta gegrammena) On traduit habituellement par "afin que s'accomplisse tout ce qui a été écrit (Bible)". L'accomplissement des écrits bibliques est une expression ambigüe, souvent mal comprise: on imagine parfois une forme de déterminisme, l'écrit biblique donnant en quelque un sorte un scénario que des acteurs doivent exécuter (par exemple, à propos de la trahision de Judas: "Je connais ceux que j'ai choisi; mais il faut que l'Écriture s'accomplisse: celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon", Jn 13, 18). Pourtant, cette expression servait chez les premiers chrétiens à décrire l'expérience où, d'une part, l'Ancien Testament prenait un sens nouveau et définitif avec l'événement Jésus (par exemple, le serviteur souffrant d'Isaïe préfigurait le sort de Jésus), et d'autre part, les événements surprenants qui ont marqué la vie de Jésus trouvaient une explication grâce à une relecture de l'Ancien Testament (par exemple, comment s'expliquer que Jésus se soit trompé dans le choix de Judas, d'où l'utilisation du Ps 41 qui permet de dire que tout cela s'intègre dans le cheminement de l'être fidèle à Dieu). Il n'est pas facile de trouver l'expression juste pour décrire cette expérience d'intelligence des premiers chrétiens. Aussi je suggère diverses variations autour de l'expression "afin de parvenir à l'intelligence complète de ce qui a été écrit". Exemple: Lc 24, 44; Mt 1, 22; Mt 2, 15; Mt 4, 14; Mt 13, 34

(Grec: lytron) On traduit habituellement par "rançon". Le verbe grec lyo, qui partage la même racine, signifie littéralement "détacher, délier, libérer". Dans l'antiquité sémitique, comme en témoigne l'Ancien Testament, on pouvait libérer un prisonnier de guerre ou racheter un esclave en versant un rançon. Pour expliquer comment la vie de Jésus, en incluant sa mort et sa résurrection, a eu un impact libérateur sur l'humanité, les premiers chrétiens ont utilisé l'exemple ancien de la rançon versée. Aujourd'hui le mot "rançon" a une connotation négative, alors qu'il est utilisé dans le contexte criminel de bandits qui ont subrepticement fait prisonnier un individu et exige une somme d'argent pour lui redonner sa liberté. Cette signification ne convient absolument pas à ce qu'a réalisé Jésus. Aussi, pour traduire l'idée que l'oeuvre libératrice de Jésus comporte un prix, le prix d'un don inconditionnel de lui-même, le don de sa vie, j'ai préféré traduire lytron par "prix à payer". Dans le language courant, on parle de prix à payer pour obtenir telle ou telle chose, par exemple renoncer à une carrière lucrative pour consacrer plus de temps à sa famille. Exemple: Mc 10, 45.

(Grec: daimôn) On traduit habituellement par "démon". En fait, dans le milieu grec, le terme désignait les divers êtres divins qui pouvaient exercer une influence soit bonne, soit mauvaise sur les humains. Mais dans le milieu juif et chrétien, en raison de la foi en un Dieu unique, tous ces êtres ont été rabaissés au niveau de puissances néfastes, sources de tous les maux. Et aujourd'hui, les milieux populaires ont développé beaucoup de récits empreints d'une grande imagination autour de la figure mythique du démon. Pour m'éloigner un peu de ces récits et retrouver l'expérience originelle, il me semble préférable de traduire "démon" par "pulsion mauvaise". Exemple: Lc 8, 2; Mc 1, 32; Mc 16, 17; Mt 15, 21-28.

(Grec: doxa) On traduit habituellement par "gloire". Mais aujourd'hui ce mot désigne très souvent la période de personnes ou de groupes qui connaissent une très grande célébrité et qu'on acclame partout. Et cette période est bien éphémère. Or ce terme reprend l'hébreu "kabôd" qui signifie: avoir du poids, i.e. être très important et imposer le respect. On a un peu cette idée dans l'expression québécoise "être pesant", i.e. avoir beaucoup d'autorité et contrôler beaucoup de choses. Comment appliquer cette idée à Jésus et à son Père, comme le fait à profusion l'évangéliste Jean, afin de montrer la progression dans la révélation du mystère de Jésus? Il m'a semblé que "qualité d'être" s'accomodait bien avec l'idée de révélation progressive d'une personne à nulle autre pareille. Exemple: Jn 1, 14; Jn 9, 24; Jn 11, 4; Jn 15, 8; Jn 21, 19; Lc 2, 20; Lc 17, 15; Lc 21, 27; Lc 24, 26; Mc 10, 37; Mc 13, 26; Mt 25, 31.

 (Grec: gehenna) On traduit habituellement par "géhenne". Le mot désigne un ravin au sud de Jérusalem qui, à l'époque de Jésus, servait de dépotoir et où on brulait déchets et détritus. Comme dans tous les dépotoirs, on y entrenait un feu pour tout brûler. Avec les restes de nourriture végétale qu'on pouvait jeter, on comprend facilement que les vers s'accumulaient. Aussi il me semble logique de traduire "ravin où on dépose les déchets". Exemple: Mc 9, 43.

(Grec: metanoia / upostrepô) On traduit habituellement metanoia soit par "conversion", soit par "repentir". Mais dans le langage courant, le mot conversion est souvent restreint à l'adhésion à un groupe religieux ou à une philosophie particulière (i.e. se convertir à l'Islam, se convertir au végétarisme). Le mot repentir est vu trop souvent dans le contexte d'un coupable qui regrette sa faute. Le mot grec veut littéralement dire: changer d'idée. Pour retrouver l'idée d'un éveil, d'une nouvelle orientation que prend sa vie et de l'adhésion à une nouvelle vision des choses et à une nouvelle manière de vivre, il m'a semblé préférable d'utiliser l'expression "réorienter sa vie". Le mot grec upostrepô se traduit littéralement « s'en retourner », mais il faut habituellement le lire avec son sens symbolique de changer de direction, et donc de réorienter sa vie. En même temps, l'initiateur d'une conversion, c'est Dieu, c'est son amour qu'il répand dans notre coeur, si bien qu'une conversion est avant tout un abandon à cet amour, l'acceptation de laisser cet amour faire son travail et nous guider. Dans ce cas, il vaut mieux traduire par "se laisser transformer par la vie". Ainsi donc, d'après le contexte, nous traduirons soit en accentuant la dimension humaine de la conversion (réorienter sa vie), soit la dimension divine (se laisser tranformer). Exemple: Lc 3, 3; Lc 13, 3; Lc 17, 15; Lc 24, 47; Mc 1, 9; Mc 1, 4; Mc 1, 15; Mc 6, 12; Mt 4, 17.

(Grec: grammateus) On traduit habituellement par "scribe", i.e. celui qui sait écrire (voir l'analyse sur les Scribes par Meier). Mais aujourd'hui la capacité d'écrire est pratiquement l'apanage de tout le monde. À l'époque du Nouveau Testament, savoir lire et écrire était restreint à un groupe de spécialistes, dont le travail consistait surtout à étudier la Bible (Ancien Testament), afin de bien comprendre et interpréter les diverses lois religieuses. Aussi le titre de "spécialiste de la Bible" leur convient bien. Exemple: Lc 15, 2 (1); Lc 15, 2 (2); Lc 22, 66; Mc 1, 22; Mc 8, 31; Mc 12, 28; Mc 14, 1; Mt 2, 4; Mt 5, 20; Mt 16, 21

(Grec: talanton) Il s'agit de la plus forte pièce de monnaie grecque et correspondait à une trentaine de kilogrammes d'argent. Elle était l'équivalent de 6 000 deniers. Or, nous savons par ailleurs qu'un denier était habituellement le salaire d'un journalier. Pour nous donner une idée de ce que cela représente, nous pourrions établir le salaire d'un journalier aujourd'hui à 100 dollars, ce qui donnerait six cents milles dollars pour un talent, et près de trois millions de dollars pour cinq talents. Exemple: Mt 25, 14-30.

(Grec: misthos) On traduit soit par salaire, soit par récompense. Mais si le mot salaire correspond à ce qui se produit dans les relations de travail où existent des contrats, et si le mot récompense existe dans les relations parent-enfant pour rétribuer l'effort, aucun des deux ne peux traduire la rélité d'une relation à Dieu. Comme l'écrit X.-L. Dufour dans son Vocabulaire de théologie biblique, "la rétribution est le résultat d'une visite de Dieu, qui sanctionne par un jugement l'oeuvre du serviteur". Bien souvent, le mot grec veut donc exprimer un jugement ou la perception de Dieu sur la personne. Aussi il m'a semblé que le meilleur mot pour rendre cette idée est celle de valeur, i.e. la valeur d'une personne aux yeux de Dieu. Exemple: Lc 6, 23.

(Grec: amèn legô humin) On traduit habituellement par "amen ou en vérité, je vous le dit". Dans le français courant, on n'entend presque jamais une telle expression. Le mot "Amen" exprime la fermeté, la solidité et la sureté. "Dire Amen, c'est proclamer qu'on tient pour vrai ce que vient d'être dit" (X.-A. Dufour, Dictionnaire de théologie biblique). Aussi il me semble qu'aujourd'hui l'idée est rendue par l'expression "Vraiment, je vous l'assure". Exemple: Jn 10, 1; Jn 21, 18; Lc 4, 24; Mt 5, 18; Mt 25, 40.