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Traduire, c'est aussi interpréter. Dans une interprétation, on peut "coller" au texte afin de bien rendre la couleur locale et le style de l'évangéliste, tout comme on peut essayer de "redire autrement", de transposer dans un nouvel environnement culturel un texte qui appartient à une autre culture. Tout traducteur vit cette tension: demeurer fidèle à l'auteur originel tout en respectant l'auditoire contemporain. Comme ma perspective est de rendre actuels les divers récits évangéliques, je me suis permis une certaine liberté, en particulier devant certaines expressions. J'apporte plus bas une justification de mes choix.

Ce qui suit est une liste de mots que je propose comme traduction à un certain nombre de mots grecs, quand cette traduction diverge de celle habituellement proposée par nos bibles modernes.


Qu'est-ce qu'actualiser les évangiles ?
Terme grec Traduction habituelle Ma traduction Explication
agapaō /
phileō
Aimer Aimer / être attaché à Dans les évangiles on utilise de manière presqu'équivalente ces deux verbes grecs pour parler soit de l'amour de Dieu pour l'humanité ou pour son Fils, soit de l'amour des hommes pour le prochain ou pour Dieu. Cette équivalence est reflétée par exemple chez Jean lorsqu'il parle du disciple que Jésus aimait et où il utilise le verbe agapaō, sauf une fois où c'est phileō (Jn 20, 2). Nous avons la même situation en Jean 21 quand Jésus demande à Simon Pierre s'il l'aime : les deux premières fois c'est le verbe agapaō qui est utilisé, la troisième fois c'est phileō. Existe-t-il en grec une nuance entre les deux verbes? Selon Xavier Léon-Dufour dans son Dictionnaire du Nouveau Testament, le verbe phileō désigne davantage l'inclination vers quelqu'un ou quelque chose et sert souvent à manifester l'amour d'amitié. Par exemple, l'affection de Jésus pour Lazare en Jean est exprimée par phileō. Ou encore, le signe d'affection convenu par Judas pour identifier Jésus à Gethsémani et qu'on traduit par "donner un baiser" est exprimé par le verbe phileō. Aussi, j'ai opté pour traduire dans le mesure du possible agapaō par "aimer" et phileō par "être attaché à" pour rendre cette petite nuance et faire sentir que ce n'est pas le même mot grec derrière le texte traduit. Exemple: Jn 21, 15. Le glossaire sur l'amour
amēn legō hymin En vérité, je vous le dis Vraiment, je vous l'assure On traduit habituellement par "amen ou en vérité, je vous le dit". Dans le français courant, on n'entend presque jamais une telle expression. Le mot "Amen" exprime la fermeté, la solidité et la sureté. "Dire Amen, c'est proclamer qu'on tient pour vrai ce que vient d'être dit" (X.-A. Dufour, Dictionnaire de théologie biblique). Aussi il me semble qu'aujourd'hui l'idée est rendue par l'expression "Vraiment, je vous l'assure". Exemple: Jn 6, 47; Jn 10, 1; Jn 21, 18; Lc 4, 24; Mc 10, 29; Mc 12, 38; Mt 5, 18; Mt 11, 9; Mt 21, 31; Mt 25, 13; Mt 25, 40; Mt 26, 21.
angelos Ange Messager de Dieu On traduit habituellement par "ange". Dans l’Ancien Testament et dans les religions du Proche-Orient ancien, on imagine Dieu à la manière des rois avec toute leur cour où des groupes particuliers exercent diverses fonctions. Tout comme un roi ne contacte un sujet qu’à travers un messager, ainsi en est-il de Dieu, selon eux. De plus, dans l'Antiquité toute réflexion intérieure était présentée sous la forme d'un dialogue avec quelqu'un. Aussi, plutôt que de garder cette imagerie ancienne, j’ai préféré rendre l’idée qu’un individu interprète un événement comme un message venant de Dieu en traduisant aggelos, qui veut dire en grec "envoyé", par messager ou message de Dieu. Exemple: Lc 16, 22; Lc 24, 23; Mc 1, 13; Mt 1, 20; Mt 2, 13; Mt 13, 39; Mt 16, 27; Mt 25, 31.
aphiēmi tas hamartias Remettre les péchés Libérer des égarements On traduit habituellement par "remettre les péchés". Dans le monde catholique, le mot péché me semble trop lié au catalogue des péchés proposé par le milieu ecclésiastique et au pouvoir juridique du prêtre de les remettre. À l'époque où sont écrits les évangiles, une telle vision restrictive et juridique n'existe pas. De plus, parler de remise nous introduit dans un contexte mercantile de dette et de remise de dette, alors que, dans notre monde plus personaliste, le détournement de ses erreurs passées est davantage vu comme une libération par rapport à une situation aliénante. Il me semble donc que parler de libération et d'égarements permet d'établir un contexte plus large et plus axé sur la croissance de la personne, tout en maintenant l'idée que la vie est tendue vers Dieu, et que l'éloignement de Lui est une aliénation. Exemple: Jn 20, 23, Lc 7, 47; Lc 11, 4; Mc 1, 4; Mt 1, 21.
basileia tou theou Royaume de Dieu / Règne de Dieu Domaine de Dieu / Monde de Dieu L'expression grecque est tantôt traduite par "royaume de Dieu", tantôt par "règne de Dieu". Il est inutile de rappeler que les royaumes on disparu avec les rois, et seul son sens symbolique demeure. Il me semble toutefois que l'expression grecque, lorsqu'elle renvoit à l'idée de milieu à part des autres et différents, réservés aux fidèles de Dieu, serait mieux rendue aujourd'hui par "domaine de Dieu", car domaine est le terme approprié pour désigner un vaste territoire relevant d'une personne. Par contre, quand l'expression entend désigner un environnement marqué par la proximité de Dieu et le renouvellement d'un peuple uni dont l'attitude serait au diapason de Dieu, alors je préfère traduire par "monde de Dieu". Ce monde est à la fois commencé et à venir. Il porte les traits de Dieu à travers les attitudes et les actions des hommes. Exemples (domaine de Dieu): Lc 6, 20; Lc 22, 29; Mc 10, 23; Mt 11, 11; Mt 21, 31; Mt 21, 43; Mt 22, 2; Mt 25, 34. Exemples (monde de Dieu): Lc 8, 1; Lc 9, 11; Lc 11, 2; Lc 9, 60; Lc 22, 16; Mc 1, 15; Mc 12, 34; Mc 14, 12-26; Mt 4, 17; Mt 5, 19; Mt 23, 9; Mt 26, 29.
charis Grâce Amour débordant On traduit habituellement par "grâce". Dans le langage courant, le mot est surtout utilisé au sens de pardon: demander la grâce d'un prisonnier. On l'entend également pour désigner un comportement empreint de beauté et de finesse: la personne se déplace avec grâce. Dans le milieu religieux, il est utilisé pour parler de la force mystérieuse de Dieu. Dans le Nouveau Testament, on a tendance à utiliser ce mot en référence au mot hébreu ḥēsēd qui désigne la tendresse et la bonté généreuse et indéfectible de Dieu. Il me semble que l'expression "amour débordant" peut rendre cette idée. Exemple: Jn 1, 17, Lc 2, 41-52.
daimōn Démon Pulsion mauvaise On traduit habituellement par "démon". En fait, dans le milieu grec, le terme désignait les divers êtres divins qui pouvaient exercer une influence soit bonne, soit mauvaise sur les humains. Mais dans le milieu juif et chrétien, en raison de la foi en un Dieu unique, tous ces êtres ont été rabaissés au niveau de puissances néfastes, sources de tous les maux. Et aujourd'hui, les milieux populaires ont développé beaucoup de récits empreints d'une grande imagination autour de la figure mythique du démon. Pour m'éloigner un peu de ces récits et retrouver l'expérience originelle, il me semble préférable de traduire "démon" par "pulsion mauvaise". Exemple: Lc 8, 2; Mc 1, 32; Mc 16, 17; Mt 15, 21-28.
diabolos Diable Désir adverse On traduit habituellement par « diable ». Le verbe diaballō signifie jeter de côté et d’autre, d’où diviser, accuser, calomnier. Quant au mot lui-même, il désigne ce bâton qu’on mettait en travers des roues d’un char pour l’arrêter. Cela fait donc référence à tout ce qui est contraire au mouvement de la vie, aux projets, à la mission. Dans le Nouveau Testament, ce "bâton dans les roues" est personnifié sous les traits d’un être semblable à Satan. Il me semble que la façon de rendre aujourd’hui le sens du mot est de traduire par « désir adverse », soit à la mission de Jésus, soit au monde de Dieu. Exemple: Lc 4, 2; Mt 13, 39; Mt 25, 41
doxa Gloire Qualité d'être extraordinaire On traduit habituellement par "gloire". Aujourd’hui ce mot désigne très souvent la réputation de personnes ou de groupes qui connaissent une très grande célébrité et qu’on acclame partout. Et cette période est bien éphémère. Or, il arrive dans le Nouveau Testament que ce mot sert à désigner exactement cette réalité, et le mot doxa doit être traduit par « gloire ». Mais le plus souvent, il a Dieu, ou le Christ, ou le chrétien comme objet. Dans ces cas là, il traduit le mot hébreu kābôd qui signifie: avoir du poids, i.e. être très important, puissant et imposer le respect. Mais à quel niveau se trouve cette importance et cette puissance, alors que nous sommes devant par exemple Jésus qui ressemble au « serviteur souffrant ». En particulier, l’évangéliste Jean emploiera abondamment doxa pour parler de la révélation de l’identité du Père et de Jésus, et le sommet de cette révélation étant l’élévation de Jésus en croix. Il m’a semblé que l’expression « qualité d’être extraordinaire » pouvait traduire l’idée de révélation d’identité dont la force et la puissance est dans son amour infini. C’est cette qualité d’être que Jésus partage avec son Père et auquel il permet au croyant d’accéder. Exemple: Jn 1, 14; Jn 2, 11; Jn 9, 24; Jn 21, 19; Lc 21, 27; Lc 24, 26; Mc 10, 37; Mc 13, 26; Mt 25, 31. Glossaire sur la gloire
doxazō Rendre gloire Reconnaître / révéler la qualité d'être extraordinaire Suite à ce que nous venons de dire sur notre traduction de doxa, nous proposons diverses traductions du verbe doxazō. Notre expression française "rendre gloire" ou "glorifier" quelqu’un parle de louer quelqu’un et de faire son éloge, et convient bien quand doxa fait référence à la gloire humaine. Chez Jean, doxa désigne l'identité de Jésus, la qualité d’être qu’il partage avec le Père, et alors dans les scènes concernant Jésus et son Père le verbe doxazō fait référence à la révélation de cette extraordinaire qualité d’être. Par contre, pour l’auditoire, quand on l'invite à rendre gloire à Dieu dans les évangiles, on lui demande de reconnaître sa souveraineté et son autorité, doxazō devient une invitation à reconnaître cette extraordinaire qualité d’être. D’où les diverses traductions : glorifier, révéler ou reconnaître l’extraordinaire qualité d’être. Par exemple: Jn 11, 4; Jn 12, 23; Jn 13, 31; Jn 15, 8; Jn 16, 14; Jn 21, 19; Lc 2, 20; Lc 7, 16; Lc 17, 15.
engizō S'est approché Commencer à nous rejoindre On traduit habituellement par "s'est approché" ou "est tout proche" ou "est là" en relation avec le Royaume de Dieu. En théologie, on explique cette expression par la foi que le Royaume de Dieu est déjà commencé par la venue de Jésus, mais qu'il demeure inachevé et ne sera complété qu'à la fin des temps. Il y a donc un "déjà" et un "pas encore". Pour exprimer cette idée que Jésus nous rejoint déjà par son Esprit, et qu'il nous revient maintenant de poursuivre son oeuvre avec le même Esprit, je préfère traduire par : le monde de Dieu "a commencé à nous rejoindre." Exemple: Mc 1, 15; Mt 4, 17.
ergon Oeuvre Action On traduit habituellement par "oeuvre". Ce mot est surtout utilisé aujourd'hui pour désigner soit les bonnes actions d'une personne ou d'un organisme, i.e. les oeuvres du cardinal Léger, soit les travaux ou les réalisations propres à un art ou manifestent l'effort de toute une vie, i.e. l'oeuvre de Victor Hugo, l'oeuvre de Riopelle, l'oeuvre d'une vie. Il est rarement utilisé dans la conversation courante pour désigner cette dimension de la vie où quelqu'un intervient, agit, pose des gestes. Aussi ai-je préféré traduire ce mot grec par le mot courant "action", qui permet de montrer la tension entre ce qu'on peut voir des hommes et de Dieu, et ce qu'on ne peut pas voir comme les idées. Exemple: Jn 9, 3; Mt 11, 2; Mc 14, 6; Jn 4, 34; Jn 14, 10.
eulogēmenos / eulogeō Béni / Bénir Comblé par / reconnaître l'attention amoureuse de Dieu On traduit habituellement par "Béni" ou "Bénir". Dans le langage courant, le terme "béni" signifie avant tout "être protégé" ou "être consacré". Mais dans le monde hébreu, le verbe bārak a avant tout Dieu comme sujet; car Dieu seul comble de ses bienfaits l’univers entier. Un être humain ne peut bénir que par délégation, i.e. en demandant à Dieu de répandre ses bienfaits. Et dire qu’on bénit Dieu ne peut signifier que reconnaître les bienfaits accordés par Dieu; on souligne alors à la fois ce que fait Dieu et les sentiments que cela suscite chez le croyant. Aussi, dire d’une personne qu’elle est bénie c’est affirmer qu’elle est comblée par l’attention amoureuse de Dieu, et l’action de bénir chez une personne signifie qu’elle reconnaît l’attention amoureuse de Dieu. Exemples: Lc 1, 42; Lc 1, 64. Glossaire sur bénir dans l'Ancien Testament
geenna Géhenne / enfer Ravin où on dépose les déchets On traduit habituellement par "géhenne" ou "enfer". Le mot grec désigne un ravin au sud de Jérusalem qui, à l'époque de Jésus, servait de dépotoir et où on brulait déchets et détritus. Comme dans tous les dépotoirs, on y entrenait un feu pour tout brûler. Avec les restes de nourriture végétale qu'on pouvait jeter, on comprend facilement que les vers s'accumulaient. Aussi il me semble logique de traduire geenna par "ravin où on dépose les déchets". Exemple: Mc 9, 43.
grammateus Scribe Spécialiste de la Bible On traduit habituellement par "scribe", i.e. celui qui sait écrire. Mais aujourd'hui la capacité d'écrire est pratiquement l'apanage de tout le monde. À l'époque du Nouveau Testament, savoir lire et écrire était restreint à un groupe de spécialistes, dont le travail consistait surtout à étudier la Bible (Ancien Testament), afin de bien comprendre et interpréter les diverses lois religieuses. Aussi le titre de "spécialiste de la Bible" leur convient bien. Exemple: Lc 15, 2 (1); Lc 15, 2 (2); Lc 22, 66; Mc 1, 22; Mc 8, 31; Mc 12, 28; Mc 14, 1; Mt 2, 4; Mt 5, 20; Mt 16, 21. Les scribes d'après J.P. Meier
hina plērōthē to rhēthen hypo kyriou Afin que s'accomplisse la parole du Seigneur Parvenir à l'intelligence complète de la parole du Seigneur On traduit habituellement par "afin que s'accomplisse tout ce qui a été écrit (Bible)". L'accomplissement des écrits bibliques est une expression ambigüe, souvent mal comprise: on imagine parfois une forme de déterminisme, l'écrit biblique donnant en quelque un sorte un scénario que des acteurs doivent exécuter (par exemple, à propos de la trahision de Judas: "Je connais ceux que j'ai choisi; mais il faut que l'Écriture s'accomplisse: celui qui mange mon pain a levé contre moi son talon", Jn 13, 18). Pourtant, cette expression servait chez les premiers chrétiens à décrire l'expérience où, d'une part, l'Ancien Testament prenait un sens nouveau et définitif avec l'événement Jésus (par exemple, le serviteur souffrant d'Isaïe préfigurait le sort de Jésus), et d'autre part, les événements surprenants qui ont marqué la vie de Jésus trouvaient une explication grâce à une relecture de l'Ancien Testament (par exemple, comment s'expliquer que Jésus se soit trompé dans le choix de Judas, d'où l'utilisation du Ps 41 qui permet de dire que tout cela s'intègre dans le cheminement de l'être fidèle à Dieu). Il n'est pas facile de trouver l'expression juste pour décrire cette expérience d'intelligence des premiers chrétiens. Aussi je suggère diverses variations autour de l'expression "afin de parvenir à l'intelligence complète de ce qui a été écrit". Exemple: Lc 24, 44; Mt 1, 22; Mt 2, 15; Mt 4, 14; Mt 13, 35.
huios tou anthrōpou Fils de l'homme Nouvel Adam On traduit habituellement par "fils de l'homme". Cette expression est à peu près incompréhensible pour nos contemporains. Utilisée par Jésus pour parler de lui, elle renvoit à la figure apocalyptique juive où un peuple humilié goûtera un jour aux grands honneurs dans le monde de Dieu et exercera la fonction de juge sur les peuples de la terre. Fondamentalement, elle désigne l'homme renouvelé, tel que voulu par son créateur. Aussi, il m'a semblé que la façon de rendre cette idée était d'utiliser l'expression: "Nouvel Adam". Car Adam, qui veut dire: terre, désigne l'homme primordial, et c'est cet être renouvelé qu'a voulu être Jésus. Exemples: Jn 3, 13; Jn 6, 53; Jn 6, 62; Jn 9, 35; Jn 13, 31; Lc 6, 22; Lc 9, 58; Lc 18, 8; Lc 19, 10; Lc 21, 27; Lc 22, 48; Mc 8, 27-35; Mc 9, 9; Mc 13, 33; Mt 13, 37; Mt 16, 13; Mt 24, 37-44; Mt 25, 31; Mt 26, 24. Saint Paul parle de Jésus en ces termes.
kyrios Seigneur Seigneur / Maître / Monsieur On traduit habituellement par « Seigneur ». Cette traduction convient bien lorsqu’il s’agit de Dieu, car les Juifs, pour éviter de prononcer le nom de Yahvé, disaient en hébreu Adonai, et la Septante l’a rendu par le terme grec de kyrios. Les premiers chrétiens ont également attribué ce terme à Jésus ressuscité, et il faut donc traduire : Seigneur. Mais les évangiles, pour décrire la relation de Jésus avec ses disciples pendant son ministère, mettent également le terme kurios dans la bouche des disciples, et à ce moment il faut traduire : maitre, ce qui normal dans une relation maître à disciple. Cependant, il arrive que le terme soit aussi utilisé dans la vie courante pour interpeller un étranger, par exemple, ou dans les relations banales de deux personnes. Dans ce cas, j’ai préféré traduire kyrios par "monsieur". D’ailleurs, cette expression n’est-elle pas la contraction de "mon seigneur", devenu "mon sieur"? Exemples : Lc 13, 8; Jn 12, 21; Mt 13, 27. Glossaire sur Seigneur
lytron Rançon Prix à payer On traduit habituellement par "rançon". Le verbe grec lyō, qui partage la même racine, signifie littéralement "détacher, délier, libérer". Dans l'antiquité sémitique, comme en témoigne l'Ancien Testament, on pouvait libérer un prisonnier de guerre ou racheter un esclave en versant un rançon. Pour expliquer comment la vie de Jésus, en incluant sa mort et sa résurrection, a eu un impact libérateur sur l'humanité, les premiers chrétiens ont utilisé l'exemple ancien de la rançon versée. Aujourd'hui le mot "rançon" a une connotation négative, alors qu'il est utilisé dans le contexte criminel de bandits qui ont subrepticement fait prisonnier un individu et exige une somme d'argent pour lui redonner sa liberté. Cette signification ne convient absolument pas à ce qu'a réalisé Jésus. Aussi, pour traduire l'idée que l'oeuvre libératrice de Jésus comporte un prix, le prix d'un don inconditionnel de lui-même, le don de sa vie, j'ai préféré traduire lytron par "prix à payer". Dans le language courant, on parle de prix à payer pour obtenir telle ou telle chose, par exemple renoncer à une carrière lucrative pour consacrer plus de temps à sa famille. Exemple: Mc 10, 45.
makarios Heureux Bravo On traduit habituellement par "heureux". Pourtant, on n'utilise habituellement pas ce mot dans le langage courant pour introduire une affirmation. Par exemple, personne ne dirait: "Heureux, les nouveaux mariés, car vous vous aimez". Mais surtout le mot veut traduire un état de chance ou de bonheur. Or, ne serait-il pas paradoxal de dire: "Vous avez de la chance vous qui êtes pauvres", ou encore, "Vous êtes dans le bonheur si on vous persécute". Le Juif André Chouraqui a proposé il y a plusieurs années de traduire par "En marche" en se basant sur le sens du mot hébreu ʾešer. Pour ma part, je pense que cette idée serait bien rendue par "Bravo", car elle sous-entend aussi l'idée de: "allez, continuez". L'expression veut à la fois être une source d'encouragement et indiquer que la personne est sur la bonne voie. Exemples : Lc 6, 20; Lc 23, 29; Mt 5, 1-12; Mt 11, 6; Mt 16, 17.
metanoia / hypostrephō Conversion / Se repentir Réorienter sa vie / Se laisser transformer par la vie On traduit habituellement metanoia soit par "conversion", soit par "repentir". Mais dans le langage courant, le mot conversion est souvent restreint à l'adhésion à un groupe religieux ou à une philosophie particulière (i.e. se convertir à l'Islam, se convertir au végétarisme). Le mot repentir est vu trop souvent dans le contexte d'un coupable qui regrette sa faute. Le mot grec veut littéralement dire: changer d'idée. Pour retrouver l'idée d'un éveil, d'une nouvelle orientation que prend sa vie et de l'adhésion à une nouvelle vision des choses et à une nouvelle manière de vivre, il m'a semblé préférable d'utiliser l'expression "réorienter sa vie". Le mot grec hypostrephō se traduit littéralement "s'en retourner", mais il faut habituellement le lire avec son sens symbolique de changer de direction, et donc de réorienter sa vie. En même temps, l'initiateur d'une conversion, c'est Dieu, c'est son amour qu'il répand dans notre coeur, si bien qu'une conversion est avant tout un abandon à cet amour, l'acceptation de laisser cet amour faire son travail et nous guider. Dans ce cas, il vaut mieux traduire par "se laisser transformer par la vie". Ainsi donc, d'après le contexte, nous traduirons soit en accentuant la dimension humaine de la conversion (réorienter sa vie), soit la dimension divine (se laisser tranformer). Exemple: Lc 3, 3; Lc 13, 3; Lc 17, 15; Lc 24, 47; Mc 1, 4; Mc 1, 9; Mc 1, 15; Mc 6, 12; Mt 4, 17.
misthos Salaire / Récompense Valeur On traduit soit par salaire, soit par récompense. Mais si le mot salaire correspond à ce qui se produit dans les relations de travail où existent des contrats, et si le mot récompense existe dans les relations parent-enfant pour rétribuer l'effort, aucun des deux ne peut traduire la rélité d'une relation à Dieu. Comme l'écrit X.-L. Dufour dans son Vocabulaire de théologie biblique, "la rétribution est le résultat d'une visite de Dieu, qui sanctionne par un jugement l'oeuvre du serviteur". Bien souvent, le mot grec veut donc exprimer un jugement ou la perception de Dieu sur la personne. Aussi il m'a semblé que le meilleur mot pour rendre cette idée est celle de valeur, i.e. la valeur d'une personne aux yeux de Dieu. Exemple: Lc 6, 23.
nephelē Nuée Mystère / mystérieusement La nuée ou les nuées est un symbole dans l'Ancien Testament qui représente le mystère de la présence divine; car la nuée est à la fois opaque et lumineuse, et donc peut exprimer le fait que Dieu est présent dans nos vies sans dévoiler totalement son mystère, donc un Dieu à la fois présent et voilé. Une colonne de nuée a guidé le peuple Juif lors de la sortie d'Égypte, puis est devenue un mur empêchant les Égyptiens d'approcher. Au Sinaï, la nuée devient le symbole de la transcendance de Dieu. Enfin, dans les récits apocalyptiques, la nuée vient exprimer le fait que la justice et la vérité finale proviendront de Dieu, à travers ses êtres ou son être choisi. Comme ma foi profonde est que Dieu ne se manifeste normalement pas de manière éclatante, et surtout ne se trouve pas là-haut dans le cosmos, mais au contraire, se manifeste au coeur de nos vies, il me semble que la même idée peut être rendue aujourd'hui par "présence mystérieuse"; cela rend compte de notre foi que Dieu agit au coeur de nos vie, mais que sa présence demeure en même temps voilée. Exemple: Lc 21, 27; Mc 13, 26.
ōphthē Il apparût Il fit l'expérience On traduit habituellement par "il est apparu", comme dans l'expression: "le Seigneur est ressuscité, il est apparu à Simon." Notons tout de suite que le verbe grec est employé au passif et devrait se traduire littéralement: "il fut vu". Pourquoi ce passif, pourquoi ne pas avoir utilisé l'actif et avoir dit : "Simon a vu le Seigneur"? La réponse probable est que nous sommes dans le monde de l'indicible, un monde qui nous échappe, et ce qu'a vécu Simon n'est pas du même niveau que de voir son voisin ou voir un chien ou voir un arbre. Ce qu'a vécu Simon relève du monde de l'expérience intérieure de la foi. Aussi, pour garder le caractére unique et indicible de ce qu'a vécu Simon, je préfère traduire l'expression grecque "Jésus fut vu" par "il a fait l'expérience de Jésus", sans pouvoir préciser en quoi consiste cette expérience. Exemples: Lc 22, 43; Lc 24, 34; Mc 9, 4; Mt 17, 3.
parabolē Parabole Histoire inspirée de la vie / comparaison / image Dans le langage courant, le mot « parabole » renvoie à un récit allégorique ou à une manière détournée de parler. Aussi ce mot ne traduit-il pas adéquatement le sens du geste de Jésus qui veut expliquer ce qu’est le règne de Dieu en utilisant des images tirées de la vie courante : son but n’est pas d’utiliser un langage énigmatique, mais d’utiliser des comparaisons de situations que les auditoires peuvent comprendre, comme le ferait un bon enseignant. C’est tout le récit qui est l’objet de la comparaison. Ce n’est que plus tard, au temps de l’Église primitive, que ces récits sont devenus une forme d’énigme et ont été allégorisés, i.e. chaque élément imagé du récit a revêtu un sens symbolique en lui-même, en vue d’un enseignement catéchétique.

Le terme grec signifie : comparaison. Nous sommes donc dans le monde de l’analogie : de même que telle chose, ainsi telle autre chose. On peut le traduire par image, exemple, comparaison, similitude, histoire, ou illustration. Quand Jésus propose un récit avec un certain développement, je préfère traduire « histoire inspirée de la vie » pour rendre l’idée qu’il propose une scène familière à son auditoire. Quand la scène est très courte, je préfère traduire par comparaison ou image. Les évangiles contiennent parfois des références à l’Ancien Testament où le mot hébreu équivalent est celui de mashal, qui signifie bien sûr comparaison, mais aussi proverbe, fable, ou parole énigmatique. Dans ces cas, je préfère traduire par parole figurative ou énigmatique. Exemples : Lc 18, 1; Mt 13, 24; Mt 13, 31; Mt 13, 33; Mt 13, 35.

paraclētos Paraclet / défenseur Aidant On traduit habituellement par "paraclet" ou "Défenseur". C'est un mot qui n'apparaît que dans la tradition johannique dans toute la Bible. Il est composé de la préposition para (auprès de), et du verbe kaleō (appeler), et donc désigne quelqu'un qu'on appelle à ses côtés. Jean l'a sans doute emprunté au vocabulaire local où il désigne quelqu'un - un non-professionnel - qui vient soutenir une connaissance, au cours d'un procès. Étant donné le climat de l'ensemble de l'évangile de Jean où on assiste à un immense procès alors que la communauté est sur le banc des accusés, affrontant les forces adverses de la société, appelées "le monde", paraklētos est souvent traduit par avocat ou défenseur (sur le sujet, voir le Glossaire). Par contre, dans le contexte moderne où n'existe pas vraiment de confrontation entre deux groupes sociaux, j'ai préféré traduire par "aidant", i.e. quelqu'un qui est à côté de soi pour nous aider à vivre ce que nous avons à vivre.. Exemple: Jean 14, 16; Jean 14, 26; Jean 15, 26. À propos de paraclētos, voir le Glossaire sur l'Esprit
pneuma akatharton Esprit impur Esprit dérangé On traduit habituellement par "esprit impur". Mais aujourd'hui le mot impur renvoie soit à des saletés (enlever les impuretés au minerai de cuivre) soit à des choses immorales (pensées impures). Or dans le monde sémitique il renvoit plutôt à un écart par rapport à un certain ordre social ou à une classification du monde (animaux impurs). Cette idée d'un ordre brisé me semble bien rendue par le mot "dérangé", comme quelqu'un qui brise la bonne atmosphère. Exemples: Mc 1, 23; Mc 6, 7; Lc 6, 18.
sarx Chair Nature humaine On traduit habituellement par "chair". Aujourd'hui le mot chair est utilisé pour désigner la chair molle du corps, par opposition aux os, ou encore l'aspect extérieur du corps comme la peau. Or dans les évangiles le mot chair entend traduire la dimension incarnée, limitée et pécheresse de l'être humain. Aussi m'a-t-il semblé préférable d'utiliser l'expression "nature humaine" pour traduire ce mot. Exemple: Mc 14, 38; Mt 16, 17.
sēmeion Signe Action révélatrice de la présence de Dieu / prodige On traduit habituellement par "signe". Un signe décrit le fait qu'une chose ou un événement revêt une signification aux yeux d'un être humain, ou qu'elle fasse référence à une autre chose, à un autre événement ou à une dimension de la personne : les signes précurseurs de la révolution, un signe d'intelligence. On l'utilise aussi au sens de symptôme : les signes de fatigue. Dans le monde biblique, et plus particulièrement chez l'évangéliste Jean, le mot est utilisé dans un sens plus spécifique et plus religieux pour pointer vers un événement qui révèle l'action bienfaitrice de Dieu dans notre monde ; chez Jésus, l'événement en question concerne son action. Aussi, pour rendre plus explicite cette idée, j'ai opté pour l'expression "action révélatrice de la présence de Dieu". Exemple: Mc 16, 17; Jn 9, 16; Jn 2, 23; Jn 6, 2; Jn 6, 14; Jn 20, 30. Mais quand ce mot se retrouve dans la bouche de gens qui n'ont pas la foi, alors je préfère traduire par "prodige", car on s'attarde sur le côté extraordinaire de certaines actions de Jésus sans saisir le lien avec Dieu. Exemple: Lc 23, 8; Jn 2, 18
sou ek dexiōn kai heis ex aristerōn kathisōmen Siéger à la droite Partager l'autorité On traduit habituellement par "assoir à droite". L'image renvoit au monde royal d'autrefois où ceux qui siégeaient à droite et à gauche du roi étaient son bras droit et son bras gauche, i.e. partageaient son autorité pour gouverner sur le royaume. En particulier, celui qui était le "brais droit" partageait plus intimement son autorité. Aussi j'ai préféré oublier cette image ancienne et exprimer le sens explicite de "partager l'autorité". Exemple: Lc 22, 69; Mc 10, 40; Mc 14, 62; Mc 16, 19; Mt 26, 64.
sōzō / sōtēria Sauver / salut libérer / libération On traduit habituellement par "sauver" ou "salut". Dans le langage courant, salut indique le fait d'échapper au danger ou à la mort. Mais dans les milieux chrétiens contemporains, ce mot a vu son sens restreint au fait de se retrouver avec Dieu après la mort. Pour retrouver l'idée d'échapper peu à peu ce qui nous aliène pour que notre être atteigne toute sa grandeur, il me semble qu'il faut traduire par "libération" ou "être libéré". Exemple: Jn 3, 17; Jn 4, 42; Jn 10, 9; Lc 3, 3; Lc 9, 9; Lc 9, 10; Lc 17, 19; Mc 16, 16.

talanton Talent Six cents milles dollars Il s'agit de la plus forte pièce de monnaie grecque et correspondait à une trentaine de kilogrammes d'argent. Elle était l'équivalent de 6 000 deniers. Or, nous savons par ailleurs qu'un denier était habituellement le salaire d'un journalier. Pour nous donner une idée de ce que cela représente, nous pourrions établir le salaire d'un journalier aujourd'hui à 100 dollars, ce qui donnerait six cents milles dollars pour un talent, et près de trois millions de dollars pour cinq talents. Exemple: Mt 25, 14-30.

 

Sur la monnaie dans la Bible, voir le Glossaire