Sybil 2007

Le texte évangélique

Jn 9, 1-41

1 En passant, Jésus aperçut un homme qui était aveugle depuis sa naissance. 2 Ses disciples lui demandèrent alors : « Rabbi, qui a commis une faute, lui-même ou ses parents, pour être né aveugle? » 3 Jésus leur répondit : « Ni lui ni ses parents n’ont commis de faute, mais cette situation donnera l’occasion de voir les actions de Dieu à travers lui. 4 Tant qu’il fait jour, il est important que, nous tous, nous posions les actions de celui qui m’a envoyé. Quand la nuit viendra, plus personne ne sera en mesure de poser quelque action que ce soit. 5 Aussi longtemps que je suis dans le monde, c’est moi qui suis la lumière du monde. » 6 Après avoir dit ces choses, Jésus cracha à terre et fit de la boue avec sa salive, puis appliqua la boue à ses yeux 7 en lui disant : « Va te laver à la piscine de Siloé (ce qui se traduit par “l’Envoyé”). » Il partit donc se laver, et revint en voyant clair. 8 Alors les voisins et tous ceux qui l’avaient connu comme mendiant disaient : « N’est-ce pas lui qui était assis sur le bord du chemin pour mendier ? » 9 Les uns disaient : « C’est bien lui. » Les autres disaient : « Pas du tout, c’est quelqu’un qui lui ressemble. » Quant à l’aveugle, il affirmait : « C’est bien moi. » 10 On lui dit donc : « Mais comment tes yeux se sont-ils ouverts? » 11 Il leur répondit : « L’homme qui s’appelle Jésus a fait de la boue et me l’a appliqué aux yeux en me disant : “Va te laver à la piscine de Siloé”. J’y suis allé et après m’être lavé j’ai recouvré la vue. » 12 On lui demanda alors : « Mais où est-il celui-là ? » Il répondit : « Je ne le sait pas. »

13 On l’amène chez les Pharisiens celui qui avait été jusque là un aveugle. 14 Or c’est un jour de sabbat que Jésus avait fait de la boue et lui avait ouvert les yeux. 15 À leur tour les Pharisiens lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur répondit : « Il a appliqué sur mes yeux de la boue, je me suis lavé et maintenant je vois. » 16 Certains parmi les Pharisiens dirent donc : « C’est impossible que cet homme-là soit envoyé par Dieu, car il n’observe pas le sabbat. » Mais d’autres dirent : « Comment un homme pécheur est-il capable de faire de telles actions révélatrices de la présence de Dieu? » Et ils étaient divisés entre eux. 17 Ils s’adressent de nouveau à l’aveugle : « Quel est ton point de vue sur celui qui t’a ouvert les yeux? » Il leur répondit : « C’est un prophète. »

18 Les Juifs refusèrent de croire qu’il avait été aveugle et avait recouvert la vue, avant d’avoir convoqué ses parents. 19 Ils les interrogèrent en ces termes : « C’est bien votre fils, celui que vous dites être né aveugle? Comment se fait-il qu’il voit maintenant? » 20 Les parents leur répondirent ainsi : « Nous savons que c’est bien là notre fils qui est né aveugle. 21 Comment il voit maintenant? Nous n’en savons rien, tout comme nous ne savons rien de celui qui lui ouvert les yeux. Interrogez-le vous-même, il est majeur, il pourra répondre par lui-même. » 22 Les parents dirent ces paroles parce qu’ils avaient peur des Juifs. En effet, les Juifs s’était mis d’accord pour que soit exclus de la synagogue quiconque confesserait sa foi au Christ. 23 C’est la raison pour laquelle ses parents dirent : « Il est majeur, interrogez-le. »

24 Ils convoquèrent alors pour la deuxième fois l’homme qui était né aveugle pour lui dire : « Fais honneur à la qualité d’être extraordinaire de Dieu. Nous, nous savons que cet homme-là est un pécheur. » 25 Ce dernier leur répondit : « Quant à savoir s’il est un pécheur, je n’en sais rien. Mais je sais une chose, j’étais aveugle et maintenant je vois. » 26 Ils lui disent : « Mais que t’a-t-il fait? Comment t’a-t-il ouvert les yeux? » 27 Il leur répondit : « Je vous l’ai déjà dit, mais vous n’avez pas écouté. Pourquoi voulez-vous entendre encore une fois mon récit? Désireriez-vous par hasard devenir ses disciples? » 28 Ils lui lancèrent alors des insultes et lui dirent : « C’est toi qui est disciple de cet homme-là. Nous, par contre, nous sommes disciples de Moïse. 29 Nous, nous savons que Dieu a parlé à Moïse, mais lui, nous ne savons pas d’où il arrive. » 30 L’homme leur rétorqua alors ces mots : « Voilà ce qui est étonnant : vous ne savez pas d’où il arrive, alors qu’il m’a ouvert les yeux? 31 Nous savons tous que Dieu n’est pas à l’écoute des pécheurs, mais si quelqu’un est attaché à Dieu et fait sa volonté, Dieu est à l’écoute d’une telle personne. 32 On n’a jamais entendu parler de quelqu’un qui aurait ouvert les yeux d’un aveugle depuis sa naissance. 33 Si cet homme-ci n’était pas envoyé par Dieu, il ne serait pas en mesure de faire quoi que ce soit. » 34. Ils lui répliquèrent : « Tu es né complètement dans le péché et tu essaies de nous enseigner? » On procéda à son expulsion.

35 Jésus entendit parler de son expulsion. Quand il le retrouva, il lui dit : « Toi, es-ce que tu crois au nouvel Adam ? » 36 Ce dernier lui répondit : « Mais qui est-il, Seigneur, pour que je puisse croire en lui? » 37 Jésus lui dit : « Tu le connais déjà, c’est celui qui te parles en ce moment. » 38 Il se mit à confesser sa foi : « Je crois, Seigneur. » Puis il se prosterna devant lui. 39 Jésus dit alors : « C’est vraiment pour opérer un discernement que je suis venu dans ce monde, afin que ceux qui ne voient pas puissent enfin voir, que ceux qui prétendent voir se retrouvent avec les aveugles. »

40 Certains des Pharisiens qui se trouvaient avec lui entendirent ces paroles. Ils lui demandèrent : « Sommes-nous nous aussi des aveugles? » Jésus leur répondit : « Si vous vous reconnaissiez aveugles, vous seriez sans péché. Mais en fait vous dites : “Nous voyons.” Aussi le péché demeure en vous. »



 

 

 

 

 

 

 

 

Comment comprendre ce monde quand il manque des morceaux?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Est-ce que Dieu existe ?

Un professeur de physique nucléaire, formé au MIT de Boston, donnait un jour un cours à l’université Quaid-i-Azam d’Islamabad au Pakistan à des étudiants à la maîtrise en physique. Il tentait d’expliquer les forces physiques à l’œuvre lors du tremblement de terre qui a dévasté le Cachemire en 2005. Quand il eut terminé son explication scientifique, les élèves levèrent en masse leur main pour dire : « Professeur, vous avez tort, le tremblement de terre a été causé par la colère de Dieu. » Nous pouvons sourire à cette vision naïve du monde de ces étudiants musulmans. Pourtant, j’ai encore à la mémoire les commentaires de ma mère lorsqu’il faisait mauvais temps le 29 juin, en la fête de Pierre et Paul apôtre : « C’est Dieu qui veut dire qu’il n’est pas content de nous. » J’avais beau lui dire que pendant ce temps il faisait toujours beau à Hollywood, au pays des mœurs légères, rien n’y faisait. Et on pourrait ajouter des sottises du genre : « Si tu as beaucoup d’épreuves, c’est que Dieu t’aime. »

Voilà introduite la question de l’intervention de Dieu dans notre monde. Cette question est aussi liée à celle du mal et de tous ces malheurs qui peuvent nous affliger. Une amie, pourtant bien engagée dans sa foi chrétienne, s’occupait récemment d’une adolescente prise avec le cancer et, en voyant tous ces enfants gravement malades à l’hôpital pour enfants de Ste-Justine, s’est posée la question : « Est-ce que Dieu existe vraiment ? Comment peut-il laisser des enfants souffrir ? » Confrontés au même mystère d’un monde imparfait et parfois destructeur, croyants et incroyants peuvent se rejoindre ici : si un Dieu bon et tout aimant existe, pourquoi a-t-il créé un monde avec tant de larmes et de souffrance ?

À ces questions, aucune réponse n’existe. Regardons de nouveau la réponse de Jésus à ces disciples dans l’évangile de ce jour quand ceux-ci lui demandent d’expliquer pourquoi un enfant est né aveugle. Sa réponse pourrait être paraphrasée de cette façon : « Je n’ai pas d’explication, et ne perdez pas votre temps à trouver un coupable. Cela n’apportera aucun éclairage. Au contraire, ce genre de discussion nous paralysera dans le statu quo, car elle nous enfermera dans nos limites, dans notre horizon restreint, dans ce que nous savons déjà. Regardons plutôt une telle situation comme un appel qui est lancé à notre cœur et à notre intelligence pour agir, pour trouver des solutions, pour aider, et en faisant cela, nous serons les bras et les jambes de Dieu. En faisant cela, nous serons en marche vers des horizons infinis pour approfondir toujours davantage par notre action même le mystère de ce monde. »

Regardons-nous. Quand nous sommes confrontés à un être cher qui est handicapé, ou qui est blessé, ou qui souffre terriblement, nous agissons par amour, mais aussi dans l’espoir que nos gestes contribuent à améliorer son sort. De même, tout malade accepte de se battre tant qu’il croit qu’il peut améliorer sa situation. Cette foi peut être nourrie par la parole de Jésus dans l’évangile de ce jour : « La situation de l’aveugle-né donnera l’occasion de voir les actions de Dieu à travers lui. » En d’autres mots, non seulement les handicaps et la maladie ne sont pas l’œuvre de Dieu, mais le fait même de prendre soins des gens marqués par les avatars de la vie et de travailler à leur bien reflètent le cœur de Dieu, nous met au diapason de Son action dans le monde. Nous ne sommes pas seuls, car nous travaillons avec Dieu. Ne me dites pas : « Mais pourquoi n’a-t-il pas fait un monde meilleur au point de départ, pour que nous ne soyons pas ainsi confrontés à réparer les pots cassés? » Peut-être faut-il oublier l’image du Dieu tout puissant, et nous tourner vers la figure du tout humble et du tout compatissant?

La clé pour comprendre l’évangile de l’aveugle-né, c’est de saisir qu’il nous faut mourir à certaines images de Dieu pour enfin voir clair. Est-ce que Dieu existe ? Certainement pas celui qu’on retrouve dans beaucoup de nos images. Certainement pas celui des Pharisiens axés sur leurs pratiques religieuses. Je trouve révélateur le geste de Jésus de cracher pour créer de la boue avec sa salive afin de l’enduire sur les yeux de l’aveugle. C’est en acceptant cette boue, que l’aveugle évoluera vers la lumière. Ne peut-on oser ici comparer la boue avec le pot de chambre en pensant tant au malade qu’à la personne qui doit le vider ?

Essayer de comprendre ce monde, c’est essayer de connaître Dieu. Et en acceptant de mourir à beaucoup de nos idées, n’ouvrons-nous pas la porte à celui qui s’est présenté comme la Lumière ?

 

-Octobre 2007