Sybil 2000

Le texte évangélique

Mc 16, 15-20

15 Jésus leur dit: « Allez dans le monde entier pour annoncer tout haut la bonne nouvelle à toute la création. 16 Celui qui se mettra à croire au point d’accepter le baptême connaîtra une libération. Celui qui refusera de croire en portera la responsabilité. 17 Voici les actions révélatrices de la présence de Dieu qui accompagneront ceux qui se seront mis à croire : ils extirperont les pulsions mauvaises des gens en se réclamant de moi, ils parleront des langues nouvelles. 18 S’il leur arrivent de saisir des serpents ou de boire un poison mortel, cela ne leur fera pas de mal. Ils imposeront les mains sur les malades, et ceux-ci se porteront bien. »

19 Après leur avoir ainsi parlé, le Seigneur Jésus fut emporté dans le monde divin pour s’asseoir à la droite de Dieu. 20 Quant à eux, ils s’en allèrent faire partout des annonces publiques, alors que le Seigneur collaborait avec eux et confirmait leur parole en l’accompagnant d’actions révélatrices de la présence de Dieu.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

La foi nait du sentiment de se savoir
aimé et soutenu

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Apprendre à marcher comme Charlotte

Un événement récent m’a agréablement surpris. Charlotte, ma petite fille, était avec ses parents à une rencontre sociale où se trouvaient d’autres enfants avec leurs parents. Alors que la majorité des enfants collaient leurs parents, intimidés par tout ce qui se passait, la petite Charlotte circulait allègrement et joyeusement parmi eux, se cherchant des amis pour jouer. D’où lui venait cette confiance qui lui permettait d’affronter des gens inconnus? Et pourquoi les autres enfants avaient-ils peur? Pourtant, Charlotte est timide, mais c’est sa grand-mère qu’elle adore qui la garde durant le jour, la nourrit, l’amuse et la cajole pendant que maman travaille, et ce milieu d’amour lui donne peut-être cette confiance fondamentale dans la vie. Par contre, les autres enfants ont peut-être l’impression de revivre la garderie en voyant tout ce monde, et donc ont peur de revivre la séparation.

Présence, confiance, séparation et peur font partie de notre vie, et sont des éléments essentiels pour comprendre cet extrait de l’évangile de Marc.

Commençons d’abord par éliminer certains obstacles à une bonne compréhension de l’évangile. À l’unanimité, les biblistes s’accordent pour dire que cette partie qui conclue l’évangile n’est pas de Marc, i.e. elle n’est pas du même auteur que celui qui a écrit l’ensemble de l’évangile. Non seulement le vocabulaire et le style sont différents, mais les versets 10 à 20 forment un texte de conclusion qui emprunte beaucoup d’éléments à Luc, à la fois son évangile (allusion aux disciples d’Emmaüs) et ses Actes des Apôtres (les apôtres imposent les mains aux gens pour les guérir, Paul se fait mordre par une vipère sans que cela lui fasse mal). On trouvait peut-être inadmissible que l’évangile originel se termine avec la peur des femmes au tombeau vide et qu’il fallait une meilleure conclusion. Pourquoi insister sur ce point? Pour éliminer la tentation de voir la scène d’évangile comme une vidéo de ce qui s’est passé d’heure en heure. Quand on cède à cette tentation, l’évangile perd tout son sens.

Résumons l’essentiel. On présente un discours de Jésus qui nous invite à diffuser dans le monde entier la bonne nouvelle qu’il a proclamé toute sa vie, avec l’assurance que l’accueil dans la foi de cette bonne nouvelle sera libératrice, i.e. elle permettra de chasser le mal et de faire éclater les barrières sociales, et fera en sorte que la maladie et la mort n’auront pas de prise sur le croyant. Puis on dit simplement que Jésus est désormais absent, car il a rejoint le monde de Dieu pour partager ses prérogatives. Pour leur part, les disciples ont répondu à l’appel à la mission et ont vu la promesse de soutien de Jésus se réaliser.

Quelle est la clé qui permet de découvrir le sens profond de ce récit? La foi. D’ailleurs, les scènes qui précèdent insistent sur l’incrédulité des disciples qui refusent de croire ce que leur annonce Marie Madeleine ou les deux disciples de la campagne, avant que Jésus ne se rende présent à eux et leur reproche leur incrédulité, avant de les envoyer en mission. Mais quand on parle de la foi, de quoi parle-t-on au juste?

J’ai le souvenir d’un saint homme, un prêtre de la Société des Missionnaires des Saints-Apôtres, qui n’était pas un intellectuel et a fait ses études en théologie à un âge avancé. Les examens étaient pour lui une torture. Un jour, à la veille d’un examen, il se mit à prier, car il se demandait comment il allait réussir tant il peinait sur la matière : « Seigneur, je sais que tu m’aimes et que tu m’as appelé à être prêtre. Regarde mes difficultés. Viens à mon aide. Il me faut 60% pour réussir. Si j’ai 60%, mais pas un dixième de plus, je saurai que c’est là ton œuvre, non la mienne. » Le prêtre réussit son examen, avec 60%. Ce que je retiens de cet exemple, c’est le sentiment d’un homme de se savoir aimé et soutenu, qui lui a permis non seulement de se tourner vers la prière, mais d’avoir confiance que la suite des choses seraient bonnes pour lui.

La foi est issue de l’expérience d’un amour inconditionnel. Elle commence généralement à la maison, mais elle prend des dimensions insoupçonnées quand elle s’ouvre à cet amour infini à la source de l’univers. C’est ce que disent les évangiles en associant le baptême de Jésus à son expérience d’être aimé de Dieu : « Tu es mon fils bien-aimé. » Fondamentalement, l’être de foi dit ceci : je suis un être important et aimé, je ne suis pas seul et je suis associé à une aventure qui me dépasse; peu importe les difficultés et la souffrance, cette aventure réussira, même si c’est par delà la mort. Cette confiance fondamentale change totalement l’horizon : même s’il y a des crises douloureuses, même s’il y a des ruptures à percer les entrailles, même s’il y a des échecs retentissants qui nous laissent perdus, jamais ne disparaît le sentiment que tout cela ne sera pas mortel et que nous saurons ressusciter.

C’est tout cela qu’on met dans la bouche de Jésus : ceux qui croiront pourront chasser les pulsions mauvaises (démons) et faire reculer le mal sous toutes ses formes; ceux qui croiront sauront sortir de la prison de leur petit monde pour s’ouvrir avec assurance à l’univers entier (parleront des langues nouvelles); ceux qui croiront sauront faire en sorte que les événements nuisibles et vus comme des catastrophes (serpents, poisons mortels) ne les détruisent pas; ceux qui croiront auront une influence salvatrice sur les autres (les malades se porteront bien). C’est cette foi qui permet également de transformer l’absence de Jésus en une nouvelle présence, que nous appelons l’Ascension, i.e. Jésus partage maintenant les prérogatives de Dieu, et donc nous pouvons sentir sa présence d’une nouvelle façon.

Ce récit fait partie de la liturgie de l’Ascension qu’on met habituellement quarante-jours après Pâques. Jésus a-t-il eu besoin de quarante jours pour rejoindre le monde de Dieu? Bien sûr que non. Sa mort et son passage dans la dimension de Dieu sont probablement une seule et même événement. Mais alors pourquoi parler de quarante jours? Ce chiffre symbolique désigne la période de cheminement dont nous avons besoin pour nous ouvrir à la foi, comme ces quarante ans du peuple Hébreux dans le désert avant d’atteindre la terre promise. Mais quand nous acceptons que la foi guide notre vie, alors nous renaissons à une vie nouvelle, on ne parle plus de l’ascension de Jésus mais de la nôtre, et on marche avec confiance comme une Charlotte. Sommes-nous prêt pour cette aventure?

 

-Avril 2012