Sybil 2001

 

Le texte évangélique

Jn 20, 19-23

19 Or le même jour, le premier de la semaine, alors que le soir était venu et que les portes avaient été fermées, là où s'étaient réfugiés les disciples par peur des Juifs, Jésus se rendit présent, debout, au milieu d'eux et leur dit: «Que la paix soit en vous!"» 20 Et tout en disant cela, il leur montra ses mains et son côté. Voyant ainsi le Seigneur, les disciples furent pleins de joie. 21 Alors il leur dit de nouveau: «Que la paix soit en vous; de la même façon que le Père m'a envoyé en mission, moi aussi je vous envoie.» 22 Et tout en disant cela, il souffla sur eux avec ces mots: «Recevez l'Esprit Saint. 23 S'il vous arrive de libérer quelqu'un de ses égarements, ceux-ci seront vraiment éliminés de sa vie devant Dieu. Par contre, s'il vous arrive de le laisser avec ses égarements, ceux-ci resteront avec lui devant Dieu.»

 


 


 

 

 

 

 

 

 

 

Quand il neige au printemps

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Tout peut changer

Comme beaucoup de mes contemporains, je vis une tension entre ma foi en Dieu et le sentiment à certains jours qu'il est si absent que je me demande s'il existe vraiment. Tenez, par exemple, ce couple de la région au nord de Montréal chez qui des cagoulards ont fait soudainement irruption, vidant non seulement leur compte en banque, mais violant sous leurs yeux ahuris une jeune femme résidant temporairement à la maison. Arrive-t-il à Dieu d'avoir un haut le coeur? Ou encore, est-Il indifférent à cette mère et ses 2 enfants, dont le mari, policier, a été abattu par un jeune homme de 22 ans en pleine rue à Montréal? S'amuse-t-il à compter le nombre de morts dans le conflit israélien-palestinien?

C'est alors qu'il me faut des récits comme celui de ce dimanche pour me ramener à la vérité des choses, telles que peuvent le percevoir les yeux de la foi. Les disciples font l'expérience d'une grande paix et d'une grande joie, lorsqu'ils sentent la présence de Jésus. Mais cette expérience se fait au coeur d'un deuil. Jamais plus ils ne pourront le toucher et marcher avec lui comme avant. On a beau célébrer Pâques, il ne faut pourtant pas oublier qu'elle a lieu au terme d'un chemin de souffrances et de la mort, et qu'il y a une relation d'immédiateté qui n'existera plus. Pouvez-vous m'expliquer le pourquoi de tous ces deuils? Moi non plus. Je sais simplement que ce chemin est incontournable, et qu'en acceptant d'y aller jusqu'au bout, je trouve une joie et une paix insoupçonnée.

Mais il y a plus. Tout peut changer. Regardez ces disciples cloîtrés dans la peur. Jésus a le culot de les envoyer en mission. Et ils iront.... Comment s'y est-il pris?

Je reviens de 2 semaines de formation sur le leadership. Le rôle de leader comporte deux aspects: celui de diriger, et donc montrer le chemin, et celui de motiver, et donc de mettre en marche les gens. A propos de cette dernière dimension, malgré les apparences matérialistes de notre monde, les enquêtes montrent que la motivation la plus forte pour un travail n'est pas l'argent, mais la possibilité de se réaliser soi-même. Quand Jésus souffle sur les disciples, qu'exprime-t-il? L'être humain est habité par une force qui l'oriente vers tout ce qui est proclamé dans l'Évangile, et cette force est un puissant moteur qui lui permet de vaincre de nombreux obstacles. Le leadership de Jésus est exprimé par l'Esprit Saint. En raison de ce leadership, les disciples quitteront le cocon où ils s'étaient réfugiés.

La fête de la Pentecôte entend non seulement célébrer le succès du leadership de Jésus, mais proclamer sa foi que tout peut changer. Si les disciples ont pu changer, pourquoi pas moi, pourquoi pas l'Église, pourquoi pas ce monde? C'est ici que mon amnésie ou mon impatience me joue des tours. Tout changement en profondeur demande du temps, énormément de temps, et je perds de vue qui j'étais, ou ce qu'était ce monde. Il y a plus. Mon regard sur les choses changent, et en changeant, il devient plus critique, plus exigeant, percevant de nouvelles lacunes. Et alors j'ai l'impression que rien n'a changé. Extrêmement révélatrice cette remarque d'un analyste sur Robert Mugabe et son rôle au Zimbabwe: "Il a été accueilli en héro en 1980, mais bien des choses qu'il a faites à ce moment nous paraissent aujourd'hui inacceptables, parce que nos critères éthiques ont changé". L'Esprit Saint poursuit son long travail, et ce travail porte la marque de Dieu, c'est-à-dire qu'il sera éternel et infini.

Le récit de ce jour me rappelle une dernière chose: "S'il vous arrive de libérer quelqu'un de ses fautes, celles-ci seront vraiment éliminées. Par contre, s'il vous arrive de le laisser avec ses fautes, ceux-ci resteront avec lui" (Traduction habituelle: Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils leur seront remis; ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus.") Comment interpréter ce "à qui vous les retiendrez"? Tout d'abord, dans la perspective de la communauté johannique, il faut tout de suite écarter une approche juridique, comme si certains auraient le droit de laisser des gens avec leurs péchés. Pour Jean, l'enjeu est l'entrée dans le monde de la foi, et par là dans une vie qui surabonde. Mais qui porte cette responsabilité? Moi. Vous. Tout le monde. Alors le "à qui vous les retiendrez" devient "si vous n'allez pas jusqu'au bout de ce à quoi vous êtes appelés, des gens n'auront pas accès à cette vie surabondante".

Au coeur des événements qui tantôt me révoltent, tantôt me dépriment, le récit de ce jour me suggère ces mots de Jésus: "Je suis toujours là, mais c'est toi qui aura à changer les choses, en acceptant parfois certains deuils, comme je l'ai fait. Je te délègue cette responsabilité. Ne crains pas. Mon Esprit t'accompagnera et, même si tu ne le vois pas, tu seras cette petite pierre au milieu des autres dans la construction du monde".

 

-Mars 2002