Que sait-on sur chaque personne du groupe des Douze?


Sommaire

Que sait-on sur Barthélemy, Jude de Jacques (et Thaddée), Jacques d’Alphée, Matthieu, Philippe, André, Thomas, Simon, Judas Iscariote, Jacques, Jean et Pierre. Une réponse simple serait de dire : à peu près rien. On peu simplement dire, par exemple, que Philippe et André étaient originaires de Bethsaïda, et qu’André était le frère de Pierre. Thomas avait un frère jumeau dont on ignore le nom. Jacques et Jean étaient les fils de Zébédée qui géraient une petite entreprise familiale de pêche avec des employés, et donc n’appartenaient pas à un milieu pauvre. Par la suite, Jacques mourra martyr aux mains d’Hérode Agrippa I. De Judas Iscariote, on peut seulement dire qu’il a livré Jésus aux autorités, précipitant son exécution.

Nous avons un peu plus d’information sur Pierre. Son nom palestinien est Simon, un pêcheur avec femme et famille, résidant à Capharnaüm. Jésus lui aurait donné le surnom araméen « Céphas » (roc ou pierre), qui est devenu Petros, Pierre, en grec. Même si Jésus continuera de l’appeler Simon, c’est son surnom Pierre qui s’imposera dans le milieu de l’église primitive. Lors de l’arrestation de Jésus, alors que des passants l’interrogent, il craque et renie connaître Jésus. Enfin, tôt après la crucifixion de Jésus, Pierre prétend avoir fait l’expérience de Jésus ressuscité. Puis, après avoir subi divers emprisonnements à Jérusalem, il se rend à Antioche et peut-être à Corinthe. On trouve des allusions à son martyr dans le Nouveau Testament et dans les premiers témoignages patristiques. En résumé, le Nouveau Testament met en lumière un personnage qui sait faire souffler le chaud et le froid, impétueux à certains moments, peureux à d’autres, mais qui démontre un leadership constant tant pendant le ministère de Jésus que dans l’église primitive.


Jésus en relation avec ses adeptes: les membres individuels des Douze

  1. Les limites draconiennes de cette recherche

    À part d’assumer que chacun des Douze a connu les étapes normales de l’enfance et de la vie adulte, que la rencontre avec Jésus a été déterminante dans leur vie, que l’expérience de sa crucifixion et de sa résurrection a laissé une trace indélébile et qu’ils ont joué un rôle important dans les débuts de l’église, on ne peut pratiquement rien dire de plus, sauf pour certaines figures comme Pierre et Jacques. Certains ont refusé ces limites de notre connaissance et se sont servis des textes des évangiles et des Actes des apôtres pour imaginer ce que nous ne savons pas : le résultat relève du conte et de la fabulation et ont donné les écrits apocryphes. Cela peut servir la piété populaire, mais pas la connaissance historique.

  2. Enquêtes sur les membres individuels des Douze

    1. Barthélemy

      Il apparaît dans la liste des Douze des quatre évangélistes, mais nulle part ailleurs. Son nom en araméen serait Bar Tomai (fils de Talmaï, Jos 15, 14 ou fils de Tholomaios, Josèphe Ant 20, 1,1,5). C’est tout ce que nous savons.

    2. Jude de Jacques (et Thaddée)

      Il est encore moins inconnu que Barthélemy, puisqu’il n’apparaît que dans les deux listes de Luc (Lc 6, 16; Ac 1, 13). L’expression « de Jacques » signifie probablement « fils de ». Il est possible d’identifier ce Jude avec ce Judas en Jean : Jn 14, 22 « Judas - pas l'Iscariote – dit à Jésus ». Il ne faut pas identifier ce Jude avec un des frères de Jésus, car les évangiles insistent pour dire que ses frères ne croyaient pas en lui. C’est tout ce que nous savons.

      Il ne faut pas identifier Thaddée avec Jude comme la piété populaire a eu tendance à le faire. Comme nous l’avons déjà dit, il est possible que Thaddée qui apparaît dans la liste de Marc et Matthieu ait été remplacé par ce Jude qui apparaît dans les deux listes de Luc pour une raison quelconque : décès ou départ.

    3. Jacques d’Alphée

      À part d’observer que son nom commence toujours le troisième groupe dans les quatre listes, nous ne pouvons rien dire de plus. Il ne faut pas l’identifier avec Jacques le petit (Mc 15, 40) et son père avec l’Alphée, père de Lévi, mentionné en Mc 2, 14.

    4. Matthieu

      Marc et Luc distinguent bien Matthieu, l’un des Douze, et ce Lévi, percepteur d’impôt, que Jésus appelle à devenir son disciple. C’est l’évangéliste Matthieu qui a opéré cette identification à la fin du premier siècle pour des raisons éditoriales que lui seul pourrait préciser.

    5. Philippe

      Dans les synoptiques et les Actes, ce nom ne se trouve nulle part ailleurs que dans la liste des Douze. Par contre, Jean le présente régulièrement aux côtés d’André, et ils auraient été d’abord disciples de Jean-Baptiste avant de se joindre à Jésus (Jn 1, 35-40.43-44). On apprend qu’il est de Bethsaïda, la cité de Philippe et André. Tous deux jouent un rôle quand Jésus nourrit cinq milles personnes (Jn 6, 6-9). Comme tous deux portent un nom grec, ils deviennent ceux à qui s’adressent des pèlerins de Jérusalem pour questionner Jésus lors de la fête de la Pâque juive (Jn 12, 20-22). Enfin, lors du dernier repas de Jésus, il demande à Jésus de voir le Père (Jn 14, 8). Tout en reconnaissant que le rôle de Philippe à des moments stratégiques du ministère de Jésus chez Jean répond aux intentions théologiques de l’évangéliste, il reste que le fait qu’il soit de Bethsaïda et qu’il ait été disciple de Jean-Baptiste, un fait plutôt embarrassant pour les premiers chrétiens en conflit avec le groupe baptiste, nous amène à affirmer que nous sommes devant des données historiques.

    6. André

      Même s’il est le frère de Simon Pierre, tous deux apparaissent rarement ensemble. Seul Marc le mentionne en quelques rares occasions, quand Jésus appelle les pêcheurs à devenir pêcheurs d’homme (Mc 1, 16-18 || Mt 4, 18-20) et quand il se rend à la maison de Pierre guérir sa belle-mère (Mc 1, 29). Puis André disparaît pour ne revenir que brièvement au début du discours eschatologique (Mc, 13, 3). À part sa mention dans la liste des Douze, André est inexistant dans les Actes des Apôtres, une indication d’un personnage sans importance.

    7. Thomas

      On observe chez Thomas le même phénomène que chez Philippe : absent du Nouveau Testament à part d’apparaître dans la liste de Douze, il joue un rôle significatif chez Jean. Il apparaît tard dans l’évangile de ce dernier, d’abord lors de la résurrection de Lazare, quand il faut décider d’aller à Béthanie, pour dire : « Allons, nous aussi, pour mourir avec lui! », puis lors du dernier repas de Jésus pour poser la question : « Seigneur, nous ne savons pas où tu vas. Comment saurions-nous le chemin? », et enfin après la résurrection de Jésus, après avoir été absent de la première rencontre et avoir douté, pour maintenant dire lors de la deuxième rencontre : « Mon Seigneur et mon Dieu! » Après cette grande affirmation théologique, il disparaît de la scène, son nom n’étant mentionné que dans l’épilogue (Jn 21, 2).

      Quand on regarde le rôle de Thomas dans l’évangile de Jean, on voit clairement qu’il sert de véhicule à sa théologie, et que ce rôle est purement sa création. Seul son nom peut révéler quelque chose : l’Araméen teoma signifie jumeau, ce qui indiquerait que Thomas n’était que son surnom, et que son véritable nom nous est inconnu, tout comme le nom de son frère jumeau.

    8. Simon

      Tout comme dans le cas de Thomas, la seule information que nous avons du personnage est son surnom, i.e. le Cananéen (Mc 3, 18 || Mt 10, 4) ou le Zélote (Lc 6, 15 || Ac 1, 13). Dans les deux cas, il s’agit de la même personne, car Zélote est la traduction grecque du mot Araméen qan’ana, qui signifie zélé. Pourquoi ce surnom? La première raison serait de distinguer ce Simon de l’autre Simon, i.e. Simon Pierre. Mais cela l’identifierait également avec ces Juifs qui observent religieusement la loi mosaïque et qui insistent que leurs compatriotes fassent de même pour se distinguer et se séparer des Gentils. Ce zèle pouvait impliquer une certaine violence comme on le voit chez Paul, rempli de zèle (Ac 5, 17), qui se met à persécuter les chrétiens. Notons qu’il ne faut pas identifier ces Zélotes religieux auquel appartient Simon à ces zélotes politiques qui n’apparaîtront que lors de la première guerre juive (en 67-68).

      Dans un tel contexte, on peut imaginer la conversion qu’a dû vivre Simon lors de sa rencontre avec Jésus, quand ce dernier se mêlera aux percepteurs d’impôt et aux pécheurs, tentant de rejoindre l’ensemble d’Israël, refusant tout sectarisme étroit ou tout exclusivisme puritain.

    9. Judas Iscariote

      Nous avons déjà mentionné Judas en discutant de l’historicité des Douze, mais résumons néanmoins ce que nous savons de lui : 1) Jésus l’a choisi pour être l’un des Douze; 2) il est celui qui a livré Jésus aux autorités de Jérusalem, précipitant son exécution.

      Le peu d’information que nous avons sur lui n’a pas empêché l’expansion midrashique des faits de base, plus au service de l’édification que de l’historicité. Alors que Marc ne donne aucun motif à la trahison de Judas, mais se contente de mentionner que les autorités religieuses lui ont remis de l’argent après sa décision (Mc 14, 10-11), Matthieu clarifie le motif en mettant ces paroles dans la bouche de Judas : « Que voulez-vous me donner, et moi je vous le livrerai? » Pour Matthieu, Judas est un être cupide, prêt à livrer son maître pour trente pièces d’argent.

      Pour Jean, Judas est un voleur. Pensons à la scène de l’onction de Béthanie où Judas s’indigne de voir Marie répandre son parfum très cher sur Jésus alors qu’il aurait pu être mis en vente au profit des pauvres (Jn 12, 1-8). L’auteur ajoute : « Mais Judas dit cela non par souci des pauvres, mais parce qu'il était voleur et que, tenant la bourse, il dérobait ce qu'on y mettait. » Ce rôle de trésorier des Douze chez Judas est repris à la fin du dernier repas (Jn 13, 28-30).

      Luc, de son côté, reprend la version de Marc et Judas ne reçoit de l’argent qu’après sa décision de le livrer. Mais la raison pour laquelle il pose ce geste provient du fait qu’il est sous influence satanique : « Or Satan entra dans Judas » (Lc 22, 3-5). Luc utilise peut-être ici sa source spéciale que connaît également Jean, car ce dernier reprend également ce motif : « Après la bouchée, alors Satan entra en Judas » (Jn 13, 27).

      On a essayé d’extraire un peu d’information du mot Iscariote. Cinq hypothèses circulent.

      • Judas aurait été membre du groupe des sicaires, ces terroristes Juifs qui cachaient un poignard sous leurs vêtements pour procéder à des assassinats politiques. Il faut rejeter cette hypothèse, d’abord parce qu’on peut douter que le mot Iscariote proviendrait du latin sicarius, mais surtout parce que les sicaires sont apparus en Palestine après la mort de Jésus.

      • Iscariote proviendrait de la racine sémitique sqr (mentir, le menteur). Malheureusement, jamais le Nouveau Testament ne le présente comme un menteur.

      • Iscariote serait dérivé de la racine sémitique skr, la forme pi’el ou hip’îl du verbe signifiant « celui qui livre ». On peut questionner une telle déduction, d’autant plus que Marc qui connaît bien l’araméen utilise l’expression « Judas Iscariote, celui qui l’a livré » sans faire allusion au fait que la deuxième partie de la phrase est une translittération de la première.

      • Iscariote proviendrait d’autres racines sémitiques associées à la couleur rouge ou à la récolte de fruits. Même si cela était vrai, on n’apprendrait rien de plus.

      • Iscariote signifierait « l’homme de Kerioth ». Malheureusement, on ne sait pas si une ville de ce nom ait vraiment existé. Par contre, à trois reprises l’évangéliste Jean parle de Judas, fils de Simon Iscariote (Jn 6, 71; 13, 2.26). Il bénéficie sans doute d’une source qu’ignore les synoptiques. Et si le père et le fils portent tous deux le nom d’Iscariote, alors il est probable que le mot renvoie au lieu d’où ils sont originaires. Mais cela contribue peu à réduire l’énigme sur Judas.

    10. Le groupe des trois : Pierre, Jacques et Jean

      Dans l’évangile de Marc, ces trois personnes apparaissent comme un sous-groupe de privilégiés auprès de Jésus : ils sont les seuls que Jésus autorise à l’accompagner dans la maison de Jaïre (Mc 5, 37), ou à la montagne de la transfiguration (Mc 9, 2), ou dans sa prière à Gethsémani. Le problème avec l’existence de ce groupe de privilégiés est son absence totale dans les autres évangiles. De plus, on trouve également un sous-groupe de quatre (Pierre, André, Jacques et Jean) chez Marc : Mc 1, 16-20 (l’appel), 1, 29 (la guérison de la belle-mère de Pierre), 13, 2 (discours eschatologique). On doit donc demeurer circonspect sur la valeur historique de ces sous-groupes, d’autant plus que l’évangile de Marc est marqué par sa théologie du secret messianique où se dévoile progressivement le mystère de la personne de Jésus.

    11. Jacques

      Marc présente Jacques et Jean comme fils de Zébédée. L’évangéliste Jean confirme cette information. Étant donné cette attestation multiple et le fait qu’être fils de Zébédée n’a pas de valeur théologique que les premiers chrétiens pourraient avoir exploitée, il n’y a pas de raison de douter de sa valeur historique. Ajoutons que le Nouveau Testament ne parle jamais de Jacques sans référence à son frère Jean, et qu’il est le seul des Douze dont il raconte explicitement le martyr (Ac 12, 1-2).

    12. Jean

      D’entrée de jeu, distinguons cinq personnes qu’on associe traditionnellement à ce nom :

      • Jean, fils de Zébédée
      • La figure anonyme du « disciple bien-aimé » dans le quatrième évangile
      • L’auteur anonyme du quatrième évangile
      • L’auteur anonyme des trois épitres qui portent le nom de Jean
      • L’auteur de l’Apocalypse qui se donne le nom de Jean

      Restreignons notre intérêt au fils de Zébédée. Selon Marc, Jean et Jacques arrangeaient le filet dans la barque de leur père quand Jésus les appela. Comme Zébédée avait des employés en plus de ses fils, on imagine une entreprise de pêche prospère sur les rives du lac de Galilée. Luc, pour sa part, semble ignorer Zébédée pour présenter Jacques et Jean en partenariat avec Pierre dans une entreprise de pêche. Mais on perçoit ici une activité éditoriale pour rapprocher cette scène de la pêche miraculeuse d’après Pâques (Jn 21, 1-14). Quoi qu’il en soit, les gens que Jésus appelle ici n’appartiennent pas à la classe des pauvres.

      Selon Marc (Mc 3, 17), Jésus aurait donné à Jacques et Jean le surnom de Boaneregès (fils du tonnerre). L’historicité de cette désignation pourrait s’appuyer sur le fait que l’ensemble de Nouveau Testament n’y porte aucun intérêt, et donc on voit mal pourquoi les premiers chrétiens auraient créé cette histoire.

      Mais quel sens donner à l’expression : fils du tonnerre. Un certain nombre de récits présentent Jacques et Jean comme des gens impétueux et colériques. Malheureusement, on doit éliminer Mc 9, 38 (Jean veut empêcher un non-disciple de Jésus de faire des exorcismes) et Lc 9, 52-56 (Jacques et Jean veulent que le feu descende du ciel pour consumer les Samaritains qui refusent de les accueillir) comme des créations de l’église primitive. Par contre, Mc 10, 35-40 (Jacques et Jean demandent à Jésus de siéger à sa droite et à sa gauche dans sa gloire) contiennent des indices d’historicité.

      • Les chrétiens ne pouvaient inventer un récit où Jacques et Jean sont présentés sous un mauvais jour alors qu’on connaît le martyr de Jacques.

      • Alors qu’auparavant Jésus semble connaître l'avenir et annonce sa mort et sa résurrection, ici le dialogue d’introduction montre que Jésus ne sait pas ce que veulent Jacques et Jean.

      • Comment des chrétiens qui vivent la persécution auraient-ils pu inventer un récit où Jésus refuse de promettre une récompense (quant à siéger à ma droite ou à ma gauche, il ne m'appartient pas de l'accorder)?

      • On ne perçoit pas de contexte théologique spécifiquement chrétien dans la péricope. Tout demeure vague : quand Jésus demande s’ils peuvent boire la coupe qu’il va boire et être baptisé du même baptême que lui, il fait simplement référence de manière générale aux souffrances impliquées par sa mission.

      • Dans cette péricope, on ne trouve aucun titre christologique attribué à Jésus.

      • Enfin, il y a le caractère d’embarras : Jésus y affirme que Jacques et Jean connaîtront le même sort que lui, mais dans la réalité seul Jacques connaîtra le martyr; Jean semble être demeuré à Jérusalem avec les autres membres des Douze (Ac 3, 1.3-4; 11, 4, 13.19; 8, 14.17), participa au concile de Jérusalem (vers 49) et joua avec Pierre un rôle de pilier de la communauté.

      Que conclure sur l’expression « fils du tonnerre »? Il faut éliminer les interprétations psychologiques. Quand on regarde l’attribution par Jésus du nom de « pierre » à Simon pour désigner son rôle dans la mission, il est logique de voir de la même façon celui de « fils de tonnerre » : leur témoignage retentissant dans la proclamation du règne de Dieu. Mais tout cela demeure un hypothèse.

    13. Pierre

      Notre recherche se limite au rôle de Pierre pendant le ministère de Jésus. À ce sujet, voici comment nous pouvons résumer ce que nous savons.

      • Il s’agit d’un Juif palestinien connu sous le nom grec de Simon (Sim’ôn en Hébreux, Symeon en translittération grecque), un pêcheur avec femme et famille, et résidant à Capharnaüm. Vers l’an 28 ou 29, alors qu’il vaque à son travail quotidien, Jésus l’appelle à le suivre.

      • À strictement parler, Simon n’est pas le premier que Jésus appelle à le suivre. Ou bien il est appelé avec d’autres en même temps, ou bien c’est André et Philippe qui l’introduisent à Jésus, alors que tout le monde fréquente le cercle du Baptiste.

      • Les quatre évangiles présentent Pierre comme le porte-parole des disciples en général, et des Douze en particulier.

      • Les quatre évangiles affirment que ce leader des Douze qui porte le nom de Simon a reçu le surnom de Kêpa’ en Araméen (Kêphas en translittération grecque), puis traduit Petros en Grec, i.e. roc ou pierre. Si on se fit à Marc, Jean et peut-être Matthieu, c’est Jésus qui lui aurait donné ce surnom. Et ce surnom aurait rapidement remplacé son véritable nom. Car Paul utilise régulièrement le nom araméen « Céphas » (1 C 1, 12; 3, 22; 9, 5; 15, 5; Ga 1, 18; 2, 9.11.14), rarement le nom grec « Petros », et jamais Simon. Les Actes utilisent seulement le nom « Pierre », sauf dans la bouche de Jacques, frère de Jésus, qui parle de « Symeon », sans doute pour créer un archaïsme. Dans l’évangile de Jean, Jésus donne le surnom de Céphas à Simon lors de leur première rencontre, et il est le seul évangéliste à utiliser ce nom ou le composé Simon Pierre.

      • Pierre est présent au dernier repas de Jésus, à son arrestation à Gethsémani et sur les lieux de l’audition chez le grand-prêtre. Alors que des passants l’interrogent, il craque et renie connaître Jésus.

      • À part cette période du ministère de Jésus, on peut dire que, très tôt après la crucifixion de Jésus, Pierre prétend avoir fait l’expérience de Jésus ressuscité (1 C 15, 5; Lc 24, 34; cf Jn 21, 1-14). Après avoir subi divers emprisonnements à Jérusalem, il se rend à Antioche (Ga 2, 11-14) et peut-être à Corinthe (1 C 1, 12; 3, 22). On trouve des allusions à son martyr dans le Nouveau Testament (Jn 21, 18-19; 1 P 5, 13) et dans les premiers témoignages patristiques (1 Clément, 5, 4). Ignace d’Antioche (Romains, 4, 3) mentionne Rome comme lieu d’exécution. Des fouilles archéologiques semblent donner une certaine crédibilité à l’affirmation de la colline du Vatican comme lieu du martyr, mais il n’y pas d’unanimité dans le milieu scientifique.

      Après avoir présenté les points où existe une certaine unanimité, nous pouvons toucher brièvement aux points disputés.

      1. Au cours de son ministère, quand Jésus a-t-il donné à Simon le nom de Pierre?

        Même si nous pouvons affirmer avec un haut degré de probabilité que cela s’est passé au cours du ministère de Jésus, nous ne savons pas exactement quand : Marc utilise d’abord le nom Simon, puis après la création du groupe des Douze, à peu près toujours Pierre; Luc suit le même pattern, et n’utilise jamais le nom Simon après la formation des Douze (Lc 6, 12-16); Matthieu insiste sur le nom Pierre dès le début, mais Jésus le confère à Simon seulement au milieu de son ministère. Mais de manière surprenante, l’intention de Jésus semble avoir été que le nom Céphas soit utilisé pour désigner la relation de Simon par rapport aux autres, non par rapport à lui-même, si on se fit à des attestations multiples. Car Jésus continue d’utiliser le nom Simon quand il s’adresse directement à lui : Mc 14, 37 (Simon, tu dors?), Mt 16, 17 (Tu es heureux, Simon fils de Jonas), Mt 17, 25 (Qu'en penses-tu, Simon?), Jn 21, 15-17 ("Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?).

      2. Matthieu 16, 13-19 présente une scène où Pierre professe sa foi en Jésus et ce dernier répond qu’il est la pierre sur laquelle il bâtira son Église et qu’il lui donnera les clés du Royaume des Cieux. Quelle est la valeur historique de tout cela? Séparons cette question en deux : la valeur historique de la profession de foi de Pierre, puis celle de la promesse de Jésus.

        1. Il est probable que Pierre a fait une profession de foi en Jésus au cours de son ministère, sans pouvoir en dire beaucoup plus. Nous avons des attestations multiples de ce geste, même si les témoignages varient dans leur détail : le lieu de la scène varie (Césarée de Philippe : Mc 8, 27-29, Capharnaüm : Jn 6, 67-69), et le contenu de cette profession de foi varie également : « Tu es le Messie » (Mc 8,29), « Tu es le Messie de Dieu » (Lc 9, 20), « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16), « Tu es le Saint de Dieu » (Jn 6, 69). Ainsi, à partir d’un noyau historique, les évangélistes ont façonné différents récits selon leurs préoccupations théologiques.

        2. Considérons maintenant la promesse de Jésus qui se lit comme suit en Mt 16, 17-19
          Jésus lui dit: "Tu es heureux, Simon fils de Jonas, car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père qui est dans les cieux. Eh bien! moi je te dis: Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des Cieux: quoi que tu lies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour lié, et quoi que tu délies sur la terre, ce sera tenu dans les cieux pour délié."

          On pourrait fournir des arguments soutenant que Jésus aurait pu avoir dit ces choses pendant son ministère.

          • Tout d’abord, le mot grec ekklesia (Église, dela racine hébraïque qhl) était connu des Juifs pour désigner le peuple d’Israël (par exemple, Dt 4, 10; le mot se retrouve 96 fois dans la LXX, la traduction grecque de l’AT). Et rappelons-nous que Jésus voyait sa mission comme celle de rassembler le peuple de Dieu.

          • L’idée de construire la communauté à la fin des temps se retrouve à Qumran, et celle de donner des clés se retrouve dans Isaïe (22, 20-25) où Yahvé remet à Elyaqim les clés de David pour être le majordome du palais du roi Ezéchias, de telle sorte que s'il ouvre, personne ne fermera, s'il ferme, personne n'ouvrira. Ainsi, l’autorité de Pierre s’exercerait lors son enseignement à Israël à la fin des temps, explicitant ce qui est permis et non permis selon la volonté de Dieu.

          Malheureusement, un certain nombre d’arguments beaucoup plus imposants démontrent que ce récit est né dans un cadre postpascal, dans le milieu des premiers chrétiens, et Matthieu ou sa tradition l’aurait projeté de manière rétrospective dans le ministère public de Jésus. Voici ces arguments.

          • En reprenant Marc, le texte de Matthieu modifie la profession brève de Pierre pour lui donner une connotation théologique : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Cela donne un indice du travail rédactionnel de Matthieu.

          • Le mot ekklesia (Église) se retrouve 114 fois dans le Nouveau Testament, et si on fait exception des trois mentions en Matthieu, il désigne toujours l’Église chrétienne. Et il n’apparaît jamais dans les autres évangiles. Pourtant Luc connait bien le mot, puisqu’il l’utilise dans les Actes des Apôtres. Mais il ne l’utilise jamais dans son évangile.

          • À part son chapitre 16, Matthieu utilise deux autres fois le mot ekklesia dans son chapitre 18 (18, 15-20) où se trouve rassemblée la discipline de l’église primitive face à certains cas, dont celui d’un frère pécheur récalcitrant. Nous avons ici le début d’un droit canon. Le contexte est clairement celui des premiers chrétiens dans un milieu judéo-chrétien. On y parle de « mon Église ». On ne peut pas lire le ch. 16 en ignorant le ch. 18. Si le ch. 18 appartient au monde des premiers chrétiens, il faut voir le ch. 16 dans la même perspective.

          • Il y a un parallèle à faire entre Matthieu et Jean

            Matthieu 16, 19 Jean 20, 23
            Quoi que tu lies sur la terre,
            ce sera tenu dans les cieux pour lié,
            et quoi que tu délies sur la terre,
            ce sera tenu dans les cieux pour délié
            Ceux à qui vous remettrez les péchés,
            ils leur seront remis;
            ceux à qui vous les retiendrez,
            ils leur seront retenus

            La différence entre Matthieu et Jean est que le premier commence par l’aspect négatif (lier = ce qui n’est pas permis, donc est péché) avant de terminer par l’aspect positif (pardon), alors que le deuxième commence par l’aspect positif (c’est pardonné), pour terminer avec l’aspect négatif. Or, le texte de Jean se situe après la résurrection de Jésus, et donc le parallèle montre que nous sommes après Pâques. Ce fait est accentué par un autre parallèle chez Jean, la pêche miraculeuse (Jn 21, 15-17 "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?" "Pais mes brebis"). Ici, Jésus confère à Simon-Pierre le rôle de berger de son troupeau, rôle qui impliquera qu’il aura à mourir martyr, en d’autres mots, le rôle du bon berger qui donne sa vie pour ses brebis auquel Jean associait Jésus au ch. 10. Il faut voir Jn 21 en parallèle avec Mt 16 quand Jésus confère à Simon-Pierre (même nom) un rôle particulier dans la communauté. Or Jn 21 se situe clairement après Pâques.

          • Enfin, on peut établir un parallèle avec le langage de Paul. Dans son épitre aux Galates (1, 15-17), il parle de sa rencontre avec Jésus ressuscité : « Quand Celui (Dieu) qui… daigna révéler en moi son Fils… sans consulter la chair et le sang ». Or, c’est ce même langage chrétien qu’on retrouve au ch. 16 de Matthieu : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant… Tu es heureux… car cette révélation t'est venue, non de la chair et du sang, mais de mon Père… ».

      3. Quelle est la valeur historique du texte suivant en Marc 8, 30-33?
        Alors il leur enjoignit (epitimaô) de ne parler de lui à personne. Et il commença de leur enseigner: "Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter "; et c'est ouvertement qu'il disait ces choses. Pierre, le tirant à lui, se mit à le morigéner. Mais lui, se retournant et voyant ses disciples, admonesta (epitimaô) Pierre et dit : « Passe derrière moi, Satan! Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! »

        Il y a un consensus chez les biblistes pour dire que ce passage est une composition de Marc, et n’est pas l’écho d’un événement historique. Les raisons évoquées sont les suivantes :

        • La répétition du mot epitimaô (enjoindre, admonester) est un trait stylistique typique de Marc
        • L’insistance sur le secret messianique (ne rien dire à personne) fait partie de la théologie de Marc
        • Même si on peut concevoir que Jésus ait pu entrevoir les souffrances qu’entraînerait sa mission, mettre ensemble la souffrance, la mort et la résurrection est probablement l’œuvre de l’église primitive.

        Par contre, une phrase de Jésus pourrait provenir du Jésus historique : « Passe derrière moi, Satan! Car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes! » Même si nous n’avons pas d’attestations multiples, on peut évoquer ici le critère d’embarras : sachant le rôle proéminent de Pierre dans l’église primitive, on voit mal comment celle-ci aurait pu créer une affirmation qui le discrédite. De plus, si derrière le mot « Satan » se retrouve l’araméen satana, alors nous ne sommes pas devant le nom donné au diable, mais devant une réalité plus générale : adversaire. Et sachant les relations difficiles de Pierre avec Paul, Jacques, les grands-prêtres et Agrippa I, on peut facilement imaginer ses relations difficiles avec Jésus, ce qui nous permet d’évoquer le critère de cohérence. Mais ayant tout dit cela, nous sommes incapable de reconstituer dans quelles circonstances Jésus aurait put dire cela à Pierre.

      4. Quelle est la valeur historique du texte suivant en Luc 22, 31-32?
        "Simon, Simon, voici que Satan vous (pluriel) a réclamés pour vous cribler comme froment; mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas (eklipê : terminer, mourir). Toi donc, quand tu seras revenu, affermis tes frères."

        Il est probable que ce texte est une création de Luc pour les raisons suivantes :

        • Luc insère brusquement cette péricope qui n’a aucun équivalent dans les autres évangiles pour lui faire jouer le rôle de pont entre le mini-discours sur le leadership (vv. 24-30) et l’annonce du reniement de Pierre (vv. 33-34).

        • Comme Luc le fait souvent, ce texte sert à adoucir la dureté du reniement de Pierre en mentionnant tout de suite que la foi de ce dernier ne défaillira pas, qu’il se réhabilitera rapidement et jouera un rôle de leader auprès de ses frères en affermissant leur foi, grâce à la prière de Jésus, toujours efficace chez Luc.

        • Quant au reniement de Pierre, Luc évite le crescendo qu’on trouve chez Marc et Matthieu alors que Pierre maudit et jure lors de son 3e reniement : chez lui, Pierre répète simplement qu’il ne connaît pas Jésus.

        • Pierre a à peine le temps de le renier pour une 3e fois que Jésus se retourne vers Pierre, et aussitôt ce dernier s’en retourne dehors, repentant.

        • Il y a probablement une allusion à cette réhabilitation dans la mention qu’à la mort de Jésus, non seulement des femmes se tenaient là à distance, mais aussi tous les hommes qui le connaissaient, donc peut-être Pierre.

        • Cette réhabilitation se poursuit le jour de Pâques, car il est le seul à se rendre au tombeau après l’annonce des femmes.

        • Quand les disciples d’Emmaüs retournent à Jérusalem annoncer qu’ils ont vu Jésus ressuscité, les Onze leur disent : « C'est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon! » Ainsi, toute de suite l’accent porte sur le rôle premier de Pierre et le fait qu’il raffermit ses frères.

        • Ce rôle se poursuivra dans les Actes des Apôtres où Pierre apparaît comme le leader de la communauté.

        • Bref, notre péricope s’insère si bien dans la théologie de Luc qu’il est difficile ne pas y voir une création personnelle. Certains biblistes penchent pour une réutilisation par Luc d’une tradition plus ancienne. Quoi qu’il en soit, nous n’avons pas assez de données pour soutenir que ce texte remonte au Jésus historique.

      5. Quelle est la valeur historique du reniement de Jésus par Pierre (Mt 26, 69-75| | Mc 14, 66-72 || Lc 22, 56-62 || Jn 18, 17.25-27)? Pour soutenir qu’il s’agit d’un événement historique, nous recourrons aux critères d’embarras et d’attestations multiples.

        Après Judas, c’est Pierre qui représente l’incident le plus embarrassant pour un disciple. Sachant son rôle de leader dans l’église primitive et l’effort extraordinaire des missionnaires pour convaincre les Juifs, que cet homme qui a été condamné et a été crucifié, est maintenant ressuscité si on se base sur le témoignage de Pierre lui-même, il serait tout à fait incompréhensible que des chrétiens ait inventé le récit du reniement de Pierre pour le discréditer : ce serait couper la branche sur laquelle on est assis. Nous avons aussi des attestations multiples avec Marc, que copient Luc et Matthieu, et avec Jean qui représente une tradition indépendante. Et Marc et Jean racontent que Pierre a renié Jésus.

        Ainsi, nous pouvons affirmer que cet événement s’est produit après l’arrestation de Jésus, autour de la Pâque de l’an 30. Ce que nous savons s’arrête là. Le fait qu’il y aurait eu trois reniements ou qu’un coq aurait chanté ou le type de personnage qui l’aurait questionné pourrait relever avant tout de l’art du conteur.

        Relevons que notre étude de Pierre met en lumière un personnage qui sait faire souffler le chaud et le froid, impétueux à certains moments, peureux à d’autres, mais qui démontre un leadership constant tant pendant le ministère de Jésus que dans l’église primitive.

  3. Conclusion : Jésus en relation avec ses adeptes

    Résumons le résultat de nos recherches. Chez les gens qui suivaient Jésus, nous avons repéré trois cercles concentriques, sans que ces cercles soient rigides : les frontières pouvaient être poreuses, certains se joignant au groupe alors que d’autres s’en éloignaient.

    1. Le cercle le plus externe est constitué de la foule. En se basant les critères d’attestations multiples et du sort final de Jésus, nous pouvons affirmer que Jésus a attiré de larges foules, du moins assez larges pour convaincre certaines autorités comme Pilate et Caïphe d’intervenir. Quel nombre ou quel type de personnes constituaient ces foules? Nous ne pouvons rien dire, sinon qu’ils étaient des pauvres dans un sens ou dans l’autre, avec quelques exceptions.

    2. Le cercle du milieu comprenait les disciples pour lesquels nous avons plusieurs attestations. Nous avons noté que le terme disciple est très nouveau dans le Judaïsme palestinien de l’époque de Jésus, et que Flavius Josèphe est le premier auteur important à l’utiliser quelque fois, sans doute sous l’influence de la culture gréco-romaine. Le sens que Jésus donne au mot disciple est si nouveau que les chrétiens du premier siècle ne l’utiliseront pas pour se définir.

      On a vu également qu’être disciple exigeait trois choses :

      1. Un appel péremptoire de Jésus
      2. L’exigence de le suivre physiquement sur la route, et donc de quitter son milieu
      3. L’acceptation de l’hostilité et de la souffrance impliquées par la mission

      Malgré la radicalité de l’appel, Jésus et ses disciples n’ont pas hésité à franchir les frontières religieuses et sociales pour se mêler aux parias et aux pécheurs. Des femmes, sans se soucier d’avoir un mari comme chaperon, l’ont également accompagné sur la route en plus de le soutenir de leurs biens.

    3. Enfin, il y a le cercle des intimes, les Douze. L’existence de ce groupe découle de la vision de Jésus que le règne de Dieu est aux portes, et même qu’il a commencé à se réaliser : il représente l’Israël des douze tribus maintenant reconstitués tel que Dieu l’a promis pour la fin des temps. Nous avons établi que le groupe des Douze est une création du Jésus historique et n’est pas une projection rétrospective des premiers chrétiens, puisque ce groupe a disparu rapidement après Pâques.

      Ce groupe des Douze joue plusieurs rôles :

      • Il incarne ce que signifie être disciple
      • Il est le symbole prophétique de la reconstitution des douze tribus d’Israël déjà commencé
      • Cette reconstitution est également annoncée par leur mission auprès de tout Israël.

      Les Douze sont connus comme groupe, et non comme individus, si bien qu’on ne connaît à peu près rien de chaque individu. Seul Judas et Pierre se distinguent un peu, l’un pour son rôle dans la mort de Jésus, l’autre en raison de son rôle dans l’église primitive.

      Même si Jésus porte les traits d’un être charismatique, il imprime néanmoins un certaines structures à son ministère et aux pratiques de son groupe. Sa mission est centrée sur les Juifs, sans égards sur leur statut social ou religieux. Un certain nombre des pratiques demandées aux disciples sont bien définies :

      • Le baptême
      • Le rejet du divorce
      • La prière adressée à Dieu Père
      • Les exigences pour le suivre dans son ministère itinérant
      • La présence du cercle intime des Douze pour symboliser l’Israël reconstitué
      • La mission des Douze et d’autres disciples auprès d’Israël

    Terminons avec une question : Jésus a-t-il voulu fonder une Église? Sur le plan de la continuité, on peut dire que certains personnages et certaines pratiques du ministère de Jésus se poursuivent dans les débuts de l’Église. Sur le plan de la discontinuité, on note que cette Église qui se retrouvera en bonne part constituée de Gentils ne faisait pas partie de ce qu’envisageait Jésus. Ainsi pouvons-nous dire que le ministère de Jésus en lui-même n’a pas créé l’église primitive. L’Église est née de la foi de Pâques et de l’expérience de l’Esprit Saint, et en cela échappe au cadre scientifique que nous nous sommes imposé.

 

Meier v.3, chap 27, pp 198-285 (version anglaise).


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