Sybil 1998

Le texte évangélique

Lc 22, 14 - 23,56

22, 14 Quand le temps fut venu, Jésus se mit à table avec ses apôtres. 15 Il leur dit alors : « J’ai désiré d’un grand désir manger cette pâque avec vous avant de vivre les souffrances qui m’attendent. 16 Car je vous le dit : je n’aurai plus l’occasion de la manger jusqu’à ce qu’elle soit pleinement réalisée dans le monde de Dieu ». 17 Ayant reçu une coupe, il fit l’action de grâce avec ces mots : « Prenez-la et partagez-la entre vous, 18 car je vous l’assure qu’à partir de maintenant je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que le monde de Dieu soit établi. 19 Puis, ayant pris du pain et fait l’action de grâce, il rompît le pain et le leur donna avec ces mots : « Ceci est mon corps offert pour votre bien. Faites cela pour revivre le souvenir de moi. » 20 Il fit la même chose avec la coupe après avoir mangé, disant : « Cette coupe est la nouvelle alliance scellée par mon sang, répandu pour votre bien. 21 Mais voici que la main de celui qui me livre aux autorités est avec moi à cette table. 22 Car le nouvel Adam poursuit son chemin selon l’ordre des choses, mais je plains l’homme qui le livre aux autorités. » 23 Et ils se mirent alors à discuter entre eux lequel parmi eux allait agir ainsi.

24 Or une dispute éclata entre eux pour déterminer lequel parmi eux devait être considéré comme le plus important. 25 Jésus leur dit : « Les rois des nations dominent sur ceux-ci et ceux qui exercent sur eux leur autorité sont appelés bienfaiteurs. 26 Mais pour vous il n’en sera pas ainsi. Au contraire, que le plus important d’entre vous prenne les allures d’un junior, et que celui qui gouverne celui d’un serviteur. 27 Qui est le plus important, celui qui est à table ou celui qui sert? N’est-ce pas celui qui est à table? Et moi je suis au milieu de vous comme celui qui sert. » 28 « Vous êtes de ceux qui êtes restés avec moi dans mes épreuves. 29 Et moi je dispose en votre faveur du domaine de Dieu comme le Père l’a fait à mon égard, 30 afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon domaine et vous siégerez sur des trônes pour exercer la fonction de juge sur les douze tribus d’Israël. »

31 « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés afin de te passer au crible comme on fait avec le blé. 32 Mais moi j’ai prié pour toi afin que ta foi ne meure pas. Et toi, quand tu seras revenu de ton égarement, soutiens tes frères. » Mais il lui dit : « Seigneur, je suis prêt à t’accompagner jusqu’en prison et même jusqu’à la mort. » 34 Jésus lui répond : « Je te le dit, Pierre, aujourd’hui le coq ne chantera pas avant que trois fois tu aies nié me connaître. »

35 Puis, il leur dit : « Quand je vous ai envoyés sans porte-monnaie ni sac-à-dos ni souliers, avez-vous manqué de quelque chose? » Ils répondirent : « De rien! » 36 Alors il reprît : « Mais dorénavant que celui qui possède un portefeuille l’apporte, tout comme celui qui possède un sac-à-dos, et que celui qui n’a pas d’arme vende son manteau pour s’en procurer une. 37 Car je vous le dit, c’est à moi qu’il revient de réaliser ce qui a été écrit, plus précisément cette phrase : Et on l’a mis au nombre des criminels. En effet, ma vie tire à sa fin. » 38 Eux lui dirent alors : « Seigneur, nous avons ici deux armes. » Jésus leur répliqua : « Arrêtez-moi ça! »

39 Après avoir quitté la salle, il se rendit comme il en avait l’habitude au mont des Oliviers. Ses disciples le suivirent également. 40 Parvenu à cet endroit, Jésus leur dit : « Priez pour ne pas flancher dans les épreuves. » 41 Lui-même s’éloigna d’eux d’environ un jet de pierre, et après fléchi les genoux il priait 42 avec ces mots : « Père, si tu le veux, écarte de moi cette coupe. Cependant qu’advienne non pas ce que je veux, mais ce que toi tu veux. » 43 Alors la présence de Dieu se fit sentir pour le réconforter. 44 Étant entré dans un combat intérieur, Jésus priait avec encore plus d’intensité. Et sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombent sur le sol. 45 S’étant redressé à la suite de sa prière et ayant rejoint ses disciples, il les trouva endormis de tristesse. 46 Il leur dit donc : « Pourquoi dormez-vous? Redressez-vous et priez, pour ne pas flancher dans l’épreuve. »

47 Au moment où il parlait, voici une foule, et celui qu’on appelait Judas, l’un des douze, marchait devant eux et s’approchait de Jésus pour lui donner un baiser. 48 Celui-ci lui dit : « Judas, c’est par un baiser que tu livres le nouvel Adam? 49 S’apercevant de ce qui allait se produire, ceux qui était avec lui dirent : « Seigneur, devons-nous frapper avec l’épée? 50 Et l’un d’eux frappa le serviteur du grand-prêtre et lui enleva l’oreille droite. 51 Prenant la parole Jésus dit : « Laisse faire, même ça! » Puis après avoir touché l’oreille, il la guérit. 52 Il dit alors à l’adresse des gens qui venaient d’arriver pour l’arrêter, grand-prêtres, chefs des gardes du temple et anciens : « Vous êtes venus avec des épées et des gros bâtons comme si vous alliez arrêter un bandit. 53 Pourtant, alors que chaque jour je me retrouvais avec vous dans le temple, vous n’avez pas mis la main sur moi. Mais c’est maintenant votre heure et celle des forces de la nuit.

54 S’étant saisis de lui, ils l’emmenèrent et le conduisirent dans la maison du grand-prêtre. Pierre suivait de loin. 55 Comme un feu avait été allumé au milieu de la cour intérieure et que les gens s’étaient assis autour, Pierre s’était également assis avec eux. 56 L’apercevant alors qu’il était assis près de la lueur du feu, une servante le dévisagea et lui dit : « Lui aussi était avec lui » 57 Pierre nia : « Non, madame, je ne le connais pas. » 58 Puis, peu de temps après, quelqu’un d’autre, un homme, après l’avoir vu, affirmait : « Toi aussi tu es de ce groupe-là! ». Mais Pierre déclarait : « Non, monsieur, je n’en suis pas. » 59 Environ une heure plus tard un autre insistait avec force : « C’est vrai, lui aussi était avec lui, d’ailleurs il est Galiléen. » 60 Pierre lui répliqua : « Monsieur, je ne sais pas de quoi tu parles. » Aussitôt, alors qu’il parlait encore, un coq chanta. 61 Après s’être retourné, le Seigneur fixa son regard sur Pierre, et ce dernier se remémora la parole du Seigneur qui lui avait dit : avant qu’un coq ne chante aujourd’hui tu m’auras renié trois fois. 62 Une fois dehors, il pleura amèrement.

63 Les hommes qui gardaient Jésus se moquaient de lui en le molestant, 64 et après lui avoir couvert le visage ils l’interrogeaient avec ces mots : « Joue au prophète, qui est-ce qui vient de te frapper? », 65 tandis que beaucoup d’autres lui lançaient des injures.

66 Quand le jour fut levé, le collège des anciens du peuple se réunit, ainsi que les grand-prêtres et les spécialistes de la Bible, et ils l’emmenèrent à leur salle du grand conseil 67 pour l’interroger : « Si tu es le messie, dis-le nous. » Jésus leur rétorqua : « Si jamais je vous répondais, vous ne me croiriez pas. 68 Si je vous interrogeais, vous ne répondriez pas. 69 À partir de maintenant le nouvel Adam est appelé à partager les prérogatives de Dieu. 70 Ils lui dirent tous : « Tu es donc le fils de Dieu. » Il déclara à leur intention : « Vous-mêmes dites que je le suis. » 71 Eux dirent alors : « Avons-nous encore besoin de témoignage? Car nous-mêmes l’avons entendu de sa bouche. »

23, 1 Après que toute leur assemblée fut levée, on l’amena chez Pilate. 2 On commença à l’accuser comme ceci : « Nous l’avons trouvé en train de soulever notre nation à la révolte et de s’opposer au paiement de l’impôt à l’empereur en prétendant être lui-même le roi messie. » Pilate l’interrogea : « Es-tu le roi des Juifs? » Jésus lui répondit par cette déclaration : « C’est toi qui le dit. » 4 Pilate dit en s’adressant aux grand-prêtres et à la foule : « Je ne trouve aucun motif d’accusation contre cet homme. » 5 Mais ils insistaient en disant : « Il soulève le peuple en enseignant dans toute la Judée, après avoir commencé en Galilée pour finalement se rendre jusqu’ici. »

6 Entendant la mention de la Galilée, Pilate demanda si l’homme était Galiléen. 7 Apprenant qu’il relevait de la juridiction d’Hérode, il le renvoya à Hérode qui se trouvait lui aussi à Jérusalem pour cette semaine de célébrations. 8 Voyant apparaître Jésus, Hérode ressentit une très grande joie, car cela faisait beaucoup de temps qu’il désirait le voir à cause des échos qu’il avait eu de lui, et il espérait bien le voir accomplir un prodige. 9 Il l’interrogeait donc avec beaucoup de questions. Mais Jésus ne lui dit absolument rien. 10 Les grands-prêtres et les spécialistes de la bible, qui s’étaient rassemblés là, l’accusaient violemment. 11 Le regardant avec mépris entouré ses soldats, Hérode, après s’être moqué de lui et l’avoir revêtu d’un vêtement éclatant, le renvoya à Pilate. 12 C’est ainsi que Hérode et Pilate devinrent des amis l’un pour l’autre à cette époque, alors qu’ils ressentaient auparavant de l’inimitié l’un pour l’autre.

13 Après avoir convoqué les grands prêtres, les chefs et le peuple, Pilate 14 dit en s’adressant à eux : « Vous m’avez présenté cet homme comme quelqu’un qui soulève le peuple à la révolte, mais voici que moi, après l’avoir interrogé devant vous, je n’ai retrouvé chez cet homme aucun des motifs dont vous l’accusez, 15 tout comme Hérode d’ailleurs. C’est ainsi qu’il nous l’a retourné. Je ne trouve absolument rien qui mérite la mort dans ce qu’il a accompli. 16 Donc, après lui avoir infligé une correction, j’ai l’intention de le libérer. [v.17 est une variante non lucanienne] 18 Mais eux crièrent tous ensemble : « Supprime-le! Libère-nous plutôt Barabbas. 19 Ce dernier avait été jeté en prison pour une insurrection dans la ville et pour un meurtre. 20 À nouveau Pilate les interpella, cherchant à libérer Jésus. 21 Mais eux criaient : « Crucifie-le! Crucifie-le! » 22 Pour la troisième fois Pilate leur dit : « Mais qu’est-ce que celui-ci a fait de mal? Je n’ai trouvé chez lui aucun motif qui mérite la mort. Donc, après lui avoir infligé une correction, je vais le libérer. 23 Eux insistaient avec de grands cris pour réclamer qu’il soit crucifié, et leurs cris allaient en s’amplifiant. 24 Alors Pilate décida de se rendre à leurs réclamations. 25 Il fit libérer celui avait été jeté en prison pour insurrection et pour un meurtre, comme ils le réclamaient, et livra Jésus à leur bon vouloir.

26 Comme on l’amenait, on se saisit d’un certain Simon de Cyrène qui revenait des champs et on l’obligea à porter la croix derrière Jésus. 27 Le suivaient une grande foule d’hommes du peuple ainsi que des femmes qui se frappaient la poitrine et se lamentaient sur son sort. 28 Se tournant vers elles, Jésus dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas à mon sujet. Pleurez plutôt à propos de vous-même et de vos enfants. 29 Car il adviendra une période où des gens diront : "Bravo pour les femmes stériles, les ventres qui n’ont pas enfanté et les mamelles qui n’ont pas nourri d’enfant". 30 Alors on commencera à dire aux montagnes "Abritez-nous", et aux collines "Cachez-nous". 31 Car si on agit ainsi avec le bois vert, qu’arrivera-t-il avec le moi sec? » 32 On menait avec lui deux autres bandits pour être également mis à mort. 33 Quand ils parvinrent à l’endroit appelé Crâne, ils le crucifièrent là ainsi que les deux bandits, l’un à sa droite, l’autre à sa gauche. 34 Et Jésus disait : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Pour se partager ses vêtements, ils les tirèrent au sort. 35 Alors que le peuple s'était tenu là, se contentant de regarder, les dirigeants par contre le ridiculisaient en disant: « Il a sauvé les autres, qu'il se sauve maintenant lui-même, si vraiment il est le messie de Dieu, celui qu'Il a vraiment choisi. » 36 Les soldats eux aussi se moquaient de lui, alors qu'ils s'approchaient pour lui présenter du vinaigre, 37 en disant: « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. » 38 De fait, on avait placé une pancarte au dessus de lui qui disait: « Celui-ci est le roi des Juifs ».

39 L'un des malfaiteurs qui étaient suspendus à la croix l'engueulait avec des injures en disant: « N'es-tu pas vraiment le messie? Alors sauve-toi toi-même, et nous également. » 40 Mais l'autre lui répliqua par des reproches en déclarant: « N'as-tu aucun respect pour Dieu, alors que tu subis la même peine? 41 Pour nous, c'est vraiment mérité, car nous vivons les conséquences de nos actes; mais lui, il n'a rien fait de mal. » 42 Puis il ajouta: « Jésus, rappelle-toi de moi, au moment où tu entreras dans ton domaine. » 43 Jésus lui rétorqua: « Vraiment, je te dis, tu seras avec moi aujourd'hui même dans le paradis. »

44 Il était déjà midi et l’obscurité s’étendit sur la terre jusqu’à trois heures. 45 Alors que le soleil disparut, le voile du sanctuaire se déchira au milieu, 46 et à ce moment Jésus, dans un grand cri, dit : « Père, en tes mains je remets mon esprit. » En disant cela, il expira. 47 En voyant ce qui venait de se produire, le centurion exprima à Dieu son admiration en disant : « Vraiment, cet homme-là était juste. » 48 Et les foules qui étaient venus assister au spectacle, voyant ce qui s’était passé, s’en retournèrent en se frappant la poitrine. 49 À distance se tenaient des hommes qui le connaissaient bien, et des femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée et contemplaient la scène.

50 Or, il y avait un homme du nom de Joseph, un membre du conseil, qui était un homme bon et juste 51 – lui ne s’était associé ni à leur décision ni à leur action – originaire de la ville juive d’Arimathie, et qui attendait le monde de Dieu. 52 Après s’être rendu chez Pilate, il réclama le corps de Jésus. 53 Il le fit descendre de la croix, l’entoura d’une fine étoffe de lin, le déposa dans un tombeau taillé dans la pierre où personne n’avait encore été mis. 54 Or, c’était un jour de préparation à la fête, et le sabbat était sur le point de commencer. 55 Les femmes, qui s’étaient jointes à Jésus depuis la Galilée et qui avaient suivi Joseph, observèrent le tombeau et comment son corps avait été déposé. 56 Elles s’en retournèrent pour aller préparer les aromates et les parfums.

Le sabbat venu, elles se reposèrent conformément au commandement.



 

 

 

 

 

 

 

 

Continuer à avancer dans la nuit, combattre jusqu'au bout

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

La mort au combat, porte sur la vie

Un jour, un ancien prof du Nouveau Testament, à qui j’avais demandé si Luc n’était pas son évangéliste préféré, me répondît d’un ton sec : « Jamais ! Luc est beaucoup trop doux ! Il élimine les scènes trop dures. » Le récit de la passion d’aujourd’hui apporterait de l’eau à son moulin : Luc réduit au minimum la violence faite à Jésus si bien qu’il ne porte pas de couronne d’épines, n’est pas flagellé, ne reçoit pas de crachats et il ne dit pas explicitement que ses disciples l’ont abandonné. Et en plus, les scènes trop dures sont atténuées par des événements merveilleux ou salutaires : le reniement de Pierre est accompagné par la mention qu’il gardera la foi et raffermira plus tard ses frères, l’oreille tranché du serviteur du grand-prêtre est immédiatement réparée, l’un des deux bandits crucifiés se tourne vers lui et se retrouvera au paradis, la foule qui regardait la scène de crucifixion s’en retourne toute repentante. Aurait-on ici un évangile fleur-bleue ? Et si c’était plutôt le contraire. L’accent de Luc ne serait-il pas plutôt sur la porte de la vie ouverte par l’acceptation de nos combats quotidiens ? Regardons d’un peu plus près.

La clé pour comprendre notre récit est cette parole de Luc dans la scène de Gethsémani : « Étant entré en agonie, Jésus priait avec encore plus d’intensité » Malheureusement, le texte liturgique a traduit le mot « agonie » par angoisse. Agonie est un mot d’origine grecque qui signifie d’abord la lutte et le combat, et le verbe agoniser signifie d’abord combattre, lutter pour. Bien sûr, le fait d’accepter les combats de la vie entraîne de l’anxiété, de l’inquiétude et de l’angoisse. Mais ce qui est source de vie est le fait de lutter, non pas l’angoisse. Quand on regarde l’ensemble de la vie de Jésus, on retrouve partout ce combat dans toutes ses formes, des luttes intérieures rapportées dans le récit des tentations jusqu’au dur témoignage de son procès, en passant par ses œuvres de guérisons et ses invitations à changer de vie.

Vivre, c’est lutter constamment pour naître à nous-mêmes et faire naître les autres à eux-mêmes. Le récit du Norvégien Bøse Ousland et du Sud-Africain Mike Horn illustrent un peu, quoique de manière extrême, cette dimension. Partis de Sibérie en janvier 2006, ils ont atteint le pôle nord en mars au cours de la nuit arctique, en se déplaçant à pied et à ski. Ce que leur mémoire a voulu retenir d’abord n’est pas l’atteinte du pôle nord, mais ce combat de tous les instants, la victoire sur la tentation de tout abandonner quand la banquise poussée par des vents contraire les faisait reculer, la lutte contre le froid intense qui gelait leur doigt et leur visage, ces pas calculés en avant dans la nuit en trainant une charge de plus de 150 kilos alors qu’on ne voyait absolument rien. Refuser d’avancer, c’était mourir. Au terme ce qu’ils ont trouvé, ce n’est pas le pôle nord, mais une dimension d’eux-mêmes.

La plupart du temps, nous ne choisissons pas nos combats. Un homme ou une femme aux prises avec le cancer, a-t-il choisi ce combat ? Un couple qui se retrouve avec un enfant handicapé a-t-il choisi ce combat ? Quelqu’un s’occupe d’un parent malade ou non autonome a-t-il choisi d’avoir un parent dans cet état ? Que dire de la personne qui découvre un jour son homosexualité ? Et pourrait-on changer quelque chose en déplorant des gènes ancestraux défectueux, ou de parents qui seraient responsable de ses problèmes d’alcoolisme ou de drogue ? Une seule chose compte : la lucidité de reconnaître qu’un combat nous est proposé, de l’accepter et de trouver là la vie.

C’est ce que raconte la scène de Gethsémani où Jésus vit le terrible débat entre accepter le combat jusqu’au bout, incluant la mort, ou tout laisser tomber. Même si Luc mentionne bien que Jésus doit prier de toutes se forces et que sa sueur devient comme des caillots de sang, tant c’est difficile, il reste qu’il veut mettre avant tout l’accent sur la vie que génère déjà ce combat. Et il y ici quelque chose de contagieux : un des brigands refuse tout à coup de maudire sa situation, accepte un nouveau combat en se tournant vers Jésus, ce qui lui ouvre les portes d’une vie inespérée. Les foules qui quittent le Golgotha en se frappant la poitrine veulent maintenant relever le défi d’une nouvelle vie.

Accepter ou refuser le combat de nos vies, voilà le terrible pouvoir que nous avons. Voulons-nous vraiment la vie ? Alors nous savons ce que nous choisirons.

 

-Janvier 2007