Sybil 2000

 

Le texte évangélique

 

Jean 14, 23-29

23 Jésus leur répondit par ces mots : « Si quelqu’un m’aime, il s’appliquera à vivre selon ma parole, et mon Père l’aimera, nous viendrons chez lui et nous y établirons notre demeure. 24 Par contre, celui qui ne m’aime pas se détache de ma parole. Cette parole que vous entendez n’est pas en fait la mienne, mais elle provient du Père qui m’en a fait le messager.

25 Je vous ai dit toutes ces choses alors que j’habitais au milieu de vous. 26 Un Conseiller, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui vous fera comprendre toutes ces choses et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. 27 Je vous laisse avec ma paix, c’est ma paix que je vous donne. Cette paix que je vous donne ne ressemble pas à celle que peut offrir la société. Que votre cœur ne soit pas bouleversé et qu'il ne vive pas dans la crainte. 28 Vous avez bien entendu ce que vous ai dit : Je m’en vais, mais je reviens vers vous. Si vous m’aimiez, vous vous seriez réjouis d’apprendre que je suis en route vers le Père, car le Père est plus grand que moi. 29 Et je vous ai dit toutes ces choses maintenant, avant qu’elles n’arrivent, pour qu’elles soient une source de foi lorsqu’elles surviendront.

 


 

 

 

 

 

 

 

 

Pour les chercheurs de lumière, il y a toujours une issue

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Savoir chercher et voir le soleil

En quelques secondes tout un pays a été démoli. Il a suffi d’une fracture de la croute terrestre pour qu’un tremblement de terre dévaste Haïti, créant des milliers de morts et des centaines de milliers de sans abris. L’étendue des dégâts étaient telle qu’on avait l’impression que plus rien n’était laissé debout. Tous les jours on découvrait des corps morts sous les blocs de béton écroulés. Mais au milieu de ce désastre, un événement incroyable : on retrouve enfoui au milieu de ce fatras de béton un bébé de moins d’un an encore vivant. Un sauveteur a fait une brèche, la lumière est apparue sous les décombres, le bébé s’est spontanément tourné vers la lumière et, quand il a entendu sa voix, a tendu les bras. Il était resté 4 jours sans nourriture, sans eau et sans lumière. Pourquoi ce bébé a-t-il survécu? Pourquoi s’est-il dirigé vers la lumière? Avant de chercher à répondre à cette question, regardons l’évangile de jour.

Pour comprendre cet extrait de l’évangile selon Jean, il faut lire ce qui précède. Judas, non pas celui qui a trahi Jésus, pose une question à Jésus que je résumerais ainsi : « Pourquoi sommes-nous capable de faire l’expérience de ta présence, alors qu’une bonne partie des gens en sont incapables? » En pensant à l’histoire d’Haïti, cette question pourrait être généralisée comme ceci : comment se fait-il que des gens se tournent vers la vie et la trouve-t-elle au milieu des pires conditions, et d’autres non? Je résumerais la réponse de Jésus en trois points. D’abord, si pour vous l’amour est l’essentiel de la vie, vous avez nécessairement acceptez le cœur de mon message, et par le fait même que mon message habite votre pensée et votre agir, vous savez que je vous suis présent. Ensuite, votre capacité à mieux comprendre ce que j’ai dit à mes disciples que les disciples eux-mêmes, est le signe que vous êtes habité par l’Esprit Saint, ce soutien que j’ai promis et qui continue ma présence. Enfin, quand vous ferez l’expérience d’une paix profonde, une paix qui résiste à l’adversité, vous saurez que je suis dans votre vie.

On ne peut commenter l’évangile de ce jour sans définir le mot : paraclet. Car Jésus parle du Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en son nom. Le mot grec « Para-klètos » signifie littéralement : « celui qui est appelé à ses côtés », qui correspond au mot latin « ad-vocatus », avocat. Le mot fait référence à une fonction, celui de soutenir, défendre, conseiller, encourager, aider quelqu’un, intercéder pour lui. Donc on le traduira par les mots : avocat, défenseur, intercesseur, consolateur, médiateur, conseiller, enseignant ou coach. Dans le contexte de l’évangile de ce jour, il s’agit d’un coach, ou enseignant, ou conseiller qui nous aide à comprendre en profondeur le message de Jésus. En d’autres mots, nous ne sommes pas seuls quand nous sommes confrontés au mystère de la vie que nous cherchons à comprendre. Quelqu’un est à nos côtés pour essayer d’apporter un peu de lumière. Et en cela nous avons le signe de sa présence.

Revenons à notre question : pourquoi au milieu de la nuit du monde certains se tournent vers le soleil qu’ils attendent et voient poindre, alors que d’autres continuent à ne rien voir et à pleurer leur sort? Je connais quelqu’un qui vient de perdre son travail : son employeur était en difficulté financière. Sa femme est enceinte. Est-ce la catastrophe? Le couple a répondu : non. Jusqu’à la naissance du bébé, on vivra plus sobrement avec un seul salaire, et ce sera le mari qui veillera aux tâches ménagères et soulagera sa femme d’une partie de ses responsabilités. Quelle opportunité! J’ai un collègue qui a reçu une promotion temporaire qu’il aimait beaucoup et le valorisait énormément. En acceptant cette promotion, il a accepté de laisser à un autre un poste extrêmement visible au travail passionnant. Mais une réorganisation interrompt brusquement la promotion et le ramène au niveau antérieur, mais sans le poste qu’il a cédé à un remplaçant. Il est devant l’inconnu total. Est-ce la catastrophe? Il ne trouve pas la situation facile, mais en même temps se dit : et si c’était une opportunité pour quelque chose de nouveau et d’inédit! Etty Hillesum, cette jeune juive morte à Auschwitz en 1943, a écrit : « Mais si nous refusons d’accepter les temps difficiles auxquels nous devons inéluctablement faire face, si nous ne leur donnons pas un abri dans nos têtes et dans nos cœurs, ne les laissant pas se décanter et se charger en élans à partir desquels nous pourrions grandir et puiser un nouveau sens à la vie; alors nous ne sommes pas une génération viable. »

Revenons à Haïti. Certains ont attribué leur malheur à Dieu qui intervient auprès de ceux qu’il aime. Un lecteur de journal a réagit en écrivant : « Bon Dieu, oublie-nous un instant ». Mais si c’était totalement le contraire. Les catastrophes relèvent de la nature même de ce monde fragile et changeant. Mais il y a des êtres comme ce bébé qui ont la capacité de chercher le soleil et de le trouver. Il y a des être qui ne s’enferment pas dans leur rôle de victime et continuent à s’orienter vers la vie. L’évangile de ce jour nous dit que les chrétiens, au cœur même de la mort et l’absence de Jésus, ont trouvé une nouvelle présence, plus riche et plus profonde. Et pourquoi Cité Soleil, ce bidonville de Port-au-Prince, ne porterait-il pas un jour son nom dans sa plénitude?

 

-Janvier 2010