Sybil 1997

 

Le texte évangélique

 

Mt 13, 24-43

24 Jésus leur proposa une autre histoire inspirée de la vie : « Le monde de Dieu peut se comparer à un homme qui a répandu de la bonne semence dans son champ. 25 Pendant que les gens dormaient, son ennemi est venu et sema en plus du chiendent au milieu du blé, puis partit. 26 Quand l’herbe eut poussé et produit son fruit, le chiendent apparut également. 27 Alors les serviteurs du maître de la maison allèrent vers lui pour lui dire: “ Monsieur, n’as-tu pas répandu de la bonne semence dans ton champ? Comment se fait-il qu’il s’y trouve du chiendent? ” 28 Il leur répondit : “C’est un ennemi qui a fait cela.” Les serviteurs lui demandèrent alors : “ Veux-tu que nous allions le ramasser? ” 29 Il leur dit : “ Non, de peur qu’en ramassant le chiendent, vous ne déraciniez avec lui le blé. 30 Laissez-les tous les deux croître ensemble jusqu’à la moisson. Et au temps de la moisson, je dirai aux moissonneurs : “ Ramassez d’abord le chiendent et liez-le en bottes pour le brûler entièrement, puis recueillez le blé dans ma grange. ”

31 Jésus leur proposa une autre comparaison : « Le monde de Dieu est semblable à une graine de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ. 32 C’est la plus petite de toutes les graines, mais quand elle s’est mise à pousser, elle est plus grande que les plantes potagères et devient un arbre, au point où les oiseaux du ciel viennent se nicher sur ses branches. »

33 Il leur parla encore de façon imagée : « Le monde de Dieu est semblable à du levain qu’une femme prend et enfouit dans trois mesures de farine, jusqu’à ce que le tout ait levé. »

34 Jésus raconta toutes ces choses sous forme de comparaison, et il ne leur parlait pas autrement que de cette manière, 35 ce qui permit de parvenir à l’intelligence complète de ce qui a déjà été dit par le prophète :

J’ouvrirai ma bouche pour dire des paroles figuratives, Je proclamerai des choses qui ont été cachées depuis le début du monde.

36 Après avoir renvoyé les gens, il se rendit à la maison. Les disciples s’approchèrent de lui pour lui demander : « Interprète-nous l’histoire énigmatique du chiendent dans le champ ». 37 Il leur répondit : « Celui qui répand la bonne semence, c’est le nouvel Adam. 38 Le champ, c’est la terre des hommes. La bonne semence, ce sont les gens qui habitent le domaine de Dieu. Le chiendent, ce sont les gens qui habitent le domaine du mal. 39 L’ennemi qui le répand, ce sont les forces adverses au monde de Dieu. La moisson, c’est la fin du monde, les moissonneurs, ce sont les messagers de Dieu. 40 Donc, de même qu’on ramasse le chiendent pour le mettre au feu, ainsi en sera-t-il à la fin du monde. 41 Le nouvel Adam enverra ses messagers pour extirper de son domaine toutes les sources du mal et tous ceux qui commettent toutes sortes d’injustice, 42 et les jetteront dans un immense brasier; là seront les pleurs du remord et les grincements de dents de la rage. 43 Au même moment, les justes seront rayonnants comme le soleil dans le domaine de leur Père. Que celui qui a des oreilles prête attention.


 


 

 

 

 

 

 

 

 

Malgré nos moyens rudimentaires, ça pousse, car Quelqu'un a fourni le soleil et la force innhérente de la semence

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Mise en garde aux impatients!

Depuis quelque temps, le monde arabe est en ébullition. Cela a commencé avec la Tunisie où un homme s’est suicidé par le feu quand on a mis fin à sa seule source de revenu, la vente de fruits. Ce fut suffisant pour déclencher un mouvement populaire d’insatisfaction qui a renversé le gouvernement. Le mouvement populaire s’est poursuivi en Égypte, puis au Yémen, puis au Bahreïn, puis en Lybie, puis en Syrie. Où cela s’arrêtera-t-il? La majorité des gens ont été surpris; rien n’annonçait ce mouvement. C’est comme sorti de nulle part. Vraiment? Le feu couvait certainement depuis quelques années, mais rien n’était apparent. Puis soudainement, la force retenue pendant plusieurs années a éclaté au grand jour. C’est une image semblable que nous propose l’évangile de ce jour quand Jésus parle du règne de Dieu.

Nous sommes en présence de trois paraboles concernant le règne de Dieu, mais trois paraboles avec des accents tout à fait différents. Dans la première, l’accent est sur le fait que la présence du mal dans le monde, représenté par le chiendent, ne doit pas nous empêcher de croire que Dieu agit et que les forces de vie se répandent, car l’élimination complète du mal ne se fera qu’à la fin des temps, i.e. non pas de notre vivant. Dans la deuxième, l’accent est sur le fait qu’il n’y a aucune commune mesure entre les actions de vie que nous posons maintenant, et le résultat final que nous ne pourrons probablement jamais mesurer, comme ce fut le cas pour Jésus; en effet, ce dernier a essayé de rassembler dans l’unité le peuple juif, mais c’est l’univers entier qu’il a rejoint, un fait symbolisé par les oiseaux qui se nichent dans les branche de l’arbre. Dans la troisième, l’accent est sur le fait que les forces de vie demeurent souvent une réalité cachée, qui ne se voit pas à l’œil nu, mais que néanmoins, de façon mystérieuse, elles réussissent à tout transformer.

Ces trois paraboles, que Matthieu a regroupées dans un discours de Jésus, décrivent de trois manières différentes des aspects du règne de Dieu. Il est important de noter ici que ce qui a été au cœur de la prédication de Jésus et de son action, ce n’est pas un message d’amour, même si l’amour colore tout ce qu’il dit et fait, mais c’est plutôt cette réalité mystérieuse du règne de Dieu. C’est la conviction que ce règne de Dieu est à la fois imminent et à la fois déjà à l’œuvre qui l’amène à quitter son travail de menuisier à Nazareth, à se faire baptiser par Jean Baptiste, et à parcourir tout le pays en invitant les gens de manière urgente à changer de vie. Pour lui, tous les gestes de guérison qu’il a posés étaient le signe que ce règne était déjà mystérieusement présent, signe de la victoire de la vie sur la mort, et qu’il fallait accueillir. J’ai bien dit : accueillir, car le gros du travail est fait par Dieu; notre rôle est simplement de mettre en terre la semence, Dieu veille sur le reste. Mais comment parler d’une réalité qu’on ne peut directement voir ou toucher? Voilà le but des trois paraboles.

Je tiens à faire tout de suite une mise en garde. Il y a des gens qui voient dans la finale de l’évangile de ce jour une description et une confirmation de l’enfer, quand les anges jettent dans une fournaise de feu ceux qui commettent le mal. Tout d’abord, cette scène est une allégorie, i.e. une interprétation symbolique et imagée par les premiers chrétiens (la scène se passe à la maison, symbole de l’Église) où on donne un sens particulier aux différents éléments de la parabole initiale du semeur; elle ne vient donc pas de Jésus. Ensuite, nous sommes dans un monde agricole : il est normal de brûler ce qui est inutile.

L’évangile de ce jour s’adresse aux impatients comme vous et moi. Je suis grand-père d’une petite fille de huit mois, et je ne comprends pas qu’elle ne parle pas et ne marche pas encore. La communauté internationale fera de grands efforts militaires et diplomatiques pour régler le plus rapidement possible la crise arabe, pour devenir peut-être frustré que la véritable libération prend énormément de temps. Beaucoup de chrétiens n’en peuvent plus d’une Église qui semble appartenir à un autre siècle. Que disent ensemble les trois paraboles? Nous devrons apprendre à vivre dans un monde hybride, où bien et mal coexistent, et donc d’oser semer la vie en sachant que quelqu’un d’autre sème la mort; nous devrons croire qu’il nous suffit simplement de poser un seul petit geste de vie, comme celui de semer, et que Dieu veille au reste, i.e. le soleil, la pluie et les forces de croissance; il est normal que les forces de vie connaissent un début très humble; il ne faut pas être dérouté parce qu’on a l’impression que rien ne se passe, parce qu’on ne peut contrôler le progrès. Les trois paraboles ont ceci en commun : le rythme de la vie n’est pas fait pour les impatients, et parce qu’il n’est pas nécessairement visible et apparent, il exige la foi.

Les trois paraboles parlent de notre vie de tous les jours, de nos relations avec notre conjoint, nos enfants et nos parents, nos collègues de travail et nos concitoyens du monde. À chaque instant, nous pouvons prendre la route de la vie ou de la mort. Mais la route de la vie exige nécessairement la foi. Car comment poursuivrais-je cette route si j’ai l’impression d’être seul et de ne pas voir immédiatement les résultats?

 

-Avril 2011