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Sybil 2010

Le texte évangélique

Jean 6, 41-51

41 Alors, les Juifs maugréaient à son sujet pour avoir dit : « Moi, je suis le pain venu de Dieu ». 42 Et ils discutaient : « Ce type n'est-il pas Jésus, le fils de Joseph dont nous connaissons le père et la mère? » 43 Jésus leur fit cette réponse : « Arrêtez de maugréer tous ensemble. 44 Personne n'est capable d'être attiré par moi, à moins que le Père, qui m'a envoyé, l'attire lui-même, et moi je le relèverai au dernier jour. 45 En effet, les écrits prophétiques disent : "Et Dieu offrira son enseignement à tous". Quiconque est à l'écoute de Dieu, et s'ouvre à son enseignement, est attiré par moi. 46 Cela ne signifie pas pour autant que quelqu'un a vu le Père, puisque seul celui qui vient de Dieu a vu le Père. 47 Vraiment, vraiment, je vous l'assure, le croyant possède la vie éternelle. 48 Moi, je suis le pain de vie. 49 Vos ancêtres ont mangé la manne dans le désert, mais ils sont morts. 50 Ceci est le pain de Dieu, afin qu'on puisse en manger et ne pas mourir.

51 Je suis moi-même le pain vivant qui vient de Dieu. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra pour toujours, et le pain que je lui donnerai, c'est ma chair pour que le monde ait la vie ».

Des études

Quelle est la valeur nutritive de ce que nous mangeons?


Commentaire d'évangile - Homélie

Qu'est-ce qui est vraiment nourrissant?

Un journal local présentait récemment la valeur nutritive de certains aliments : la part de lipides, cholestérol, sodium, glucides, fibres, protéines, vitamines, etc. Aujourd'hui, il faut lire les étiquettes pour éviter ce qui est néfaste pour la santé et trouver ce qui est nourrissant, et particulièrement la valeur en protéines, car c'est ce qui donne l'énergie et la force. Mais je me pose la question : qu'est-ce qui est vraiment nourrissant et nous donne la force sur le plan humain et spirituel. Malheureusement, il n'y a pas d'étiquettes qui puissent nous guider. Ce que je sais, c'est qu'il y a des vies dont la force m'interpelle.

Les media ont raconté certains événements difficiles au Pakistan en ce printemps 2018, en particulier les persécutions subies par les petites communautés chrétiennes de la part de la mouvance du Djihad islamique. Par exemple, le 22 avril, Yasma Yaqoob, 24 ans, est morte à l'hôpital de Lahore, après qu'on eut mis le feu sur elle, parce qu'elle avait refusé de se convertir à l'Islam et d'épouser un musulman. Mais cette force n'est pas proprement chrétienne. Il suffit de penser à Asma Jahangir, une Pakistanaise musulmane et avocate des droits humains. Elle a cofondé la commission des droits humains du Pakistan en 1987, une représentante de la liberté religieuse aux Nations-Unis pendant six ans et qui s'est attaqué aux fameuse lois anti-blasphème et s'est fait un devoir d'en défendre les victimes. Même si elle n'est pas morte assassinée, mais plutôt d'une hémorragie cérébrale à l'âge de 66 ans, il reste qu'elle a démontré une force et un courage hors de l'ordinaire. Qu'est-ce qui a nourri tous ces êtres et leur a donné cette force pour qu'ils soient ce qu'ils sont devenus?

Voilà le contexte dans lequel j'aimerais relire l'évangile de ce jour où Jésus proclame : « Je suis le pain de vie », donc celui qui offre une nourriture unique, source de la vie véritable qui ne peut pas mourir. La liturgie a extrait pour ce dimanche un petit texte de 11 versets d'une longue séquence de Jean qui ressemble à une homélie de type synagogale, amorcée par une citation d'Exode 16, 4 : « les pères qui ont mangé le pain venu du ciel dans le désert », une citation qui sera reprise en conclusion. Notre bout d'homélie répond à la question : comment Jésus peut-il venir du ciel, comme il l'a affirmé? La réponse est en deux étapes. Tout d'abord, dans la mesure où on s'ouvre à cette parole qui est déjà présente dans le plus profond de son coeur, qui selon Jean vient de Dieu, on s'ouvre à la parole de Jésus : car les deux paroles proclament les mêmes valeurs, les deux pointent dans la même direction. Et alors le Jésus humain et historique, qui a travaillé et parcouru les chemins de Palestine, devient le visage même de Dieu. « Ce type n'est-il pas Jésus, le fils de Joseph dont nous connaissons le père et la mère? », ont protestés les Juifs. Justement, Dieu n'est plus ciel, mais au milieu de nous.

Mais il y aussi une deuxième réponse. Quand on fait l'expérience de vivre ce que Jésus a proclamé et vécu, on fait l'expérience d'une vie incroyable, et cette vie ne peut pas mourir, elle a la saveur de Dieu. Cela peut paraître paradoxal : car cela signifie d'être prêt à donner sa vie physique pour que les autres puissent vivre. C'est ainsi que se termine notre péricope : « le pain que je lui donnerai, c'est ma chair pour que le monde ait la vie »; donner sa vie, c'est faire vivre.

Qu'est-ce que tout cela signifie? On passe sa vie à apprendre à ressusciter, c'est-à-dire à donner corps à ce qui a été déposé au plus profond de nous dès notre naissance, et qui est notre véritable être. Pour devenir ce que nous sommes vraiment, il faut apprendre à écouter cette parole du coeur malgré la pression de tout ce qui nous entoure et de nos multiples blessures : « ils seront tous enseignés pas Dieu » nous rappelle le Jésus de Jean. Aussi, nous avons besoin d'aide pour surmonter tout ce qui nous aliène. C'est ainsi que Jean nous présente Jésus comme le « pain de vie », le pain d'une parole qui se fait l'écho de ce qui est déjà dans notre coeur et que nous n'entendions plus, que nous croyions mort. Cette parole redonne vie à ce que nous sommes vraiment, et cette vie, selon le Jésus de Jean, est appelée à n'avoir aucune fin.

Mais il y a plus. D'une certaine façon, cette parole, qui nous permet de devenir nous-mêmes, n'est pas facile. Jean nous dit : « Avant la fête de la Pâque... ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Jésus les aima jusqu'à la fin ». Car Jésus est venu libérer l'amour dans le coeur humain, la seule force qui permet de devenir soi. Il l'a incarné pour que nous la voyions à l'oeuvre de nos yeux, et ainsi nous donner la conviction que la souffrance et même la mort ne peuvent être le dernier mot, ne peuvent mettre un terme à l'amour. L'apôtre Pierre en est une belle illustration, lui qui a cédé à la pression et a renié son maître. Jean raconte à la fin de son évangile, qu'après la mort de Jésus, il a fait l'expérience qu'il était vivant, et à trois reprise, répondant à sa question, il a dit : Je t'aime. Et c'est alors qu'il apprend qu'il sera en mesure de mourir martyr; l'amour libéré est devenu sa force.

Je ne connais pas ce que furent les motivations d'Yasma Yaqoob ou d'Asma Jahangir. Mais je suis convaincu qu'elles ont écouté la parole la plus profonde de leur coeur, une parole marquée par la force de l'amour, une parole reprise par Jésus quand il dit : le pain que je donnerai, c'est ma chair pour que le monde ait la vie. On ne peut pas aimer sans donner naissance à soi-même, et sans donner naissance aux autres; et quand on donne naissance, la mort n'a plus d'emprise sur soi.

 

-André Gilbert, Gatineau, août 2018

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