Sybil 2007

 

Le texte évangélique

 

Mc 1, 12-15

12. L'Esprit l’amène aussitôt à se retirer dans un lieu isolé. 13 Et il passa ces quarante jours dans ce lieu isolé à être confronté à ses vulnérabilités et au désir d’être tout-puissant, entouré d’animaux sauvages. Cependant les messagers de Dieu le soutenaient.

14 Après l’incarcération de Jean, Jésus se rendit en Galilée en annonçant tout haut la bonne nouvelle provenant de Dieu 15 en ces termes : « Le temps est venu pour le monde de Dieu de commencer à vous rejoindre. Laissez-vous transformer par la confiance à cette bonne nouvelle. »

 



 

 

 

 

 

 

 

 

Au milieu de nos déceptions et de notre isolement, le désir d'authenticité est toujours là et n'attend que notre consentement

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Sommes-nous différents des financiers de Wall Street?

Il y a quelque temps, un tsunami financier a complètement bouleversé notre monde. Le montage boursier de certains spéculateurs qui permettait de se protéger des prêts hypothécaires à haut risque s’est écroulé comme un château de carte, entraînant dans la faillite une myriade d’établissements financiers. Les conséquences sont énormes. Il y a d’abord des gens comme cette femme de l’est américain, mère de deux enfants, qui avait contracté un de ces prêts sans en parler à son mari, et qui a préféré se donner la mort plutôt que d’affronter l’humiliation de perdre sa maison. Mais il y aussi l’impact sur l’économie de la restriction du crédit : les banques n’ont plus la liquidité pour prêter et ne se font même plus confiance entre elles. Des jours sombrent s’annoncent pour de grands secteurs de notre société. Que s’est-il donc passé? À qui la faute?

Les financiers proposeront leurs propres solutions, tandis que les politiciens essaieront de limiter les dégâts tout en établissement de nouvelles règles. Pourtant, une crise financière n’a rien de nouveau. Mais à moins de simplifier les choses à outrance à ramenant tout à des spéculateurs véreux, nous avons ici un bel exemple de l’histoire humaine où s’entremêlent bonnes intentions, trouvailles brillantes et perversions. Car à l’origine de cette initiative se trouvait l’intention noble de donner accès à la propriété aux gens qui, autrement, n’auraient jamais pu. Dans ce contexte, pouvons-nous trouver un peu d’éclairage dans l’évangile de ce jour?

Jésus vient de vivre une expérience choc lors de son baptême par Jean-Baptiste, alors qu’il se découvre aimé d’une manière particulière par Dieu. Il sent le besoin de prendre du recul par rapport à ce qu’il vient de vivre. Sans le quotidien habituel pour distraire, il se retrouve seul avec lui-même, confronté à tout ce qui l’habite. L’évangile dit : « Il était dans le désert durant quarante jours, tenté par Satan. » que je traduis par : « Et il passa ces quarante jours dans ce lieu isolé à être confronté à ses vulnérabilités et au désir d’être tout-puissant. » Car Satan est le symbole de l’adversaire de Dieu en nous, donc le symbole de tout ce qui, en nous, nous empêche d’être l’être vrai, authentique et merveilleux que Dieu a créé. Aussi, avant de diaboliser les financiers et les courtiers, repensons à Jésus : lui aussi essaie de suivre son désir d’un monde meilleur qu’exprime son baptême à la suite de la prédication de Jean Baptiste, lui aussi fait l’expérience d’être un être privilégié qui est en relation avec la source de ce monde, et en même temps il fait l’expérience de ses limites, il fait l’expérience d’être divisé par des forces contradictoires suscitées par la possibilité de tout contrôler, d’échapper aux contraintes physiologiques et de l’histoire personnelle, et d’éviter la trivialité par une réputation internationale. Et dans le monde juif, le chiffre quarante a une valeur symbolique, puisqu’il signifie le temps d’une génération, en d’autre mots, toute une vie. Jésus a vécu cette confrontation tout sa vie, comme nous.

Mais est-ce tout ce que l’évangile a à nous dire : Jésus a été comme nous dans les déchirements que nous pouvons vivre? Ici, une phrase est centrale pour la compréhension de ce récit : « Les anges le servaient. », que je préfère traduire par : « Les messagers de Dieu le soutenaient. » En d’autres mots, Jésus a eu dans sa vie des gens qui l’ont aidé à passer à travers ses vulnérabilités, il a connu des événements et des êtres qui l’ont aidé à éviter ces pièges qui l’auraient éloigné de son être profond et de sa mission. Et c’est cela qui explique pourquoi Jésus se met à proclamer : « Le temps est venu pour le monde de Dieu de commencer à vous rejoindre. Laissez-vous transformer par la confiance à cette bonne nouvelle. » Jésus vient justement de faire l’expérience de ce monde de Dieu qui le transforme de l’intérieur.

Qui que nous soyons, financier, travailleur, religieux, entrepreneur, enseignant, retraité, le monde de Dieu est en nous et demande sans cesse d’occuper un peu plus de place, non pas par plus de choses dites « religieuses », mais par plus d’authenticité. Le plus souvent, cette demande prend la forme d’un appel à aimer et à éviter les multiples formes des fuites de la vie. Aussi, parler de « repentir » ou de « conversion » ne signifie pas « se culpabiliser » ou « faire un effort », mais simplement de consentir à des désirs qui proviennent du meilleur de nous-mêmes, à travers le brouhaha de tant d’autres désirs. Voilà pourquoi le cheminement humain est avant tout le consentement à se laisser transformer par les appels de la vie en soi.

Les financiers et les courtiers sont-ils différents de nous? Non. Ils nous reflètent, ils reflètent la complexité de la vie où des désirs contradictoire nous assaillent, comme l’a vécu Jésus. Mais Jésus a dit : il suffit simplement de dire oui à ce que nous percevons de meilleur en soi, et la victoire viendra. Y croyons-nous vraiment?

 

-Octobre 2008