Sybil 2001

 

Le texte évangélique

Lc 3, 1-6

1 En l'an quinze du règne de Tibère César, alors que Ponce Pilate était gouverneur de la Judée, Hérode tétrarque de Galilée, son frère Philippe tétrarque de la région d'Iturée et de Trachonitide, Lysanias tétrarque d'Abilène, 2 au temps du grand prêtre Anne et Caïphe, une parole de Dieu se fit entendre au désert dans la personne de Jean, fils de Zacharie. 3 Et lui se promenait dans les environs du Jourdain en prêchant un baptême qui impliquerait une réorientation de sa vie et une libération de toutes ses fautes. 4 Comme c'est écrit dans la Bible où on trouve ces paroles du prophète Isaïe:

Une voix crie dans le désert:
«Préparez le chemin du Seigneur,
rendez droits les sentiers qui mènent à lui.
5 On comblera tout ravin
et on nivellera toute montagne ou colline,
tout comme on rendra droit ce qui est sinueux
et lisses les chemins raboteux.
6 Ainsi tout être humain pourra voir la libération apportée par Dieu.


 

 

 

 

 

 

 

 

L'heure de la vaisselle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Tout se joue ici et maintenant

D'entrée de jeu, je pose la question: avez-vous déjà vécu certains "moments de grâce"? Par là, je veux dire des moments que vous souhaiteriez vivre à chaque seconde de votre vie et, si cela était totalement en votre pouvoir, vous organiseriez votre existence pour qu'il en soit sans cesse ainsi de votre naissance à votre mort? J'imagine un tas de réponses, de l'extase devant la beauté d'un paysage aux échanges amoureux enflammés.

Quand j'essaie de répondre personnellement à cette question, j'arrive à un résultat un peu différent, du moins un peu plus générique: je vis un moment de grâce quand je suis totalement ouvert au "ici et maintenant", quand j'arrive à être pleinement sensible et receptif à tout ce qui constitue les événements d'une journée, quand je me laisse enseigner par les êtres que je rencontre et par leurs récits, quand je laisse monter en moi l'ensemble des émotions, sentiments, préoccupations, questions, idées qui m'habitent. Au risque d'en étonner plusieurs, voilà le moment de grâce que j'aimerais vivre à chaque instant de ma vie et que, malheureusement, je vis si peu...

Ce que je présente ici n'est pas un petit essai de philosophie pratique ou de sagesse de vie, mais est directement inspiré par le récit évangélique de ce dimanche: "L'an quinze du principat de Tibère César, Ponce Pilate étant gouverneur de Judée... la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert.... il vint dans toute la région du Jourdain". Où est-elle cette fameuse parole de Dieu? Elle est dans le temps (L'an quinze du principat de Tibère César), elle est dans un lieu (dans toute la région du Jourdain), elle est à travers une personne (Jean, fils de Zacharie).

Ce n'est pas un hasard si Luc présente le parole de Dieu dans ce cadre. On ne nie pas ici le rôle de la méditation, de la contemplation ou de la prière. D'ailleurs n'est-ce pas le même Luc qui insiste tant sur la prière tout au long de son évangile et situe les décisions importantes de Jésus après des moments de prière? Mais ces moments de prière ne visent qu'à mieux s'ouvrir à la réalité du présent, à l'histoire, aux gens, aux événements, là où Dieu parle.

On touche ici au coeur du mystère chrétien représenté par Noël. Parler d'incarnation, n'est-ce pas parler du lieu où Dieu se révèle? Dire "le Verbe s'est fait chair", n'est-ce pas pointer vers notre vie quotidienne? Et où Jésus a-t-il pu puiser cette sagesse qui étonnait les foules, sinon à travers sa capacité inouïe de s'ouvrir à l'ensemble du réel, à vibrer, à écouter, à pleurer, à s'interroger?

On rapportait récemment dans le journal l'étonnant nombre de conversions en Angleterre de gens quittant une dénomination religieuse pour une autre, et on citait le témoignage d'une jeune femme convertie à l'Islam: "C'est tellement plus clair, plus simple, cet accent sur la transcendance et l'unicité de Dieu". Ce type de témoignage vis-à-vis de l'Islam n'est pas nouveau et met en relief ce qu'il y a de difficile, paradoxal, voire scandaleux dans la foi chrétienne: c'est dans la chair et dans l'histoire que Dieu se laisse voir et entendre.

Une fois tout cela dit, qu'attend-on de moi? Que je me conforme à une loi, à une règle? Non! C'est à la fois plus simple et plus difficile: " Préparez le chemin du Seigneur, rendez droits ses sentiers; tout ravin sera comblé, et toute montagne ou colline sera abaissée.... ". En un mot, il ne s'agit pas de poser des gestes héroïques de vertu, mais plutôt d'enlever tout obstacle à cette ouverture sans limite sur la vie et l'ensemble de la réalité. Et cela, chacun doit y répondre pour lui-même.

Il me revient à la mémoire la réponse d'un consommateur de drogue à qui on posait la question: "Qu'est-ce qui te fait peur?" Sa réponse ne s'est pas fait attendre: "La vie, la réalité! Je ne peux pas la voir!" Aujourd'hui, ma prière pour moi et pour cette humanité que j'aime, est de dire: "Seigneur, abaisse mes collines qui masquent la réalité, même si celle-ci me fait parfois frisonner, et que je sois ainsi un être libéré".

 

-Septembre 2000