Analyse couvrant les trois parties de l'arrestation de Jésus


Sommaire

Pour analyser la scène de l’arrestation de Jésus, les biblistes la divisent généralement en deux composantes, l’arrivée de Judas, son baiser et l’arrestation de Jésus d’une part, l’oreille coupée, la protestation de Jésus et la fuite des disciples d’autre part. Plusieurs biblistes voient dans la première composante une source préMarcienne. Quant à la deuxième composante, l’unanimité n’existe pas et l’application de notre logique moderne échoue à reconstituer une tradition cohérente.

En considérant les éléments communs aux quatre évangiles, on arrive à repérer des éléments qui ont une valeur ancienne : 1) l’oreille coupée; 2) la protestation de Jésus sur l’inutilité de son arrestation alors qu’il enseignement régulièrement et publiquement au Temple; 3) le fait que ces événement ont été interprétés comme faisant partie du plan de Dieu; 4) les disciples ont pris la fuite.


  1. Des théories de sa composition
    1. Composante I (Marc 14, 43-46)
    2. Composante II (Marc 14, 47-52)
  2. Les éléments communs dans les évangiles
    1. Composante I (Rencontre initiale : Mc 14, 43-46 et ses parallèles)
    2. Composante II (Les incidents pendant l’arrestation : Mc 14, 47-52 et les parallèles)
  3. Le jeune homme qui s’enfuit nu

 

  1. Des théories de sa composition

    1. Composante I (Marc 14, 43-46)

      Cette composante I comprend l’arrivée de Judas, son baiser et l’arrestation de Jésus. La majorité des biblistes reconnaissent que Marc a puisé ce récit à une source antérieure, appelée préMarcienne, peu importe s’il s’agisse d’une tradition orale ou d’un récit écrit. Mais on diverge sur le contenu de ce récit originel : incluait-il la scène de Gethsémani ou faisait-il simplement suite au dernier repas? Si on se fie à Paul (1 Corinthiens 11, 23), il contenait certainement une référence à l’arrestation de Jésus.

    2. Composante II (Marc 14, 47-52)

      Cette deuxième composante comprend la scène de l’oreille coupée, la récrimination de Jésus sur le fait qu'on soit venu avec des armes alors qu’on l’avait laissé jusque là enseigner au Temple et la fuite des disciples. On trouve beaucoup de divergence chez les biblistes sur sa composition. Pour certains, Marc aurait ramassé ici une collection de matériaux qui ne faisaient pas partie d’un récit préMarcien. Pour d’autres, les scènes de l’oreille coupée et de la fuite faisaient partie d’un récit préMarcien. Bref, vouloir appliquer notre logique moderne dans l’évaluation de la cohérence du récit ne donne aucun résultat probant.

  2. Les éléments communs dans les évangiles

    • Jean ne connaît pas le Synoptiques, et donc son récit est indépendant
    • Matthieu compose son récit à partir de Marc et lui a ajouté des éléments qui ont certains parallèles avec ceux de Luc
    • Luc connaît Marc que, tantôt, il abrège, tantôt il amplifie
    • L’accord de Matthieu et Luc suggère l’accès à une tradition, peut-être orale

    1. Composante I (Rencontre initiale : Mc 14, 43-46 et ses parallèles)

      1. Le premier élément semblable concerne l’arrivée de Judas avec un groupe qui avait reçu l’autorisation des autorités juives d’arrêter Jésus. Luc propose un récit légèrement divergent dans la composition de ce groupe, en ayant la présence des grands prêtres; il combine probablement l’arrestation de Jésus avec des éléments de son procès. Quand à la présence des romains telle que proposée par Jean, il est impossible d’en déterminer la valeur historique.

      2. Le deuxième élément semblable concerne l’identification de Jésus. Dans les Synoptiques, cette identification se fait avec le baiser de Judas. Chez Jean, c’est Jésus qui s’identifie lui-même (Je suis), ce qui a pour effet de jeter par terre le groupe venu l’arrêter. Nous avons reconnu qu’il s’agissait là d’une dramatisation de la puissance du nom de Jésus. Mais il y avait tout de même là une ressemblance avec Marc (14, 44 : « c’est lui », i.e. littéralement, « il est »). Enfin, le discours de Jésus en réaction au baiser chez Matthieu et Luc témoignent d’un récit et d’une réflexion qui se sont poursuivis indépendamment de la version de Marc.

    2. Composante II (Les incidents pendant l’arrestation : Mc 14, 47-52 et les parallèles)

      1. Les quatre évangiles rapportent la scène de l’oreille coupée. Il s’agit probablement d’un détail très ancien. Les commentaires négatifs de Jésus sur ce geste en Matthieu, Luc et Jean témoignent de manière indépendante du fait que les chrétiens l’ont trouvé déroutant, et même scandaleux, une fois que l’auteur a été identifié avec un disciple.

      2. Le deuxième élément commun concerne la protestation de Jésus sur l’inutilité d’une telle arrestation alors qu’il avait régulièrement enseigné en public au Temple. Même si ce commentaire de Jésus n’apparaît comme tel chez Jean, on en trouve un écho lors de sa comparution devant Anne (18, 20-22). Ainsi, il devait exister une tradition chrétienne accentuant la justesse de la cause de Jésus, sans qu’elle ait un cadre particulier. Marc l’a placé au moment de son arrestation, Jean au moment de son procès.

      3. Un troisième élément commun est une parole de Jésus expliquant la nécessité de ces événements dans le plan de Dieu. Ce plan est explicité par l’Écriture chez Marc/Matthieu, par la parole même de Jésus chez Jean. On peut imaginer que Jésus a continuellement réfléchi sur la tournure des événements et s’est sans doute référé à l’Écriture, comme l’ont fait abondamment les chrétiens par la suite. Mais il est impossible de déterminer si une référence à l’Écriture vient de Jésus lui-même ou de la réflexion chrétienne.

      4. Enfin, le dernier élément concerne la fuite (Marc/Matthieu) ou le départ (Jean) des disciples. Mais la version de Jean exprime plutôt sa christologie sur la souveraineté de Jésus. Quant à Luc, son omission reflète son désir d’éviter de présenter un portrait défavorable des disciples. Bref, sur le plan historique, il n’y a pas de raisons sérieuses de douter de cet événement, un événement qui a sans doute amené Marc à méditer sur les implications d’être disciple.

  3. Le jeune homme qui s’enfuit nu

    Cette fuite est l’exemple culminant de la fuite de tous les disciples. C’est une scène tellement disgracieuse que Matthieu et Luc ont préféré l’ignorer. Mais est-elle historique? Si on peut dire que la fuite des disciples n’a pas été inventée, on ne peut malheureusement pas utiliser le même argument pour cette figure isolée du jeune homme. Aussi vaut-il mieux demeurer modeste et laisser ce jeune homme sous le voile du mystère.

 

Brown v.1: Acte 1, scène 2 - #13 Analyse couvrant les trois parties de l'arrestation de Jésus pp 305-310 (version anglaise).


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