Sybil 2007

Le texte évangélique

Mc 4, 35-41

35 Cette journée-là, alors que le soir était venu, Jésus leur dit : « Traversons vers l’autre rive. » 36 Laissant alors la foule, ils l’emmènent tel quel dans la barque, et d’autres barques l’accompagnèrent. 37 Alors une grande bourrasque de vent s’élève et les vagues venaient frapper la barque, si bien que celle-ci se remplissait. 38 Mais lui dormait à l’arrière, la tête appuyée sur un coussin. Ils le réveillent et lui disent : « Maître, tu ne te soucies pas de ce que nous périssons ? » 39 Après s’être réveillé, il défia le vent et dit à la mer : « Tais-toi! Soumets-toi ! » Alors le vent tomba et un grand calme se fit. 40 Jésus leur dit : « Pourquoi avez-vous si peur ? N’avez-vous donc pas encore la foi ? » 41 Alors ils ressentirent une grande crainte et se dirent entre eux : « Mais qui donc est-il pour que le vent et la mer se soumettent à lui ? »


 


 

 

 

 

 

 

 

 

Quand frappe la tempête des mauvaises nouvelles, nous osons croire que nous ne seront pas laissés seuls

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Qu’est-ce que croire ?

Il y a un certain temps, un vent de panique s’est emparé des marchés boursiers. On n’avait plus confiance. Non seulement des financiers se sont montrés imprudents, mais certains se sont avérés des escrocs. Résultat : beaucoup de drames humains. Des gens ont vu leurs économies réduites en cendre. De futurs retraités se voient forcés de continuer à travailler. Certains ont perdu leur emploi ou craignent de le perdre. Les drames ne sont pas faciles à vivre.

Ce contexte peut nous aider à entrer dans récit de l’évangile de Marc. Après avoir parlé à la foule des Juifs du Royaume de Dieu à travers des paraboles, Jésus s’embarque de nuit avec ses disciples pour traverser le lac de Galilée afin de rejoindre la région des gens d’origine grecque. C’est à ce moment qu’éclate une violente bourrasque de vent au point de mettre en péril la barque. Les disciples vivent ce que nous vivons tous dans les violentes tempêtes : la peur. Mais dans notre récit il y a quelque chose de plus : non seulement les disciples ont peur, mais ils sont scandalisés de l’indifférence de Jésus qui dort à l’arrière de la barque : « Tu ne te soucies pas de ce que nous périssons? » Vous connaissez la suite : Jésus se réveille, calme les éléments naturels, puis fait un reproche aux disciples : « Mais où est votre foi? ».

Pour bien comprendre ce récit, resituons-nous à l’époque où Marc l’a écrit, probablement à Rome. Les chrétiens ont quitté le milieu palestinien, traversé la Méditerranée, pour se rendre dans un milieu païen où ils vont connaître l’hostilité. Néron va persécuter la jeune communauté chrétienne. Entre autres, on attachera vivants des croyants à des poteaux sur lesquels on mettra le feu pour qu’ils brûlent dans la nuit comme des torches pour éclairer la ville. Quelles questions pensez-vous se posent ces jeunes baptisés qui, après avoir proclamé le Christ ressuscité et chanté Alléluia, voient la barque de la communauté presque complètement détruite ? Elle crie : « Es-tu indifférent à ce qui nous arrive, pourquoi laisses-tu détruire ta communauté? »

Mais deux milles ans plus tard, les mêmes cris s’élèvent dans la nuit. Pensez un instant aux questions qui ont pu s’élever des chrétiens japonais quand la bombe atomique est tombée sur la ville de Nagasaki en août 1945. Ne l’oublions pas, à Nagasaki vivait la plus grande communauté chrétienne du Japon. N’était-il pas normal de dire : « Mais Seigneur, tu es complètement fou, tu viens de détruire ton enfant, celui à qui on promettait un brillant avenir! » Ici, chacun peut nommer une situation, un événement où Dieu semble absent, où on souhaite en vain son intervention. En ces moments, nous avons l’impression que Dieu n’existerait pas que cela ne changerait absolument rien.

Mais alors comment recevoir l’interpellation (ou le reproche) de Jésus : « Où est votre foi? » S’agit-il d’une foi aveugle : « Vous ne verrez aucun changement, mais croyez tout de même »? Quand on écoute attentivement les paroles de Jésus, il est clair que pour lui la foi est ce qui permet de trouver la vie. La foi, c’est ce qui l’a fait vivre, lui. La récit de la tempête apaisée doit être interprétée à la lumière du récit précédent où Jésus proclame sa foi en disant que le Royaume de Dieu ressemble à une graine de moutarde qui devient un arbre où les oiseaux de l’univers viennent s’abriter; en d’autres mots, Jésus dit ceci : « Ce vous observez, c’est que ma prédication ne va nulle part, mais sachez que ce que j’ai semé aura un impact universel à travers les temps. » Sans cette foi, Jésus serait aussitôt retourné à son atelier à réparer des outils de bois.

Notre erreur, c’est d’imaginer qu’avec Dieu les tempêtes disparaissent. Mais c’est l’inverse qui se passe. Alors à quoi sert la foi? Qu’est-ce que cette image de la mer qui se calme et du vent qui tombe dans le récit de ce jour? Un journaliste rapportait les mouvements violents xénophobes en Russie et le témoignage d’un juif de Moscou qui, après avoir été blessé sérieusement parce qu’il n’était pas slave, a décidé de maintenir un blogue sur Internet. Un néonazi lui a écrit : « Nous finirons le travail un jour, on te tuera! » Il a réagi en disant au journaliste : « On doit leur faire face, c’est la seule solution ». Le calme, c’est cette capacité de croire que notre action portera ses fruits malgré les apparences contraires et de continuer.

Jésus a connu beaucoup de tempêtes. La dernière, il l’a vécu au jardin de Gethsémani. On nous dit qu’il a vécu l’angoisse, qui est une forme de peur. Mais cette angoisse ne l’a pas paralysé, mais elle s’est exprimée dans une prière à Dieu son Père et dans une demande à ses disciples : « Restez avec moi ». Croire pour lui a été de sentir qu’il n’était pas seul, même si la présence de ses disciples aurait pu être meilleure, tout comme la tempête s’est apaisée quand les disciples ont fait l’expérience d’un Jésus présent, « réveillé ». Puissions-nous être présents au gens dans l’angoisse et les tempêtes, pour qu’ils puissent à leur tour croire.

 

-Mars 2009