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4 Maccabées

Qu'est-ce que ce quatrième livre des Maccabées

À l'instar de plusieurs oeuvres, cet ouvrage ne comporte pas de titre, si bien qu'il est présent de manière anonyme dans plusieurs manuscrits. Dans d'autres manuscrits, il fut affublé de divers titres, dont celui proposé par Eusèbe de Césarée et Jérome : De la suprématie de la raison. Mais quand il fut traduit en syriaque et apparu dans la Peshitta (fin du 4e s.), il portait le titre : Le quatrième livre des Maccabées et leur mère. En fait, il est légitime d'associer cet ouvrage aux frères Maccabées, car il témoigne d'événements qui auraient eu lieu au début de la période de la révolte maccabéenne. De plus, il puise largement dans le récit du deuxième livre des Maccabées.

On le retrouve dans la Septante selon la recension du codex Sinaïticus (4e s.) et du codex Alexandrinus (5e s.), et dans la le Codex Venetus (8e s., à l'exception de 5, 12 – 12, 1). Certains pères de l'Église ont pensé que l'auteur était l'historien juif Flavius Josèphe, car plusieurs manuscrits présentaient ensemble l'oeuvre de Josèphe et le quatrième livre des Maccabées. Mais la différence de style rend le rapprochement impossible.

Le quatrième livre des Maccabées est avant tout un discours philosophique voulant démontrer la suprématie de la raison sur les passions. Il suit alors l'approche de la rhétorique classique : un exhorde (1, 1 – 12), où l'auteur introduit le sujet : la maîtrise des passions par la raison pieuse; suit ensuite le corps de l'ouvrage qui se divise en deux grandes parties, l'exposé de la thèse (1, 13 – 3, 18) où il explique les concepts de « raison » et « passion », puis l'application de sa thèse à un cas spécifique (3, 19 – 17, 6); le tout se termine avec une péroraison (17, 7 – 18, 24).

Composition

Le fait que l'auteur tente de démontrer que, en demeurant fidèle à la Loi juive, on accomplit par le fait même l'idéal de la vertu, nous indique qu'il est juif. Mais c'est un Juif profondément imprégné de la pensée philosophique grecque qui maîtrise parfaitement la langue grecque, une langue qui serait sa langue maternelle.

Même si l'oeuvre semble anonyme, peut-on se faire une idée de la date de composition et de l'auteur? Le texte semble assumer que le temple n'est pas encore détruit (4, 11 : « Tombant à demi mort sur le parvis des Païens »), et donc doit être daté avant l'an 70 de notre ère. À l'inverse, il faut le placer après la conquête de Pompée en l'an 63 avant notre ère : l'auteur a besoin d'expliquer qu'autrefois le grand prêtre l'était à vie, une situation qui changea avec l'arrivée des Romains. Mais le vocabulaire utilisé nous permet plus de précision. Tout d'abord, des mots comme thrēskeia (religion) et nomikos (expert de la loi) ne devinrent populaire qu'à partir de la période de l'empereur Auguste (-63 à 14). De plus, en parlant d'Apollonius, il le décrit comme « gouverneur de Syrie, de Phénicie et de Cilicie » (4, 2), alors que que 2 Maccabées 3, 5 le décrit comme « gouverneur de Coelésyrie et de Phénicie ». Or, d'après l'historien romain Tacite (Annales 2, 58; 13, 8), la période où la Cilicie et la Syrie formaient un seul territoire se situerait entre l'an 19 à 54 de l'ère moderne. Il est difficile d'être plus précis. Aussi parlerons-nous d'une date de composition dans la première partie du premier siècle de notre ère, disons vers l'an 40, vers la fin du règne de Caligula.

Une autre observation vient confirmer ce que nous venons d'affirmer. Il y a en 4 Maccabées la notion de la valeur rédemptrice des souffrances et de la mort du juste martyr, obtenant le pardon de Dieu pour tout le peuple : « leur vie servant de rançon pour le péché de notre peuple » (17, 21). Cette notion n'est pas nouvelle, puisqu'on la trouve déjà dans le Lévitique avec le bouc « à Azazel », sur lequel on fait reposer tous les péchés du peuple et qu'on envoie ensuite dans le désert en rite d'expiation (Lv 16, 7-10). De même, la figure du Serviteur souffrant en Isaïe est celle de quelqu'un qui « a été transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos fautes », et par là, « le châtiment qui nous rend la paix est sur lui, et dans ses blessures nous trouvons la guérison » (Is 53, 5). Mais cette notion d'expiation pour quelqu'un d'autre semble s'être répandue lors de la période intertestamentaire comme en témoigne non seulement certains écrits de Qumran (voir 1QS 5, 6; 8, 3.10; 9, 4), mais surtout plusieurs écrits du Nouveau Testament, en particulier les évangiles (« Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude », Mc 10, 45), et les lettres attribuées à Paul ( « Dieu l'a exposé, instrument de propitiation par son propre sang moyennant la foi; il voulait montrer sa justice, du fait qu'il avait passé condamnation sur les péchés commis jadis », Rm 3, 25). Qu'est-ce à dire? Qu'on parle de 4 Maccabées, des évangiles ou des lettres de Paul, ils appartiennent tous à une époque où la notion d'expiation pour les péchés des autres était dans l'air du temps.

Quant à l'auteur, il est si imprégné de la pensée hellénistique qu'il est presqu'impossible de le situer en Palestine. Il épouse clairement la doctrine grecque de l'immortalité de l'âme, et s'il semble faire beaucoup d'emprunts au récit de 2 Maccabées, il passe totalement sous silence la doctrine juive de la résurrection des corps qui s'y trouve (« le Roi du monde nous ressuscitera pour une vie éternelle, nous qui mourons pour ses lois » 2 M 7, 9). Il est plutôt marqué par les idées platoniciennes où l'idéal est de vivre et mourir en pratiquant les vertus, comme la justice et les autres. Également, il fait souvent référence au langage et la vision stoïcienne (« ce n'est pas à ses propres passions que la raison commande, mais à celles qui sont contraires à la justice, au courage, à la tempérance et à la prudence », 1, 6). Malgré tout, le philosophe chez lui n'oublie pas le théologien, loyal à la foi de ses ancêtres : fondamentalement, toutes les grandes vertus grecques et sa sagesse s'accomplissent dans l'observance de la Loi juive.

Où situer un tel auteur? La première ville qui vient en tête est Alexandrie, où vivait un grand nombre de Juifs immergés dans la culture hellénistique, comme Philon (-20 à 40). Mais ce n'est pas la seule ville de la diaspora juive immergée dans la culture hellénistique. Et il est surprenant que des gens comme Clément d'Alexandrie (150 à 215) et Origène (184 – 253), qui a aussi vécu à Alexandrie, ne fassent nullement allusion à 4 Maccabées. Il faut donc chercher ailleurs, en particulier en Asie mineure (la Turquie actuelle), car c'est là qu'a fleuri au 2e s. de notre ère le même style rhétorique qu'on trouve en 4 Maccabées. Et la ville la plus importante était Antioche de Syrie qui, d'après Flavius Josèphe, était la troisième ville après Rome et Alexandrie où fleurissaient la rhétorique grecque et les arts. De plus, les témoignages ultérieurs indiquent l'existence d'un culte aux martyrs maccabéens à Antioche. Ainsi le discours de 4 Maccabées aurait pu être composé à l'occasion du jour où on commémorait ces martyrs, dans un milieu pour lequel cela avait une grande signification. Enfin, les images maritimes utilisées par 4 Maccabées suggèrent une ville côtière, comme Antioche ou une autre ville sur le bord de la Méditerrannée.

Le quatrième livre des Maccabées dans l'histoire

De manière surprenante, ce n'est pas dans la tradition juive, mais dans la tradition chrétienne primitive que 4 Maccabées a exercé son influence. Ainsi, on voit apparaître Passio ss. Machabaeorum, une traduction libre en latin qu'on date du 4e s. Certains Pères de l'Église l'ont adopté quasiment comme un livre chrétien, dans la mesure où les martyrs juifs étaient vus comme des protomartyrs chrétiens. Par exemple, Grégoire de Naziance (329 – 390), en Asie mineure, dans son éloge des martyrs, rappelle qu'on les commémorait le premier août et qu'ils méritaient un honneur universel, ayant vécu selon la croix avant la croix elle-même. Jean Chrysostome (349 – 407), qui est né à Antioche, consacre quatre homélies aux martyrs maccabéens, présentant le Christ comme celui qui a entraîné la mère vieillissante dans l'épreuve des tourments à l'arène. Dans son oeuvre latine Sur Jacob et la vie heureuse, Ambroise de Milan (340 – 397) transcrit en bonne part le quatrième livre des Maccabées. Augustin (354 – 430), pour sa part, affirme que c'est en raison de leurs souffrances extrêmes comme martyrs que les livres des Maccabées ont été préservés dans l'Église.

À la Renaissance, le quatrième livre des Maccabées deviendra une source d'inspiration pour Érasme. Alors qu'il subit l'inquisition espagnole en 1523, il publiera à Cologne en 1524 son édition latine de 4 Maccabées (paraphrasant peut-être Passio ss. Machabaeorum du 4e s.), dédiée à son ami Elias Maraeus, président du « Collège des Maccabées de Cologne », au service du sanctuaire où on vénérait les reliques des Maccabées.

Bref, à travers les âges, le quatrième livre des Maccabées a fourni soutien, encouragement et inspiration à tous ceux qui vécurent la persécution et la tyrannie, leur donnant un modèle à suivre.

-André Gilbert, janvier 2019

Références :

  • H. Anderson, 4 Maccabees, The Old Testament Pseudepigrapha, v. 2, ed. James H. Charlesworth. Doubleday: Garden City, 1985, p. 531-564.
  • Michael Langlois, 3-4 Maccabées.

Sommaire

Chapitre 1D'entrée de jeu, l'auteur propose sa thèse : la raison pieuse est souveraine des passions. L'exercice de la raison est lié à la plus grande des vertus : la prudence. La raison permet de dominer les passions comme la gloutonnerie et le désir par la tempérance, la malignité par la justice, la colère, la peur et la douleur par le courage. Pour illustrer ce point, on se réfèrera à ceux qui sont mort à cause de la vertu : Eléazar, les sept frères et leur mère. L'auteur fera donc l'éloge de ces gens qui, par leur courage et par leur endurance, ont suscité l'admiration non seulement de tous les humains, mais aussi de leurs bourreaux, obtenant non seulement la victoire sur un tyran, mais aussi la purification de leur patrie.

Pour étayer la thèse que la raison domine les passions, il faut préciser ce qu'est la raison, nommer toutes les passions, et voir comment la raison les domine toutes. Commençons avec la raison. Elle est cette intelligence qui choisit la vie selon la sagesse, i.e. la connaissance des choses divines et humaines, et de leurs causes. Cette sagesse prend la forme de la prudence, la justice, le courage et la tempérance. Quant aux passions, elles se déclinent autour du plaisir (incluant le désir et la joie, ainsi que la malignité et l'emportement) et de la douleur (incluant la crainte et la tristesse, ainsi que l'emportement). La raison domine les passions, par exemple quand la tempérance amène un Juif à se détourner des plaisirs de la table alors qu'on y présente une nourriture interdite par la Loi.

Chapitre 2C'est ainsi que Joseph, même s'il était jeune, a dompté son désir sexuel, tout comme le commande la Loi de ne pas désirer la femme de son prochain; c'est la preuve que la raison peut commander au désir. Voilà pourquoi la Loi peut demander de dominer l'amour de l'argent en demandant de prêter sans intérêt, de dominer son avarice en permettant aux pauvres de grappiller un champ après les vendanges, de dominer tout ce qui s'oppose à l'amour de ses parents, de son épouse, des ses enfants et de ses amis. Elle permet même de dominer la haine des ennemis, ou encore, dans le cas de Moïse, de ne pas laisser libre cours à sa colère. Quand Dieu a créé l'homme, il a planté bien sûr en lui les passions et ses inclinations, mais il lui a aussi donné l'intelligence et la Loi qui lui permettent de mener une vie tempérante, juste, bonne et courageuse.
Chapitre 3Si la raison peut dompter les passions, elle ne peut faire en sorte qu'elles n'existent pas; elle permet seulement de ne pas en devenir esclave. La plus belle illustration provient du récit de David qui, après un combat contre les Philistins et assoiffé, désira ardemment boire l'eau du puits en territoire ennemi : alors que deux jeunes gens réussirent à se faufiler et à rapporter ce que désirait le roi, ce dernier refusa de boire une eau obtenue au risque de voir couler le sang, et fit plutôt une libation à Dieu; c'est la preuve que la raison peut triompher des souffrances du corps. Un autre exemple encore plus impressionnant du triomphe sur les souffrances du corps concerne un événement à l'époque de Séleucos IV Philopator (il régna de de 187 à 175 av. l'ère moderne), alors que les Juifs vivaient en paix selon la Loi, avant que certains n'introduisent des mesures répressives.
Chapitre 4(L'auteur reprend ici le récit de 2 M 2, 3 – 6, 17) Un Juif, nommé Simon, en rivalité avec le grand prêtre Onias, confie à Apollonius, gouverneur de Syrie, de Phénicie et de Cilicie, que de grosses sommes d'argent venant de particuliers sont confiées au trésor du temple, et que ces sommes devraient revenir au roi Séleucos. Mandaté par ce dernier, Apollonius se rend à Jérusalem pour saisir le trésor du temple. C'est la consternation chez le peuple juif qui supplie Dieu de protéger son saint lieu. Au moment où Apollonius et sa troupe s'apprêtent à s'emparer du trésor, des anges montés sur des cheveaux et armés apparurent du ciel et semèrent la terreur. En larmes et reconnaissant son péché, Apollonius supplie les Juifs de prier pour lui afin qu'il soit épargné. Grâce à la prière du grand prêtre Onias, Apollonius est sauvé.

Après la mort du roi Séleucos en l'an 175 av. notre ère, son fils Antiochus Épiphane lui succède. Il remplace aussitôt Onias par Jason, son frère, comme grand-prêtre. Ce dernier s'attaque aux coutumes juives, construisant un gymnase, supprimant le service du temple. Or, pendant que Séleucos est en campagne militaire contre Ptolémée, roi d'Égypte, il apprend combien les gens de Jérusalem le détestent. Il s'y rend aussitôt, attaque la ville, et émet un décret interdisant de vivre selon la Loi. Les Juifs préfèrent mourir plutôt que de se plier à ce décret.

Chapitre 5Antiochus ordonne à ses soldats de forcer les Juifs à faire ce qui leur est interdit, manger de la viande de porc et des viandes sacrifiées aux idoles, sous peine de mort. Mais les Juifs s'y refusent, dont le prêtre Éléazar, avancé en âge, qui est amené devant Antiochus. D'abord, Antiochus lui demande de rejeter le précepte juif sur le porc qui est totalement déraisonnable, puis lui reproche de ne pas respecter l'ordre donné. Prenant la parole, Éléazar répond : pour un Juif, il s'agit de respecter la Loi de Dieu; et cette Loi est loin d'être déraisonnable, car elle enseigne la tempérance qui permet de contrôler ses désirs, elle fait pratiquer le courage en acceptant ce qui est douloureux, elle éduque à la justice en demandant d'être équitable envers les autres, et elle enseigne la piété à l'égard de Dieu; aussi est-il tyrannique de forcer les Juifs à transgresser la Loi pour se moquer d'eux, et Éléazar ne transgressera pas cette loi même sous l'effet de la torture, et s'il doit mourir, il ne fera que rejoindre ses ancêtres.
Chapitre 6Son discours terminé, Éléazar est déshabillé par les soldats, puis, après que ses mains eurent été liées, il est frappé par des fouets. Mais le vieil homme semble ignorer sa chair déchirée, le sang qui ruisselle, son flanc couvert de blessures. À la fin, il s'écroule par terre, et un garde frappe ses côtes en sautant sur lui. C'est maintenant les courtiers qui s'émeuvent devant la sérénité d'Éléazar et, par pitié, le conjurent de faire semblant de manger du porc en consommant une viande quelconque bouillie. Insulté, Éléazar refuse de jouer la comédie, d'autant plus qu'il serait au mauvais exemple pour les jeunes, un objet de dérisions pour tous et de mépris pour Antiochus. Puis, il demande d'accélérer sa mort. Alors on le jette dans le feu. Dans un dernier sursaut, Éléazar fait une prière : il déclare à Dieu que c'est pour la Loi qu'il accepte de mourir et Lui demande que son sang purifie le peuple et que sa mort soit comme une rançon pour les péchés de la nation juive. À ces mots, il mourut.

Pour l'auteur de 4 Maccabées, ce récit prouve que la raison pieuse est souveraine des passions, car elle est capable de dominer les souffrances.

Chapitre 7Éléazar apparaît ainsi comme un bon pilote qui, avec le gouvernail de la piété, a su naviguer sur la mer des passions et affronter les vagues de la torture pour enfin aborder le port de la vie éternelle. Grâce à la raison pieuse, il a vaincu les assauts du feu, des coups et de la torture.

S'adressant à Éléazar sous forme de prière, l'auteur exprime son admiration de ce qu'il ne se soit pas souillé avec des viandes impures, demeurant en harmonie avec la Loi; par sa persévérance, il a fortifié les autres dans la fidélité à la Loi et a montré sa maîtrise des passions.

Puis se référant à Nb 17, 1-15 et Sg 18, 20-25, l'auteur compare Éléazar à Aaron qui, même consumé par le feu, ne s'écarta pas de la raison. Ainsi, même s'il était un vieillard, il redevint un jeune homme en esprit grâce à sa raison. Bien sûr, certains diront que ce n'est pas tout le monde qui possède la raison prudente. C'est vrai, seulement certains prennent soin de la piété et ont le pouvoir de commander aux passions de la chair. Il n'y a pas de contradiction à reconnaître que certains se laissent dominer par leurs passions à cause de la faiblesse de leur raison, même parmi les philosophes, et que d'autres sont des hommes sages et courageux, maîtres de leurs passions.

Chapitre 8Le contrôle exercé par la raison pieuse peut se voir aussi chez des adolescents. Ainsi, après la mort d'Éléazar, Antiochus demanda qu'on lui amène d'autres Juifs pour les obliger à manger du porc. On lui présenta donc sept beaux jeunes hommes, des frères, avec leur mère au milieu d'eux. Antiochus leur propose des charges importantes dans les affaires du royaume s'ils renoncent à leur loi ancestrale et adoptent la manière de vivre des Grecs; sinon c'est la torture qui les attend. Pour appuyer ses dires, Antiochus étale devant eux toute une panoplie d'instruments de torture. Utilisant leur raison, les jeunes refusent d'avoir peur. Pourtant, il aurait été légitime d'accepter la demande du roi. Ce dernier n'est-il pas en position d'autorité? N'est-il pas normal de lui obéir? Et Dieu ne pardonnera-t-il pas à quelqu'un qui agit sous la contrainte? De plus, n'est-ce pas rechercher une vaine gloire que d'aller vers la torture et la mort, plutôt que vers une vie tranquille et agréable? La Loi ne peut condamner quelqu'un qui craint les instruments de torture. Enfin, ne faut-il pas avoir pitié de la vieillesse de sa mère?
Chapitre 9La réponse des jeunes ne se fait pas attendre : ils préfèrent mourir plutôt que transgresser la Loi, car la pitié du roi qui leur offre le salut en transgressant la loi serait plus difficile à supporter que la mort elle-même. Le roi n'a-t-il donc rien appris de la mort d'Éléazar? Si des veillards peuvent endurer la torture en raison de leur piété, il est encore plus juste que des jeunes fassent de même. Que le roi ne se fasse pas d'illusion : en envoyant les jeunes à la mort, il les envoie auprès de Dieu qui les récompensera pour leur vertu, alors que lui fera face à la justice divine. Furieux, le roi demande de commencer à torturer l'aîné. Ce dernier, placé sur une roue qui le démembre, accuse le roi de ne pas torturer un meurtrier, mais un défenseur de la Loi. Quand les gardes lui conseillent de manger la viande défendue, il renchérit en demandant de couper ses membres et de brûler sa chair. C'est ce qu'on fait, sans que le jeune homme pousse un seul cri. À la fin, il ouvre la bouche pour exhorter ses frères à l'imiter en continuant le combat pour la piété, puis il expire. C'est ensuite le tour du deuxième frère d'être mis sur l'instrument de torture. S'adressant au roi, il lui dit que la mort à cause de la piété ancestrale est douce et que le plaisir de la vertu allège la douleur, mais lui n'échappera pas au jugement divin.
Chapitre 10Le deuxième frère mort, on amène le troisième, alors que l'auditoire l'exhorte à manger la viande. Il réplique qu'il est fait de la même fibre que son père, sa mère et ses frères, et rappelle que si on peut s'attaquer à son corps, on ne peut s'attaquer à son âme. On lui fait alors subir les pires tortures : disloquation des mains et des pieds, broyage des os, enlèvement des ongles, supplice de la roue. En mourant, il adresse une dernière parole au roi : c'est pour la vertu qu'il souffre, mais, lui, il subira des tortures éternelles. C'est maintenant au tour du quatrième frère. Alors que l'auditoire l'exhorte à obéir au roi et à être sauvé, il répond : aucun feu ne sera assez brûlant pour faire de lui un lâche, car c'est une vie glorieuse qui attend les gens pieux. Alors qu'on s'apprête à lui couper la langue, il ajoute qu'on ne pourra pas couper la langue de la raison, et le roi sera puni par Dieu d'avoir coupé une langue qui chante des hymnes divins.
Chapitre 11Le quatrième frère mort, le cinquième se précipite avant même qu'on l'amène en disant : il ne veut pas se soustraire à une mort pour la vertu, une mort dont le roi sera redevable devant la justice divine; c'est un geste digne d'honneur, et non de tortures, que de vivre selon la Loi de Dieu, un Dieu auquel le roi est étranger. À ces mots, les gardes le placent sur un instrument de torture, appelé catapulte, pour y être démembré. En mourant, il remercia le roi de lui faire ce cadeau de pouvoir démontrer sa fidélité à la Loi à travers les douleurs. Le sixième frère à être amené est un adolescent. Alors que le roi lui demande de manger la viande pour être libéré, il répond : même s'il est plus jeune que ceux qui l'ont précédé, il a le même âge par la réflexion, partageant le même idéal et également prêt à la torture pour ne pas manger des aliments impurs. On l'étend alors sur la roue pour le démembrer, on lui applique sur le dos des broches pointues rouges au feu, on lui brûle les entrailles. Au milieu de ses souffrances, il dit : armé de la science de la piété et de la loi divine, il demeure invincible et, par là, il se trouve à renverser un tyran sur lequel il appelle l'ange vengeur.
Chapitre 12Le sixième frère décédé, c'est enfin le tour du septième et plus jeune frère, qui arrive ligoté. En le voyant, le roi est ému de pitié et essaie de le convaincre de lui obéir pour être considéré comme un ami du royaume et éviter une mort brutale, et voulant mettre plus de pression, il demande d'amener la mère, espérant qu'après avoir perdu six fils, elle fera tout pour garder en vie le septième. Mais, ce dernier, après avoir entendu sa mère lui parler en hébreu, demanda d'être libéré de ses liens pour parler, puis il dit en courant vers la chaudière la plus proche : le roi devrait avoir honte, après avoir reçu la royauté de Dieu, de tuer maintenant ceux qui pratique la piété, des gens qui sont des champions de la vertu; c'est un feu éternel qui l'attend, et il pleurera amèrement les gestes qu'il a posés. Sur le point de mourir, il ajoute : en suivant la trace de ses frères, que Dieu soit propice à tout le peuple juif, mais que le roi connaisse le châtiment en cette vie et après la mort. À ces mots, il se jette dans la chaudière brûlante et meurt.
Chapitre 13Le cas des sept frères est une autre preuve que la raison pieuse est souveraine des passions. À l'instar des tours avancés des ports qui brisent la fureur des vagues pour offrir aux navigateurs un refuge tranquille, la raison de ces jeunes a fortifié le port de la piété et vaincu la démesure des passions. Ils se sont encouragés mutuellement en suivant l'exemple des trois jeunes mis dans une fournaise selon Daniel 3. Ils se sont rappelés d'Isaac qui avait accepté d'être immolé, et que Dieu leur avait donné la vie, et donc ils se devaient de défendre sa Loi, sous peine d'être condamné au tourment éternel comme transgresseurs de la Loi. S'ils connaissent la mort, ils seront accueillis par Abraham, Isaac et Jacob. En tout, la force de l'amour fraternel a joué un rôle : ayant partagé le même sein maternel, le même lait, la même table, les mêmes habitudes quotidiennes, la même éducation, ils se sont exerçé à la même vertu et à la même piété, renforçant ainsi encore davantage l'amour fraternel.
Chapitre 14Les sept frères furent unanimes à mourir pour la piété, tout comme les jours de la création tournent en choeur autour de la piété. N'oublions pas qu'il n'y a rien de plus atroce que la torture du feu. Pourtant, la raison l'a emporté, non seulement chez des hommes, mais aussi chez une femme, la mère des sept frères : alors que animaux privés de raison expriment de la tendresse pour leurs petits, que les oiseaux protègent leurs petits, que les abeilles à l'époque du miel frappent de leur dard les assaillants de leurs petits, l'amour de cette mère pour ses enfants n'a pas ébranlé sa piété, tout comme Abraham.
Chapitre 15Elle a préféré la piété qui sauve pour la vie éternelle à l'amour naturel de ses enfants. Les mères ont plus d'impact que les pères sur leurs enfants et les aiment plus, et celle qui avait donnné naissance à sept enfants devait avoir une immense tendresse pour eux; mais la crainte de Dieu a dominé chez elle au mépris du salut de ses enfants, et même en raison de leur obéissance à la Loi, elle les a aimé davantage. Même la perspective des tortures n'a pu faire changer sa raison; elle a plutôt encouragé ses enfants à affronter la mort pour la piété. Voyant ses enfants souffrir, elle n'en tint pas compte à cause de sa foi en Dieu et de la raison pieuse, rejetant le salut d'un moment et préférant le salut éternelle, inspirée par la piété d'Abraham et sa constance. Comme l'arche de Noé qui a porté le monde, elle fut la gardienne de la Loi devant le déluge des passions pour la cause de la piété.
Chapitre 16Bref, si une femme, étant en plus âgée, a pu endurer les souffrances de ses fils, c'est une preuve éloquente que la raison pieuse est dominatrice des passions. Et à côté de l'amour ce cette femme qui voyait ses fils torturés, les lions qui entouraient Daniel (Dn 6) étaient moins féroces, et le feu de la fournaise brûlant Misaël était moins violent. Cette mère aurait pu déplorer d'avoir mis inutilement au monde sept enfants et de les avoir éduqué pour rien, et de ne pas connaître le bonheur d'être grand-mère, de se retrouver seule et veuve, sans personne pour l'ensevelir. Au contraire, par sa force d'âme, elle a exhorté ses fils à mourir, et s'est montrée plus forte qu'un homme en actes et en paroles; en effet, voici ce qu'elle a dit en hébreu à ses enfants en voyant Éléazar être torturé : qu'ils combattent pour la Loi des pères et ne lui fassent pas honte en étant effrayés par la torture, alors qu'un vieillard vient d'endurer les pires tourments; qu'ils se souviennent qu'ils ont reçu la vie de Dieu, et donc doivent tout supporter pour Lui, tout comme Abraham a accepté d'immoler son fils, Daniel d'être jeté aux lions, Ananias, Azarias et Misaël d'être précipités dans la fournaise de feu. Et les sept fils savaient de plus que ceux qui meurent pour Dieu, vivent avec Lui, comme Abraham, Isaac et Jacob et tous les patriarches.
Chapitre 17Selon certains gardes, cette mère se serait jetée elle-même sur le bûcher avant qu'on touche à son corps. Avec ses fils, elle a ainsi annulé la tyrannie du roi et montré la noblesse de la foi. Elle a illuminé la voie à ses fils et siège maintenant avec eux au ciel. Pour bien peindre cette histoire, il faudrait inscrire sur leur tombe qu'un prêtre âgé, une vieille femme et sept enfants ont affronté la violence d'un tyran résolu à détruire les institutions des Hébreux et ont enduré la torture jusqu'à la mort, guidés par la vertu, pour finalement remporter la victoire par une vie d'incorruptibilité. Par leur mort, la patrie a été purifiée, leur vie servant de rançon pour le péché du peuple. Même le roi Antiochus fut plein d'admiration pour leur courage et les proposa en modèle à ses soldats, qui purent ainsi vaincre leurs ennemis.
Chapitre 18L'invitation est lancée à tout Israël à obéir à la Loi et à être pieux, sachant que la raison pieuse est souveraine des passions. Car c'est grâce à tous ces hommes, qui ont accepté la souffrance à cause de la piété, que le peuple vit maintenant en paix et observe la Loi. Quant au roi Antiochus, n'ayant pas réussi à détourner les Juifs de leur coutume, il s'éloigna de Jérusalem pour faire campagne contre les Perses. La mère a aussi adressé cette parole à ses sept fils : elle a conservé sa virginité pendant toute sa jeunesse, et une fois mariée, elle est demeurée avec son mari jusqu'à sa mort; et c'est ce père qui leur a enseigné la Loi et les Prophètes, qui leur a parlé du meurtre de Caïn par Abel, de l'offrande en holocauste d'Isaac et de Joseph en prison, du zèle de Pinhas, de Ananias, Azarias et Misaël dans la fournaise, de Daniel dans la fosse aux lions, des prophètes Isaïe et Ézéchiel, des psaumes de David, des proverbes de Salomon, du Cantique de Moïse (Dt 32, 39). Aussi, ne doivent-ils pas regarder avec amertume la période de leurs tortures, car la justice divine s'occupera du tyran, alors qu'eux, fils d'Abraham, sont maintenant rassemblés avec elle dans le choeur des pères ayant reçu de Dieu des âmes pures et immortelles.


Texte intégral

VersetTexte grecTraduction française (TOB 2010)

Chapitre 1

1Φιλοσοφώτατον λόγον ἐπιδείκνυσθαι μέλλων, εἰ αὐτοδέσποτός ἐστιν τῶν παθῶν ὁ εὐσεβὴς λογισμός, συμβουλεύσαιμ ἂν ὑμῖν ὀρθῶς ὅπως προσέχητε προθύμως τῇ φιλοσοφίᾳ.Hautement philosophique est le sujet que je propose de démontrer : la raison pieuse est souveraine des passions. Aussi ai-je le devoir de vous conseiller d'accorder une attention soutenue à la philosophie.
2καὶ γὰρ ἀναγκαῖος εἰς ἐπιστήμην παντὶ ὁ λόγος καὶ ἄλλως τῆς μεγίστης ἀρετῆς, λέγω δὴ φρονήσεως, περιέχει ἔπαινον.Car le sujet est nécessaire à tous pour la connaissance et il comprend l'éloge de la plus grande des vertus, j'entends la prudence.
3εἰ ἄρα τῶν σωφροσύνης κωλυτικῶν παθῶν ὁ λογισμὸς φαίνεται ἐπικρατεῖν, γαστριμαργίας τε καὶ ἐπιθυμίας,S'il apparaît que la raison domine les passions qui s'opposent à la tempérance – la gloutonnerie et le désir –,
4ἀλλὰ καὶ τῶν τῆς δικαιοσύνης ἐμποδιστικῶν παθῶν κυριεύειν ἀναφαίνεται, οἷον κακοηθείας, καὶ τῶν τῆς ἀνδρείας ἐμποδιστικῶν παθῶν, θυμοῦ τε καὶ φόβου καὶ πόνου.de plus s'il est démontré qu'elle exerce un plein pouvoir sur les passions qui s'opposent à la justice, telle que la malignité, et sur les passions qui s'opposent au courage – colère et crainte et douleur...
5πῶς οὖν, ἴσως εἴποιεν ἄν τινες, εἰ τῶν παθῶν ὁ λογισμὸς κρατεῖ, λήθης καὶ ἀγνοίας οὐ δεσπόζει; γελοῖον ἐπιχειροῦντες λέγειν.comment donc, diront peut-être certains, si la raison domine les passions, n'est-elle pas aussi maîtresse de l'oubli et de l'ignorance ? La question est ridicule.
6οὐ γὰρ τῶν αὑτοῦ παθῶν ὁ λογισμὸς κρατεῖ, ἀλλὰ τῶν τῆς δικαιοσύνης καὶ ἀνδρείας καὶ σωφροσύνης ἐναντίων, καὶ τούτων οὐχ ὥστε αὐτὰ καταλῦσαι, ἀλλ ὥστε αὐτοῖς μὴ εἶξαι.En effet ce n'est pas à ses propres passions que la raison commande, mais à celles qui sont contraires à la justice, au courage, à la tempérance et à la prudence, non pas pour les détruire, mais pour ne pas leur céder.
7πολλαχόθεν μὲν οὖν καὶ ἀλλαχόθεν ἔχοιμ ἂν ὑμῖν ἐπιδεῖξαι ὅτι αὐτοκράτωρ ἐστὶν τῶν παθῶν ὁ λογισμός,Je pourrais vous démontrer par de nombreuses preuves, tirées de diverses sources, que la raison est dominatrice des passions,
8πολὺ δὲ πλέον τοῦτο ἀποδείξαιμι ἀπὸ τῆς ἀνδραγαθίας τῶν ὑπὲρ ἀρετῆς ἀποθανόντων, Ελεαζαρου τε καὶ τῶν ἑπτὰ ἀδελφῶν καὶ τῆς τούτων μητρός.mais je le prouverai beaucoup mieux par le courage de ceux qui sont morts pour la vertu : Eléazar, les sept frères et leur mère.
9ἅπαντες γὰρ οὗτοι τοὺς ἕως θανάτου πόνους ὑπεριδόντες ἐπεδείξαντο ὅτι περικρατεῖ τῶν παθῶν ὁ λογισμός.En effet, eux tous, en méprisant les douleurs jusqu'à la mort, ont démontré que la raison dompte les passions.
10τῶν μὲν οὖν ἀρετῶν ἔπεστί μοι ἐπαινεῖν τοὺς κατὰ τοῦτον τὸν καιρὸν ὑπὲρ τῆς καλοκἀγαθίας ἀποθανόντας μετὰ τῆς μητρὸς ἄνδρας, τῶν δὲ τιμῶν μακαρίσαιμ ἄν.Je puis donc en raison de leurs vertus faire un éloge de ces hommes qui, en ce jour, sont morts avec leur mère pour la vertu parfaite, mais pour les honneurs qu'ils ont obtenus, je pourrais aussi les estimer bienheureux.
11θαυμασθέντες γὰρ οὐ μόνον ὑπὸ πάντων ἀνθρώπων ἐπὶ τῇ ἀνδρείᾳ καὶ ὑπομονῇ, ἀλλὰ καὶ ὑπὸ τῶν αἰκισαμένων, αἴτιοι κατέστησαν τοῦ καταλυθῆναι τὴν κατὰ τοῦ ἔθνους τυραννίδα νικήσαντες τὸν τύραννον τῇ ὑπομονῇ ὥστε καθαρισθῆναι δι αὐτῶν τὴν πατρίδα.Par leur courage et par leur endurance, ils ont suscité l'admiration non seulement de tous les humains, mais aussi de leurs bourreaux, et ainsi ils ont été les artisans de la chute de la tyrannie qui opprimait leur nation ; par leur endurance ils ont vaincu le tyran, et, grâce à eux, la patrie a été purifiée.
12ἀλλὰ καὶ περὶ τούτου νῦν αὐτίκα δὴ λέγειν ἐξέσται ἀρξαμένῳ τῆς ὑποθέσεως, ὅπερ εἴωθα ποιεῖν, καὶ οὕτως εἰς τὸν περὶ αὐτῶν τρέψομαι λόγον δόξαν διδοὺς τῷ πανσόφῳ θεῷ.Mais de cela il ne me sera possible de parler qu'après avoir commencé par la thèse, comme j'ai coutume de le faire. Je reviendrai alors à leur histoire en rendant gloire au Dieu très sage.
13Ζητοῦμεν δὴ τοίνυν εἰ αὐτοκράτωρ ἐστὶν τῶν παθῶν ὁ λογισμός.Nous cherchons donc à connaître si la raison est dominatrice des passions.
14διακρίνομεν τί ποτέ ἐστιν λογισμὸς καὶ τί πάθος, καὶ πόσαι παθῶν ἰδέαι, καὶ εἰ πάντων ἐπικρατεῖ τούτων ὁ λογισμός.Nous devons déterminer ce qu'est la raison, ce qu'est la passion et combien de sortes de passions il y a, et si la raison les domine toutes.
15λογισμὸς μὲν δὴ τοίνυν ἐστὶν νοῦς μετὰ ὀρθοῦ λόγου προτιμῶν τὸν σοφίας βίον.Selon moi, la raison est assurément l'intelligence qui, avec un raisonnement droit, choisit la vie selon la sagesse ;
16σοφία δὴ τοίνυν ἐστὶν γνῶσις θείων καὶ ἀνθρωπίνων πραγμάτων καὶ τῶν τούτων αἰτιῶν.la sagesse est donc la connaissance des choses divines et humaines, et de leurs causes.
17αὕτη δὴ τοίνυν ἐστὶν ἡ τοῦ νόμου παιδεία, δι ἧς τὰ θεῖα σεμνῶς καὶ τὰ ἀνθρώπινα συμφερόντως μανθάνομεν.Elle est l'éducation donnée par la Loi par laquelle nous apprenons les choses divines avec révérence et les choses humaines avec profit.
18τῆς δὲ σοφίας ἰδέαι καθεστήκασιν φρόνησις καὶ δικαιοσύνη καὶ ἀνδρεία καὶ σωφροσύνη·Les différentes formes de sagesse sont la prudence, la justice, le courage et la tempérance.
19κυριωτάτη δὲ πάντων ἡ φρόνησις, ἐξ ἧς δὴ τῶν παθῶν ὁ λογισμὸς ἐπικρατεῖ.La plus importante de toutes est la prudence : c'est par elle que la raison domine les passions.
20παθῶν δὲ φύσεις εἰσὶν αἱ περιεκτικώταται δύο ἡδονή τε καὶ πόνος· τούτων δὲ ἑκάτερον καὶ περὶ τὸ σῶμα καὶ περὶ τὴν ψυχὴν πέφυκεν.Quant aux passions, les deux espèces les plus générales sont le plaisir et la douleur. Chacune d'entre elles existe et dans le corps et dans l'âme.
21πολλαὶ δὲ καὶ περὶ τὴν ἡδονὴν καὶ τὸν πόνον παθῶν εἰσιν ἀκολουθίαι.Important aussi est le cortège des passions autour du plaisir et de la douleur.
22πρὸ μὲν οὖν τῆς ἡδονῆς ἐστιν ἐπιθυμία, μετὰ δὲ τὴν ἡδονὴν χαρά.Ainsi, avant le plaisir, il y a le désir, après le plaisir, la joie.
23πρὸ δὲ τοῦ πόνου ἐστὶν φόβος, μετὰ δὲ τὸν πόνον λύπη.Avant la douleur, il y a la crainte, après la douleur, la tristesse.
24θυμὸς δὲ κοινὸν πάθος ἐστὶν ἡδονῆς καὶ πόνου, ἐὰν ἐννοηθῇ τις ὅτι αὐτῷ περιέπεσεν.L'emportement est une passion commune au plaisir et à la douleur, si l'on pense à ce qui nous atteint.
25ἐν τῇ ἡδονῇ δὲ ἔνεστιν καὶ ἡ κακοήθης διάθεσις, πολυτροπωτάτη πάντων οὖσα τῶν παθῶν,Dans le plaisir se trouve aussi une inclination maligne qui, de toutes les passions, prend les formes les plus diverses :
26καὶ τὰ μὲν ψυχῆς ἀλαζονεία καὶ φιλαργυρία καὶ φιλοδοξία καὶ φιλονεικία καὶ βασκανία,dans l'âme, vantardise, amour de l'argent, amour de la gloire, amour des disputes et jalousie ;
27κατὰ δὲ τὸ σῶμα παντοφαγία καὶ λαιμαργία καὶ μονοφαγία.dans le corps, voracité, gloutonnerie, gourmandise égoïste.
28καθάπερ οὖν δυεῖν τοῦ σώματος καὶ τῆς ψυχῆς φυτῶν ὄντων ἡδονῆς τε καὶ πόνου πολλαὶ τούτων τῶν φυτῶν εἰσιν παραφυάδες,Donc, le plaisir et la douleur, comme deux plantes qui s'enracinent dans le corps et l'âme, donnent de nombreux rejetons ;
29ὧν ἑκάστην ὁ παγγέωργος λογισμὸς περικαθαίρων καὶ ἀποκνίζων καὶ περιπλέκων καὶ ἐπάρδων καὶ πάντα τρόπον μεταχέων ἐξημεροῖ τὰς τῶν ἠθῶν καὶ παθῶν ὕλας.la raison, jardinière universelle, nettoie tout autour de chacun, elle émonde, attache, arrose, irrigue de diverses manières et défriche ainsi le taillis des inclinations et des passions.
30ὁ γὰρ λογισμὸς τῶν μὲν ἀρετῶν ἐστιν ἡγεμών, τῶν δὲ παθῶν αὐτοκράτωρ. Ἐπιθεωρεῖτε τοίνυν πρῶτον διὰ τῶν κωλυτικῶν τῆς σωφροσύνης ἔργων ὅτι αὐτοδέσποτός ἐστιν τῶν παθῶν ὁ λογισμός.La raison, en effet, est le guide des vertus et la dominatrice des passions. Tout d'abord considérez à partir de l'action répressive de la tempérance, que la raison est souveraine des passions.
31σωφροσύνη δὴ τοίνυν ἐστὶν ἐπικράτεια τῶν ἐπιθυμιῶν,La tempérance a un pouvoir dominant sur les désirs.
32τῶν δὲ ἐπιθυμιῶν αἱ μέν εἰσιν ψυχικαί, αἱ δὲ σωματικαί, καὶ τούτων ἀμφοτέρων ἐπικρατεῖν ὁ λογισμὸς φαίνεται.Or, parmi les désirs, les uns concernent l'âme, les autres, le corps, et il apparaît que la raison domine les uns et les autres.
33ἐπεὶ πόθεν κινούμενοι πρὸς τὰς ἀπειρημένας τροφὰς ἀποστρεφόμεθα τὰς ἐξ αὐτῶν ἡδονάς; οὐχ ὅτι δύναται τῶν ὀρέξεων ἐπικρατεῖν ὁ λογισμός; ἐγὼ μὲν οἶμαι.Ainsi, quand nous sommes attirés par des nourritures défendues, d'où vient que nous nous détournions du plaisir qui en provient ? N'est-ce pas parce que la raison peut dominer ce désir de nourriture ? Pour ma part, je le crois.
34τοιγαροῦν ἐνύδρων ἐπιθυμοῦντες καὶ ὀρνέων καὶ τετραπόδων καὶ παντοίων βρωμάτων τῶν ἀπηγορευμένων ἡμῖν κατὰ τὸν νόμον ἀπεχόμεθα διὰ τὴν τοῦ λογισμοῦ ἐπικράτειαν.Par conséquent quand nous désirons un poisson, un oiseau, un quadrupède, et des aliments divers que la Loi nous interdit, si nous nous en abstenons, c'est à cause du pouvoir dominant de la raison.
35ἀνέχεται γὰρ τὰ τῶν ὀρέξεων πάθη ὑπὸ τοῦ σώφρονος νοὸς ἀνακοπτόμενα, καὶ φιμοῦται πάντα τὰ τοῦ σώματος κινήματα ὑπὸ τοῦ λογισμοῦ.En effet la passion de l'appétit cesse, repoussée par l'intelligence tempérante, et tous les mouvements du corps sont muselés par la raison.

Chapitre 2

1Καὶ τί θαυμαστόν, εἰ αἱ τῆς ψυχῆς ἐπιθυμίαι πρὸς τὴν τοῦ κάλλους μετουσίαν ἀκυροῦνται;Pourquoi s'étonner si les désirs de l'âme pour l'union avec la beauté perdent leur force ?
2ταύτῃ γοῦν ὁ σώφρων Ιωσηφ ἐπαινεῖται, ὅτι διανοίᾳ περιεκράτησεν τῆς ἡδυπαθείας.Ainsi, Joseph, le tempérant, est loué parce que, grâce à la réflexion, il a dompté la luxure ;
3νέος γὰρ ὢν καὶ ἀκμάζων πρὸς συνουσιασμὸν ἠκύρωσε τῷ λογισμῷ τὸν τῶν παθῶν οἶστρον.car, bien qu'il fût jeune et fort vigoureux pour le rapport sexuel, il domina, par la raison, l'aiguillon des passions.
4καὶ οὐ μόνον δὲ τὴν τῆς ἡδυπαθείας οἰστρηλασίαν ὁ λογισμὸς ἐπικρατεῖν φαίνεται, ἀλλὰ καὶ πάσης ἐπιθυμίας.Il apparaît même que la raison maîtrise non seulement le transport de la jouissance, mais encore tout désir.
5λέγει γοῦν ὁ νόμος Οὐκ ἐπιθυμήσεις τὴν γυναῖκα τοῦ πλησίον σου οὐδὲ ὅσα τῷ πλησίον σού ἐστιν.D'ailleurs, c'est ce que dit la Loi : « Tu ne désireras pas la femme de ton prochain, ni rien qui appartient à ton prochain. »
6καίτοι ὅτε μὴ ἐπιθυμεῖν εἴρηκεν ἡμᾶς ὁ νόμος, πολὺ πλέον πείσαιμ ἂν ὑμᾶς ὅτι τῶν ἐπιθυμιῶν κρατεῖν δύναται ὁ λογισμός. Ὥσπερ καὶ τῶν κωλυτικῶν τῆς δικαιοσύνης παθῶν·Et vraiment quand la Loi nous dit de ne pas désirer, il est bien plus facile pour moi de vous convaincre que la raison peut commander aux désirs.
7ἐπεὶ τίνα τις τρόπον μονοφάγος ὢν τὸ ἦθος καὶ γαστρίμαργος ἢ καὶ μέθυσος μεταπαιδεύεται, εἰ μὴ δῆλον ὅτι κύριός ἐστιν τῶν παθῶν ὁ λογισμός;Il en est de même pour les passions qui s'opposent à la justice. Car comment quelqu'un qui, dans sa manière de manger, est égoïste, glouton ou ivrogne, peut-il être rééduqué s'il n'est pas évident que la raison est la maîtresse des passions ?
8αὐτίκα γοῦν τῷ νόμῳ πολιτευόμενος, κἂν φιλάργυρός τις ᾖ, βιάζεται τὸν αὑτοῦ τρόπον τοῖς δεομένοις δανείζων χωρὶς τόκων καὶ τὸ δάνειον τῶν ἑβδομάδων ἐνστασῶν χρεοκοπούμενος·Quelqu'un aime-t-il l'argent ? Dès qu'il se conduit selon la Loi, il fait violence à sa nature et il prête sans intérêt à ceux qui sont dans le besoin, même si la septième année qui est proche annulera la dette.
9κἂν φειδωλός τις ᾖ, ὑπὸ τοῦ νόμου κρατεῖται διὰ τὸν λογισμὸν μήτε ἐπικαρπολογούμενος τοὺς ἀμητοὺς μήτε ἐπιρρωγολογούμενος τοὺς ἀμπελῶνας. Καὶ ἐπὶ τῶν ἑτέρων δὲ ἔστιν ἐπιγνῶναι τοῦτο, ὅτι τῶν παθῶν ἐστιν ὁ λογισμὸς κρατῶν·Quelqu'un est-il avare ? La Loi commande par l'intermédiaire de la raison, et il s'abstient de glaner et de grappiller après la vendange. Dans tous les cas, il est possible de reconnaître aussi que la raison domine les passions.
10ὁ γὰρ νόμος καὶ τῆς πρὸς γονεῖς εὐνοίας κρατεῖ μὴ καταπροδιδοὺς τὴν ἀρετὴν δι αὐτοὺςLa Loi, en effet, contrôle la bienveillance qu'on porte à ses parents : elle empêche qu'à cause d'eux on trahisse la vertu.
11καὶ τῆς πρὸς γαμετὴν φιλίας ἐπικρατεῖ διὰ τὴν παρανομίαν αὐτὴν ἀπελέγχωνLa Loi domine l'amour que l'on porte à son épouse : elle corrige ses transgressions.
12καὶ τῆς τέκνων φιλίας κυριεύει διὰ κακίαν αὐτὰ κολάζωνLa Loi exerce un plein pouvoir sur l'amour des enfants : elle châtie leur disposition au mal.
13καὶ τῆς φίλων συνηθείας δεσπόζει διὰ πονηρίαν αὐτοὺς ἐξελέγχων.La Loi est maîtresse des relations avec les amis : elle désavoue leur méchanceté.
14καὶ μὴ νομίσητε παράδοξον εἶναι, ὅπου καὶ ἔχθρας ἐπικρατεῖν ὁ λογισμὸς δύναται διὰ τὸν νόμον μήτε δενδροτομῶν τὰ ἥμερα τῶν πολεμίων φυτά, τὰ δὲ τῶν ἐχθρῶν τοῖς ἀπολέσασι διασῴζων καὶ τὰ πεπτωκότα συνεγείρων.Ne pensez pas qu'il soit paradoxal que la raison puisse, grâce à la Loi, maîtriser même la haine de telle sorte que l'on ne coupe pas les arbres cultivés des ennemis, que l'on sauve de la destruction les biens des ennemis et que l'on aide à relever les bêtes qui sont tombées.
15Καὶ τῶν βιαιοτέρων δὲ παθῶν κρατεῖν ὁ λογισμὸς φαίνεται, φιλαρχίας καὶ κενοδοξίας καὶ ἀλαζονείας καὶ μεγαλαυχίας καὶ βασκανίας·On peut montrer aussi que la raison commande aux passions les plus violentes, l'amour du pouvoir, la vanité, la vantardise, l'orgueil, la jalousie.
16πάντα γὰρ ταῦτα τὰ κακοήθη πάθη ὁ σώφρων νοῦς ἀπωθεῖται, ὥσπερ καὶ τὸν θυμόν· καὶ γὰρ τούτου δεσπόζει.Toutes ces passions malignes, l'intelligence tempérante les écarte, même la colère, car de celle-ci aussi elle est maîtresse.
17θυμούμενός γέ τοι Μωυσῆς κατὰ Δαθαν καὶ Αβιρων οὐ θυμῷ τι κατ αὐτῶν ἐποίησεν, ἀλλὰ λογισμῷ τὸν θυμὸν διῄτησεν.Moïse, s'étant irrité contre Datân et Abiram, ne leur fit rien par colère, qu'il apaisa grâce à la raison.
18δυνατὸς γὰρ ὁ σώφρων νοῦς, ὡς ἔφην, κατὰ τῶν παθῶν ἀριστεῦσαι καὶ τὰ μὲν αὐτῶν μεταθεῖναι, τὰ δὲ καὶ ἀκυρῶσαι.L'intelligence tempérante, en effet, peut, comme je l'ai dit, dompter les passions, transformer les unes et dominer les autres.
19ἐπεὶ διὰ τί ὁ πάνσοφος ἡμῶν πατὴρ Ιακωβ τοὺς περὶ Συμεων καὶ Λευιν αἰτιᾶται μὴ λογισμῷ τοὺς Σικιμίτας ἐθνηδὸν ἀποσφάξαντας λέγων Ἐπικατάρατος ὁ θυμὸς αὐτῶν;Pourquoi Jacob, notre père très sage, accuse-t-il les gens de Siméon et de Lévi d'avoir, contre la raison, égorgé la nation tout entière des gens de Sichem ? Il dit, en effet : « Maudite soit leur colère ! »
20εἰ μὴ γὰρ ἐδύνατο τοῦ θυμοῦ ὁ λογισμὸς κρατεῖν, οὐκ ἂν εἶπεν οὕτως.Si la raison n'était pas capable de dominer la colère, il n'aurait pas parlé ainsi.
21ὁπηνίκα γὰρ ὁ θεὸς τὸν ἄνθρωπον κατεσκεύασεν, τὰ πάθη αὐτοῦ καὶ τὰ ἤθη περιεφύτευσεν·Quand Dieu a équipé l'homme, il a planté en lui ses passions et ses inclinations.
22ἡνίκα δὲ ἐπὶ πάντων τὸν ἱερὸν ἡγεμόνα νοῦν διὰ τῶν αἰσθητηρίων ἐνεθρόνισεν,Mais, au même moment, au-dessus de toutes, il a placé sur un trône l'intelligence, guide saint qui gouverne par le moyen des sens.
23καὶ τούτῳ νόμον ἔδωκεν, καθ ὃν πολιτευόμενος βασιλεύσει βασιλείαν σώφρονά τε καὶ δικαίαν καὶ ἀγαθὴν καὶ ἀνδρείαν.Et à celle-ci il a donné la Loi. Celui qui se conduit selon cette Loi est roi d'une royauté tempérante, juste, bonne et courageuse.
24Πῶς οὖν, εἴποι τις ἄν, εἰ τῶν παθῶν δεσπότης ἐστὶν ὁ λογισμός, λήθης καὶ ἀγνοίας οὐ κρατεῖ;Comment donc, diront peut-être certains, si la raison est souveraine des passions, ne commande-t-elle pas à l'oubli et à l'ignorance ?

Chapitre 3

1ἔστιν δὲ κομιδῇ γελοῖος ὁ λόγος· οὐ γὰρ τῶν ἑαυτοῦ παθῶν ὁ λογισμὸς ἐπικρατεῖν φαίνεται, ἀλλὰ τῶν σωματικῶν.Cette objection est parfaitement ridicule. Il est clair, en effet, que la raison ne maîtrise pas ses propres passions, mais celles du corps.
2οἷον ἐπιθυμίαν τις οὐ δύναται ἐκκόψαι ἡμῶν, ἀλλὰ μὴ δουλωθῆναι τῇ ἐπιθυμίᾳ δύναται ὁ λογισμὸς παρασχέσθαι.Ainsi aucun de nous ne peut extirper un seul désir, mais la raison peut aider à ne pas devenir l'esclave de ce désir.
3θυμόν τις οὐ δύναται ἐκκόψαι ὑμῶν τῆς ψυχῆς, ἀλλὰ τῷ θυμῷ δυνατὸν τὸν λογισμὸν βοηθῆσαι.Aucun de vous ne peut extirper la colère de son âme, mais la raison peut aider à résister à la colère.
4κακοήθειάν τις ἡμῶν οὐ δύναται ἐκκόψαι, ἀλλὰ τὸ μὴ καμφθῆναι τῇ κακοηθείᾳ δύναιτ ἂν ὁ λογισμὸς συμμαχῆσαι·Aucun de vous ne peut extirper la malignité, mais la raison peut être une alliée pour ne pas céder à la malignité.
5οὐ γὰρ ἐκριζωτὴς τῶν παθῶν ὁ λογισμός ἐστιν, ἀλλὰ ἀνταγωνιστής.La raison n'extirpe pas les passions mais les combat.
6Ἔστιν γοῦν τοῦτο διὰ τῆς Δαυιδ τοῦ βασιλέως δίψης σαφέστερον ἐπιλογίσασθαι.Ceci devient plus clair quand nous considérons le cas de la soif du roi David.
7ἐπεὶ γὰρ δι ὅλης ἡμέρας προσβαλὼν τοῖς ἀλλοφύλοις ὁ Δαυιδ πολλοὺς αὐτῶν ἀπέκτεινεν μετὰ τῶν τοῦ ἔθνους στρατιωτῶν,Après qu'il eut combattu les étrangers durant une journée entière, et qu'avec l'aide des soldats de son peuple, il en eut tué beaucoup,
8τότε δὴ γενομένης ἑσπέρας ἱδρῶν καὶ σφόδρα κεκμηκὼς ἐπὶ τὴν βασίλειον σκηνὴν ἦλθεν, περὶ ἣν ὁ πᾶς τῶν προγόνων στρατὸς ἐστρατοπεδεύκει.alors, le soir venu, couvert de sueur et fort fatigué, David vint vers la tente royale, autour de laquelle campait toute l'armée de nos pères.
9οἱ μὲν οὖν ἄλλοι πάντες ἐπὶ τὸ δεῖπνον ἦσαν,Tous les autres étaient au dîner.
10ὁ δὲ βασιλεὺς ὡς μάλιστα διψῶν, καίπερ ἀφθόνους ἔχων πηγάς, οὐκ ἠδύνατο δι αὐτῶν ἰάσασθαι τὴν δίψαν,Or le roi, très assoiffé, bien qu'il eût des sources abondantes, ne pouvait étancher sa soif avec elles.
11ἀλλά τις αὐτὸν ἀλόγιστος ἐπιθυμία τοῦ παρὰ τοῖς πολεμίοις ὕδατος ἐπιτείνουσα συνέφρυγεν καὶ λύουσα κατέφλεγεν.Un désir irrationnel de l'eau qui se trouvait chez les ennemis l'enflammait en l'excitant et ne cessait de le consumer.
12ὅθεν τῶν ὑπασπιστῶν ἐπὶ τῇ τοῦ βασιλέως ἐπιθυμίᾳ σχετλιαζόντων δύο νεανίσκοι στρατιῶται καρτεροὶ καταιδεσθέντες τὴν τοῦ βασιλέως ἐπιθυμίαν τὰς παντευχίας καθωπλίσαντο καὶ κάλπην λαβόντες ὑπερέβησαν τοὺς τῶν πολεμίων χάρακαςLes gardes murmurant contre ce désir du roi, deux jeunes gens, soldats robustes, qui éprouvaient du respect pour le désir du roi, revêtirent leur armure et, ayant pris une cruche, franchirent les retranchements de l'ennemi.
13καὶ λαθόντες τοὺς τῶν πυλῶν ἀκροφύλακας διεξῄεσαν ἀνερευνώμενοι κατὰ πᾶν τὸ τῶν πολεμίων στρατόπεδονÉchappant aux sentinelles devant les portes, ils allèrent chercher l'eau à travers tout le camp ennemi.
14καὶ ἀνευράμενοι τὴν πηγὴν ἐξ αὐτῆς θαρραλέως ἐκόμισαν τῷ βασιλεῖ τὸ ποτόν·Quand ils eurent trouvé la source, pleins d'audace, ils y puisèrent et emportèrent la boisson au roi.
15ὁ δὲ καίπερ τῇ δίψῃ διαπυρούμενος ἐλογίσατο πάνδεινον εἶναι κίνδυνον ψυχῇ λογισθὲν ἰσοδύναμον ποτὸν αἵματι,Mais celui-ci, bien qu'ayant une soif ardente, estima qu'avoir donné une valeur de sang à une boisson était un danger terrible pour l'âme.
16ὅθεν ἀντιθεὶς τῇ ἐπιθυμίᾳ τὸν λογισμὸν ἔσπεισεν τὸ πόμα τῷ θεῷ.C'est pourquoi, opposant la raison au désir, il fit de cette boisson une libation à Dieu.
17δυνατὸς γὰρ ὁ σώφρων νοῦς νικῆσαι τὰς τῶν παθῶν ἀνάγκας καὶ σβέσαι τὰς τῶν οἴστρων φλεγμονὰςCar l'intelligence tempérante est capable de vaincre la contrainte des passions et d'éteindre le feu de leur fureur.
18καὶ τὰς τῶν σωμάτων ἀλγηδόνας καθ ὑπερβολὴν οὔσας καταπαλαῖσαι καὶ τῇ καλοκἀγαθίᾳ τοῦ λογισμοῦ ἀποπτύσαι πάσας τὰς τῶν παθῶν ἐπικρατείας.Elle triomphe aussi des souffrances du corps, si extrêmes soient-elles, et, grâce à la vertu parfaite de la raison, elle repousse avec mépris le pouvoir dominant des passions.
19Ἤδη δὲ καὶ ὁ καιρὸς ἡμᾶς καλεῖ ἐπὶ τὴν ἀπόδειξιν τῆς ἱστορίας τοῦ σώφρονος λογισμοῦ.Maintenant le moment nous invite à exposer l'histoire de la raison tempérante.
20Ἐπειδὴ γὰρ βαθεῖαν εἰρήνην διὰ τὴν εὐνομίαν οἱ πατέρες ἡμῶν εἶχον καὶ ἔπραττον καλῶς ὥστε καὶ τὸν τῆς Ἀσίας βασιλέα Σέλευκον τὸν Νικάνορα καὶ χρήματα εἰς τὴν ἱερουργίαν αὐτοῖς ἀφορίσαι καὶ τὴν πολιτείαν αὐτῶν ἀποδέχεσθαι,Alors que nos pères jouissaient d'une profonde paix grâce à leur observance de la Loi et prospéraient tellement bien que le roi d'Asie, Séleucus Nicanor, leur fournissait de l'argent pour le service du temple et reconnaissait leurs institutions,
21τότε δή τινες πρὸς τὴν κοινὴν νεωτερίσαντες ὁμόνοιαν πολυτρόποις ἐχρήσαντο συμφοραῖς.à ce moment-là, certains, en introduisant des nouveautés contraires à l'harmonie commune, nous causèrent toutes sortes de malheurs.

Chapitre 4

1Σιμων γάρ τις πρὸς Ονιαν ἀντιπολιτευόμενος τόν ποτε τὴν ἀρχιερωσύνην ἔχοντα διὰ βίου, καλὸν καὶ ἀγαθὸν ἄνδρα, ἐπειδὴ πάντα τρόπον διαβάλλων ὑπὲρ τοῦ ἔθνους οὐκ ἴσχυσεν κακῶσαι, φυγὰς ?χετο τὴν πατρίδα προδώσων.Un certain Simon s'opposait à Onias, qui était alors grand prêtre à vie, homme du plus haut mérite. Mais, quand, en dépit de toutes sortes de calomnies, il ne put lui nuire aux yeux du peuple, il s'enfuit dans le dessein de trahir sa patrie.
2ὅθεν ἥκων πρὸς Ἀπολλώνιον τὸν Συρίας τε καὶ Φοινίκης καὶ Κιλικίας στρατηγὸν ἔλεγενIl alla trouver Apollonius, gouverneur de Syrie, de Phénicie et de Cilicie, et lui dit :
3Εὔνους ὢν τοῖς τοῦ βασιλέως πράγμασιν ἥκω μηνύων πολλὰς ἰδιωτικῶν χρημάτων μυριάδας ἐν τοῖς Ιεροσολύμων γαζοφυλακίοις τεθησαυρίσθαι τοῖς ἱεροῖς μὴ ἐπικοινωνούσας, καὶ προσήκειν ταῦτα Σελεύκῳ τῷ βασιλεῖ.« Parce que je suis rempli de zèle pour les affaires du roi, je viens vous informer que des millions appartenant à des particuliers ont été déposés dans le trésor de Jérusalem ; n'ayant rien à voir avec le temple, ils reviennent au roi Séleucus. »
4τούτων ἕκαστα γνοὺς ὁ Ἀπολλώνιος τὸν μὲν Σιμωνα τῆς εἰς τὸν βασιλέα κηδεμονίας ἐπαινεῖ, πρὸς δὲ τὸν Σέλευκον ἀναβὰς κατεμήνυσε τὸν τῶν χρημάτων θησαυρόν.Apollonius, après s'être informé de ces faits, loua Simon de sa sollicitude à l'égard du roi, se rendit auprès de Séleucus et lui signala ce trésor d'argent.
5καὶ λαβὼν τὴν περὶ αὐτῶν ἐξουσίαν ταχὺ εἰς τὴν πατρίδα ἡμῶν μετὰ τοῦ καταράτου Σιμωνος καὶ βαρυτάτου στρατοῦAyant reçu plein pouvoir pour cette affaire, il se dirigea en hâte vers notre patrie, avec le maudit Simon et une très forte armée.
6προσελθὼν ταῖς τοῦ βασιλέως ἐντολαῖς ἥκειν ἔλεγεν ὅπως τὰ ἰδιωτικὰ τοῦ γαζοφυλακίου λάβοι χρήματα.A son arrivée, il déclara qu'il venait par ordre du roi prendre l'argent des particuliers déposé dans le trésor.
7καὶ τοῦ ἔθνους πρὸς τὸν λόγον σχετλιάζοντος ἀντιλέγοντός τε, πάνδεινον εἶναι νομίσαντες εἰ οἱ τὰς παρακαταθήκας πιστεύσαντες τῷ ἱερῷ θησαυρῷ στερηθήσονται, ὡς οἷόν τε ἦν ἐκώλυον.A ces paroles, le peuple s'irrita et protesta, estimant qu'il serait terrible de spolier ceux qui avaient confié leurs dépôts au trésor sacré, et ils firent tout leur possible pour l'empêcher.
8μετὰ ἀπειλῶν δὲ ὁ Ἀπολλώνιος ἀπῄει εἰς τὸ ἱερόν.Mais Apollonius, menaçant, se dirigeait vers le temple.
9τῶν δὲ ἱερέων μετὰ γυναικῶν καὶ παιδίων ἐν τῷ ἱερῷ ἱκετευσάντων τὸν θεὸν ὑπερασπίσαι τοῦ ἱεροῦ καταφρονουμένου τόπουLes prêtres, les femmes et les enfants dans le temple supplièrent Dieu de protéger le saint lieu qui allait être profané.
10ἀνιόντος τε μετὰ καθωπλισμένης τῆς στρατιᾶς τοῦ Ἀπολλωνίου πρὸς τὴν τῶν χρημάτων ἁρπαγὴν οὐρανόθεν ἔφιπποι προυφάνησαν ἄγγελοι περιαστράπτοντες τοῖς ὅπλοις καὶ πολὺν αὐτοῖς φόβον τε καὶ τρόμον ἐνιέντες.Quand Apollonius s'avança avec sa troupe en armes pour s'emparer de l'argent, du ciel apparurent des anges montés sur des chevaux et portant des armes projetant des éclairs, qui leur inspirèrent beaucoup de crainte et de terreur.
11καταπεσών γέ τοι ἡμιθανὴς ὁ Ἀπολλώνιος ἐπὶ τὸν πάμφυλον τοῦ ἱεροῦ περίβολον τὰς χεῖρας ἐξέτεινεν εἰς τὸν οὐρανὸν καὶ μετὰ δακρύων τοὺς Εβραίους παρεκάλει ὅπως περὶ αὐτοῦ προσευξάμενοι τὸν οὐράνιον ἐξευμενίσωνται στρατόν.Tombant à demi mort sur le parvis des Païens, Apollonius tendit les mains vers le ciel, et avec des larmes supplia les Hébreux de prier pour lui et de lui rendre favorable l'armée céleste.
12ἔλεγεν γὰρ ἡμαρτηκὼς ὥστε καὶ ἀποθανεῖν ἄξιος ὑπάρχειν πᾶσίν τε ἀνθρώποις ὑμνήσειν σωθεὶς τὴν τοῦ ἱεροῦ τόπου μακαριότητα.Il avait péché, disait-il, et si gravement qu'il méritait la mort, mais, s'il était sauvé, il célébrerait devant tous les hommes la félicité du saint lieu.
13τούτοις ὑπαχθεὶς τοῖς λόγοις Ονιας ὁ ἀρχιερεύς, καίπερ ἄλλως εὐλαβηθείς, μήποτε νομίσειεν ὁ βασιλεὺς Σέλευκος ἐξ ἀνθρωπίνης ἐπιβουλῆς καὶ μὴ θείας δίκης ἀνῃρῆσθαι τὸν Ἀπολλώνιον ηὔξατο περὶ αὐτοῦ.Emu par ces mots, redoutant aussi que le roi Séleucus ne pensât qu'Apollonius avait été supprimé par un complot humain et non par la justice divine, le grand prêtre Onias pria pour lui.
14καὶ ὁ μὲν παραδόξως διασωθεὶς ?χετο δηλώσων τῷ βασιλεῖ τὰ συμβάντα αὐτῷ.Ainsi sauvé miraculeusement, Apollonius rentra informer le roi de ce qui lui était arrivé. Les mesures prises par Antiochus à l'encontre des Juifs
15Τελευτήσαντος δὲ Σελεύκου τοῦ βασιλέως διαδέχεται τὴν ἀρχὴν ὁ υἱὸς αὐτοῦ Ἀντίοχος ὁ Ἐπιφανής, ἀνὴρ ὑπερήφανος καὶ δεινός,Le roi Séleucus mort, son fils Antiochus Epiphane lui succéda. C'était un homme arrogant et terrible.
16ὃς καταλύσας τὸν Ονιαν τῆς ἀρχιερωσύνης Ιασονα τὸν ἀδελφὸν αὐτοῦ κατέστησεν ἀρχιερέαIl déposséda Onias du souverain pontificat et il établit grand prêtre Jason, son frère,
17συνθέμενον δώσειν, εἰ ἐπιτρέψειεν αὐτῷ τὴν ἀρχήν, κατ ἐνιαυτὸν τρισχίλια ἑξακόσια ἑξήκοντα τάλαντα.qui avait convenu, s'il lui remettait cette charge, de lui verser chaque année 3 660 talents.
18ὁ δὲ ἐπέτρεψεν αὐτῷ καὶ ἀρχιερᾶσθαι καὶ τοῦ ἔθνους ἀφηγεῖσθαι·Antiochus lui accorda donc d'être grand prêtre et aussi de gouverner le peuple.
19καὶ ἐξεδιῄτησεν τὸ ἔθνος καὶ ἐξεπολίτευσεν ἐπὶ πᾶσαν παρανομίανJason changea la manière de vivre du peuple et dirigea sa conduite en totale opposition à la Loi ;
20ὥστε μὴ μόνον ἐπ αὐτῇ τῇ ἄκρᾳ τῆς πατρίδος ἡμῶν γυμνάσιον κατασκευάσαι, ἀλλὰ καὶ καταλῦσαι τὴν τοῦ ἱεροῦ κηδεμονίαν.non seulement il construisit un gymnase sur la citadelle même de notre patrie, mais de plus il supprima le service du temple.
21ἐφ οἷς ἀγανακτήσασα ἡ θεία δίκη αὐτὸν αὐτοῖς τὸν Ἀντίοχον ἐπολέμωσεν.Irritée à cause de ceci, la justice divine leur rendit hostile Antiochus lui-même.
22ἐπειδὴ γὰρ πολεμῶν ἦν κατ Αἴγυπτον Πτολεμαίῳ, ἤκουσέν τε ὅτι φήμης διαδοθείσης περὶ τοῦ τεθνάναι αὐτὸν ὡς ἔνι μάλιστα χαίροιεν οἱ Ιεροσολυμῖται, ταχέως ἐπ αὐτοὺς ἀνέζευξεν,Car, pendant qu'il faisait la guerre en Egypte contre Ptolémée, il apprit que le bruit de sa mort s'était répandu, et que les gens de Jérusalem s'en étaient fort réjouis ; il marcha rapidement contre eux,
23καὶ ὡς ἐπόρθησεν αὐτούς, δόγμα ἔθετο ὅπως, εἴ τινες αὐτῶν φάνοιεν τῷ πατρίῳ πολιτευόμενοι νόμῳ, θάνοιεν.et, quand il les eut dévastés, il prit un décret selon lequel seraient punis de mort ceux d'entre eux qui sembleraient vivre selon la Loi de leurs pères.
24καὶ ἐπεὶ κατὰ μηδένα τρόπον ἴσχυεν καταλῦσαι διὰ τῶν δογμάτων τὴν τοῦ ἔθνους εὐνομίαν, ἀλλὰ πάσας τὰς ἑαυτοῦ ἀπειλὰς καὶ τιμωρίας ἑώρα καταλυομέναςMais il ne put en aucune manière détruire par ses décrets la fidélité de la nation à la Loi ; au contraire, il voyait que toutes ses menaces et ses châtiments étaient totalement inefficaces ;
25ὥστε καὶ γυναῖκας, ὅτι περιέτεμον τὰ παιδία, μετὰ τῶν βρεφῶν κατακρημνισθῆναι προειδυίας ὅτι τοῦτο πείσονται·il y avait même des femmes qui étaient précipitées du haut des murailles avec leurs nourrissons car, tout en sachant quel serait leur sort, elles les avaient fait circoncire.
26ἐπεὶ οὖν τὰ δόγματα αὐτοῦ κατεφρονεῖτο ὑπὸ τοῦ λαοῦ, αὐτὸς διὰ βασάνων ἕνα ἕκαστον τοῦ ἔθνους ἠνάγκαζεν μιαρῶν ἀπογευομένους τροφῶν ἐξόμνυσθαι τὸν Ιουδαισμόν.Puisque ses décrets étaient méprisés par le peuple, le roi tenta de forcer par les tortures chaque membre du peuple à manger des aliments impurs et à abjurer le judaïsme.

Chapitre 5

1Προκαθίσας γέ τοι μετὰ τῶν συνέδρων ὁ τύραννος Ἀντίοχος ἐπί τινος ὑψηλοῦ τόπου καὶ τῶν στρατευμάτων αὐτῷ παρεστηκότων κυκλόθεν ἐνόπλωνSiégeant avec ses conseillers sur un lieu élevé et entouré de ses soldats qui se tenaient en armes, le tyran Antiochus
2παρεκέλευεν τοῖς δορυφόροις ἕνα ἕκαστον Εβραῖον ἐπισπᾶσθαι καὶ κρεῶν ὑείων καὶ εἰδωλοθύτων ἀναγκάζειν ἀπογεύεσθαι·ordonna à ses gardes d'amener chacun des Hébreux et de les forcer à manger de la viande de porc et des mets sacrifiés aux idoles ;
3εἰ δέ τινες μὴ θέλοιεν μιαροφαγῆσαι, τούτους τροχισθέντας ἀναιρεθῆναι.si certains refusaient de manger des aliments impurs, ils seraient mis à mort, livrés au supplice de la roue.
4πολλῶν δὲ συναρπασθέντων εἷς πρῶτος ἐκ τῆς ἀγέλης ὀνόματι Ελεαζαρος, τὸ γένος ἱερεύς, τὴν ἐπιστήμην νομικὸς καὶ τὴν ἡλικίαν προήκων καὶ πολλοῖς τῶν περὶ τὸν τύραννον διὰ τὴν ἡλικίαν γνώριμος, παρήχθη πλησίον αὐτοῦ.Beaucoup furent arrêtés et le premier de la troupe, un homme du nom d'Eléazar, fut amené devant Antiochus ; il était prêtre par descendance, expert dans la connaissance de la Loi, avancé en âge et connu, en raison de son âge, de plusieurs personnes de la cour du tyran.
5Καὶ αὐτὸν ἰδὼν ὁ Ἀντίοχος ἔφηEn le voyant, Antiochus dit :
6Ἐγὼ πρὶν ἄρξασθαι τῶν κατὰ σοῦ βασάνων, ὦ πρεσβῦτα, συμβουλεύσαιμ ἄν σοι ταῦτα, ὅπως ἀπογευσάμενος τῶν ὑείων σῴζοιο·« Avant qu'on commence à te torturer, vieillard, moi, je voudrais te conseiller de manger de la viande de porc et ainsi de te sauver.
7αἰδοῦμαι γάρ σου τὴν ἡλικίαν καὶ τὴν πολιάν, ἣν μετὰ τοσοῦτον ἔχων χρόνον οὔ μοι δοκεῖς φιλοσοφεῖν τῇ Ιουδαίων χρώμενος θρησκείᾳ.Je respecte ton âge et les cheveux blancs que tu as depuis si longtemps, mais puisque tu observes les pratiques des Juifs, tu ne me sembles pas être un philosophe.
8διὰ τί γὰρ τῆς φύσεως κεχαρισμένης καλλίστην τὴν τοῦδε τοῦ ζῴου σαρκοφαγίαν βδελύττῃ;Pourquoi as-tu horreur de manger l'excellente chair de cet animal, dont la nature nous a fait don ?
9καὶ γὰρ ἀνόητον τοῦτο, τὸ μὴ ἀπολαύειν τῶν χωρὶς ὀνείδους ἡδέων, καὶ ἄδικον ἀποστρέφεσθαι τὰς τῆς φύσεως χάριτας.C'est déraisonnable, en effet, de ne pas jouir de plaisirs innocents et c'est une injustice de rejeter les dons de la nature.
10σὺ δέ μοι καὶ ἀνοητότερον ποιήσειν δοκεῖς, εἰ κενοδοξῶν περὶ τὸ ἀληθὲς ἔτι κἀμοῦ καταφρονήσεις ἐπὶ τῇ ἰδίᾳ τιμωρίᾳ.Tu me parais te comporter de manière encore plus déraisonnable, si, en plus de tes opinions erronées sur la vérité, tu me méprises aussi au prix de ton propre châtiment.
11οὐκ ἐξυπνώσεις ἀπὸ τῆς φλυάρου φιλοσοφίας ὑμῶν καὶ ἀποσκεδάσεις τῶν λογισμῶν σου τὸν λῆρον καὶ ἄξιον τῆς ἡλικίας ἀναλαβὼν νοῦν φιλοσοφήσεις τὴν τοῦ συμφέροντος ἀλήθειανNe vas-tu pas te réveiller des niaiseries de votre philosophie et délaisser le radotage de vos raisonnements ? Avec une pensée digne de ton âge, ne vas-tu pas adopter la vraie philosophie de l'intérêt ?
12καὶ προσκυνήσας μου τὴν φιλάνθρωπον παρηγορίαν οἰκτιρήσεις τὸ σεαυτοῦ γῆρας;Ne vas-tu pas saluer mon exhortation bienveillante et avoir pitié de ta vieillesse ?
13καὶ γὰρ ἐνθυμήθητι ὡς, εἰ καί τίς ἐστιν τῆσδε τῆς θρησκείας ὑμῶν ἐποπτικὴ δύναμις, συγγνωμονήσειεν ἄν σοι ἐπὶ πάσῃ δι ἀνάγκην παρανομίᾳ γινομένῃ.Pense, en effet, que même s'il existe une puissance qui veille sur vos pratiques, elle te pardonnerait toute transgression prise sous la contrainte. »
14Τοῦτον τὸν τρόπον ἐπὶ τὴν ἔκθεσμον σαρκοφαγίαν ἐποτρύνοντος τοῦ τυράννου λόγον ᾔτησεν ὁ ΕλεαζαροςLe tyran l'ayant obligé de cette manière à manger de la viande défendue, Eléazar demanda la parole.
15καὶ λαβὼν τοῦ λέγειν ἐξουσίαν ἤρξατο δημηγορεῖν οὕτωςAyant obtenu l'autorisation de parler, il commença ainsi son discours :
16Ἡμεῖς, Ἀντίοχε, θείῳ πεπεισμένοι νόμῳ πολιτεύεσθαι οὐδεμίαν ἀνάγκην βιαιοτέραν εἶναι νομίζομεν τῆς πρὸς τὸν νόμον ἡμῶν εὐπειθείας·« O Antiochus, convaincus de vivre selon une Loi divine, nous pensons qu'il n'existe aucune contrainte plus forte que celle de l'obéissance à notre Loi.
17διὸ δὴ κατ οὐδένα τρόπον παρανομεῖν ἀξιοῦμεν.C'est pourquoi nous jugeons digne de ne la transgresser en aucune manière.
18καίτοι εἰ κατὰ ἀλήθειαν μὴ ἦν ὁ νόμος ἡμῶν, ὡς ὑπολαμβάνεις, θεῖος, ἄλλως δὲ ἐνομίζομεν αὐτὸν εἶναι θεῖον, οὐδὲ οὕτως ἐξὸν ἦν ἡμῖν τὴν ἐπὶ τῇ εὐσεβείᾳ δόξαν ἀκυρῶσαι.Même si, comme tu le supposes, notre Loi n'était pas véritablement divine, et si nous seuls l'estimions divine, il ne nous serait toujours pas permis de renoncer à notre opinion de la piété.
19μὴ μικρὰν οὖν εἶναι νομίσῃς ταύτην, εἰ μιαροφαγήσαιμεν, ἁμαρτίαν·Ne crois pas que ce serait une faute légère si nous mangions des aliments impurs,
20τὸ γὰρ ἐπὶ μικροῖς καὶ μεγάλοις παρανομεῖν ἰσοδύναμόν ἐστιν,car transgresser la Loi par de petites et de grandes fautes, est également grave :
21δι ἑκατέρου γὰρ ὡς ὁμοίως ὁ νόμος ὑπερηφανεῖται.dans l'un et l'autre cas, la Loi est méprisée tout pareillement.
22χλευάζεις δὲ ἡμῶν τὴν φιλοσοφίαν ὥσπερ οὐ μετὰ εὐλογιστίας ἐν αὐτῇ βιούντων·Tu te moques de notre philosophie, comme si, grâce à elle, nous ne vivions pas selon la raison.
23σωφροσύνην τε γὰρ ἡμᾶς ἐκδιδάσκει ὥστε πασῶν τῶν ἡδονῶν καὶ ἐπιθυμιῶν κρατεῖν καὶ ἀνδρείαν ἐξασκεῖ ὥστε πάντα πόνον ἑκουσίως ὑπομένεινElle nous enseigne pourtant la tempérance qui nous fait commander à tous les désirs et à tous les plaisirs, et elle nous exerce au courage de sorte que nous endurons volontairement toute douleur ;
24καὶ δικαιοσύνην παιδεύει ὥστε· διὰ πάντων τῶν ἠθῶν ἰσονομεῖν καὶ εὐσέβειαν ἐκδιδάσκει ὥστε μόνον τὸν ὄντα θεὸν σέβειν μεγαλοπρεπῶς.elle nous éduque à la justice de façon à pratiquer l'équité dans nos comportements quelles que soient nos dispositions ; elle nous enseigne la piété de façon à honorer magnifiquement le seul Dieu qui existe.
25διὸ οὐ μιαροφαγοῦμεν· πιστεύοντες γὰρ θεοῦ καθεστάναι τὸν νόμον οἴδαμεν ὅτι κατὰ φύσιν ἡμῖν συμπαθεῖ νομοθετῶν ὁ τοῦ κόσμου κτίστης·C'est pourquoi nous ne mangeons pas d'aliments impurs, car, croyant que Dieu a établi la Loi, nous savons que le Créateur du monde, en nous donnant cette Loi, la conforme à notre nature.
26τὰ μὲν οἰκειωθησόμενα ἡμῶν ταῖς ψυχαῖς ἐπέτρεψεν ἐσθίειν, τὰ δὲ ἐναντιωθησόμενα ἐκώλυσεν σαρκοφαγεῖν.Ce qui est approprié à nos âmes, il nous a permis de le manger, mais ce qui leur est contraire, il nous l'a interdit.
27τυραννικὸν δὲ οὐ μόνον ἀναγκάζειν ἡμᾶς παρανομεῖν, ἀλλὰ καὶ ἐσθίειν, ὅπως τῇ ἐχθίστῃ ἡμῶν μιαροφαγίᾳ ταύτῃ ἐπεγγελάσῃς.C'est tyrannique de nous contraindre non seulement à transgresser la Loi, mais aussi à manger de ces aliments impurs que nous abhorrons pour te moquer de nous.
28ἀλλ οὐ γελάσεις κατ ἐμοῦ τοῦτον τὸν γέλωτα,Mais de ce rire-là tu ne riras pas à mes dépens,
29οὔτε τοὺς ἱεροὺς τῶν προγόνων περὶ τοῦ φυλάξαι τὸν νόμον ὅρκους οὐ παρήσω,et je ne violerai pas les serments sacrés de mes ancêtres qui ont juré de garder la Loi,
30οὐδ ἂν ἐκκόψειάς μου τὰ ὄμματα καὶ τὰ σπλάγχνα μου τήξειας.pas même si tu m'arraches les yeux et brûles mes entrailles.
31οὐχ οὕτως εἰμὶ γέρων ἐγὼ καὶ ἄνανδρος ὥστε μοι διὰ τὴν εὐσέβειαν μὴ νεάζειν τὸν λογισμόν.Je ne suis pas si vieux ni si lâche pour que ma raison ne soit plus dans la force de sa jeunesse pour la cause de la piété.
32πρὸς ταῦτα τροχοὺς εὐτρέπιζε καὶ τὸ πῦρ ἐκφύσα σφοδρότερον.En vue de ceci prépare les roues et attise le feu plus intensément.
33οὐχ οὕτως οἰκτίρομαι τὸ ἐμαυτοῦ γῆρας ὥστε δι ἐμαυτοῦ τὸν πάτριον καταλῦσαι νόμον.Je n'aurai pas pitié de ma vieillesse au point d'abolir par moi-même la Loi de mes pères.
34οὐ ψεύσομαί σε, παιδευτὰ νόμε, οὐδὲ ἐξομοῦμαί σε, φίλη ἐγκράτεια,O Loi qui m'éduques, jamais je ne mentirai ni ne t'abjurerai, j'aime ta tempérance !
35οὐδὲ καταισχυνῶ σε, φιλόσοφε λόγε, οὐδὲ ἐξαρνήσομαί σε, ἱερωσύνη τιμία καὶ νομοθεσίας ἐπιστήμη·O raison philosophe, je ne rougirai pas de toi ! Honorable sacerdoce et connaissance de la Loi, je ne vous renierai pas !
36οὐδὲ μιανεῖς μου τὸ σεμνὸν γήρως στόμα οὐδὲ νομίμου βίου ἡλικίαν.Tu ne souilleras pas ma bouche de vieillard vénérable, ni toutes ces années d'une vie conforme à la Loi.
37ἁγνόν με οἱ πατέρες εἰσδέξονται μὴ φοβηθέντα σου τὰς μέχρι θανάτου ἀνάγκας.Mes pères m'accueilleront pur, moi qui n'ai pas redouté tes contraintes même jusqu'à la mort.
38ἀσεβῶν μὲν γὰρ τυραννήσεις, τῶν δὲ ἐμῶν ὑπὲρ τῆς εὐσεβείας λογισμῶν οὔτε λόγοις δεσπόσεις οὔτε δι ἔργων.Tu exerceras ta tyrannie sur les impies, mais tu ne te rendras pas maître de mes pensées en faveur de la piété, ni par tes paroles, ni par tes actes. »

Chapitre 6

1Τοῦτον τὸν τρόπον ἀντιρρητορεύσαντα ταῖς τοῦ τυράννου παρηγορίαις παραστάντες οἱ δορυφόροι πικρῶς ἔσυραν ἐπὶ τὰ βασανιστήρια τὸν Ελεαζαρον.Après cette réponse éloquente d'Eléazar aux exhortations du tyran, les gardes qui se tenaient là l'entraînèrent brutalement vers les instruments de torture.
2καὶ πρῶτον μὲν περιέδυσαν τὸν γεραιὸν ἐγκοσμούμενον τῇ περὶ τὴν εὐσέβειαν εὐσχημοσύνῃ·Ils commencèrent par dépouiller de ses vêtements le vieil homme, toujours paré de la beauté de la piété ;
3ἔπειτα περιαγκωνίσαντες ἑκατέρωθεν μάστιξιν κατῄκιζον,ensuite, après lui avoir lié les bras des deux côtés, ils le frappèrent avec des fouets.
4Πείσθητι ταῖς τοῦ βασιλέως ἐντολαῖς, ἑτέρωθεν κήρυκος ἐπιβοῶντος.« Obéis aux ordres du roi ! » criait de l'autre côté un héraut.
5ὁ δὲ μεγαλόφρων καὶ εὐγενὴς ὡς ἀληθῶς Ελεαζαρος ὥσπερ ἐν ὀνείρῳ βασανιζόμενος κατ οὐδένα τρόπον μετετρέπετο,Mais le généreux et très noble Eléazar, comme s'il n'était torturé qu'en songe, n'était en aucune manière ébranlé.
6ἀλλὰ ὑψηλοὺς ἀνατείνας εἰς οὐρανὸν τοὺς ὀφθαλμοὺς ἀπεξαίνετο ταῖς μάστιξιν τὰς σάρκας ὁ γέρων καὶ κατερρεῖτο τῷ αἵματι καὶ τὰ πλευρὰ κατετιτρώσκετο.Les yeux levés vers le ciel, le vieil homme abandonnait aux fouets ses chairs déchirées ; il ruisselait de sang et ses flancs étaient couverts de blessures.
7καὶ πίπτων εἰς τὸ ἔδαφος ἀπὸ τοῦ μὴ φέρειν τὸ σῶμα τὰς ἀλγηδόνας ὀρθὸν εἶχεν καὶ ἀκλινῆ τὸν λογισμόν.Il tomba sur le sol, son corps ne supportant plus les souffrances, mais il gardait sa raison droite et ferme.
8λάξ γέ τοι τῶν πικρῶν τις δορυφόρων εἰς τοὺς κενεῶνας ἐναλλόμενος ἔτυπτεν, ὅπως ἐξανίσταιτο πίπτων.Du pied un garde cruel lui frappait les côtes en sautant pour qu'il se relève lorsqu'il tombait ;
9ὁ δὲ ὑπέμενε τοὺς πόνους καὶ περιεφρόνει τῆς ἀνάγκης καὶ διεκαρτέρει τοὺς αἰκισμούς,mais il supportait les douleurs, méprisait la contrainte et résistait aux mauvais traitements ;
10καὶ καθάπερ γενναῖος ἀθλητὴς τυπτόμενος ἐνίκα τοὺς βασανίζοντας ὁ γέρων·recevant les coups comme un noble athlète, le vieil homme triomphait de ses tortionnaires.
11ἱδρῶν γέ τοι τὸ πρόσωπον καὶ ἐπασθμαίνων σφοδρῶς καὶ ὑπ αὐτῶν τῶν βασανιζόντων ἐθαυμάζετο ἐπὶ τῇ εὐψυχίᾳ.Le visage baigné de sueur, haletant bruyamment, Eléazar était admiré de ses tortionnaires pour son courage.
12Ὅθεν τὰ μὲν ἐλεῶντες τὰ τοῦ γήρως αὐτοῦ,C'est alors que, soit par pitié pour sa vieillesse,
13τὰ δὲ ἐν συμπαθείᾳ τῆς συνηθείας ὄντες, τὰ δὲ ἐν θαυμασμῷ τῆς καρτερίας προσιόντες αὐτῷ τινες τοῦ βασιλέως ἔλεγονsoit par sympathie parce qu'ils se connaissaient, soit par admiration pour sa force d'âme, quelques-uns des courtisans du roi s'approchèrent de lui et dirent :
14Τί τοῖς κακοῖς τούτοις σεαυτὸν ἀλογίστως ἀπόλλεις, Ελεαζαρ;« Eléazar, pourquoi, par ces maux, te détruis-tu toi-même de façon déraisonnable ?
15ἡμεῖς μέν τοι τῶν ἡψημένων βρωμάτων παραθήσομεν, σὺ δὲ ὑποκρινόμενος τῶν ὑείων ἀπογεύεσθαι σώθητι.Nous te présenterons des aliments bouillis ; toi, fais semblant de manger du porc et sauve-toi ! »
16Καὶ ὁ Ελεαζαρος ὥσπερ πικρότερον διὰ τῆς συμβουλίας αἰκισθεὶς ἀνεβόησενMais Eléazar, comme torturé encore plus cruellement par ce conseil, s'écria :
17Μὴ οὕτως κακῶς φρονήσαιμεν οἱ Αβρααμ παῖδες ὥστε μαλακοψυχήσαντας ἀπρεπὲς ἡμῖν δρᾶμα ὑποκρίνασθαι.« Non ! Loin de nous une aussi abominable pensée, nous n'irons pas, nous enfants d'Abraham, jouer une comédie indigne de nous.
18καὶ γὰρ ἀλόγιστον εἰ πρὸς ἀλήθειαν ζήσαντες τὸν μέχρι γήρως βίον καὶ τὴν ἐπ αὐτῷ δόξαν νομίμως φυλάσσοντες νῦν μεταβαλοίμεθαEn effet, ce serait déraisonnable si – après avoir cherché la vie durant la vérité jusqu'à la vieillesse et gardé notre réputation en vivant selon la Loi – nous changions maintenant,
19καὶ αὐτοὶ μὲν ἡμεῖς γενοίμεθα τοῖς νέοις ἀσεβείας τύπος, ἵνα παράδειγμα γενώμεθα τῆς μιαροφαγίας.et nous serions nous-mêmes un modèle d'impiété pour les jeunes, devenant un exemple en mangeant ces aliments impurs.
20αἰσχρὸν δὲ εἰ ἐπιβιώσομεν ὀλίγον χρόνον καὶ τοῦτον καταγελώμενοι πρὸς ἁπάντων ἐπὶ δειλίᾳCe serait une honte, si nous ajoutions un peu de temps à notre vie pour être, durant ce temps, à cause de cette lâcheté, objet de dérision de la part de tous,
21καὶ ὑπὸ μὲν τοῦ τυράννου καταφρονηθῶμεν ὡς ἄνανδροι, τὸν δὲ θεῖον ἡμῶν νόμον μέχρι θανάτου μὴ προασπίσαιμεν.et méprisés par le tyran comme lâches parce que nous n'aurions pas défendu jusqu'à la mort notre Loi divine.
22πρὸς ταῦτα ὑμεῖς μέν, ὦ Αβρααμ παῖδες, εὐγενῶς ὑπὲρ τῆς εὐσεβείας τελευτᾶτε.Par conséquent, ô vous, enfants d'Abraham, mourez noblement pour la cause de la piété !
23οἱ δὲ τοῦ τυράννου δορυφόροι, τί μέλλετε;Vous, gardes du tyran, pourquoi attendez-vous ? »
24Πρὸς τὰς ἀνάγκας οὕτως μεγαλοφρονοῦντα αὐτὸν ἰδόντες καὶ μηδὲ πρὸς τὸν οἰκτιρμὸν αὐτῶν μεταβαλλόμενον ἐπὶ τὸ πῦρ αὐτὸν ἀνῆγον·Le voyant ainsi noble d'esprit face aux contraintes et nullement ébranlé par leur pitié, ils le conduisirent vers le feu.
25ἔνθα διὰ κακοτέχνων ὀργάνων καταφλέγοντες αὐτὸν ὑπερρίπτοσαν, καὶ δυσώδεις χυλοὺς εἰς τοὺς μυκτῆρας αὐτοῦ κατέχεον.Ils l'y jetèrent, le brûlant avec des instruments raffinés et lui versant des mixtures puantes dans les narines.
26ὁ δὲ μέχρι τῶν ὀστέων ἤδη κατακεκαυμένος καὶ μέλλων λιποθυμεῖν ἀνέτεινε τὰ ὄμματα πρὸς τὸν θεὸν καὶ εἶπενDéjà consumé jusqu'aux os et sur le point de perdre connaissance, il leva les yeux vers Dieu et dit :
27Σὺ οἶσθα, θεέ, παρόν μοι σῴζεσθαι βασάνοις καυστικαῖς ἀποθνῄσκω διὰ τὸν νόμον.« Tu le sais, ô Dieu, je pouvais me sauver, mais je meurs à cause de la Loi dans les tortures par le feu !
28ἵλεως γενοῦ τῷ ἔθνει σου ἀρκεσθεὶς τῇ ἡμετέρᾳ ὑπὲρ αὐτῶν δίκῃ.Sois miséricordieux envers ton peuple et sois satisfait de notre châtiment pour lui.
29καθάρσιον αὐτῶν ποίησον τὸ ἐμὸν αἷμα καὶ ἀντίψυχον αὐτῶν λαβὲ τὴν ἐμὴν ψυχήν.Fais que mon sang le purifie et reçois mon âme comme rançon de son âme. »
30καὶ ταῦτα εἰπὼν ὁ ἱερὸς ἀνὴρ εὐγενῶς ταῖς βασάνοις ἐναπέθανεν καὶ μέχρι τῶν τοῦ θανάτου βασάνων ἀντέστη τῷ λογισμῷ διὰ τὸν νόμον.Et c'est en disant ces mots que le saint homme, noblement, mourut dans les tortures et grâce à la raison, jusque dans les tortures de la mort, il résista pour la cause de la Loi.
31Ὁμολογουμένως οὖν δεσπότης τῶν παθῶν ἐστιν ὁ εὐσεβὴς λογισμός.Affirmons donc d'un commun accord que la raison pieuse est souveraine des passions.
32εἰ γὰρ τὰ πάθη τοῦ λογισμοῦ κεκρατήκει, τούτοις ἂν ἀπέδομεν τὴν τῆς ἐπικρατείας μαρτυρίαν·En effet, si les passions avaient dominé la raison, nous rendrions témoignage à leur domination.
33νυνὶ δὲ τοῦ λογισμοῦ τὰ πάθη νικήσαντος αὐτῷ προσηκόντως τὴν τῆς ἡγεμονίας προσνέμομεν ἐξουσίαν.Mais la raison ayant vaincu les passions, il faut lui attribuer le pouvoir de les diriger.
34καὶ δίκαιόν ἐστιν ὁμολογεῖν ἡμᾶς τὸ κράτος εἶναι τοῦ λογισμοῦ, ὅπου γε καὶ τῶν ἔξωθεν ἀλγηδόνων ἐπικρατεῖ, ἐπεὶ καὶ γελοῖον.Il est juste de reconnaître que le commandement revient à la raison, puisqu'elle domine même les souffrances qui viennent du dehors.
35καὶ οὐ μόνον τῶν ἀλγηδόνων ἐπιδείκνυμι κεκρατηκέναι τὸν λογισμόν, ἀλλὰ καὶ τῶν ἡδονῶν κρατεῖν καὶ μηδὲν αὐταῖς ὑπείκειν.Car aussi il est ridicule [de faire autrement]. Et je démontre non seulement que la raison vient à bout des souffrances, mais qu'elle domine aussi les plaisirs et ne leur cède rien.

Chapitre 7

1Ὥσπερ γὰρ ἄριστος κυβερνήτης ὁ τοῦ πατρὸς ἡμῶν Ελεαζαρου λογισμὸς πηδαλιουχῶν τὴν τῆς εὐσεβείας ναῦν ἐν τῷ τῶν παθῶν πελάγειComme un excellent pilote, en effet, la raison de notre père Eléazar tenant le gouvernail du vaisseau de la piété navigua sur la vaste mer des passions.
2καὶ καταικιζόμενος ταῖς τοῦ τυράννου ἀπειλαῖς καὶ καταντλούμενος ταῖς τῶν βασάνων τρικυμίαιςTorturé par les menaces du tyran et submergé par les vagues des tortures,
3κατ οὐδένα τρόπον ἔτρεψε τοὺς τῆς εὐσεβείας οἴακας, ἕως οὗ ἔπλευσεν ἐπὶ τὸν τῆς ἀθανάτου νίκης λιμένα.il ne lâcha en aucune manière le gouvernail de la piété, jusqu'à ce qu'il ait abordé au port de l'immortelle victoire.
4οὐχ οὕτως πόλις πολλοῖς καὶ ποικίλοις μηχανήμασιν ἀντέσχε ποτὲ πολιορκουμένη, ὡς ὁ πανάγιος ἐκεῖνος. τὴν ἱερὰν ψυχὴν αἰκισμοῖς τε καὶ στρέβλαις πυρπολούμενος ἐνίκησεν τοὺς πολιορκοῦντας διὰ τὸν ὑπερασπίζοντα τῆς εὐσεβείας λογισμόν.Aucune ville assiégée avec des machines de guerre nombreuses et variées n'a jamais résisté comme cet homme parfaitement saint. Sa sainte âme consumée par le feu, par les coups et par les tortures a vaincu les assiégeants grâce à la raison, le bouclier de la piété.
5ὥσπερ γὰρ πρόκρημνον ἄκραν τὴν ἑαυτοῦ διάνοιαν ὁ πατὴρ Ελεαζαρ ἐκτείνας περιέκλασεν τοὺς ἐπιμαινομένους τῶν παθῶν κλύδωνας.Car dressant sa réflexion comme un rocher escarpé, notre père Eléazar brisa les flots furieux des passions.
6ὦ ἄξιε τῆς ἱερωσύνης ἱερεῦ, οὐκ ἐμίανας τοὺς ἱεροὺς ὀδόντας οὐδὲ τὴν θεοσέβειαν καὶ καθαρισμὸν χωρήσασαν γαστέρα ἐκοίνωσας μιαροφαγίᾳ.O prêtre digne du sacerdoce, tu n'as pas souillé tes dents saintes ni profané par des aliments impurs tes entrailles qui ont accueilli la piété et la purification.
7ὦ σύμφωνε νόμου καὶ φιλόσοφε θείου βίου.O toi qui es en harmonie avec la Loi, philosophe de la vie divine !
8τοιούτους δεῖ εἶναι τοὺς δημιουργοῦντας τὸν νόμον ἰδίῳ αἵματι καὶ γενναίῳ ἱδρῶτι τοῖς μέχρι θανάτου πάθεσιν ὑπερασπίζοντας.C'est ainsi que doivent être les défenseurs de la Loi, la protégeant des passions avec leur propre sang, leur noble sueur jusqu'à la mort.
9σύ, πάτερ, τὴν εὐνομίαν ἡμῶν διὰ τῶν ὑπομονῶν εἰς δόξαν ἐκύρωσας καὶ τὴν ἁγιαστίαν σεμνολογήσας οὐ κατέλυσας καὶ διὰ τῶν ἔργων ἐπιστοποίησας τοὺς τῆς θείας φιλοσοφίας σου λόγους,Toi, père, par ta persévérance glorieuse, tu as fortifié notre fidélité à la Loi, et, parlant avec gravité, tu n'as pas aboli nos rites ; par tes actes, tu as rendu crédibles tes paroles sur ta divine philosophie.
10ὦ βασάνων βιαιότερε γέρων καὶ πυρὸς εὐτονώτερε πρεσβῦτα καὶ παθῶν μέγιστε βασιλεῦ Ελεαζαρ.O vieillard plus fort que les tortures, honorable ancien plus énergique que le feu, roi très puissant des passions, Eléazar.
11ὥσπερ γὰρ ὁ πατὴρ Ααρων τῷ θυμιατηρίῳ καθωπλισμένος διὰ τοῦ ἐθνοπλήθους ἐπιτρέχων τὸν ἐμπυριστὴν ἐνίκησεν ἄγγελον,Car, comme notre père Aaron, armé de l'encensoir, courant à travers la foule vainquit l'ange de feu,
12οὕτως ὁ Ααρωνίδης Ελεαζαρ διὰ τοῦ πυρὸς ὑπερτηκόμενος οὐ μετετράπη τὸν λογισμόν.ainsi Eléazar, descendant d'Aaron, consumé par le feu, ne s'écarta pas de la raison.
13καίτοι τὸ θαυμασιώτατον, γέρων ὢν λελυμένων μὲν ἤδη τῶν τοῦ σώματος τόνων, περικεχαλασμένων δὲ τῶν σαρκῶν, κεκμηκότων δὲ καὶ τῶν νεύρων ἀνενέασενMais ce qui est le plus admirable, c'est que ce vieil homme dont l'énergie corporelle était déjà brisée, les chairs tombées, les nerfs affaiblis, redevint un jeune homme
14τῷ πνεύματι διὰ τοῦ λογισμοῦ καὶ τῷ Ισακίῳ λογισμῷ τὴν πολυκέφαλον στρέβλαν ἠκύρωσεν.en esprit grâce à la raison. Et par sa raison, semblable à celle d'Isaac, il rendit impuissante la torture aux multiples têtes.
15ὦ μακαρίου γήρως καὶ σεμνῆς πολιᾶς καὶ βίου νομίμου, ὃν πιστὴ θανάτου σφραγὶς ἐτελείωσεν.O bienheureuse vieillesse ! O vénérables cheveux blancs ! O vie conforme à la Loi que le sceau fidèle de la mort a portée à la perfection !
16Εἰ δὴ τοίνυν γέρων ἀνὴρ τῶν μέχρι θανάτου βασάνων περιεφρόνει δι εὐσέβειαν, ὁμολογουμένως ἡγεμών ἐστιν τῶν παθῶν ὁ εὐσεβὴς λογισμός.Si donc un vieil homme a méprisé, à cause de la piété, les tortures jusqu'à la mort, nous devons reconnaître que la raison pieuse dirige les passions.
17ἴσως δ ἂν εἴποιέν τινες Τῶν παθῶν οὐ πάντες περικρατοῦσιν, ὅτι οὐδὲ πάντες φρόνιμον ἔχουσιν τὸν λογισμόν.Mais, diront vraisemblablement certains, tous ne domptent pas les passions, car tous ne possèdent pas la raison prudente.
18ἀλλ ὅσοι τῆς εὐσεβείας προνοοῦσιν ἐξ ὅλης καρδίας, οὗτοι μόνοι δύνανται κρατεῖν τῶν τῆς σαρκὸς παθῶνMais ceux qui de tout leur coeur prennent soin de la piété, ceux-là seuls ont le pouvoir de commander aux passions de la chair,
19πιστεύοντες ὅτι θεῷ οὐκ ἀποθνῄσκουσιν, ὥσπερ οὐδὲ οἱ πατριάρχαι ἡμῶν Αβρααμ καὶ Ισαακ καὶ Ιακωβ, ἀλλὰ ζῶσιν τῷ θεῷ.persuadés que, en Dieu, ils ne meurent pas, comme ne sont pas morts nos patriarches, Abraham, Isaac et Jacob, mais qu'ils vivent pour Dieu.
20οὐδὲν οὖν ἐναντιοῦται τὸ φαίνεσθαί τινας παθοκρατεῖσθαι διὰ τὸν ἀσθενῆ λογισμόν·Il n'y a donc aucune contradiction dans le fait que quelques-uns paraissent dominés par leurs passions à cause de la faiblesse de leur raison ;
21ἐπεὶ τίς πρὸς ὅλον τὸν τῆς φιλοσοφίας κανόνα φιλοσοφῶν καὶ πεπιστευκὼς θεῷen effet, se pourrait-il qu'un homme qui vit en philosophe selon toute la règle de la philosophie, qui croit en Dieu,
22καὶ εἰδὼς ὅτι διὰ τὴν ἀρετὴν πάντα πόνον ὑπομένειν μακάριόν ἐστιν, οὐκ ἂν περικρατήσειεν τῶν παθῶν διὰ τὴν θεοσέβειαν;qui sait le bonheur de supporter toute douleur pour la vertu, ne dompte pas les passions avec l'aide de la piété ?
23μόνος γὰρ ὁ σοφὸς καὶ ἀνδρεῖός ἐστιν τῶν παθῶν κύριος.Seul, en effet, l'homme sage et courageux est maître des passions.

Chapitre 8

1Διὰ τοῦτό γέ τοι καὶ μειρακίσκοι τῷ τῆς εὐσεβείας λογισμῷ φιλοσοφοῦντες χαλεπωτέρων βασανιστηρίων ἐπεκράτησαν.En vérité, c'est pour cela que des adolescents devenus philosophes, grâce à la raison pieuse, ont dominé des tourments encore plus cruels.
2ἐπειδὴ γὰρ κατὰ τὴν πρώτην πεῖραν ἐνικήθη περιφανῶς ὁ τύραννος μὴ δυνηθεὶς ἀναγκάσαι γέροντα μιαροφαγῆσαι, τότε δὴ σφόδρα περιπαθῶς ἐκέλευσεν ἄλλους ἐκ τῆς λείας τῶν Εβραίων ἀγαγεῖν, καὶ εἰ μὲν μιαροφαγήσαιεν, ἀπολύειν φαγόντας, εἰ δ ἀντιλέγοιεν, πικρότερον βασανίζειν.En effet, alors que dans sa première tentative, il avait été vaincu publiquement, n'ayant pu forcer un vieillard à manger des aliments impurs, le tyran ordonna avec véhémence d'amener d'autres Hébreux captifs : s'ils mangeaient des aliments impurs, ils seraient ensuite relâchés, mais s'ils refusaient, ils seraient torturés plus cruellement.
3ταῦτα διαταξαμένου τοῦ τυράννου, παρῆσαν ἀγόμενοι μετὰ γεραιᾶς μητρὸς ἑπτὰ ἀδελφοὶ καλοί τε καὶ αἰδήμονες καὶ γενναῖοι καὶ ἐν παντὶ χαρίεντες.Quand le tyran eut donné cet ordre, on lui amena, avec leur mère âgée, sept frères beaux, pudiques, de noble famille et charmants en tout.
4οὓς ἰδὼν ὁ τύραννος καθάπερ ἐν χορῷ μέσην τὴν μητέρα περιέχοντας ἥσθετο ἐπ αὐτοῖς καὶ τῆς εὐπρεπείας ἐκπλαγεὶς καὶ τῆς εὐγενείας προσεμειδίασεν αὐτοῖς καὶ πλησίον καλέσας ἔφηLes voyant placés autour de leur mère comme dans un choeur, il prit plaisir à leur vue et, frappé de leur belle apparence et de leur noblesse, il leur sourit. Puis il les appela près de lui et dit :
5Ὦ νεανίαι, φιλοφρόνως ἐγὼ καθ ἑνὸς ἑκάστου ὑμῶν θαυμάζω, τὸ κάλλος καὶ τὸ πλῆθος τοσούτων ἀδελφῶν ὑπερτιμῶν οὐ μόνον συμβουλεύω μὴ μανῆναι τὴν αὐτὴν τῷ προβασανισθέντι γέροντι μανίαν, ἀλλὰ καὶ παρακαλῶ συνείξαντάς μοι τῆς ἐμῆς ἀπολαύειν φιλίας·« O jeunes gens, je suis plein de bienveillance et j'admire chacun de vous ; j'estime particulièrement la beauté d'un tel nombre de frères. Aussi non seulement je vous conseille de ne pas verser dans la même folie que ce vieil homme qui vient d'être torturé, mais je vous exhorte à me céder et à jouir de mon amitié.
6δυναίμην δ ἂν ὥσπερ κολάζειν τοὺς ἀπειθοῦντάς μου τοῖς ἐπιτάγμασιν, οὕτω καὶ εὐεργετεῖν τοὺς εὐπειθοῦντάς μοι.De même que je peux châtier ceux qui désobéissent à mes ordres, j'ai le pouvoir de faire du bien à ceux qui m'obéissent.
7πιστεύσατε οὖν καὶ ἀρχὰς ἐπὶ τῶν ἐμῶν πραγμάτων ἡγεμονικὰς λήμψεσθε ἀρνησάμενοι τὸν πάτριον ὑμῶν τῆς πολιτείας θεσμόν·Faites-moi donc confiance, et vous recevrez des charges éminentes dans mes affaires si vous renoncez à la loi ancestrale de vos institutions.
8καὶ μεταλαβόντες Ἑλληνικοῦ βίου καὶ μεταδιαιτηθέντες ἐντρυφήσατε ταῖς νεότησιν ὑμῶν·Adoptez la manière de vivre des Grecs, changez votre mode de vie, profitez de votre jeunesse !
9ἐπεί, ἐὰν ὀργίλως με διάθησθε διὰ τῆς ἀπειθείας, ἀναγκάσετέ με ἐπὶ δειναῖς κολάσεσιν ἕνα ἕκαστον ὑμῶν διὰ τῶν βασάνων ἀπολέσαι.Si vous me mettez en colère par votre désobéissance, vous me forcerez à recourir à de terribles châtiments et à faire périr chacun d'entre vous dans les tortures.
10κατελεήσατε οὖν ἑαυτούς, οὓς καὶ ὁ πολέμιος ἔγωγε καὶ τῆς ἡλικίας καὶ τῆς εὐμορφίας οἰκτίρομαι.Ayez pitié de vous-mêmes, puisque moi votre ennemi, j'ai pitié de votre jeunesse et de votre beauté.
11οὐ διαλογιεῖσθε τοῦτο, ὅτι οὐδὲν ὑμῖν ἀπειθήσασιν πλὴν τοῦ μετὰ στρεβλῶν ἀποθανεῖν ἀπόκειται;Réfléchissez donc à ceci : si vous me désobéissez, que gagnerez-vous sinon de mourir dans les tortures ? »
12Ταῦτα δὲ λέγων ἐκέλευσεν εἰς τὸ ἔμπροσθεν τιθέναι τὰ βασανιστήρια, ὅπως καὶ διὰ τοῦ φόβου πείσειεν αὐτοὺς μιαροφαγῆσαι.Ces mots prononcés, il ordonna de placer bien en évidence les instruments de torture, afin de les convaincre par la peur de manger des aliments impurs.
13ὡς δὲ τροχούς τε καὶ ἀρθρέμβολα, στρεβλωτήριά τε καὶ τροχαντῆρας καὶ καταπέλτας καὶ λέβητας, τήγανά τε καὶ δακτυλήθρας καὶ χεῖρας σιδηρᾶς καὶ σφῆνας καὶ τὰ ζώπυρα τοῦ πυρὸς οἱ δορυφόροι προέθεσαν, ὑπολαβὼν ὁ τύραννος ἔφηAlors les gardes apportèrent des roues, des instruments pour disloquer les articulations, des chevalets, des crocs, des catapultes, des chaudrons, des poêles, des gants, des mains de fer, des coins, des soufflets pour le feu. Reprenant la parole, le tyran dit :
14Μειράκια, φοβήθητε, καὶ ἣν σέβεσθε δίκην, ἵλεως ὑμῖν ἔσται δι ἀνάγκην παρανομήσασιν.« Jeunes gens, tremblez : la justice que vous vénérez sera indulgente avec vous qui aurez agi contre la Loi sous la contrainte. »
15Οἱ δὲ ἀκούσαντες ἐπαγωγὰ καὶ ὁρῶντες δεινὰ οὐ μόνον οὐκ ἐφοβήθησαν, ἀλλὰ καὶ ἀντεφιλοσόφησαν τῷ τυράννῳ καὶ διὰ τῆς εὐλογιστίας τὴν τυραννίδα αὐτοῦ κατέλυσαν.Mais eux, ayant entendu ces propos séduisants et vu ces instruments terribles, non seulement n'eurent pas peur, mais ils s'opposèrent au tyran grâce à leur philosophie ; par leur raison, ils renversèrent sa tyrannie.
16καίτοι λογισώμεθα, εἰ δειλόψυχοί τινες ἦσαν ἐν αὐτοῖς καὶ ἄνανδροι, ποίοις ἂν ἐχρήσαντο λόγοις; οὐχὶ τούτοις;Cependant réfléchissons : si quelques-uns d'entre eux avaient été timides et lâches, quels arguments auraient-ils utilisés ? Probablement ceux-ci :
17Ὦ τάλανες ἡμεῖς καὶ λίαν ἀνόητοι· βασιλέως ἡμᾶς καλοῦντος καὶ ἐπὶ εὐεργεσίᾳ παρακαλοῦντος, εἰ πεισθείημεν αὐτῷ,« Malheureux et insensés que nous sommes ! Un roi nous invite et nous exhorte pour notre bien, et nous n'allons pas lui obéir ?
18τί βουλήμασιν κενοῖς ἑαυτοὺς εὐφραίνομεν καὶ θανατηφόρον ἀπείθειαν τολμῶμεν;Pourquoi mettre notre joie dans ces vaines résolutions et oser une désobéissance fatale ?
19οὐ φοβηθησόμεθα, ἄνδρες ἀδελφοί, τὰ βασανιστήρια καὶ λογιούμεθα τὰς τῶν βασάνων ἀπειλὰς καὶ φευξόμεθα τὴν κενοδοξίαν ταύτην καὶ ὀλεθροφόρον ἀλαζονείαν;Frères, n'allons-nous pas craindre ces instruments de torture ? N'allons-nous pas réfléchir aux menaces de torture et abandonner cette vaine gloire et cette funeste vantardise ?
20ἐλεήσωμεν τὰς ἑαυτῶν ἡλικίας καὶ κατοικτίρωμεν τὸ τῆς μητρὸς γῆραςAyons pitié de notre jeunesse, ayons pitié de la vieillesse de notre mère !
21καὶ ἐνθυμηθῶμεν ὅτι ἀπειθοῦντες τεθνηξόμεθα.Mettons-nous bien dans l'esprit qu'en désobéissant, nous mourrons.
22συγγνώσεται δὲ ἡμῖν καὶ ἡ θεία δίκη δι ἀνάγκην τὸν βασιλέα φοβηθεῖσιν.La justice divine nous pardonnera, nous qui craignons le roi sous la contrainte.
23τί ἐξάγομεν ἑαυτοὺς τοῦ ἡδίστου βίου καὶ ἀποστεροῦμεν ἑαυτοὺς τοῦ γλυκέος κόσμου;Pourquoi nous arracher nous-mêmes à la vie si agréable et pourquoi nous priver nous-mêmes de ce monde si doux ?
24μὴ βιαζώμεθα τὴν ἀνάγκην μηδὲ κενοδοξήσωμεν ἐπὶ τῇ ἑαυτῶν στρέβλῃ.Ne faisons pas violence à la nécessité et ne recherchons pas la vaine gloire au prix de notre torture.
25οὐδ αὐτὸς ὁ νόμος ἑκουσίως ἡμᾶς θανατοῖ φοβηθέντας τὰ βασανιστήρια.La Loi elle-même ne voudrait pas nous punir de mort pour avoir craint les instruments de torture.
26πόθεν ἡμῖν ἡ τοσαύτη ἐντέτηκε φιλονεικία καὶ ἡ θανατηφόρος ἀρέσκει καρτερία, παρὸν μετὰ ἀταραξίας ζῆν τῷ βασιλεῖ πεισθέντας;D'où nous vient un tel goût de la querelle et pourquoi cette fermeté fatale nous plaît-elle, alors qu'il est possible de vivre dans la tranquillité en obéissant au roi ? »
27ἀλλὰ τούτων οὐδὲν εἶπον οἱ νεανίαι βασανίζεσθαι μέλλοντες οὐδὲ ἐνεθυμήθησαν.Mais les jeunes gens, sur le point d'être torturés, ne dirent ni ne pensèrent rien de semblable.
28ἦσαν γὰρ περίφρονες τῶν παθῶν καὶ αὐτοκράτορες τῶν ἀλγηδόνων,Car ils méprisaient les passions et ils étaient les dominateurs absolus des souffrances,
29ὥστε ἅμα τῷ παύσασθαι τὸν τύραννον συμβουλεύοντα αὐτοῖς μιαροφαγῆσαι, πάντες διὰ μιᾶς φωνῆς ὁμοῦ ὥσπερ ἀπὸ τῆς αὐτῆς ψυχῆς εἶπονsi bien qu'au moment même où le tyran cessait de leur conseiller de manger des aliments impurs, tous ensemble, d'une seule voix et d'une seule âme, ils dirent :

Chapitre 9

1Τί μέλλεις, ὦ τύραννε; ἕτοιμοι γάρ ἐσμεν ἀποθνῄσκειν ἢ παραβαίνειν τὰς πατρίους ἡμῶν ἐντολάς·« Qu'attends-tu, ô tyran ? Nous sommes prêts à mourir plutôt que de transgresser les commandements de nos pères.
2αἰσχυνόμεθα γὰρ τοὺς προγόνους ἡμῶν εἰκότως, εἰ μὴ τῇ τοῦ νόμου εὐπειθείᾳ καὶ συμβούλῳ Μωυσεῖ χρησαίμεθα.En effet, nous rougirions avec raison devant nos ancêtres si, dans notre obéissance à la Loi, nous ne prenions pas Moïse comme conseiller.
3σύμβουλε τύραννε παρανομίας, μὴ ἡμᾶς μισῶν ὑπὲρ αὐτοὺς ἡμᾶς ἐλέα.Tyran, conseiller de la transgression, toi qui nous hais, n'aie pas plus pitié de nous que nous avons pitié de nous.
4χαλεπώτερον γὰρ αὐτοῦ τοῦ θανάτου νομίζομεν εἶναί σου τὸν ἐπὶ τῇ παρανόμῳ σωτηρίᾳ ἡμῶν ἔλεον.Car nous pensons que ta pitié qui nous propose le salut par la transgression de la Loi est plus dure à supporter que la mort elle-même.
5ἐκφοβεῖς δὲ ἡμᾶς τὸν διὰ τῶν βασάνων θάνατον ἡμῖν ἀπειλῶν ὥσπερ οὐχὶ πρὸ βραχέως παρ Ελεαζαρου μαθών.Tu tentes de nous effrayer en nous menaçant de la mort par les tortures, comme si tu n'avais rien appris d'Eléazar, il y a un instant.
6εἰ δ οἱ γέροντες τῶν Εβραίων διὰ τὴν εὐσέβειαν καὶ βασανισμοὺς ὑπομείναντες εὐσέβησαν, ἀποθάνοιμεν ἂν δικαιότερον ἡμεῖς οἱ νέοι τὰς βασάνους τῶν σῶν ἀναγκῶν ὑπεριδόντες, ἃς καὶ ὁ παιδευτὴς ἡμῶν γέρων ἐνίκησεν.Si les vieillards des Hébreux en endurant les tortures pour la cause de la piété sont demeurés pieux, il est plus juste encore que nous mourions, nous les jeunes, en méprisant les tortures de ta contrainte, dont a triomphé même ce vieil homme notre maître.
7πείραζε τοιγαροῦν, τύραννε· καὶ τὰς ἡμῶν ψυχὰς εἰ θανατώσεις διὰ τὴν εὐσέβειαν, μὴ νομίσῃς ἡμᾶς βλάπτειν βασανίζων.Essaye donc, tyran ! Mais si tu prends nos vies et nous fais mourir pour la cause de la piété, ne pense pas que tu nous fais du tort en nous torturant,
8ἡμεῖς μὲν γὰρ διὰ τῆσδε τῆς κακοπαθείας καὶ ὑπομονῆς τὰ τῆς ἀρετῆς ἆθλα ἕξομεν καὶ ἐσόμεθα παρὰ θεῷ, δι ὃν καὶ πάσχομεν·car nous, par notre souffrance et notre persévérance, nous obtiendrons la récompense de la vertu et nous serons auprès de Dieu pour qui nous souffrons.
9σὺ δὲ διὰ τὴν ἡμῶν μιαιφονίαν αὐτάρκη καρτερήσεις ὑπὸ τῆς θείας δίκης αἰώνιον βάσανον διὰ πυρός.Mais toi, à cause de notre meurtre dont tu vas te souiller, tu souffriras par le feu le tourment éternel mérité de la part de la justice divine. »
10Ταῦτα αὐτῶν εἰπόντων οὐ μόνον ὡς κατὰ ἀπειθούντων ἐχαλέπαινεν ὁ τύραννος, ἀλλὰ καὶ ὡς κατὰ ἀχαρίστων ὠργίσθη.Quand ils eurent prononcé ces paroles, le tyran non seulement s'irrita de leur désobéissance, mais devint même plus furieux en raison de leur ingratitude.
11ὅθεν τὸν πρεσβύτατον αὐτῶν κελευσθέντες παρῆγον οἱ ὑπασπισταὶ καὶ διαρρήξαντες τὸν χιτῶνα διέδησαν τὰς χεῖρας αὐτοῦ καὶ τοὺς βραχίονας ἱμᾶσιν ἑκατέρωθεν.A son ordre les gardes amenèrent l'aîné des frères et, après avoir déchiré sa tunique, ils lui lièrent les mains et les bras des deux côtés avec des lanières.
12ὡς δὲ τύπτοντες ταῖς μάστιξιν ἐκοπίασαν μηδὲν ἀνύοντες, ἀνέβαλον αὐτὸν ἐπὶ τὸν τροχόν·Après l'avoir frappé avec des fouets jusqu'à ce qu'ils soient fatigués, n'obtenant rien de lui, ils le jetèrent sur la roue.
13περὶ ὃν κατατεινόμενος ὁ εὐγενὴς νεανίας ἔξαρθρος ἐγίνετο.Etendu sur elle, le noble jeune homme fut désarticulé.
14καὶ κατὰ πᾶν μέλος κλώμενος ἐκακηγόρει λέγωνAlors que tous ses membres se brisaient, il accusait :
15Τύραννε μιαρώτατε καὶ τῆς οὐρανίου δίκης ἐχθρὲ καὶ ὠμόφρων, οὐκ ἀνδροφονήσαντά με τοῦτον καταικίζεις τὸν τρόπον οὐδὲ ἀσεβήσαντα ἀλλὰ θείου νόμου προασπίζοντα.« Impur tyran, ennemi de la justice céleste, coeur inhumain, ce n'est pas un meurtrier que tu tortures de la sorte ni un impie, mais un défenseur de la Loi divine. »
16καὶ τῶν δορυφόρων λεγόντων Ὁμολόγησον φαγεῖν, ὅπως ἀπαλλαγῇς τῶν βασάνων,Les gardes lui disaient : « Consens à manger afin de te délivrer des tortures. »
17ὁ δὲ εἶπεν Οὐχ οὕτως ἰσχυρὸς ὑμῶν ἐστιν ὁ τροχός, ὦ μιαροὶ διάκονοι, ὥστε μου τὸν λογισμὸν ἄγξαι· τέμνετέ μου τὰ μέλη καὶ πυροῦτέ μου τὰς σάρκας καὶ στρεβλοῦτε τὰ ἄρθρα.Il leur dit : « Votre roue n'est pas assez forte, ô impurs serviteurs, pour étouffer ma raison. Coupez mes membres, brûlez mes chairs, tordez mes jointures :
18διὰ πασῶν γὰρ ὑμᾶς πείσω τῶν βασάνων ὅτι μόνοι παῖδες Εβραίων ὑπὲρ ἀρετῆς εἰσιν ἀνίκητοι.à travers toutes ces tortures, je vous montrerai que seuls les enfants des Hébreux sont invincibles dans la défense de la vertu. »
19ταῦτα λέγοντι ὑπέστρωσαν πῦρ καὶ τὸ διερεθίζον τὸν τροχὸν προσεπικατέτεινον·Pendant qu'il disait ces mots, ils placèrent au-dessous de lui un feu qu'ils attisaient en tendant la roue encore plus fort.
20ἐμολύνετο δὲ πάντοθεν αἵματι ὁ τροχός, καὶ ὁ σωρὸς τῆς ἀνθρακιᾶς τοῖς τῶν ἰχώρων ἐσβέννυτο σταλαγμοῖς, καὶ περὶ τοὺς ἄξονας τοῦ ὀργάνου περιέρρεον αἱ σάρκες.La roue était toute souillée de sang, le tas de charbons brûlants s'éteignait sous une pluie de sang, et les chairs se répandaient autour des essieux de la machine.
21καὶ περιτετμημένον ἤδη ἔχων τὸ τῶν ὀστέων πῆγμα ὁ μεγαλόφρων καὶ Αβραμιαῖος νεανίας οὐκ ἐστέναξεν,Tandis que la charpente des os se consumait déjà, le magnanime jeune homme, vrai fils d'Abraham, ne poussa pas un cri ;
22ἀλλ ὥσπερ ἐν πυρὶ μετασχηματιζόμενος εἰς ἀφθαρσίαν ὑπέμεινεν εὐγενῶς τὰς στρέβλαςmais, comme si dans le feu il était transformé en un être incorruptible, il supporta noblement les souffrances.
23Μιμήσασθέ με, ἀδελφοί, λέγων, μή μου τὸν ἀγῶνα λειποτακτήσητε μηδὲ ἐξομόσησθέ μου τὴν τῆς εὐψυχίας ἀδελφότητα.« Imitez-moi, mes frères, disait-il ; n'abandonnez pas ma lutte, n'abjurez pas notre fraternité dans le courage,
24ἱερὰν καὶ εὐγενῆ στρατείαν στρατεύσασθε περὶ τῆς εὐσεβείας, δι ἧς ἵλεως ἡ δικαία καὶ πάτριος ἡμῶν πρόνοια τῷ ἔθνει γενηθεῖσα τιμωρήσειεν τὸν ἀλάστορα τύραννον.combattez le saint et noble combat pour la cause de la piété. C'est par elle que la juste providence qui a protégé nos pères deviendra bienveillante à l'égard de notre peuple et punira le tyran maudit. »
25καὶ ταῦτα εἰπὼν ὁ ἱεροπρεπὴς νεανίας ἀπέρρηξεν τὴν ψυχήν.En prononçant ces mots, le saint jeune homme rendit l'âme.
26Θαυμασάντων δὲ πάντων τὴν καρτεροψυχίαν αὐτοῦ ἦγον οἱ δορυφόροι τὸν καθ ἡλικίαν τοῦ προτέρου δεύτερον καὶ σιδηρᾶς ἐναρμοσάμενοι χεῖρας ὀξέσι τοῖς ὄνυξιν ὀργάνῳ καὶ καταπέλτῃ προσέδησαν αὐτόν.Tous furent émerveillés par sa fermeté d'âme ; les gardes amenèrent ensuite le second en âge, et ayant ajusté leurs gants de fer aux ongles pointus, ils le lièrent à l'instrument de torture et à la catapulte.
27ὡς δ εἰ φαγεῖν βούλοιτο πρὶν βασανίζεσθαι πυνθανόμενοι τὴν εὐγενῆ γνώμην ἤκουσαν,Avant de le torturer, ils lui demandèrent s'il voulait manger, mais ils entendirent sa noble résolution.
28ἀπὸ τῶν τενόντων ταῖς σιδηραῖς χερσὶν ἐπισπασάμενοι μέχρι τῶν γενείων τὴν σάρκα πᾶσαν καὶ τὴν τῆς κεφαλῆς δορὰν οἱ παρδάλεοι θῆρες ἀπέσυρον. ὁ δὲ ταύτην βαρέως τὴν ἀλγηδόνα καρτερῶν ἔλεγενAvec leurs mains de fer, tels des tigres sauvages, ils arrachèrent toute la chair depuis les tendons de la nuque jusqu'au menton et toute la peau de la tête. Lui, supportant cette souffrance avec courage, disait :
29Ὡς ἡδὺς πᾶς θανάτου τρόπος διὰ τὴν πάτριον ἡμῶν εὐσέβειαν. ἔφη τε πρὸς τὸν τύραννον« Combien est douce chaque forme de mort pour la cause de notre ancestrale piété ! » Au tyran il dit :
30Οὐ δοκεῖς, πάντων ὠμότατε τύραννε, πλέον ἐμοῦ σε βασανίζεσθαι ὁρῶν σου νικώμενον τὸν τῆς τυραννίδος ὑπερήφανον λογισμὸν ὑπὸ τῆς διὰ τὴν εὐσέβειαν ἡμῶν ὑπομονῆς;« Ne crois-tu pas, ô le plus cruel des tyrans, que tu es torturé plus que moi en voyant ton arrogante raison de tyran vaincue par notre endurance pour la cause de la piété ?
31ἐγὼ μὲν γὰρ ταῖς διὰ τὴν ἀρετὴν ἡδοναῖς τὸν πόνον ἐπικουφίζομαι,Car moi, avec les plaisirs que m'apporte la vertu, j'allège ma douleur,
32σὺ δὲ ἐν ταῖς τῆς ἀσεβείας ἀπειλαῖς βασανίζῃ. οὐκ ἐκφεύξῃ δέ, μιαρώτατε τύραννε, τὰς τῆς θείας ὀργῆς δίκας.mais toi, tu es torturé dans les menaces de ton impiété, et tu n'échapperas pas, impur tyran, aux jugements de la colère divine. »

Chapitre 10

1Καὶ τούτου τὸν ἀοίδιμον θάνατον καρτερήσαντος ὁ τρίτος ἤγετο παρακαλούμενος πολλὰ ὑπὸ πολλῶν ὅπως ἀπογευσάμενος σῴζοιτο.Quand le deuxième frère eut supporté avec courage cette mort glorieuse, le troisième fut amené, exhorté de plusieurs manières par un grand nombre de gens pour qu'il se sauve en goûtant la nourriture.
2ὁ δὲ ἀναβοήσας ἔφη Ἀγνοεῖτε ὅτι αὑτός με τοῖς ἀποθανοῦσιν ἔσπειρεν πατήρ, καὶ ἡ αὐτὴ μήτηρ ἐγέννησεν, καὶ ἐπὶ τοῖς αὐτοῖς ἀνετράφην δόγμασιν;Mais il cria : « Ignorez-vous que c'est le même père qui nous a engendrés, moi et ceux qui sont morts, que c'est la même mère qui nous a enfantés et que c'est dans les mêmes doctrines que j'ai été élevé ?
3οὐκ ἐξόμνυμαι τὴν εὐγενῆ τῆς ἀδελφότητος συγγένειαν.Je ne renie pas la noble parenté de mes frères.
4πρὸς ταῦτα εἴ τι ἔχετε κολαστήριον προσαγάγετε τῷ σώματί μου· τῆς γὰρ ψυχῆς μου, οὐδ' ἂν θέλητε ἅψασθαι, δύνασθε. C'est pourquoi, si vous avez quelque instrument de torture, appliquez-le à mon corps, mais, à mon âme, même si vous le vouliez, vous ne pourrez toucher. »
5οἱ δὲ πικρῶς ἐνέγκαντες τὴν παρρησίαν τοῦ ἀνδρὸς ἀρθρεμβόλοις ὀργάνοις τὰς χεῖρας αὐτοῦ καὶ τοὺς πόδας ἐξήρθρουν καὶ ἐξ ἁρμῶν ἀναμοχλεύοντες ἐξεμέλιζον,Très irrités par son audace virile, avec des instruments à disloquer ils lui désarticulèrent les mains et les pieds et, soulevant avec un levier, ils lui déboîtèrent les membres,
6τοὺς δακτύλους καὶ τοὺς βραχίονας καὶ τὰ σκέλη καὶ τοὺς ἀγκῶνας περιέκλων.ils lui brisèrent les doigts, les bras, les jambes, les coudes.
7καὶ κατὰ μηδένα τρόπον ἰσχύοντες αὐτὸν ἄγξαι περιλύσαντες τὰ ὄργανα σὺν ἄκραις ταῖς τῶν δακτύλων κορυφαῖς ἀπεσκύθιζον.Ne parvenant en aucune manière à l'étouffer, abandonnant les instruments, avec les pointes des doigts ils le scalpèrent à la manière des Scythes.
8καὶ εὐθέως ἦγον ἐπὶ τὸν τροχόν, περὶ ὃν ἐκ σπονδύλων ἐκμελιζόμενος ἑώρα τὰς ἑαυτοῦ σάρκας περιλακιζομένας καὶ κατὰ σπλάγχνων σταγόνας αἵματος ἀπορρεούσας.Ils l'amenèrent aussitôt sur la roue, et, ses vertèbres disloquées sur elle, il vit ses chairs en lambeaux et les gouttes de sang coulant de ses entrailles.
9μέλλων δὲ ἀποθνῄσκειν ἔφηSur le point de mourir, il dit :
10Ἡμεῖς μέν, ὦ μιαρώτατε τύραννε, διὰ παιδείαν καὶ ἀρετὴν θεοῦ ταῦτα πάσχομεν·« Nous, ô très impur tyran, nous souffrons ceci pour une discipline et pour une vertu de Dieu.
11σὺ δὲ διὰ τὴν ἀσέβειαν καὶ μιαιφονίαν ἀκαταλύτους καρτερήσεις βασάνους.Mais toi, pour ton impiété et le meurtre dont tu te souilles, tu subiras des tortures sans fin. »
12Καὶ τούτου θανόντος ἀδελφοπρεπῶς τὸν τέταρτον ἐπεσπῶντο λέγοντεςCelui-ci mourut d'une manière digne de ses frères. Puis ils amenèrent le quatrième et lui dirent :
13Μὴ μανῇς καὶ σὺ τοῖς ἀδελφοῖς σου τὴν αὐτὴν μανίαν, ἀλλὰ πεισθεὶς τῷ βασιλεῖ σῷζε σεαυτόν.« Ne verse pas, toi aussi, dans la même folie que tes frères, mais obéissant au roi, sauve-toi. »
14ὁ δὲ αὐτοῖς ἔφη Οὐχ οὕτως καυστικώτερον ἔχετε κατ ἐμοῦ τὸ πῦρ ὥστε με δειλανδρῆσαι.Il leur répondit : « Non ! Vous n'avez pas contre moi de feu assez brûlant pour faire de moi un lâche.
15μὰ τὸν μακάριον τῶν ἀδελφῶν μου θάνατον καὶ τὸν αἰώνιον τοῦ τυράννου ὄλεθρον καὶ τὸν ἀίδιον τῶν εὐσεβῶν βίον, οὐκ ἀρνήσομαι τὴν εὐγενῆ ἀδελφότητα.Par la mort bienheureuse de mes frères, par la perte éternelle du tyran, par la vie glorieuse des hommes pieux, je ne renierai pas notre noble fraternité.
16ἐπινόει, τύραννε, βασάνους, ἵνα καὶ δι αὐτῶν μάθῃς ὅτι ἀδελφός εἰμι τῶν προβασανισθέντων.Tyran, imagine des tortures afin que par celles-ci tu apprennes que je suis le frère de ceux que tu as déjà torturés. »
17ταῦτα ἀκούσας ὁ αἱμοβόρος καὶ φονώδης καὶ παμμιαρώτατος Ἀντίοχος ἐκέλευσεν τὴν γλῶτταν αὐτοῦ ἐκτεμεῖν.Entendant ces mots, Antiochus, l'assoiffé de sang, le meurtrier, le plus grand des scélérats, ordonna de lui couper la langue.
18ὁ δὲ ἔφη Κἂν ἀφέλῃς τὸ τῆς φωνῆς ὄργανον, καὶ σιωπώντων ἀκούει ὁ θεός·Il lui dit : « Même si tu me prives de l'organe de la parole, Dieu entend aussi ceux qui se taisent.
19ἰδοὺ προκεχάλασται ἡ γλῶσσα, τέμνε, οὐ γὰρ παρὰ τοῦτο τὸν λογισμὸν ἡμῶν γλωττοτομήσεις.Vois, ma langue est sortie. Coupe, car tu ne couperas pas pour cela la langue à notre raison.
20ἡδέως ὑπὲρ τοῦ θεοῦ τὰ τοῦ σώματος μέλη ἀκρωτηριαζόμεθα.C'est avec joie que pour Dieu nous souffrons d'être amputés des membres du corps.
21σὲ δὲ ταχέως μετελεύσεται ὁ θεός, τὴν γὰρ τῶν θείων ὕμνων μελῳδὸν γλῶτταν ἐκτέμνεις.Mais toi, bientôt, Dieu te punira, car tu coupes une langue qui chantait les hymnes divins. »

Chapitre 11

1Ὡς δὲ καὶ οὗτος ταῖς βασάνοις καταικισθεὶς ἐναπέθανεν, ὁ πέμπτος παρεπήδησεν λέγωνCelui-ci aussi mourut, cruellement éprouvé par les tortures ; le cinquième frère alors se précipita, en disant :
2Οὐ μέλλω, τύραννε, πρὸς τὸν ὑπὲρ τῆς ἀρετῆς βασανισμὸν παραιτεῖσθαι,« Je ne veux pas, tyran, me soustraire à la torture pour la cause de la vertu,
3αὐτὸς δ ἀπ ἐμαυτοῦ παρῆλθον, ὅπως κἀμὲ κατακτείνας περὶ πλειόνων ἀδικημάτων ὀφειλήσῃς τῇ οὐρανίῳ δίκῃ τιμωρίαν.mais c'est de moi-même que je me présente pour qu'après m'avoir tué, moi aussi, tu sois redevable à la justice céleste du châtiment pour tant de crimes.
4ὦ μισάρετε καὶ μισάνθρωπε, τί δράσαντας ἡμᾶς τοῦτον πορθεῖς τὸν τρόπον;O ennemi de la vertu et ennemi des hommes, qu'avons-nous fait pour que tu nous maltraites de cette manière ?
5ὅτι τὸν πάντων κτίστην εὐσεβοῦμεν καὶ κατὰ τὸν ἐνάρετον αὐτοῦ ζῶμεν νόμον;Est-ce parce que nous honorons le Créateur de tout et que nous vivons selon sa vertueuse Loi ?
6ἀλλὰ ταῦτα τιμῶν, οὐ βασάνων ἐστὶν ἄξια.Mais cela est digne d'honneurs, et non de tortures,
7εἴπερ ᾐσθάνου ἀνθρώπου πόθον καὶ ἐλπίδα εἶχες παρὰ Θεῷ σωτηρίου· si tu comprenais les sentiments humains et si tu avais l'espoir d'un salut avec Dieu.
8νυνὶ δὲ ἀλλότριος ὢν Θεοῦ πολεμεῖς τοὺς εὐσεβοῦντας εἰς τὸν Θεόν.Mais, étranger à Dieu, tu fais la guerre à ceux qui honorent Dieu. »
9τοιαῦτα δὲ λέγοντα οἱ δορυφόροι δήσαντες αὐτὸν εἷλκον ἐπὶ τὸν καταπέλτην,Pendant qu'il prononçait ces mots, les gardes le lièrent et le traînèrent vers la catapulte.
10ἐφ ὃν δήσαντες αὐτὸν ἐπὶ τὰ γόνατα καὶ ταῦτα ποδάγραις σιδηραῖς ἐφαρμόσαντες τὴν ὀσφὺν αὐτοῦ περὶ τροχιαῖον σφῆνα κατέκαμψαν, περὶ ὃν ὅλος περὶ τὸν τροχὸν σκορπίου τρόπον ἀνακλώμενος ἐξεμελίζετο.Là, ils le lièrent aux genoux, qu'ils placèrent dans des entraves de fer, ils lui courbèrent les reins sur le coin de la roue, autour duquel, tout entier étendu et incliné en arrière comme un scorpion, il fut démembré.
11κατὰ τοῦτον τὸν τρόπον καὶ τὸ πνεῦμα στενοχωρούμενος καὶ τὸ σῶμα ἀγχόμενοςDans cette position, le souffle court et le corps étouffant, il disait :
12Καλάς, ἔλεγεν, ἄκων, ὦ τύραννε, χάριτας ἡμῖν χαρίζῃ διὰ γενναιοτέρων πόνων ἐπιδείξασθαι παρέχων τὴν εἰς τὸν νόμον ἡμῶν καρτερίαν.« Elles sont belles, mais contre ta volonté, ô tyran, sont les faveurs dont tu nous gratifies, puisque tu nous offres l'occasion de prouver par les plus nobles douleurs notre fidélité à la Loi. »
13Τελευτήσαντος δὲ καὶ τούτου ὁ ἕκτος ἤγετο μειρακίσκος, ὃς πυνθανομένου τοῦ τυράννου εἰ βούλοιτο φαγὼν ἀπολύεσθαι, ὁ δὲ ἔφηCelui-ci mort, le sixième frère fut amené ; c'était un adolescent. Le tyran lui demanda s'il voulait manger et être libéré, mais il dit :
14Ἐγὼ τῇ μὲν ἡλικίᾳ τῶν ἀδελφῶν μού εἰμι νεώτερος, τῇ δὲ διανοίᾳ ἡλικιώτης·« Moi, je suis par l'âge plus jeune que mes frères, mais par la réflexion je suis de leur âge.
15εἰς ταὐτὰ γὰρ γεννηθέντες καὶ ἀνατραφέντες ὑπὲρ τῶν αὐτῶν καὶ ἀποθνῄσκειν ὀφείλομεν ὁμοίως·Car, nés et élevés dans le même idéal, pour ce même idéal nous devons mourir semblablement.
16ὥστε εἴ σοι δοκεῖ βασανίζειν μὴ μιαροφαγοῦντα, βασάνιζε.Aussi s'il te semble bon de torturer ceux qui ne mangent pas d'aliments impurs, torture ! »
17ταῦτα αὐτὸν εἰπόντα παρῆγον ἐπὶ τὸν τροχόν,Quand il eut dit ces mots, ils le conduisirent vers la roue
18ἐφ οὗ κατατεινόμενος ἐπιμελῶς καὶ ἐκσπονδυλιζόμενος ὑπεκαίετο.sur laquelle il fut étendu avec soin et, les vertèbres disloquées, il était brûlé à petit feu.
19καὶ ὀβελίσκους ὀξεῖς πυρώσαντες τοῖς νώτοις προσέφερον καὶ τὰ πλευρὰ διαπείραντες αὐτοῦ τὰ σπλάγχνα διέκαιον.Puis ils lui appliquèrent sur le dos des broches pointues rougies au feu, lui transpercèrent les flancs et lui brûlèrent les entrailles.
20ὁ δὲ βασανιζόμενος Ὦ ἱεροπρεποῦς ἀγῶνος, ἔλεγεν, ἐφ ὃν διὰ τὴν εὐσέβειαν εἰς γυμνασίαν πόνων ἀδελφοὶ τοσοῦτοι κληθέντες οὐκ ἐνικήθημεν.Mais lui, au milieu des tortures, disait : « C'est un saint combat auquel tous mes frères et moi avons été appelés pour la cause de la piété, et nous n'avons pas été vaincus par cet exercice douloureux.
21ἀνίκητος γάρ ἐστιν, ὦ τύραννε, ἡ εὐσεβὴς ἐπιστήμη.Car elle est invincible, ô tyran, la science de la piété.
22καλοκἀγαθίᾳ καθωπλισμένος τεθνήξομαι κἀγὼ μετὰ τῶν ἀδελφῶν μουArmé de la vertu parfaite, je mourrai, moi aussi, comme mes frères,
23μέγαν σοὶ καὶ αὐτὸς προσβάλλων ἀλάστορα, καινουργὲ τῶν βασάνων καὶ πολέμιε τῶν ἀληθῶς εὐσεβούντων.et je lancerai, moi aussi, un puissant vengeur contre toi, inventeur de tortures, ennemi de ceux qui sont véritablement pieux.
24ἓξ μειράκια καταλελύκαμέν σου τὴν τυραννίδα·Nous, six jeunes gens, nous avons renversé ta tyrannie.
25τὸ γὰρ μὴ δυνηθῆναί σε μεταπεῖσαι τὸν λογισμὸν ἡμῶν μήτε βιάσασθαι πρὸς τὴν μιαροφαγίαν οὐ κατάλυσίς ἐστίν σου;Car le fait que tu n'as pu changer notre raison ni nous contraindre à manger des aliments impurs, n'est-ce pas ton renversement ?
26τὸ πῦρ σου ψυχρὸν ἡμῖν, καὶ ἄπονοι οἱ καταπέλται, καὶ ἀδύνατος ἡ βία σου.Ton feu est froid pour nous, les catapultes sont indolores, et ta violence est impuissante.
27οὐ γὰρ τυράννου, ἀλλὰ θείου νόμου προεστήκασιν ἡμῶν οἱ δορυφόροι· διὰ τοῦτο ἀνίκητον ἔχομεν τὸν λογισμόν.Des gardes nous ont protégés, non ceux d'un tyran, mais ceux de la Loi divine. C'est pourquoi notre raison demeure invincible. »

Chapitre 12

1Ὡς δὲ καὶ οὗτος μακαρίως ἀπέθανεν καταβληθεὶς εἰς λέβητα, ὁ ἕβδομος παρεγίνετο πάντων νεώτερος.Lorsque celui-ci mourut dans la félicité, jeté dans un chaudron, le septième frère, le plus jeune de tous, se présenta
2ὃν κατοικτίρας ὁ τύραννος, καίπερ δεινῶς ὑπὸ τῶν ἀδελφῶν αὐτοῦ κακισθείς, ὁρῶν ἤδη τὰ δεσμὰ περικείμενα πλησιέστερον αὐτὸν μετεπέμψατο καὶ παρηγορεῖν ἐπειρᾶτο λέγωνet le tyran eut pitié, bien qu'il eût été durement insulté par ses frères. En le voyant déjà enveloppé de liens, il le fit venir plus près de lui et tenta de le persuader en disant :
3Τῆς μὲν τῶν ἀδελφῶν σου ἀπονοίας τὸ τέλος ὁρᾷς· διὰ γὰρ ἀπείθειαν στρεβλωθέντες τεθνᾶσιν.« De la folie de tes frères tu vois le résultat : pour leur désobéissance ils sont morts dans les tortures.
4σὺ δὲ εἰ μὲν μὴ πεισθείης, τάλας βασανισθεὶς καὶ αὐτὸς τεθνήξῃ πρὸ ὥρας,Et toi, si tu n'obéissais pas, malheureux, torturé, tu mourrais d'une mort précoce ;
5πεισθεὶς δὲ φίλος ἔσῃ καὶ τῶν ἐπὶ τῆς βασιλείας ἀφηγήσῃ πραγμάτων.mais, si tu obéis, tu seras un ami et tu dirigeras les affaires du royaume. »
6καὶ ταῦτα παρακαλῶν τὴν μητέρα τοῦ παιδὸς μετεπέμψατο, ὅπως αὐτὴν ἐλεήσας τοσούτων υἱῶν στερηθεῖσαν παρορμήσειεν ἐπὶ τὴν σωτήριον εὐπείθειαν τὸν περιλειπόμενον.En donnant ces conseils, il manda la mère de l'enfant, dans l'idée que, privée de tant de fils, elle aurait pitié d'elle-même et inciterait celui qui lui restait à l'obéissance salvatrice.
7ὁ δὲ τῆς μητρὸς τῇ Εβραίδι φωνῇ προτρεψαμένης αὐτόν, ὡς ἐροῦμεν μετὰ μικρὸν ὕστερον,Mais après que sa mère l'eut exhorté en langue hébraïque comme nous le dirons un peu plus loin, il dit :
8Λύσατέ μέ φησιν, εἴπω τῷ βασιλεῖ καὶ τοῖς σὺν αὐτῷ φίλοις πᾶσιν.« Déliez-moi, je veux parler au roi et à tous ses amis qui sont avec lui. »
9καὶ ἐπιχαρέντες μάλιστα ἐπὶ τῇ ἐπαγγελίᾳ τοῦ παιδὸς ταχέως ἔλυσαν αὐτόν.Fort réjouis de cette promesse de l'enfant, ils le délièrent immédiatement.
10καὶ δραμὼν ἐπὶ πλησίον τῶν τηγάνωνAlors courant vers la chaudière la plus proche, il dit :
11Ἀνόσιέ, φησιν, καὶ πάντων πονηρῶν ἀσεβέστατε τύραννε, οὐκ ᾐδέσθης παρὰ τοῦ θεοῦ λαβὼν τὰ ἀγαθὰ καὶ τὴν βασιλείαν τοὺς θεράποντας αὐτοῦ κατακτεῖναι καὶ τοὺς τῆς εὐσεβείας ἀσκητὰς στρεβλῶσαι;« Tyran sacrilège, et de tous les méchants le plus impie, tu n'as pas eu honte, toi qui as reçu de Dieu les richesses et la royauté, de tuer ses serviteurs et de torturer ceux qui pratiquent la piété ;
12ἀνθ ὧν ταμιεύσεταί σε ἡ δίκη πυκνοτέρῳ καὶ αἰωνίῳ πυρὶ καὶ βασάνοις, αἳ εἰς ὅλον τὸν αἰῶνα οὐκ ἀνήσουσίν σε.à cause de cela la justice te réservera pour un feu plus intense et éternel, et pour des tortures qui ne te lâcheront pas durant toute l'éternité.
13οὐκ ᾐδέσθης ἄνθρωπος ὤν, θηριωδέστατε, τοὺς ὁμοιοπαθεῖς καὶ ἐκ τῶν αὐτῶν γεγονότας στοιχείων γλωττοτομῆσαι καὶ τοῦτον καταικίσας τὸν τρόπον βασανίσαι.Tu n'as pas eu honte, toi qui es un homme, ô la plus féroce des bêtes sauvages, de couper la langue de ceux qui sont sensibles à la souffrance comme toi et nés des mêmes éléments et de les avoir maltraités en les torturant de cette manière.
14ἀλλ οἱ μὲν εὐγενῶς ἀποθανόντες ἐπλήρωσαν τὴν εἰς τὸν θεὸν εὐσέβειαν, σὺ δὲ κακῶς οἰμώξεις τοὺς τῆς ἀρετῆς ἀγωνιστὰς ἀναιτίως ἀποκτεῖνας.Mais eux, en mourant noblement, ils ont mené à la perfection la piété envers Dieu. Toi, en revanche, tu pleureras amèrement pour avoir mis à mort sans raison les champions de la vertu. »
15ὅθεν καὶ αὐτὸς ἀποθνῄσκειν μέλλων ἔφηPuis, sur le point de mourir, il ajouta :
16Οὐκ ἀπαυτομολῶ τῆς τῶν ἀδελφῶν μου ἀριστείας·« Je ne déserte pas la vaillance de mes frères.
17ἐπικαλοῦμαι δὲ τὸν πατρῷον θεὸν ὅπως ἵλεως γένηται τῷ ἔθνει ἡμῶν.J'invoque le Dieu de mes pères pour qu'il soit propice à notre peuple.
18σὲ δὲ καὶ ἐν τῷ νῦν βίῳ καὶ θανόντα τιμωρήσεται.Mais toi, il te châtiera dans cette vie présente et après ta mort. »
19καὶ ταῦτα κατευξάμενος ἑαυτὸν ἔρριψε κατὰ τῶν τηγάνων, καὶ οὕτως ἀπέδωκεν.Cette imprécation prononcée, il se jeta dans la chaudière et rendit l'âme.

Chapitre 13

1Εἰ δὲ τοίνυν τῶν μέχρι θανάτου πόνων ὑπερεφρόνησαν οἱ ἑπτὰ ἀδελφοί, συνομολογεῖται πανταχόθεν ὅτι αὐτοδέσποτός ἐστιν τῶν παθῶν ὁ εὐσεβὴς λογισμός.Si les sept frères ont méprisé les douleurs jusqu'à la mort, on reconnaît donc universellement que la raison pieuse est souveraine des passions.
2εἰ γὰρ τοῖς πάθεσι δουλωθέντες ἐμιαροφάγησαν, ἐλέγομεν ἂν τούτοις αὐτοὺς νενικῆσθαι·Si, en effet, asservis aux passions, ils avaient mangé des aliments impurs, nous dirions qu'ils auraient été vaincus par elles.
3νυνὶ δὲ οὐχ οὕτως, ἀλλὰ τῷ ἐπαινουμένῳ παρὰ θεῷ λογισμῷ περιεγένοντο τῶν παθῶν,Or précisément il n'en fut pas ainsi : au contraire, grâce à la raison louable auprès de Dieu, ils l'emportèrent sur les passions.
4ὧν οὐκ ἔστιν παριδεῖν τὴν ἡγεμονίαν τῆς διανοίας, ἐπεκράτησαν γὰρ καὶ πάθους καὶ πόνων.Et il n'est pas possible de méconnaître le pouvoir de leur réflexion, car ils ont dominé les passions et les douleurs.
5πῶς οὖν οὐκ ἔστιν τούτοις τὴν τῆς εὐλογιστίας παθοκράτειαν ὁμολογεῖν, οἳ τῶν μὲν διὰ πυρὸς ἀλγηδόνων οὐκ ἐπεστράφησαν;Comment donc est-ce possible de ne pas reconnaître le pouvoir de la raison sur les passions chez eux qui n'ont pas reculé devant les souffrances causées par le feu ?
6καθάπερ γὰρ προβλῆτες λιμένων πύργοι τὰς τῶν κυμάτων ἀπειλὰς ἀνακόπτοντες γαληνὸν παρέχουσι τοῖς εἰσπλέουσι τὸν ὅρμον,En effet, de même que les tours avancées des ports brisent la fureur de vagues et procurent aux navigateurs un refuge tranquille,
7οὕτως ἡ ἑπτάπυργος τῶν νεανίσκων εὐλογιστία τὸν τῆς εὐσεβείας ὀχυρώσασα λιμένα τὴν τῶν παθῶν ἐνίκησεν ἀκολασίαν.ainsi la raison de ces jeunes gens, semblable à sept tours, a fortifié le port de la piété et vaincu la démesure des passions.
8ἱερὸν γὰρ εὐσεβείας στήσαντες χορὸν παρεθάρσυνον ἀλλήλους λέγοντεςFormant un saint choeur de la piété, ils s'encourageaient les uns les autres en disant :
9Ἀδελφικῶς ἀποθάνωμεν, ἀδελφοί, περὶ τοῦ νόμου· μιμησώμεθα τοὺς τρεῖς τοὺς ἐπὶ τῆς Ἀσσυρίας νεανίσκους, οἳ τῆς ἰσοπολίτιδος καμίνου κατεφρόνησαν.« Frères, mourons fraternellement pour la Loi ! Imitons les trois jeunes gens d'Assyrie qui ont méprisé une semblable fournaise.
10μὴ δειλανδρήσωμεν πρὸς τὴν τῆς εὐσεβείας ἐπίδειξιν.Ne soyons pas des lâches pour donner la preuve de notre piété ! »
11καὶ ὁ μέν Θάρρει, ἀδελφέ ἔλεγεν, ὁ δέ Εὐγενῶς καρτέρησον,L'un disait : « Sois courageux, frère » et l'autre : « Supporte noblement ».
12ὁ δὲ καταμνησθεὶς ἔλεγεν Μνήσθητε πόθεν ἐστέ, ἢ τίνος πατρὸς χειρὶ σφαγιασθῆναι διὰ τὴν εὐσέβειαν ὑπέμεινεν Ισαακ.Et un autre se remémorant disait : « Souvenez-vous d'où vous venez, ou de la main de quel père Isaac supporta d'être immolé pour la piété. »
13εἷς δὲ ἕκαστος ἀλλήλους ὁμοῦ πάντες ἐφορῶντες φαιδροὶ καὶ μάλα θαρραλέοι Ἑαυτούς, ἔλεγον, τῷ θεῷ ἀφιερώσωμεν ἐξ ὅλης τῆς καρδίας τῷ δόντι τὰς ψυχὰς καὶ χρήσωμεν τῇ περὶ τὸν νόμον φυλακῇ τὰ σώματα.Tous ensemble et chacun se regardant, radieux et pleins de courage, disaient : « Consacrons-nous à Dieu de tout notre coeur, à lui qui nous a donné la vie, et servons-nous de notre corps pour la défense de la Loi.
14μὴ φοβηθῶμεν τὸν δοκοῦντα ἀποκτέννειν·Ne craignons pas celui qui paraît donner la mort.
15μέγας γὰρ ψυχῆς ἀγὼν καὶ κίνδυνος ἐν αἰωνίῳ βασάνῳ κείμενος τοῖς παραβᾶσι τὴν ἐντολὴν τοῦ θεοῦ.Car grands sont le combat de l'âme et le danger pour ceux qui transgressent le commandement de Dieu d'être dans un tourment éternel.
16καθοπλισώμεθα τοιγαροῦν τὴν τοῦ θείου λογισμοῦ παθοκρατείαν.Armons-nous donc de la maîtrise des passions que nous donne la raison divine.
17οὕτω γὰρ θανόντας ἡμᾶς Αβρααμ καὶ Ισαακ καὶ Ιακωβ ὑποδέξονται καὶ πάντες οἱ πατέρες ἐπαινέσουσιν.Morts, nous serons accueillis par Abraham, Isaac et Jacob et tous les pères nous loueront. »
18καὶ ἑνὶ ἑκάστῳ τῶν ἀποσπωμένων αὐτῶν ἀδελφῶν ἔλεγον οἱ περιλειπόμενοι Μὴ καταισχύνῃς ἡμᾶς, ἀδελφέ, μηδὲ ψεύσῃ τοὺς προαποθανόντας ἡμῶν ἀδελφούς.Et, à chacun des frères qui était emmené, ceux qui restaient disaient : « Ne nous déshonore pas, frère, et ne fais pas mentir nos frères morts avant nous. »
19οὐκ ἀγνοεῖτε δὲ τὰ τῆς ἀδελφότητος φίλτρα, ἅπερ ἡ θεία καὶ πάνσοφος πρόνοια διὰ πατέρων τοῖς γεννωμένοις ἐμέρισεν καὶ διὰ τῆς μητρῴας φυτεύσασα γαστρός,Vous n'ignorez pas la force de l'amour fraternel que la divine et toute-sage providence a partagé par le moyen des pères entre ceux qu'ils engendrent, et qu'elle a planté dans le sein maternel.
20ἐν ᾗ τὸν ἴσον ἀδελφοὶ κατοικήσαντες χρόνον καὶ ἐν τῷ αὐτῷ χρόνῳ πλασθέντες καὶ ἀπὸ τοῦ αὐτοῦ αἵματος αὐξηθέντες καὶ διὰ τῆς αὐτῆς ψυχῆς τελεσφορηθέντεςLà, les frères habitent durant un temps égal, façonnés dans ce même temps, croissant du même sang et conduits à maturité par le même principe de vie.
21καὶ διὰ τῶν ἴσων ἀποτεχθέντες χρόνων καὶ ἀπὸ τῶν αὐτῶν γαλακτοποτοῦντες πηγῶν, ἀφ ὧν συντρέφονται ἐναγκαλισμάτων φιλάδελφοι ψυχαί·Puis, ils sont enfantés après le même temps, allaités aux mêmes sources ; de ces liens se nourrissent les âmes fraternelles.
22καὶ αὔξονται σφοδρότερον διὰ συντροφίας καὶ τῆς καθ ἡμέραν συνηθείας καὶ τῆς ἄλλης παιδείας καὶ τῆς ἡμετέρας ἐν νόμῳ θεοῦ ἀσκήσεως.Ils grandissent chaque jour nourris à la même table, soumis aux mêmes habitudes quotidiennes, recevant la même éducation et s'exerçant dans la Loi de Dieu.
23οὕτως δὴ τοίνυν καθεστηκυίης συμπαθοῦς τῆς φιλαδελφίας οἱ ἑπτὰ ἀδελφοὶ συμπαθέστερον ἔσχον πρὸς ἀλλήλους.Ainsi donc si l'amour fraternel est fort, les sept frères avaient les uns pour les autres un amour plus fort.
24νόμῳ γὰρ τῷ αὐτῷ παιδευθέντες καὶ τὰς αὐτὰς ἐξασκήσαντες ἀρετὰς καὶ τῷ δικαίῳ συντραφέντες βίῳ μᾶλλον ἑαυτοὺς ἠγάπων.Car, instruits dans la même Loi, s'exerçant aux mêmes vertus, élevés ensemble dans une vie juste, ils s'aimaient encore davantage.
25ἡ γὰρ ὁμοζηλία τῆς καλοκἀγαθίας ἐπέτεινεν αὐτῶν τὴν πρὸς ἀλλήλους εὔνοιαν καὶ ὁμόνοιαν·Le zèle égal pour la vertu parfaite fortifiait leur affection mutuelle et leur concorde,
26σὺν γὰρ τῇ εὐσεβείᾳ ποθεινοτέραν αὑτοῖς κατεσκεύαζον τὴν φιλαδελφίαν.car avec la piété, leur amour fraternel était rendu plus ardent.
27ἀλλ ὅμως καίπερ τῆς φύσεως καὶ τῆς συνηθείας καὶ τῶν τῆς ἀρετῆς ἠθῶν τὰ τῆς ἀδελφότητος αὐτοῖς φίλτρα συναυξόντων ἀνέσχοντο διὰ τὴν εὐσέβειαν τοὺς ἀδελφοὺς οἱ ὑπολειπόμενοι, τοὺς καταικιζομένους ὁρῶντες μέχρι θανάτου βασανιζομένους,Mais cependant, bien que la force de leur amour fraternel ait été augmentée par la nature, la vie commune et la pratique de la vertu, ceux qui restaient supportaient, à cause de la piété, de voir leurs frères maltraités, torturés jusqu'à la mort.

Chapitre 14

1προσέτι καὶ ἐπὶ τὸν αἰκισμὸν ἐποτρύνοντες, ὡς μὴ μόνον τῶν ἀλγηδόνων περιφρονῆσαι αὐτούς, ἀλλὰ καὶ τῶν τῆς φιλαδελφίας παθῶν κρατῆσαι.Bien plus, ils les poussaient à subir la torture en sorte que non seulement ils méprisaient les souffrances mais aussi qu'ils dominaient les passions de l'amour fraternel.
2Ὦ βασιλέων λογισμοὶ βασιλικώτεροι καὶ ἐλευθέρων ἐλευθερώτεροι.O raison plus royale que les rois, plus libre que les hommes libres !
3ὦ ἱερᾶς καὶ εὐαρμόστου περὶ τῆς εὐσεβείας τῶν ἑπτὰ ἀδελφῶν συμφωνίας.O saint et harmonieux accord des sept frères pour la piété !
4οὐδεῖς ἐκ τῶν ἑπτὰ μειρακίων ἐδειλίασεν οὐδὲ πρὸς τὸν θάνατον ὤκνησεν,Aucun de ces sept jeunes gens ne manqua de courage, aucun n'hésita devant la mort,
5ἀλλὰ πάντες ὥσπερ ἐπ ἀθανασίας ὁδὸν τρέχοντες ἐπὶ τὸν διὰ τῶν βασάνων θάνατον ἔσπευδον.mais tous, comme s'ils couraient sur la route de l'immortalité, se hâtèrent vers la mort à travers les tortures.
6καθάπερ αἱ χεῖρες καὶ οἱ πόδες συμφώνως τοῖς τῆς ψυχῆς ἀφηγήμασιν κινοῦνται, οὕτως οἱ ἱεροὶ μείρακες ἐκεῖνοι ὡς ὑπὸ ψυχῆς ἀθανάτου τῆς εὐσεβείας πρὸς τὸν ὑπὲρ αὐτῆς συνεφώνησαν θάνατον.En effet, de même que les mains et les pieds se meuvent en accord avec les directives de l'âme, de même ces saints jeunes gens comme mus par l'âme immortelle de la piété furent unanimes afin de mourir pour celle-ci.
7ὦ πανάγιε συμφώνων ἀδελφῶν ἑβδομάς. καθάπερ γὰρ ἑπτὰ τῆς κοσμοποιίας ἡμέραι περὶ τὴν εὐσέβειαν,O saint chiffre sept, celui des frères harmonieusement unis ! En effet, comme les sept jours de la création du monde tournent en choeur autour de la piété,
8οὕτως περὶ τὴν ἑβδομάδα χορεύοντες οἱ μείρακες ἐκύκλουν τὸν τῶν βασάνων φόβον καταλύοντες.de même ces jeunes gens tournaient comme en choeur autour du chiffre sept, abolissant la peur des tortures.
9νῦν ἡμεῖς ἀκούοντες τὴν θλῖψιν τῶν νεανιῶν ἐκείνων φρίττομεν· οἱ δὲ οὐ μόνον ὁρῶντες, ἀλλ οὐδὲ μόνον ἀκούοντες τὸν παραχρῆμα ἀπειλῆς λόγον, ἀλλὰ καὶ πάσχοντες ἐνεκαρτέρουν, καὶ τοῦτο ταῖς διὰ πυρὸς ὀδύναις·Maintenant nous tremblons en entendant l'épreuve de ces jeunes gens ; mais eux, non seulement ils voyaient, non seulement ils entendaient à l'instant même le discours des menaces, mais en plus, ils souffraient et ce qu'ils enduraient avec courage c'étaient les atroces douleurs du feu.
10ὧν τί γένοιτο ἐπαλγέστερον; ὀξεῖα γὰρ καὶ σύντομος οὖσα ἡ τοῦ πυρὸς δύναμις ταχέως διέλυεν τὰ σώματα.N'est-il rien de plus douloureux ? La puissance du feu, vive et prompte, dissout rapidement les corps.
11Καὶ μὴ θαυμαστὸν ἡγεῖσθε εἰ ὁ λογισμὸς περιεκράτησε τῶν ἀνδρῶν ἐκείνων ἐν ταῖς βασάνοις, ὅπου γε καὶ γυναικὸς νοῦς πολυτροπωτέρων ὑπερεφρόνησεν ἀλγηδόνων·Cependant, ne considérez pas comme une chose extraordinaire que, chez ces hommes, la raison l'ait emporté sur les tortures, puisque l'esprit d'une femme a aussi méprisé les souffrances les plus variées.
12ἡ μήτηρ γὰρ τῶν ἑπτὰ νεανίσκων ὑπήνεγκεν τὰς ἐφ ἑνὶ ἑκάστῳ τῶν τέκνων στρέβλας.La mère des sept jeunes gens, en effet, a supporté les tortures infligées à chacun de ses enfants.
13θεωρεῖτε δὲ πῶς πολύπλοκός ἐστιν ἡ τῆς φιλοτεκνίας στοργὴ ἕλκουσα πάντα πρὸς τὴν τῶν σπλάγχνων συμπάθειαν,Observez les nombreux replis de l'amour maternel pour ses enfants, qui ramène tout à l'amour des entrailles.
14ὅπου γε καὶ τὰ ἄλογα ζῷα ὁμοίαν τὴν εἰς τὰ ἐξ αὐτῶν γεννώμενα συμπάθειαν καὶ στοργὴν ἔχει τοῖς ἀνθρώποις.Même les animaux dépourvus de raison ont le même amour et la même tendresse que les hommes pour ceux qui sont nés d'eux.
15καὶ γὰρ τῶν πετεινῶν τὰ μὲν ἥμερα κατὰ τὰς οἰκίας ὀροφοιτοῦντα προασπίζει τῶν νεοττῶν,Parmi les oiseaux, ceux qui sont apprivoisés protègent leurs petits en faisant leurs nids sous le toit des maisons.
16τὰ δὲ κατὰ κορυφὰς ὀρέων καὶ φαράγγων ἀπορρῶγας καὶ δένδρων ὀπὰς καὶ τὰς τούτων ἄκρας ἐννοσσοποιησάμενα ἀποτίκτει καὶ τὸν προσιόντα κωλύει·Les autres qui font leurs nids au sommet des montagnes, dans les escarpements abrupts des précipices, dans les trous et sur les cimes des arbres, se reproduisent et écartent l'assaillant.
17εἰ δὲ καὶ μὴ δύναιντο κωλύειν, περιιπτάμενα κυκλόθεν αὐτῶν ἀλγοῦντα τῇ στοργῇ ἀνακαλούμενα τῇ ἰδίᾳ φωνῇ, καθ ὃ δύναται, βοηθεῖ τοῖς τέκνοις.Mais, s'ils ne peuvent l'écarter, ils volent autour de leurs petits, souffrant dans leur tendresse, les appelant dans leur langage, et, autant qu'il est possible, portent secours à leurs petits.
18καὶ τί δεῖ τὴν διὰ τῶν ἀλόγων ζῴων ἐπιδεικνύναι πρὸς τὰ τέκνα συμπάθειαν,Mais pourquoi faut-il prouver l'amour des animaux privés de raison pour leurs petits,
19ὅπου γε καὶ μέλισσαι περὶ τὸν τῆς κηρογονίας καιρὸν ἐπαμύνονται τοὺς προσιόντας καὶ καθάπερ σιδήρῳ τῷ κέντρῳ πλήσσουσι τοὺς προσιόντας τῇ νοσσιᾷ αὐτῶν καὶ ἀπαμύνουσιν ἕως θανάτου;puisque les abeilles à l'époque du miel repoussent les assaillants et frappent de leur dard comme d'un glaive les assaillants de leurs petits et les défendent jusqu'à la mort.
20ἀλλ οὐχὶ τὴν Αβρααμ ὁμόψυχον τῶν νεανίσκων μητέρα μετεκίνησεν συμπάθεια τέκνων.Mais l'amour pour ses enfants n'a pas ébranlé la mère de ces jeunes gens ; elle avait une âme semblable à celle d'Abraham.

Chapitre 15

1Ω λογισμὲ τέκνων παθῶν τύραννε καὶ εὐσέβεια μητρὶ τέκνων ποθεινοτέρα.O raison, tyran maître des passions de l'amour d'une mère pour ses enfants, ô piété plus chère à la mère que ses propres enfants !
2μήτηρ δυοῖν προκειμένων, εὐσεβείας καὶ τῆς τῶν ἑπτὰ υἱῶν σωτηρίας προσκαίρου κατὰ τὴν τοῦ τυράννου ὑπόσχεσιν,Une mère, forcée de choisir entre la piété et le salut temporaire de ses sept fils selon la promesse du tyran,
3τὴν εὐσέβειαν μᾶλλον ἠγάπησε τὴν σῴζουσαν εἰς αἰώνιον ζωὴν κατὰ Θεόν.préféra la piété qui sauve pour la vie éternelle selon la promesse de Dieu.
4? τίνα τρόπον ἠθολογήσαιμι, φιλότεκνα γονέων πάθη. ψυχῆς τε καὶ μορφῆς ὁμοιότητα εἰς μικρὸν παιδὸς χαρακτῆρα θαυμάσιον ἐναποσφραγίζομεν, μάλιστα διὰ τὸ τῶν παθῶν τοῖς γεννηθεῖσι τὰς μητέρας τῶν πατέρων καθεστάναι συμπαθεστέρας.De quelle manière puis-je exprimer l'amour passionné des parents pour leurs enfants ? Sur la tendre nature de l'enfant nous imprimons merveilleusement la ressemblance de notre âme et de notre corps, surtout les mères qui, en raison de leur souffrance, sont unies plus intimement que les pères avec les êtres qu'elles ont enfantés.
5ὅσῳ γὰρ καὶ ἀσθενόψυχοι καὶ πολυγονώτεραι ὑπάρχουσιν αἱ μητέρες, τοσοῦτον μᾶλλόν εἰσι φιλοτεκνότεραι.En effet, plus les mères ont l'âme faible et sont prolifiques, plus elles aiment fortement leurs enfants.
6πασῶν δὲ τῶν μητέρων ἐγένετο ἡ τῶν ἑπτὰ παίδων μήτηρ φιλοτεκνοτέρα, ἥτις ἑπτὰ κυοφορίαις τὴν πρὸς αὐτοὺς ἐπιφυτευομένη φιλοστοργίανMais, de toutes les mères, la mère des sept fils était la plus aimante, elle dont sept grossesses avaient enraciné la tendresse pour eux.
7καὶ διὰ πολλὰς τὰς καθ' ἕκαστον αὐτῶν ὠδῖνας ἠναγκασμένη τὴν εἰς αὐτοὺς ἔχειν συμπάθειαν,En raison des nombreuses douleurs de l'enfantement pour chacun d'eux, elle avait nécessairement de la compassion pour ses enfants,
8διὰ τὸν πρὸς τὸν Θεὸν φόβον ὑπερεῖδε τὴν τῶν τέκνων πρόσκαιρον σωτηρίαν.mais en raison de sa crainte de Dieu, elle méprisa leur salut temporaire.
9οὐ μὴν δέ, ἀλλὰ καὶ διὰ τὴν καλοκἀγαθίαν τῶν υἱῶν καὶ τὴν πρὸς τὸν νόμον αὐτῶν εὐπείθειαν μείζω τὴν ἐν αὐτοῖς ἔσχε φιλοστοργίαν.Mais bien plus, en raison de la vertu parfaite de ses fils et de leur obéissance à la Loi, elle avait pour eux une tendresse encore plus grande,
10δίκαιοί τε γὰρ ἦσαν καὶ σώφρονες καὶ ἀνδρεῖοι καὶ μεγαλόψυχοι καὶ φιλάδελφοι καὶ φιλομήτορες οὕτως, ὥστε καὶ μέχρι θανάτου τὰ νόμιμα φυλάσσοντας πείθεσθαι αὐτῇ.car ils étaient justes, tempérants, courageux, magnanimes, liés par l'amour fraternel et aimant leur mère au point de lui obéir en gardant les préceptes de la Loi jusqu'à la mort.
11ἀλλ' ὅμως καίπερ τοσούτων ὄντων τῶν περὶ φιλοτεκνίαν εἰς συμπάθειαν ἑλκόντων τὴν μητέρα, ἐπ' οὐδενὸς αὐτῶν τὸν λογισμὸν αὐτῆς αἱ παμποίκιλοι βάσανοι ἴσχυσαν μεταστρέψαι,Mais cependant, si nombreux que fussent les motifs de l'amour maternel portant cette mère à la tendresse, pour aucun d'entre eux les tortures les plus variées ne purent changer sa raison.
12ἀλλὰ καὶ καθ' ἕνα παῖδα καὶ ὁμοῦ πάντας ἡ μήτηρ ἐπὶ τὸν ὑπὲρ τῆς εὐσεβείας προετρέπετο θάνατον.Mais au contraire, la mère exhortait ses enfants séparément et tous ensemble à la mort pour la cause de la piété.
13ὦ φύσις ἱερὰ καὶ φίλτρα γονέων καὶ γένεσις φιλόστοργε καὶ τροφεῖα καὶ μητέρων ἀδάμαστα πάθη.O sainte nature, amour des parents, tendresse filiale, soins de l'éducation et indomptable passion maternelle !
14καθ' ἕνα στρεβλούμενον καὶ φλεγόμενον ὁρῶσα μήτηρ, οὐ μετεβάλλετο διὰ τὴν εὐσέβειαν.Un par un, cette mère voit ses fils torturés et brûlés, mais elle ne change pas à cause de la piété.
15τὰς σάρκας τῶν τέκνων ἑώρα περὶ τὸ πῦρ τηκομένας καὶ τοὺς τῶν ποδῶν καὶ χειρῶν δακτύλους ἐπὶ γῆς σπαίροντας καὶ τὰς τῶν κεφαλῶν μέχρι τῶν περὶ τὰ γένεια σάρκας ὥσπερ προσωπεῖα προκειμένας.Elle voit les chairs de ses enfants consumées par le feu, les doigts des pieds et des mains palpiter sur le sol et les chairs de leur tête jusqu'au menton exposées comme des masques.
16ὦ πικροτέρων μὲν νῦν μήτηρ πόνων πειρασθεῖσα ἤπερ τῶν ἐπ' αὐτοῖς ὠδίνων.O mère éprouvée maintenant par des douleurs plus cruelles que les douleurs de leur enfantement !
17ὦ μόνη γύναι τὴν εὐσέβειαν ὁλόκληρον ἀποκυήσασα.O femme, toi qui, seule, as mis au monde la piété parfaite !
18οὐ μετέτρεψέ σε πρωτότοκος ἀποπνέων, οὐδὲ δεύτερος εἰς σὲ οἰκτρὸν βλέπων ἐν βασάνοις, οὐδὲ τρίτος ἀποψύχων,L'aîné ne t'a pas changée quand il expira, ni le second quand, dans les tortures, il regardait vers toi avec pitié, ni le troisième quand il rendit l'âme.
19οὐδὲ τοὺς ὀφθαλμοὺς ἑνὸς ἑκάστου θεωροῦσα ταυρηδὸν ἐπὶ τῶν βασάνων ὁρῶντας τὸν ἑαυτῶν αἰκισμὸν καὶ τοὺς μυκτῆρας προσημειουμένους αὐτῶν τὸν θάνατον, οὐκ ἔκλαυσας.Quand tu observais les yeux de chacun regardant avec audace dans les tortures leur propre supplice, quand tu voyais leurs narines annonçant les signes de la mort, tu n'as pas pleuré.
20ἐπὶ σαρξὶ τέκνων ὁρῶσα σάρκας τέκνων ἀποκαιομένας καὶ ἐπὶ χερσὶ χεῖρας ἀποτεμνομένας καὶ ἐπὶ κεφαλαῖς κεφαλὰς ἀποδειροτομουμένας καὶ ἐπὶ νεκροῖς νεκροὺς πίπτοντας καὶ πολυάνδριον ὁρῶσα τῶν τέκνων τὸ χορεῖον διὰ τῶν βασάνων, οὐκ ἐδάκρυσας.Sous tes yeux on brûlait les chairs de tes enfants et encore les chairs de tes enfants, on coupait des mains et des mains, on abattait tête sur tête, on faisait tomber cadavres sur cadavres ; voyant la foule sur le lieu des tortures de tes enfants, tu n'as pas versé de larmes.
21οὐχ οὕτως σειρήνειοι μελῳδίαι, οὐδὲ κύκνειοι πρὸς φιληκοΐαν φωναὶ τοὺς ἀκούοντας ἐφέλκονται, ὡς τέκνων φωναὶ μετὰ βασάνων μητέρα φωνούντων.Ni les mélodies des sirènes, ni le chant des cygnes n'attirent autant ceux qui les écoutent avec plaisir que la voix de ces enfants appelant leur mère au milieu des tortures.
22πηλίκαις καὶ πόσαις τότε ἡ μήτηρ τῶν υἱῶν βασανιζομένων τροχοῖς τε καὶ καυτηρίοις ἐβασανίζετο βασάνοις;Par quelles nombreuses et grandes tortures fut torturée la mère des fils torturés sur la roue et par le feu !
23ἀλλὰ τὰ σπλάγχνα αὐτῆς ὁ εὐσεβὴς λογισμὸς ἐν αὐτοῖς τοῖς πάθεσιν ἀνδρειώσας ἐπέτεινε τὴν πρόσκαιρον φιλοτεκνίαν παριδεῖν.Mais la raison pieuse, au milieu de ses passions, excita virilement ses entrailles à mépriser un amour maternel temporaire.
24καίπερ ἑπτὰ τέκνων ὁρῶσα ἀπώλειαν καὶ τὴν τῶν στρεβλῶν πολύπλοκον ποικιλίαν, ἁπάσας ἡ γενναία μήτηρ ἐξέλυσε διὰ τὴν πρὸς Θεὸν πίστιν.Bien qu'elle vît la destruction de ses sept fils et la sophistication d'instruments de torture variés, la vénérable mère n'en tint aucun compte à cause de sa foi en Dieu.
25καθάπερ γὰρ ἐν βουλετηρίῳ τῇ ἑαυτῆς ψυχῇ δεινοὺς ὁρῶσα συμβούλους, φύσιν καὶ γένεσιν καὶ φιλοτεκνίαν καὶ τέκνων στρέβλας,En effet, comme devant un tribunal, elle voyait en son âme des conseillers terribles, la nature, la parenté, l'amour maternel et les instruments qui torturaient ses fils ;
26δύο ψήφους κρατοῦσα μήτηρ, θανατηφόρον τε καὶ σωτήριον, ὑπὲρ τέκνωνmère, elle possédait deux cailloux, l'un pour la mort de ses enfants, l'autre pour leur salut.
27οὐκ ἐπέγνω τὴν σῴζουσαν ἑπτὰ υἱοὺς πρὸς ὀλίγον χρόνον σωτηρίαν,Elle ne fit pas le choix d'un salut qui aurait sauvé ses sept fils pour seulement peu de temps,
28ἀλλὰ τῆς θεοσεβοῦς ?Αβραὰμ καρτερίας ἡ θυγάτηρ ἐμνήσθη.mais elle, en tant que fille du pieux Abraham, se souvint de sa constance.
29ὦ μήτηρ ἔθνους, ἔκδικε τοῦ νόμου καὶ ὑπερασπίστρια τῆς εὐσεβείας καὶ τοῦ διὰ σπλάγχνων ἀγῶνος ἀθλοφόρε·O mère de la nation, vengeresse de la Loi, protectrice de la piété, victorieuse de la lutte dans tes entrailles !
30ὦ ἀρρένων πρὸς καρτερίαν γενναιοτέρα καὶ ἀνδρῶν πρὸς ὑπομονὴν ἀνδρειοτέρα.O plus noble que les mâles par ta force, plus virile que les hommes par ton endurance !
31καθάπερ γὰρ ἡ Νῶε κιβωτὸς ἐν τῷ κοσμοπληθεῖ κατακλυσμῷ κοσμοφοροῦσα καρτερῶς ὑπήνεγκε τοὺς κλύδωνας,Comme l'arche de Noé, qui portait le monde pendant un déluge universel, endura avec force les vagues,
32οὕτως σύ, ἡ νομοφύλαξ, πανταχόθεν ἐν τῷ τῶν παθῶν περιαντλουμένη κατακλυσμῷ καὶ καρτεροῖς ἀνέμοις, ταῖς τῶν υἱῶν βασάνοις συνεχομένη γενναίως ὑπέμεινας τοὺς ὑπὲρ τῆς εὐσεβείας χειμῶνας.ainsi toi, la gardienne de la Loi, complètement submergée dans le déluge des passions et dans des vents violents – les tortures de tes fils –, en te comportant noblement, tu as supporté les tempêtes pour la cause de la piété.

Chapitre 16

1Εἰ δὲ τοίνυν καὶ γυνὴ καὶ γεραιὰ καὶ ἑπτὰ παίδων μήτηρ ὑπέμεινεν τὰς μέχρι θανάτου βασάνους τῶν τέκνων ὁρῶσα, ὁμολογουμένως αὐτοκράτωρ ἐστὶν τῶν παθῶν ὁ εὐσεβὴς λογισμός.Si donc une femme et, de plus, âgée, mère de sept enfants, a enduré en les voyant les tortures de ses fils jusqu'à la mort, nous devons convenir que la raison pieuse est dominatrice des passions.
2ἀπέδειξα οὖν ὅτι οὐ μόνον ἄνδρες τῶν παθῶν ἐκράτησαν, ἀλλὰ καὶ γυνὴ τῶν μεγίστων βασάνων ὑπερεφρόνησεν.J'ai donc déjà démontré que non seulement les hommes avaient dominé les passions, mais aussi qu'une femme avait méprisé les tortures les plus atroces.
3καὶ οὐχ οὕτως οἱ περὶ Δανιηλ λέοντες ἦσαν ἄγριοι οὐδὲ ἡ Μισαηλ ἐκφλεγομένη κάμινος λαβροτάτῳ πυρί, ὡς ἡ τῆς φιλοτεκνίας περιέκαιεν ἐκείνην φύσις ὁρῶσαν αὐτῆς οὕτως ποικίλως βασανιζομένους τοὺς ἑπτὰ υἱούς.Moins féroces étaient les lions autour de Daniel, moins violent le feu de la fournaise brûlant Misaël que la nature de l'amour maternel qui enflammait cette femme voyant ses sept fils torturés de différentes manières.
4ἀλλὰ τῷ λογισμῷ τῆς εὐσεβείας κατέσβεσεν τὰ τοσαῦτα καὶ τηλικαῦτα πάθη ἡ μήτηρ.Mais, grâce à la raison pieuse, cette mère éteignit les passions si nombreuses et si grandes.
5Καὶ γὰρ τοῦτο ἐπιλογίσασθε, ὅτι δειλόψυχος εἰ ἦν ἡ γυνὴ καίπερ μήτηρ οὖσα, ὠλοφύρετο ἂν ἐπ αὐτοῖς καὶ ἴσως ἂν ταῦτα εἶπενRéfléchissez, en effet, à ceci : si cette femme avait été lâche, bien qu'étant mère, elle aurait pleuré sur eux et peut-être aurait-elle parlé ainsi :
6Ὦ μελέα ἔγωγε καὶ πολλάκις τρισαθλία, ἥτις ἑπτὰ παῖδας τεκοῦσα οὐδενὸς μήτηρ γεγένημαι.« O infortunée que je suis et maintes fois malheureuse, j'ai mis au monde sept fils et je ne suis la mère d'aucun.
7ὦ μάταιοι ἑπτὰ κυοφορίαι καὶ ἀνόνητοι ἑπτὰ δεκάμηνοι καὶ ἄκαρποι τιθηνίαι καὶ ταλαίπωροι γαλακτοτροφίαι.O vaines ces sept grossesses, inutiles ces gestations de dix mois, stériles les premiers soins et malheureux mes allaitements !
8μάτην δὲ ἐφ ὑμῖν, ὦ παῖδες, πολλὰς ὑπέμεινα ὠδῖνας καὶ χαλεπωτέρας φροντίδας ἀνατροφῆς.C'est en vain que pour vous, mes enfants, j'ai enduré les nombreuses douleurs de l'enfantement, et les soucis de l'éducation bien plus pénibles !
9ὦ τῶν ἐμῶν παίδων οἱ μὲν ἄγαμοι, οἱ δὲ γήμαντες ἀνόνητοι· οὐκ ὄψομαι ὑμῶν τέκνα οὐδὲ μάμμη κληθεῖσα μακαρισθήσομαι.O mes fils, les uns célibataires, les autres mariés mais inutilement ! Je ne verrai pas vos enfants et je ne connaîtrai pas le bonheur d'être appelée grand-mère.
10ὦ ἡ πολύπαις καὶ καλλίπαις ἐγὼ γυνὴ χήρα καὶ μόνη πολύθρηνος·Mère de nombreux et beaux enfants, je suis une pauvre femme, veuve, seule et je me lamente.
11οὐδ ἂν ἀποθάνω, θάπτοντα τῶν υἱῶν ἕξω τινά.Et quand je mourrai, je n'aurai aucun de mes fils pour m'ensevelir ! »
12Ἀλλὰ τούτῳ τῷ θρήνῳ οὐδένα ὠλοφύρετο ἡ ἱερὰ καὶ θεοσεβὴς μήτηρ οὐδ ἵνα μὴ ἀποθάνωσιν ἀπέτρεπεν αὐτῶν τινα οὐδ ὡς ἀποθνῃσκόντων ἐλυπήθη,Mais la sainte et pieuse mère ne pleura sur aucun de ses fils en se lamentant ainsi, ne détourna aucun d'eux de la mort et ne fut pas affligée quand ils moururent.
13ἀλλ ὥσπερ ἀδαμάντινον ἔχουσα τὸν νοῦν καὶ εἰς ἀθανασίαν ἀνατίκτουσα τὸν τῶν υἱῶν ἀριθμὸν μᾶλλον ὑπὲρ τῆς εὐσεβείας ἐπὶ τὸν θάνατον αὐτοὺς προετρέπετο ἱκετεύουσα.Au contraire, comme si son intelligence était d'acier et comme si elle enfantait à nouveau l'ensemble de ses fils pour l'immortalité, elle les exhortait plutôt, les suppliant de mourir pour la piété.
14ὦ μῆτερ δι εὐσέβειαν θεοῦ στρατιῶτι πρεσβῦτι καὶ γύναι, διὰ καρτερίαν καὶ τύραννον ἐνίκησας καὶ ἔργοις δυνατωτέρα καὶ λόγοις εὑρέθης ἀνδρός.O mère, soldat de Dieu pour la cause de la piété, femme et âgée, tu as vaincu par ta force d'âme le tyran ; par tes actes et par tes paroles tu t'es révélée plus forte qu'un homme.
15καὶ γὰρ ὅτε συνελήμφθης μετὰ τῶν παίδων, εἱστήκεις τὸν Ελεαζαρον ὁρῶσα βασανιζόμενον καὶ ἔλεγες τοῖς παισὶν ἐν τῇ Εβραίδι φωνῇEn effet, quand tu fus enlevée avec tes enfants, debout, voyant Eléazar torturé, tu disais en langue hébraïque à tes enfants :
16Ὦ παῖδες, γενναῖος ὁ ἀγών, ἐφ ὃν κληθέντες ὑπὲρ τῆς διαμαρτυρίας τοῦ ἔθνους ἐναγωνίσασθε προθύμως ὑπὲρ τοῦ πατρῴου νόμου·« O enfants, noble est le combat auquel vous êtes appelés pour donner témoignage en faveur de notre nation, combattez avec ardeur pour la Loi de nos pères.
17καὶ γὰρ αἰσχρὸν τὸν μὲν γέροντα τοῦτον ὑπομένειν τὰς διὰ τὴν εὐσέβειαν ἀλγηδόνας, ὑμᾶς δὲ τοὺς νεανίσκους καταπλαγῆναι τὰς βασάνους.Il serait, en effet, honteux que ce vieillard ait enduré ces souffrances pour la cause de la piété, et que vous, jeunes gens, vous soyez effrayés devant les tortures.
18ἀναμνήσθητε ὅτι διὰ τὸν θεὸν τοῦ κόσμου μετελάβετε καὶ τοῦ βίου ἀπελαύσατε,Souvenez-vous que c'est grâce à Dieu que vous avez reçu une part en ce monde et que vous avez joui de la vie.
19καὶ διὰ τοῦτο ὀφείλετε πάντα πόνον ὑπομένειν διὰ τὸν θεόν,C'est pourquoi vous devez tout supporter pour Dieu.
20δι ὃν καὶ ὁ πατὴρ ἡμῶν Αβρααμ ἔσπευδεν τὸν ἐθνοπάτορα υἱὸν σφαγιάσαι Ισαακ, καὶ τὴν πατρῴαν χεῖρα ξιφηφόρον καταφερομένην ἐπ αὐτὸν ὁρῶν οὐκ ἔπτηξεν.C'est pour lui aussi que notre père Abraham se hâta d'immoler Isaac, son fils, père de notre nation, qui, en voyant la main de son père armée du glaive s'abattre sur lui, ne fut pas effrayé.
21καὶ Δανιηλ ὁ δίκαιος εἰς λέοντας ἐβλήθη, καὶ Ανανιας καὶ Αζαριας καὶ Μισαηλ εἰς κάμινον πυρὸς ἀπεσφενδονήθησαν καὶ ὑπέμειναν διὰ τὸν θεόν.Et Daniel le juste fut jeté aux lions, et Ananias, Azarias et Misaël furent précipités dans la fournaise de feu : ils endurèrent cela pour Dieu.
22καὶ ὑμεῖς οὖν τὴν αὐτὴν πίστιν πρὸς τὸν θεὸν ἔχοντες μὴ χαλεπαίνετε.Vous aussi qui avez la même foi en Dieu, ne soyez pas consternés,
23ἀλόγιστον γὰρ εἰδότας εὐσέβειαν μὴ ἀνθίστασθαι τοῖς πόνοις.car il serait déraisonnable, connaissant la piété, de ne pas résister aux douleurs. »
24Διὰ τούτων τῶν λόγων ἡ ἑπταμήτωρ ἕνα ἕκαστον τῶν υἱῶν παρακαλοῦσα ἀποθανεῖν ἔπεισεν μᾶλλον ἢ παραβῆναι τὴν ἐντολὴν τοῦ θεοῦ,C'est par ces paroles que la mère des sept fils exhortait chacun d'eux et les persuadait de mourir plutôt que de transgresser le commandement de Dieu.
25ἔτι δὲ καὶ ταῦτα εἰδότες ὅτι οἱ διὰ τὸν θεὸν ἀποθνῄσκοντες ζῶσιν τῷ θεῷ ὥσπερ Αβρααμ καὶ Ισαακ καὶ Ιακωβ καὶ πάντες οἱ πατριάρχαι.Mais, de plus, ils savaient fort bien que ceux qui meurent pour Dieu, vivent avec lui, comme Abraham, Isaac et Jacob et tous les patriarches.

Chapitre 17

1Ἔλεγον δὲ καὶ τῶν δορυφόρων τινὲς ὅτι ὡς ἔμελλεν συλλαμβάνεσθαι καὶ αὐτὴ πρὸς θάνατον, ἵνα μὴ ψαύσειέν τις τοῦ σώματος αὐτῆς, ἑαυτὴν ἔρριψε κατὰ τῆς πυρᾶς.Quelques-uns des gardes ont aussi déclaré qu'au moment où ils la saisirent pour être mise à mort, elle se jeta dans le bûcher pour qu'on ne touchât pas à son corps.
2Ὦ μήτηρ σὺν ἑπτὰ παισὶν καταλύσασα τὴν τοῦ τυράννου βίαν καὶ ἀκυρώσασα τὰς κακὰς ἐπινοίας αὐτοῦ καὶ δείξασα τὴν τῆς πίστεως γενναιότητα.O mère, avec tes sept fils, tu as détruit la violence du tyran, annulé ses mauvais desseins et montré la noblesse de la foi !
3καθάπερ γὰρ σὺ στέγη ἐπὶ τοὺς στύλους τῶν παίδων γενναίως ἱδρυμένη ἀκλινὴς ὑπήνεγκας τὸν διὰ τῶν βασάνων σεισμόν.Comme un toit qui repose sur les colonnes de tes fils, tu as noblement supporté sans faillir l'ébranlement des tortures.
4θάρρει τοιγαροῦν, ὦ μήτηρ ἱερόψυχε, τὴν ἐλπίδα τῆς ὑπομονῆς βεβαίαν ἔχουσα πρὸς τὸν θεόν.Courage donc, ô mère à l'âme sainte, toi qui en Dieu possèdes l'espérance ferme de ton endurance.
5οὐχ οὕτως σελήνη κατ οὐρανὸν σὺν ἄστροις σεμνὴ καθέστηκεν, ὡς σὺ τοὺς ἰσαστέρους ἑπτὰ παῖδας φωταγωγήσασα πρὸς τὴν εὐσέβειαν ἔντιμος καθέστηκας θεῷ καὶ ἐστήρισαι σὺν αὐτοῖς ἐν οὐρανῷ·Tu as illuminé la voie de tes sept fils semblables à des astres, tu te tiens devant Dieu honorée pour ta piété et tu es solidement établie avec eux dans les cieux.
6ἦν γὰρ ἡ παιδοποιία σου ἀπὸ Αβρααμ τοῦ πατρός.Car tes fils sont la descendance d'Abraham, le père.
7Εἰ δὲ ἐξὸν ἡμῖν ἦν ὥσπερ ἐπί τινος ζωγραφῆσαι τὴν τῆς εὐσεβείας σου ἱστορίαν, οὐκ ἂν ἔφριττον οἱ θεωροῦντες ὁρῶντες μητέρα ἑπτὰ τέκνων δι εὐσέβειαν ποικίλας βασάνους μέχρι θανάτου ὑπομείνασαν;S'il nous était possible de peindre l'histoire de ta piété, qui pourrait la contempler sans frémir et voir la mère de sept enfants endurant les tortures les plus variées jusqu'à la mort pour la piété ?
8καὶ γὰρ ἄξιον ἦν καὶ ἐπ αὐτοῦ τοῦ ἐπιταφίου ἀναγράψαι καὶ ταῦτα τοῖς ἀπὸ τοῦ ἔθνους εἰς μνείαν λεγόμεναC'est pourquoi il serait convenable aussi d'inscrire sur la tombe elle-même les mots suivants comme mémorial pour ceux de notre peuple :
9Ἐνταῦθα γέρων ἱερεὺς καὶ γυνὴ γεραιὰ καὶ ἑπτὰ παῖδες ἐγκεκήδευνται διὰ τυράννου βίαν τὴν Εβραίων πολιτείαν καταλῦσαι θέλοντος,Ici gisent un vieillard qui était prêtre, une vieille femme et ses sept enfants victimes de la violence d'un tyran résolu à détruire les institutions des Hébreux.
10οἳ καὶ ἐξεδίκησαν τὸ γένος εἰς θεὸν ἀφορῶντες καὶ μέχρι θανάτου τὰς βασάνους ὑπομείναντες.Eux aussi, ils ont vengé le peuple en regardant vers Dieu et en endurant les tortures jusqu'à la mort.
11Ἀληθῶς γὰρ ἦν ἀγὼν θεῖος ὁ δι αὐτῶν γεγενημένος.Vraiment c'était un combat divin qu'ils ont livré.
12ἠθλοθέτει γὰρ τότε ἀρετὴ δι ὑπομονῆς δοκιμάζουσα. τὸ νῖκος ἀφθαρσία ἐν ζωῇ πολυχρονίῳ.En effet, la vertu présidait le combat les mettant à l'épreuve par l'endurance ; le prix de leur victoire fut la longue vie d'incorruptibilité.
13Ελεαζαρ δὲ προηγωνίζετο, ἡ δὲ μήτηρ τῶν ἑπτὰ παίδων ἐνήθλει, οἱ δὲ ἀδελφοὶ ἠγωνίζοντο·Eléazar combattit le premier ; puis la mère des sept fils entra dans la lutte, et les frères aussi combattirent.
14ὁ τύραννος ἀντηγωνίζετο· ὁ δὲ κόσμος καὶ ὁ τῶν ἀνθρώπων βίος ἐθεώρει·Le tyran était l'adversaire ; le monde et l'humanité étaient les spectateurs.
15θεοσέβεια δὲ ἐνίκα τοὺς ἑαυτῆς ἀθλητὰς στεφανοῦσα.La piété remporta la victoire et couronna ses athlètes.
16τίνες οὐκ ἐθαύμασαν τοὺς τῆς θείας νομοθεσίας ἀθλητάς; τίνες οὐκ ἐξεπλάγησαν;Qui n'admirerait ces athlètes de la Loi divine ? Qui ne serait saisi d'étonnement ?
17Αὐτός γέ τοι ὁ τύραννος καὶ ὅλον τὸ συμβούλιον ἐθαύμασαν αὐτῶν τὴν ὑπομονήν,Le tyran lui-même et tout son conseil s'étonnaient de l'endurance,
18δι ἣν καὶ τῷ θείῳ νῦν παρεστήκασιν θρόνῳ καὶ τὸν μακάριον βιοῦσιν αἰῶνα.grâce à laquelle ils se tiennent maintenant près du trône divin et vivent la bienheureuse éternité.
19καὶ γάρ φησιν ὁ Μωυσῆς Καὶ πάντες οἱ ἡγιασμένοι ὑπὸ τὰς χεῖράς σου.Moïse dit, en effet : « Tous les saints sont sous tes mains. »
20καὶ οὗτοι οὖν ἁγιασθέντες διὰ θεὸν τετίμηνται, οὐ μόνον ταύτῃ τῇ τιμῇ, ἀλλὰ καὶ τῷ δι αὐτοὺς τὸ ἔθνος ἡμῶν τοὺς πολεμίους μὴ ἐπικρατῆσαιCeux-ci donc, sanctifiés avec l'aide de Dieu, sont honorés non seulement par cette récompense, mais encore parce que, grâce à eux, les ennemis ne l'ont pas emporté sur notre peuple ;
21καὶ τὸν τύραννον τιμωρηθῆναι καὶ τὴν πατρίδα καθαρισθῆναι, ὥσπερ ἀντίψυχον γεγονότας τῆς τοῦ ἔθνους ἁμαρτίας.le tyran a été châtié, la patrie a été purifiée, leur vie servant de rançon pour le péché de notre peuple.
22καὶ διὰ τοῦ αἵματος τῶν εὐσεβῶν ἐκείνων καὶ τοῦ ἱλαστηρίου τοῦ θανάτου αὐτῶν ἡ θεία πρόνοια τὸν Ισραηλ προκακωθέντα διέσωσεν.Par le sang de ces hommes pleins de piété et par le sacrifice expiatoire de leur mort, la providence divine a sauvé Israël des maux qui l'avaient frappé.
23Πρὸς γὰρ τὴν ἀνδρείαν αὐτῶν τῆς ἀρετῆς καὶ τὴν ἐπὶ ταῖς βασάνοις αὐτῶν ὑπομονὴν ὁ τύραννος ἀπιδὼν ἀνεκήρυξεν ὁ Ἀντίοχος τοῖς στρατιώταις αὐτοῦ εἰς ὑπόδειγμα τὴν ἐκείνων ὑπομονὴνEn effet, le tyran Antiochus qui avait remarqué le courage de leur vertu et de leur patience dans les tortures, proclama solennellement comme exemple leur patience à ses soldats,
24ἔσχεν τε αὐτοὺς γενναίους καὶ ἀνδρείους εἰς πεζομαχίαν καὶ πολιορκίαν καὶ ἐκπορθήσας ἐνίκησεν πάντας τοὺς πολεμίους.et ainsi il les rendit nobles et courageux dans la guerre d'infanterie et dans la guerre de siège, et il fut vainqueur de tous ses ennemis en les pillant.

Chapitre 18

1Ὦ τῶν Αβραμιαίων σπερμάτων ἀπόγονοι παῖδες Ισραηλῖται, πείθεσθε τῷ νόμῳ τούτῳ καὶ πάντα τρόπον εὐσεβεῖτεO fils d'Israël, descendants de la semence d'Abraham, obéissez à la Loi et soyez pieux en tout,
2γινώσκοντες ὅτι τῶν παθῶν ἐστιν δεσπότης ὁ εὐσεβὴς λογισμὸς καὶ οὐ μόνον τῶν ἔνδοθεν, ἀλλὰ καὶ τῶν ἔξωθεν πόνων.sachant que la raison pieuse est souveraine des passions et non seulement des douleurs intérieures mais aussi de celles qui sont extérieures.
3Ἀνθ ὧν διὰ τὴν εὐσέβειαν προέμενοι τὰ σώματα τοῖς πόνοις ἐκεῖνοι οὐ μόνον ὑπὸ τῶν ἀνθρώπων ἐθαυμάσθησαν, ἀλλὰ καὶ θείας μερίδος κατηξιώθησαν.C'est pourquoi, ayant offert leur corps aux douleurs à cause de la piété, non seulement ils furent admirés par les hommes, mais jugés dignes d'une part divine.
4Καὶ δι αὐτοὺς εἰρήνευσεν τὸ ἔθνος, καὶ τὴν εὐνομίαν τὴν ἐπὶ τῆς πατρίδος ἀνανεωσάμενοι ἐκπεπόρθηκαν τοὺς πολεμίους.C'est grâce à eux que le peuple vit en paix ; ils ont restauré l'observance de la Loi dans le pays et ils ont repoussé le siège des ennemis.
5καὶ ὁ τύραννος Ἀντίοχος καὶ ἐπὶ γῆς τετιμώρηται καὶ ἀποθανὼν κολάζεται· ὡς γὰρ οὐδὲν οὐδαμῶς ἴσχυσεν ἀναγκάσαι τοὺς Ιεροσολυμίτας ἀλλοφυλῆσαι καὶ τῶν πατρίων ἐθῶν ἐκδιαιτηθῆναι, τότε ἀπάρας ἀπὸ τῶν Ιεροσολύμων ἐστράτευσεν ἐπὶ Πέρσας.Le tyran Antiochus a été puni sur cette terre et, mort, il est toujours châtié ; en effet comme il ne put absolument pas forcer les gens de Jérusalem à suivre des coutumes étrangères et à s'écarter des coutumes de leurs pères, il dut alors s'éloigner de Jérusalem et il fit campagne contre les Perses.
6Ἔλεγεν δὲ ἡ μήτηρ τῶν ἑπτὰ παίδων καὶ ταῦτα τὰ δικαιώματα τοῖς τέκνοιςLa mère des sept fils disait encore ces paroles justes à ses enfants :
7ὅτι Ἐγὼ ἐγενήθην παρθένος ἁγνὴ οὐδὲ ὑπερέβην πατρικὸν οἶκον, ἐφύλασσον δὲ τὴν ᾠκοδομημένην πλευράν.« J'étais une chaste jeune fille et je n'ai pas franchi le seuil de la maison paternelle, mais je gardais la côte édifiée.
8οὐδὲ ἔφθειρέν με λυμεὼν ἐρημίας φθορεὺς ἐν πεδίῳ, οὐδὲ ἐλυμήνατό μου τὰ ἁγνὰ τῆς παρθενίας λυμεὼν ἀπάτης ὄφις.Aucun corrupteur du désert, aucune souillure ne m'a corrompue dans la plaine, le serpent trompeur n'a pas souillé de sa souillure la sainteté de ma virginité.
9ἔμεινα δὲ χρόνον ἀκμῆς σὺν ἀνδρί· τούτων δὲ ἐνηλίκων γενομένων ἐτελεύτησεν ὁ πατὴρ αὐτῶν, μακάριος μὲν ἐκεῖνος, τὸν γὰρ τῆς εὐτεκνίας βίον ἐπιζήσας τὸν τῆς ἀτεκνίας οὐκ ὠδυνήθη καιρόν.Durant tout le temps de ma maturité je demeurai avec mon mari. Quand ceux-ci devinrent grands, leur père mourut ; heureux fut-il, car ayant vécu durant la présence des enfants, il n'a pas souffert au temps de leur perte.
10ὃς ἐδίδασκεν ὑμᾶς ἔτι ὢν σὺν ὑμῖν τὸν νόμον καὶ τοὺς προφήτας.C'est lui qui vous apprenait, quand il était encore avec vous, la Loi et les Prophètes.
11τὸν ἀναιρεθέντα Αβελ ὑπὸ Καιν ἀνεγίνωσκέν τε ὑμῖν καὶ τὸν ὁλοκαρπούμενον Ισαακ καὶ τὸν ἐν φυλακῇ Ιωσηφ.Il vous lisait le meurtre d'Abel par Caïn et l'offrande en holocauste d'Isaac et Joseph en prison.
12ἔλεγεν δὲ ὑμῖν τὸν ζηλωτὴν Φινεες, ἐδίδασκέν τε ὑμᾶς τοὺς ἐν πυρὶ Ανανιαν καὶ Αζαριαν καὶ Μισαηλ.Il vous parlait du zèle de Pinhas, il vous apprenait Ananias, Azarias et Misaël dans la fournaise.
13ἐδόξαζεν δὲ καὶ τὸν ἐν λάκκῳ λεόντων Δανιηλ, ὃν ἐμακάριζεν.Il glorifiait aussi Daniel dans la fosse aux lions, et il le proclamait bienheureux.
14ὑπεμίμνῃσκεν δὲ ὑμᾶς καὶ τὴν Ησαιου γραφὴν τὴν λέγουσαν Κἂν διὰ πυρὸς διέλθῃς, φλὸξ οὐ κατακαύσει σε.Il vous rappelait aussi l'écriture d'Esaïe qui dit : "Même si tu passes par le feu, la flamme ne te brûlera pas."
15τὸν ὑμνογράφον ἐμελῴδει ὑμῖν Δαυιδ λέγοντα Πολλαὶ αἱ θλίψεις τῶν δικαίων.Il vous chantait le psaume de David qui dit : "Nombreuses sont les tribulations des justes."
16τὸν Σαλωμῶντα ἐπαροιμίαζεν ὑμῖν λέγοντα Ξύλον ζωῆς ἐστιν τοῖς ποιοῦσιν αὐτοῦ τὸ θέλημα.Il vous citait le proverbe de Salomon qui dit : "L'arbre de vie est pour ceux qui font sa volonté."
17τὸν Ιεζεκιηλ ἐπιστοποίει τὸν λέγοντα Εἰ ζήσεται τὰ ὀστᾶ τὰ ξηρὰ ταῦτα;Il vous faisait connaître Ezéchiel qui dit : "Ces os desséchés revivront-ils ?"
18ᾠδὴν μὲν γάρ, ἣν ἐδίδαξεν Μωυσῆς, οὐκ ἐπελάθετο διδάσκων τὴν λέγουσανEt, en effet, il n'oubliait pas de transmettre le cantique de Moïse qui enseigne ceci :
19Ἐγὼ ἀποκτενῶ καὶ ζῆν ποιήσω· αὕτη ἡ ζωὴ ὑμῶν καὶ ἡ μακρότης τῶν ἡμερῶν.C'est moi qui ferai mourir et qui ferai vivre. Ceci est votre vie et la longueur de vos jours. »
20Ὦ πικρᾶς τῆς τότε ἡμέρας καὶ οὐ πικρᾶς, ὅτε ὁ πικρὸς Ἑλλήνων τύραννος πῦρ πυρὶ σβέσας λέβησιν ὠμοῖς καὶ ζέουσι θυμοῖς ἀγαγὼν ἐπὶ τὸν καταπέλτην καὶ πάλιν τὰς βασάνους αὐτοῦ τοὺς ἑπτὰ παῖδας τῆς ΑβρααμίτιδοςJour amer et pourtant sans amertume ! Le cruel tyran des Grecs, éteignant le feu avec le feu, dans ses chaudières cruelles et dans sa violente fureur, conduisait vers la catapulte et de nouvelles tortures les sept fils de cette descendante d'Abraham :
21τὰς τῶν ὀμμάτων κόρας ἐπήρωσεν καὶ γλώσσας ἐξέτεμεν καὶ βασάνοις ποικίλαις ἀπέκτεινεν.il leur creva les prunelles des yeux, leur coupa la langue et les fit mourir dans les tortures les plus variées.
22ὑπὲρ ὧν ἡ θεία δίκη μετῆλθεν καὶ μετελεύσεται τὸν ἀλάστορα τύραννον.Pour ces crimes, la justice divine a poursuivi et poursuivra le tyran maudit.
23οἱ δὲ Αβραμιαῖοι παῖδες σὺν τῇ ἀθλοφόρῳ μητρὶ εἰς πατέρων χορὸν συναγελάζονται ψυχὰς ἁγνὰς καὶ ἀθανάτους ἀπειληφότες παρὰ τοῦ θεοῦ.Mais les fils d'Abraham avec leur mère victorieuse sont maintenant rassemblés dans le choeur des pères ayant reçu de Dieu des âmes pures et immortelles.
24ᾧ ἡ δόξα εἰς τοὺς αἰῶνας τῶν αἰώνων· αμην.A lui soit la gloire dans les siècles des siècles. Amen.