Sybil 2000

Le texte évangélique

Mt 28, 16-20

16 Les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne que leur avait désignée Jésus. 17 En le voyant, ils se prosternèrent devant lui, mais tout en conservant certains doutes. 18 Jésus s’approcha d’eux pour leur parler en ces termes : « Un mandat qui couvre l’univers entier m’a été confié. 19 Partez montrer à toutes les nations comment devenir disciples, baptisez les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, 20 leur enseignant à assimiler tout ce que je vous ai indiqué. Quant à moi, je demeure avec vous jusqu’à la fin des temps.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'intérieur d'un ordinateur. Y a-t-il quelque chose de plus complexe?
Oui. Un être humain, et notre monde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Complexité du monde, complexité de Dieu?

Le 26 décembre 2004 restera gravé dans nos mémoires : alors que nous prolongions les festivités de Noël, un tsunami dévastateur ravagea l’océan Indien, causant tout près de 230 000 morts. Tout avait commencé au fond de la mer, dans une faille qu’on appelle une zone de subduction, alors qu’une plate tectonique s’enfonce sous une autre créant une tension capable de soulever l’océan quand elle cède. Oui, notre terre bien-aimée est sans cesse en mouvement, pour le meilleur et pour le pire. Un phénomène semblable se produisit plus tard dans la région de Sendai, au Japon, le 11 mars 2011, causant plus de 16 000 morts. Et d’autres tsunamis surviendront, peut-être plus près de nous, et ce tant que la terre existera. Pour un chercheur de Dieu, la question se pose : pourquoi a-t-Il créé un monde si instable, si changeant, ouvrant la possibilité à des situations si tragiques? Si vous aviez eu la capacité de créer un monde, l’auriez-vous dessiné comme ça?

Si les phénomènes naturels nous déroutent, que penser maintenant des phénomènes humains. Un reportage récent d’un journal nous présentait le cas crève-cœur des enfants de parents qui se droguent, des enfants qui passent leur journée seuls devant la télé ou dans leur bassinette, mangeant debout ou n’ayant jamais appelé leur mère « maman » : bien souvent, à deux ans, ils ne marchent pas et ne parlent pas encore. Nous sommes loin des contes des Mille et Une Nuits. Bien sûr, tout cela ne couvre qu’une partie de la réalité et on pourrait passer de nombreuses soirées à raconter des histoires merveilleuses sur la vie et les miracles de l’amour. Mais le fait demeure que la réalité humaine est complexe, qu’elle comprend des zones à la fois d’ombre et de lumière. Et pour un chercheur de Dieu, pour qui la réalité visible est le reflet de la réalité invisible, une question le hante : mais qui est-Il donc? Il se sent loin du monde grec d’Aristote où la divinité se situait dans les sphères parfaites du ciel : si la perfection existe, elle n’est pas celle que nous imaginons.

L’évangile de ce jour, à l’occasion du dimanche de la Trinité, vient encore compliquer davantage les choses quand on fait dire à Jésus ressuscité à l’adresse des Onze : « Partez montrer à toutes les nations comment devenir disciples, baptisez les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint ». On ne parle pas de Dieu, mais de Père, de Fils et d’Esprit Saint. Nous sommes loin de la vision simple de la transcendance d’Allah dans l’Islam, ou du Seigneur Yahvé du Judaïsme; j’entends encore ce prêtre dominicain de Jérusalem raconter comment un soldat israélien lui avait un jour craché aux pieds en le traitant d’idolâtre. Notons qu’on parle de « baptême au nom de ». Chez les Grecs, le baptême pouvait désigner un bateau qui plonge dans l’eau et qui sombre. Chez le Chrétien, il désigne la mort à sa vie ancienne et l’obtention d’une nouvelle identité. Or, justement, l’identité que nous recevons est fondamentalement trinitaire.

Avez-vous déjà réfléchi à votre fonctionnement comme être intelligent? Nous sommes une conscience qui recherche la lumière, et donc essaye de répondre à une liste infinie de questions, pour goûter de temps en temps au plaisir de comprendre et de vérifier que ce qu’il a compris est exact. Mais ces moments d’illumination personnelle ne suffisent pas, car nous avons besoin de trouver les mots justes pour exprimer ce que nous avons compris et communiquer avec les autres. Souvenez-vous d’Helen Keller, cette fille aveugle et muette de naissance et de son saut prodigieux dans la vie lorsqu’elle a découvert que les mouvements de la main de sa tutrice signifiait des mots et que ces mots renvoyaient à des idées : elle venait de découvrir la parole. Enfin, comprendre et dire ce que nous avons compris par la parole ne suffit pas : nous sommes des êtres qui peuvent agir, et avons donc besoin de déterminer ce qui vaut la peine d’être fait, et la manière dont nous déterminons ce qui en vaut la peine est en large partie orientée par notre compréhension de ce qui est bien et mal, et en partie orientée par ce qui nous attire, ce que nous aimons, ce qui nous comble : c’est un mélange d’intelligence pratique et de sentiment. En décrivant qui nous sommes, je viens de décrire en même temps Dieu Père, source de toute lumière, le Fils, Parole de cette lumière, et l’Esprit, Amour répandu dans le monde pour le transformer par l’action. Ainsi, nous sommes fondamentalement des êtres trinitaires, car nous avons étés créés à l’image de Dieu.

Est-ce simple tout cela? Pas du tout. La réalité même de notre être et de l’univers est complexe, à l’image de Dieu. C’est quand nous voulons tout simplifier, tout réduire à ce que nous pouvons comprendre immédiatement sur le champ, que nous nous enfonçons dans l’erreur et les culs de sac. Comprendre comporte plusieurs étapes. Savoir ce qu’il faut faire prend du temps. Quand des politiciens et des gens religieux parlent de Dieu comme de leur voisin immédiat, bien apprivoisé, bénissant tout ce qu’ils font avec un beau sourire, parlent-ils vraiment de Dieu ou d’une idole qu’ils se sont fabriquées? Par contre, la personne qui se laisse interroger par cette terre déroutante et ce monde inextricable du bien et du mal, s’ouvre au mystère de Dieu. La scène finale de la rencontre avec Jésus dans l’évangile de Matthieu a lieu en Galilée, mot qui signifie « cercle des nations », un Katimavik en quelque sorte, un lieu public. La rencontre ne se produit pas dans un lieu sacré ou dans un temple. Car en fait, notre être même est une chapelle, et peu importe où que nous soyons, nous transportons avec nous le mystère trinitaire de Dieu. Et si nous sommes en mouvement, si notre terre est en mouvement, pourquoi n’en serait-il pas ainsi de Dieu?

 

-Février 2012