Sybil 2007

Le texte évangélique

Mt 28, 16-20

16 Les onze disciples se rendirent en Galilée, à la montagne que leur avait désignée Jésus. 17 En le voyant, ils se prosternèrent devant lui, mais tout en conservant certains doutes. 18 Jésus s’approcha d’eux pour leur parler en ces termes : « Un mandat qui couvre l’univers entier m’a été confié. 19 Partez montrer à toutes les nations comment devenir disciples, baptisez les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint, 20 leur enseignant à assimiler tout ce que je vous ai indiqué. Quant à moi, je demeure avec vous jusqu’à la fin des temps.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

S'ouvrir à la diversité, perte ou gain?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

La question de l’identité

Nous assistons actuellement à un phénomène surprenant : l’affirmation de son appartenance religieuse se retrouve sur la scène publique, alors qu’on croyait que la société était entrée définitivement dans la sécularisation. Des musulmanes ont décidé de porter le hidjab, pendant que des parents non pratiquants revendiquent l’enseignement catholique pour leur enfant. Des méga-églises se forment non seulement aux États-Unis, mais aussi au Guatemala et surtout en Corée du Sud où on peut accueillir 12,000 personnes? Il ne faut pas se leurrer : nous sommes devant du prosélytisme, ce besoin d’affirmer son identité et de recruter des membres, ce qui explique la présence malheureuse des évangélistes sud-coréens en Afghanistan et qui a tourné au tragique. Je me sens mal à l’aise devant ce phénomène, car bien souvent la religion, loin de libérer les gens, les rendent plus intransigeants au point de pousser quelqu’un à écrire récemment dans les média : la religion devrait être interdite au moins de 98 ans.

Par expérience personnelle, nous savons que la découverte et l’affirmation de ce que nous sommes vraiment relève d’un accomplissent : il faut l’aide des autres, il faut du temps, il faut du courage. Quand la découverte de soi et l’affirmation de soi est réussie, elle est source de vie, elle n’est pas exclusive, mais au contraire elle est invitation au dialogue. Alors qu’est-ce qui se passe dans notre monde où les tensions ethniques et culturelles se multiplient avant de se radicaliser sous le vernis religieux? Pourquoi des chrétiens croient-ils pouvoir retrouver leur identité en rétablissant le monde de la chrétienté d’autrefois plutôt que d’évoluer vers une nouvelle façon d’être eux-mêmes dans un monde différent?

Ce dimanche est celui où on célèbre l’Ascension du Seigneur. Quel lien avec le problème de l’identité? Croyez-le ou non, il en est le cœur. Car qu’essaie-t-on de dire par l’Ascension? Le Jésus tel que l’ont connu ses proches, le Jésus qu’on a pu écouter, toucher et embrasser est passé à une identité nouvelle. C’est la même personne, mais sa présence se fera sentir de manière différente. Et si on parle d’ascension tout comme on parle d’une promotion au travail, c’est que son identité revêt une qualité plus grande.

Relisons l’évangile de Matthieu. Les disciples font un cheminement afin de se rendre en Galilée, mot qui signifie « Cercle des nations », que nous pourrions traduire par « Centre international ». Là se produit quelque chose d’étrange. Les disciples se prosternent devant lui, i.e. dans la foi ils le reconnaissent comme leur maître de vie, mais en même temps ils gardent certains doutes. D’où viennent ces doutes? Si le Jésus dont ils font actuellement l’expérience était exactement le Jésus comme ils l’ont connu autrefois, il n’y aurait pas de problème. Mais justement, il y a quelque chose qui a changé chez lui, sont identité a connu une ascension. Quoi exactement? Le Jésus qui a dit un jour : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdus de la maison d’Israël », dit plutôt maintenant : « Un mandat universel m’a été confié, allez vers toutes les nations. »

Et regardez la suite : « Baptisez les au nom du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. » L’accent ici n’est pas sur la valeur juridique du baptême ou sur son obligation, mais sur le fait que le croyant reçoit son identité nouvelle non pas d’un prophète quelconque ou du pape, mais de Dieu même. Ne dit-t-on pas : tels sont les parents, tels sont les enfants. Or, Dieu, source de notre vie, nous est présenté dans la diversité des personnes : le Père, le Fils et l’Esprit. Imaginez! Notre Dieu nous est présenté sous le visage de la diversité. Pouvons-nous être surpris ensuite de la diversité de notre monde? Cette naissance nouvelle est enfin exprimée par l’invitation à assimiler l’enseignement de Jésus, plus particulièrement son sermon sur la montagne où il dit : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. » Comprenez-vous pourquoi se replier sur le passé c’est s’éloigner de notre être et de notre mission?

Dans ma vie, j’ai appris à dire constamment oui à des réalités nouvelles, et je crois avoir connu une forme d’ascension, où j’ai vu des dimensions nouvelles de mon être. L’ascension de Jésus a une dimension unique : parce qu’il a aimé ce monde si divers au point d’y laisser sa vie, il possède maintenant la qualité même de Dieu qui lui permet maintenant d’être universellement présent à ce monde. Je prie pour marcher dans ses pas. Et vous?

 

-Décembre 2007