Commentaire sur Luc 10, 38-42 par Marie Balmary Jésus, Marthe et Marie, (Résumé détaillé) Marie Balmary, est née le 5 septembre 1939 à Rennes en France. Elle est psychanalyste de formation lacanienne et chercheuse. C'est son intérêt pour la Bible qui l'a amené au séminaire de lecture de la Bible de l'exégète jésuite Paul Beauchamp pendant trois ans, au début des années 1980, et proposer son regard de psychanalyste. Elle porte une très grande attention à la lettre de ces textes, dans leurs langues originales, l'hébreu, l'araméen et le grec biblique, qu'elle a apprises, et considère toute étrangeté apparente du texte, y compris des erreurs grammaticales, comme pouvant être porteuses de sens.Voici une liste de ses écrits:
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Du bref récit qui la compose, on a fait bien des images. Mais pas de concepts, pas de dogmes. Une entrée de service, en somme : une histoire de femmes, de maison, de repas où il s'agit précisément de service, le plus quotidien : servir à table. Les religieux - et les artistes — pensent en général tenir dans ce texte l'opposition entre la vie active - Marthe - et la vie contemplative — Marie - qui lui serait supérieure. Cependant, entend-on dire habituellement, un peu en douce, il faut des deux. Les Marthe sont fort utiles, n'est-ce pas ? On les console ainsi de n'avoir pas « choisi la meilleure part » et l'on s'assure que, Dieu soit loué, il y aura toujours des Marthe pour servir les autres. C'est-à-dire nous, si je comprends bien. Comme [Jésus et ses disciples] étaient en route, lui entra dans un village, et une femme, nommée Marthe, le reçut dans sa maison. Deux prépositions séparent les deux femmes : Marthe est agitée autour [peri] de beaucoup de choses, mais Marie est auprès d’une personne. Dans la scène à laquelle nous assistons, Marthe ne dit pas à sa soeur, simplement, comme il serait normal : « Viens m'aider. » Elle n'a pas seulement demandé à Jésus de le dire à sa soeur. Elle commence par lui faire un reproche à lui, de son insensibilité envers elle, son indifférence à ce qu'elle vit : « cela ne te fait rien [cela ne t'intéresse pas, cela ne te concerne pas] que ma soeur m'ait laissée seule pour servir ? ». Elle le culpabilise, en somme. Ayant fabriqué son propre esclavage, elle veut y prendre quelqu'un d'autre. Elle demande à l'autorité (ici, Jésus) de renforcer sa parole et fait même reproche à l'autorité de ne pas faire son travail d'autorité : commander plus fort que lui. Marthe en fait trop, et elle voudrait que Marie soit prise dans ce trop. Le Seigneur lui répondit : « Marthe, Marthe, tu t'inquiètes et tu t'agites pour de nombreuses choses. Une seule chose est nécessaire. Marie a choisi la bonne part, qui ne lui sera point ôtée. » Jésus protège Marie de Marthe. Ou plutôt il protège Marie de ce qui gouverne Marthe et qui n'est pas elle. Est-ce pour cette raison qu'il l'appelle deux fois ? Marthe, Marthe... Loin de vouloir soumettre Marie à l'auto-esclavage de sa soeur, Jésus se soucie plutôt d'en guérir Marthe. Jésus signifie bien que Marie a choisi sa part, ce qui n'est pas le cas de Marthe, possédée sans doute par une obligation de perfection qui la dévore. Bien des personnes souffrent d’un Surmoi persécuteur d'une éducation soi-disant religieuse. Bien souvent, ce juge persécuteur qu'on leur a inoculé les tient au point qu'elles vont vouloir qu'il étende son emprise sur d'autres. Et Marthe veut faire de Jésus cet agent de maîtrise spirituel, quelqu'un qui va faire en sorte que le monde reste bien soumis à la contrainte qui la gouverne elle-même. Celle qui obéit au Surmoi s'estime injustement abandonnée (« ma soeur me laisse seule »). Jésus refuse d’entrer dans ce jeu.
Résumé par André Gilbert, janvier 2026
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