Sybil 2007

Le texte évangélique

Jn 15, 9-17

9 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimé. Gardez vivant cet amour qui vient de moi. 10 Si vous pratiquez mes recommandations, vous garderez vivant mon amour, comme moi j’ai pratiqué les recommandations de mon père et je garde vivant son amour.

11 Je vous ai partagé toutes ces choses afin que la joie qui est en moi soit également en vous, et que votre joie soit totale. 12 Voici ma recommandation : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. 13 Personne n’a d’amour plus grand que celui qui abandonne sa vie pour les gens qu’il aime. 14 Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous recommande. 15 Je ne vous appelle plus domestiques, car le domestique n’est pas au courant des actes de son maître. Mais je vous appelle amis, car tout ce que j’ai appris de mon Père, je vous l’ai fait connaître. 16 Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, mais c’est moi qui vous ai choisis et vous ai confié la mission de porter du fruit, et un fruit qui dure, si bien que tout ce que vous demanderez au Père en vous réclamant de moi, il vous le donnera. 17 Voici ma recommandation : aimez-vous les uns les autres.



 

 

 

 

 

 

 

 

 

On n'apprend que de l'intérieur, en refaisant les mêmes gestes

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

La porte d’entrée dans le mystère de Dieu

La vie est faite de contrastes. Prenez ce conflit Israélo-palestinien, commencé il y plus de 3 000 ans, qui a connu une vigueur nouvelle il y a 60 ans, et dont on est incapable d’en voir la fin. Ou encore, à une échelle beaucoup plus réduite et plus près de nous, prenons ces enfants qui ont été sévèrement maltraités ou négligés, à tel point qu'ils ont conçu un trouble de l'attachement et vivent dans l’angoisse constante d’être rejetés. C’est l’histoire de ce petit Simon dont certains media ont parlé : la mère monoparentale, incapable de s’en occuper, l’a confié à un centre de jeunesse où il a passé une partie de son temps sous la table de la cuisine à faire des crises, à hurler et à cracher. Une éducatrice avec une patience d’ange a réussi à rétablir un début de relation de confiance. La prochaine étape s’avère tout aussi ardue : trouver une famille d’accueil. Quand on est lucide sur toutes les dimensions de la vie, comment recevoir ce passage d’aujourd’hui de l’évangile de Jean qui ressemble à une chanson d’amour sortie d’un autre monde.

Pour apprivoiser ce discours où Jésus parle de son père et de ses relations à nous, j’ai imaginé cette scène. Un père ou une mère, sachant que ses forces diminuent et que la fin n’est pas très loin, sent le besoin de rassembler sa famille pour laisser en quelque sorte son testament. « Comme mes parents m’ont aimé, moi aussi je vous ai aimés. Maintenez vivant cet amour que je vous offre. Si vous agissez à la manière que vous ai montré, vous serez capable de garder vivant l’amour qui vient de moi, tout comme j’ai agis à la manière de mes parents et que j’ai été capable de garder vivant leur amour. Je vous fais ces confidences afin que vous fassiez vous-même l’expérience de la joie qui m’habite, et que cette joie soit totale. Voici ce que je vous demande : apprenez à vous aimer les uns les autres, comme je vous ai aimés. Personne ne fait preuve d’amour plus grand que celui qui se donne totalement pour les gens qu’il aime. Vous devenez pour moi des amis en faisant ce que je vous demande. Remarquez que je ne vous appelle plus enfants, car un enfant ne partage pas l’intimité de ses parents. Mais je vous appelle amis, car j’ai pu partager avec vous l’intimité que j’ai vécu avec mes propres parents. Ce n’est pas vous qui avez choisi de me mettre au monde, au contraire c’est moi qui ai choisi de vous mettre au monde et je vous ai élevé de façon à ce que vous apportiez quelque chose de durable à ce monde, de telle sorte que je serai toujours à vos côtés pour vous soutenir quand vous en aurez besoin. Voici ce que je vous demande : apprenez à vous aimer les uns les autres. »

On aura remarqué que ce testament paraphrase celui de Jésus. Car c’est bien le langage des relations parents-enfants qu’utilise Jésus pour nous introduire au mystère de Dieu. Mais ne nous y trompons pas : la simplicité des mots ne nous empêche pas d’être confrontés à une réalité difficile à pénétrer, dans la mesure où on saisit bien que l’évangile de Jean ne parle pas seulement de Jésus, mais également de nous et de notre monde. Où se trouve donc cet amour que nous et notre monde aurions reçu comme un cadeau, et que nous serions invités à transmettre, comme on transmet la flamme olympique. Comment expliquer cela au petit Simon en deuil de parents ou aux belligérants Israélo-palestiniens?

Un jour, un père a dit à sa fille : « Le jour où tu auras des enfants, tu comprendras ce que nous avons fait pour toi. » En d’autres mots, on ne comprend vraiment l’amour reçu des autres qu’en le vivant soi-même. Ainsi, des gens comblés d’amour parental, ne comprendront vraiment l’amour reçu qu’en aimant des gens comme le petit Simon. Et Simon, à son tour, ne pourra découvrir l’amour qui l’aura amené à être un homme, qu’en aimant à son tour. Et voilà que nous avons besoin les uns des autres pour découvrir qui nous sommes.

Mais il y a encore plus. En faisant cela, dit Jésus, nous devenons ses amis, i.e. nous entrons dans le mystère même de Dieu : « Je ne vous appelle plus serviteurs ou enfants, mais amis… car vous partagez maintenant mon intimité. »

Nous sommes loin de l’amour romantique. Mère Thérèse de Calcuta a déjà dit : « L’amour, c’est quand ça commence à faire mal. » Et l’amour qui pensera les plaies des Palestiniens et des Israéliens fera mal. Mais curieusement, ce monde, où mère Thérèse a travaillé avec les plus pauvres des pauvres, a été appelé : cité de la joie. « Je vous ai fait ces confidences, dit Jésus, afin que vous fassiez vous-même l’expérience de la joie qui m’habite, et que cette joie soit totale. » À nous d’emprunter cette voie.

 

-Janvier 2009