Sybil 1978

Le texte évangélique

Jn 10, 27-30

27 Mes brebis entendent ma voix, car moi je les connais. Elles me suivent, 28 et moi je leur donne une vie sans fin, si bien qu’elles ne périront jamais et personne ne réussir à les enlever de ma main. 29 Mon Père qui me les a données est plus grand que tous, et personne n’est capable de les enlever de la main de mon Père. 30 Le Père et moi sommes un.


 

 

 

 

 

 

 

 

Tant de paroles! Laquelle écouter?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Commentaire d'évangile - Homélie

Devenir soi, devenir Dieu

Si vous êtes comme moi, l’évangile de ce dimanche est terriblement difficile à saisir : au-delà de la beauté des images sur le berger qui donne la vie éternelle à ses brebis qui écoutent sa voix et que nul ne peut arracher de sa main, on se rend compte que le sens des mots comme « vie éternelle », « écouter sa voix » ne sont pas du tout évident si on accepte que ces mots ne se réduisent pas à parler de la vie après la mort ou encore à un appel lancé à écouter le pape et les évêques, sensés représentés Jésus sur cette terre. De même, quand Jésus affirme que le Père et lui sont un, n’y a-t-il là qu’une affirmation sur sa divinité, si bien qu’on pourrait dire : « Tant mieux pour lui ! » N’y aurait-il pas dans cette dernière affirmation une réalité qui nous concerne intimement ?

Nous vivons dans un monde où les moyens de communications sont devenus extrêmement puissants et envahissants : journaux, magazine, radio, télévision et Internet s’ajoutent à ce qui nous est transmis par notre groupe de parents, d’amis et collègues de travail. Cela signifie que nous entendons beaucoup de voix qui nous indiquent que ceci ou cela est important, que nous devrions faire ceci ou faire cela. Jamais on n’a vu une telle diversité de paroles. Est-t-on surpris de voir aujourd’hui tant de gens « mêlés » ?

Qu’est-ce qui fait qu’on écoute une voix plutôt qu’une autre ? Un jour, au plus fort du mouvement charismatique, alors que j’étais à Trois-Rivières, une jeune femme m’arrive en pleurs : elle se retrouvait avec rien et prenait conscience de la stupidité de ce qu’elle venait de faire, après avoir quitté son emploi à Rimouski à la demande de quelqu’un de son groupe de prière prétendant avoir le don de prophétie et proclamant qu’elle était appelée à Trois-Rivières. Elle n’avait pas écouté le murmure de son être profond et le soi-disant prophète ne la connaissait pas. Quand de jeunes musulmans désespérés acceptent en toute bonne foi l’appel d’un mollah à devenir une bombe humaine, pensez-vous qu’ils écoutent la bonne voix ? Mêmes des voix qui portent un vernis religieux peuvent être destructrices.

Une voix qui rejoint ce que nous sommes profondément et nous éveille à notre grandeur, voilà la voix dont parle l’évangile de ce jour. Et n’allons pas croire que cette voix est extérieure à nous. Elle est d’abord enracinée au plus creux de notre être, et si nous ne savons pas l’écouter, nous serons ballotés par toutes les modes et tous les charlatans. Quand une mère entend le cri de son enfant, cette voix est facile à entendre. Mais dans le mouvement des marées de nos vies, le défi est beaucoup plus grand. Qu’est-ce qui fait qu’une Jacqueline, psychologue de formation dans la région de Montréal, se retrouve à être responsable de bâtir une école pour les Touaregs dans le Sahara nigérien, après avoir effectué un voyage en Afrique avec son mari et s’être lié d’amitié avec son guide Touareg ? Ce qu’elle a vu et entendu a rejoint cette flamme qui l’habitait et qui représentait vraiment ce qu’elle était. On peut dire la même chose d’un homme ou d’une femme qui ne voyageront jamais, mais trouveront dans leur famille cet appel qui les amèneront au bout d’eux-mêmes. Dans tous les cas, on retrouve cette joie et cette paix qui est le signe de l’appel du bon berger.

Sommes-nous loin de l’évangéliste Jean par ces propos qu’on pourrait juger profanes ? Pas du tout. Quand il écrit ces lignes, plusieurs années après la mort de Jésus et son entrée dans une autre vie et en ayant constamment médité sur le sens d’une vie avec Jésus, il découvre qu’il ne faut pas le chercher en allant là-bas, à l’extérieur de nous, car c’est au fond de nous qu’on peut retrouver son écho, car nous sommes désormais une partie de lui. Et c’est seulement dans la mesure où nous saurons entendre cette voix intérieure qui nous est propre que nous serons capable de discerner les bons et les mauvais bergers de notre monde. Quand nous mourrons, seulement ce qui est vraiment nous, appelé « vie éternelle » par Jean, demeurera pour l’éternité : car tout ce qui n’est pas nous devra mourir. Parce que cette vie nous reflète vraiment et vient de Dieu, personne ne peut nous l’arracher.

L’évangéliste va encore plus loin : en devenant profondément nous-mêmes, avec toutes les caractéristiques de notre histoire personnelle, notre visage se met à ressembler à celui de Jésus, et à Dieu lui-même. Voilà le mystère qu’il nous révèle: devenir nous-mêmes, c’est en même temps, toutes proportions gardées, devenir Dieu. En sommes-nous conscient ?

 

-Janvier 2007