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Raymond E. Brown, L'Église héritée des apôtres.
Chapitre 2 : L’héritage paulien dans les épitres pastorales : La structure ecclésiale, p. 31-46 (selon l'édition anglaise)
(Résumé détaillé)
Dans notre étude de la continuité sub-apostolique dans le Nouveau Testament, commençons avec l’héritage paulinien à travers les deux lettres écrites à Timothée et de la lettre à Tite, car le contexte laisse entrevoir que Paul est proche de la mort : « Le moment de mon départ est venu ; j'ai combattu le bon combat, j'ai achevé la course » (2 Tm 4, 6-7). En conséquence, ses pensées se tournent vers les chrétiens qu'il laisse derrière lui. Comment vont-ils survivre, d'autant plus qu'un danger énorme les menace sous la forme de faux docteurs qui pourraient les égarer (Tite 1, 10 ; 1 Tm 4, 1-2 ; 2 Tm 3, 6 ; 4, 3) ? En d'autres termes, les intérêts de Paul ne sont plus principalement missionnaires, mais pastoraux ; il se préoccupe de prendre soin du troupeau existant.
- La réponse à la survie de l’Église : structurer la communauté
Les conseils prodigués par Paul mourant à Timothée et à Tite sur la manière de survivre : implanter une structure ecclésiale. Car certaines communautés pauliniennes présentent des lacunes dans la mesure où elles ne disposent pas d'autorités locales, mais il faut désormais remédier à cette situation et nommer des presbytres-évêques dans chaque ville (Tite 1, 5.7). L'autorité de ces hommes préservera les communautés ecclésiales locales de la désintégration.
- Nommer des presbytre / épiscopes
Qu’est-ce qu’un presbytre? Le mot grec presbyteros est le comparatif de presbys, « vieux », donc signifie littéralement : plus vieux que, et ainsi désigne les anciens d’une communauté. Bien que le terme fasse référence à l'âge, la coutume de demander conseil aux hommes âgés d'une communauté a fait que « ancien » ou « presbytre » en est venu à désigner un fonctionnaire choisi idéalement pour sa sagesse, souvent plus âgé, mais pas nécessairement. Les synagogues juives comptaient des groupes d'anciens ou de presbytres qui fixaient la politique de la synagogue. Les presbytres chrétiens, cependant, avaient un rôle pastoral de supervision qui allait au-delà de celui de leurs homologues juifs ; c'est pourquoi ils sont désignés par un second titre, episkopos, « surveillant, superviseur, évêque ». Notons qu’au cours du siècle et demi qui a précédé le christianisme, les Esséniens décrits dans les manuscrits de la mer Morte avaient, outre les presbytres, des fonctionnaires appelés « surveillants » qui avaient des rôles d'enseignement, d'avertissement et d'administration presque identiques à ceux des évêques des épîtres pastorales. Les surveillants religieux esséniens étaient décrits de manière figurative comme des « bergers », tout comme les évêques chrétiens (Ac 20, 28-29 ; 1 P 5, 1-3). Il est donc plausible que les chrétiens aient emprunté à la synagogue un modèle de groupes de presbytres pour chaque église, tandis que le rôle de superviseur pastoral (episkopos) attribué à tous ou à la plupart de ces presbytres provenait du modèle organisationnel des groupes sectaires juifs très soudés tels que les Esséniens de la mer Morte.
Il faut souligner que rien dans les épîtres pastorales ne suggère que les presbytres-évêques s'occupaient de l'eucharistie ou du baptême. Nous ne savons pas non plus comment les presbytres-évêques étaient nommés, bien qu'à l'époque où les Actes ont été écrits (dans les années 80 ou 90), Barnabas et Paul pouvaient être décrits comme ayant nommé des presbytres dans chaque église (Ac 14, 23). Le fait que cette image ait été simplifiée à l'extrême est indiqué dans Tite 1, 5, où il est clair qu'il existe des villes de la mission paulinienne sans presbytres. Selon la Didachè 15, 1 (vers 100 ?), les chrétiens étaient invités à nommer eux-mêmes leurs évêques et leurs diacres.
- Le rôle des presbytre / épiscopes
Mais comment ces fonctions des presbytres-évêques sont-elles une réponse à la question de la survie des communautés pauliniennes après sa mort?
- Tout d'abord, dans les épîtres pastorales, les presbytres-évêques doivent être les enseignants officiels de la communauté, adhérant à la saine doctrine qu'ils ont reçue de Paul par l'intermédiaire de Tite et de Timothée et rejetant tout enseignement nouveau ou différent. Ils peuvent protéger la communauté contre les fausses doctrines car ils peuvent faire taire les mauvais enseignants (Tite 1, 9-2, 1 ; 1 Tm 4, 1-11 ; 5, 17).
- Deuxièmement, puisque l'Église est « la maison de Dieu » (1 Tm 3, 15 : une comparaison renforcée par le fait que l'Église se réunissait dans une maison), les presbytres-évêques doivent être comme des pères assumant la responsabilité d'un foyer, administrant ses biens et donnant l'exemple et la discipline. La stabilité et les relations étroites, similaires à celles d'un foyer familial, permettront à l'Église de rester unie face aux forces de désintégration qui l'entourent ou l'envahissent.
- Les exigences pour ce rôle
Ces exigences conviennent pour toute institution où règne une atmosphère familiale.
- Le responsable doit être irréprochable, droit et saint ; il doit être maître de lui-même et ne pas être arrogant ou colérique (Tite 1, 7-9).
- Il doit être capable de bien gérer son propre foyer et de contrôler ses enfants (1 Tm 3, 4).
- Il doit être capable de gérer le budget de son propre foyer ; en particulier, il ne doit pas être avare (1 Tm 3:3,5), car il administre l'argent commun de la communauté chrétienne.
- Il ne peut être ivrogne (Tite 1:7 ; 1 Tm 3, 3).
- Il ne peut avoir été marié plus d'une fois.
- Il ne peut être un converti récent.
- Ses enfants doivent être chrétiens (Tite 1:6 ; 1 Tm 3, 2.6).
- Des exigences qui s’écartent de l’attitude de Jésus
Ces exigences ne s’écartent-elles pas de l’attitude de Jésus lui, qui a accueilli les pécheurs et les marginaux de la société, les percepteurs d’impôt et les zélotes? Il faut reconnaître que Jésus ne structurait pas une société ; il ne vivait pas dans une Église organisée ; les Douze ont été choisis non pas comme administrateurs, mais comme juges eschatologiques de l'Israël renouvelé (Mt 19, 28 ; Lc 22, 30). Mais, une fois que le mouvement associé au Christ fut suffisamment organisé pour devenir une société appelée « Église », celle-ci commença à décider que certaines normes de respectabilité religieuse étaient très importantes pour le bien commun. Les individus, aussi talentueux fussent-ils, qui ne répondaient pas à ces normes devaient être sacrifiés. Par exemple, l’exclusion des nouveaux convertis :
- Car le presbytre devait servir de modèle en tant que père de famille. Un homme converti après que ses enfants aient grandi pouvait être un leader naturel, mais s'il ne remplissait pas la condition d'avoir des enfants croyants, il ne pouvait être nommé presbytre-évêque
- Parfois, les nouveaux convertis manquent d'assurance ou ne sont pas mûrs dans leur jugement chrétien
- D'autres fois, ils sont animés d'un zèle extraordinaire qui peut galvaniser une communauté. Les épîtres pastorales n'autorisaient aucun converti récent, talentueux ou non, à exercer la fonction de presbytre, car il ne présentait pas la sagesse souhaitée
Il y a quelque chose d’ironique dans ces exigences quand on pense à la figure elle-même de Paul qui n’aurait probablement pas été en mesure de satisfaire à plusieurs exigences que les épîtres pastorales imposaient aux presbytres-évêques. « Ne pas être colérique » (Tite 1, 7) ne décrit guère le Paul qui a traité les Galates d'« insensés » (Gal 3, 1). « Pondéré et de bonne tenue » (1 Tm 3, 2) ne correspondrait pas au Paul qui souhaitait que ses adversaires circoncis glissent avec le couteau et se castrent eux-mêmes (Ga 5, 12) et qui pouvait prononcer des injures telles que « Leur dieu, c'est leur ventre » (Ph 3, 19). Une vitalité brute et une volonté de se battre à mains nues pour l'Évangile faisaient partie de ce qui faisait de Paul un grand missionnaire, mais ces caractéristiques auraient pu faire de lui un mauvais superviseur de communauté résidentielle.
- Le droit de l’Église de fixer des normes
Contre le droit de fixer des normes, on pourrait évoquer l’argument que les Douze n'étaient pas des membres du clergé résidentiels et que Jésus n'a jamais vécu dans une Église structurée. De même, on pourrait s'interroger sur l'idée que les exigences imposées par les Épîtres pastorales sont éternellement valables. Au contraire, comme ces exigences ont parfois trait à la respectabilité publique, elles peuvent et doivent évoluer au fil du temps. L'Église primitive avait des préjugés contre le remariage des veufs (I Tm 5, 9.11 ; 1 Co 7, 8), ne l'autorisant qu'à contrecœur pour les gens ordinaires. Par conséquent, les épîtres pastorales ne toléraient pas les presbytres-évêques remariés (I Tm 3, 2 ; Tite 1, 6) ; ils devaient répondre à l'idéal. Aujourd'hui, rares sont les Églises protestantes qui refuseraient l'ordination à des veufs remariés. D'autre part, on retrouve l'écho de l'exigence d'être « mari d'une seule femme » dans de nombreuses Églises protestantes qui imposent à leur clergé l'exigence de ne pas se remarier après un divorce (même si elles autorisent le remariage pour les laïcs). Le catholicisme romain a imposé la norme personnelle de Paul (« Il est bon pour eux de rester célibataires comme moi » : 1 Co 7, 8) à tous ses presbytres. On peut toujours s'interroger sur la sagesse des exigences individuelles que différentes Églises ont imposées à leur presbytérat, mais le droit d'imposer de telles exigences semble avoir été supposé dès le début.
- La « catholicisation précoce » de l’Église
L'institutionnalisation du mouvement chrétien était un aspect de ce que les érudits appellent « la catholicisation précoce » en pensant aux caractéristiques ecclésiastiques que l'on retrouve plus tard dans le catholicisme romain. Mais il faut admettre que, si l'Église est une société, les réglementations, constitutives ou autres, sont un développement sociologique inévitable qui est dans la nature même de l'Église.
- Les forces et les faiblesses de cette réponse
Toutes les réponses à un problème théologique, nécessairement partielles et conditionnées par le temps, ont un prix. Une insistance, aussi nécessaire soit-elle à un moment donné, conduira inévitablement à négliger la vérité contenue dans une autre réponse ou insistance. Quelles sont donc les forces et les faiblesses de cette réponse centrée sur la structure ecclésiale dans les épitres pastorale?
- L'idée de préserver l'héritage apostolique contre les idées et les enseignants radicaux
- Ce que cela signifie
Cet accent sur la préservation de l'héritage apostolique entraîne une stabilité impressionnante et une continuité solide d'une structure institutionnelle (presbytres-évêques et diacres). Elle met en évidence le caractère unique de l'apôtre, en particulier Paul, et, en même temps, étend son influence au-delà de sa vie en transmettant son héritage aux presbytres-évêques sous la supervision de Timothée et de Tite. Paul est clairement un enseignant, « un enseignant des nations » (1 Tm 2, 7 ; voir aussi 2 Tm 1, 11) ; et la fonction principale de ses héritiers est d'enseigner « la saine doctrine » (Tite 2, 1), en poursuivant l'enseignement donné par l'apôtre à ses convertis. L'évêque doit « retenir fermement la parole sûre telle qu'elle a été enseignée » (Tite 1, 9). Timothée, qui avait observé la manière dont Paul enseignait (2 Tm 3, 10), est exhorté : « Continue dans ce que tu as appris et dont tu as acquis la certitude, sachant de qui tu l'as appris » (2 Tm 3, 14).
Ce rôle démontre son efficacité face aux enseignants qui introduisent de nouvelles idées, un groupe décrit comme des hommes insubordonnés, des bavards et des séducteurs, qui aiment « les controverses » (1 Tm 6, 4-5 ; Tite 3, 9). L'apôtre des épîtres pastorales voudrait que ces propagateurs d'idées nouvelles et différentes soient empêchés d'enseigner (1 Tm 1, 3) : « Il faut les réduire au silence, car ils bouleversent des familles entières en enseignant, pour un gain malhonnête, ce qu'ils n'ont pas le droit d'enseigner » (Tite 1, 11). Il est rappelé aux fidèles de se soumettre aux dirigeants et aux autorités, tant séculiers que religieux (Tite 3, 1). Nous y trouvons donc l'ancêtre de la théologie du dépôt de la doctrine et des développements ecclésiastiques tels que l'approbation des professeurs, les imprimatur, un index des livres interdits et la supervision des presses ecclésiastiques — des caractéristiques qui ne sont en aucun cas propres au catholicisme romain, même si les mêmes noms ne sont pas utilisés dans d'autres Églises et si le contrôle n'est pas aussi évident.
- La valeur de cette idée
Les circonstances historiques dans lesquelles les Épîtres pastorales ont été écrites comportaient un grand danger avec la propagation du gnosticisme qui avait gagné des adeptes parmi les chrétiens (1 Tm 6, 20). La lutte à mort qui allait culminer vers 180 dans l'Adversus haereses d'Irénée avait désormais commencé. Le « Paul » des Épîtres pastorales avait déjà deviné que la meilleure réponse à une pléthore d'opinions prétendant être révélées et même traditionnelles était une tradition authentique, impliquant un lien entre l'ère apostolique et les responsables ecclésiastiques approuvés. Irénée ne ferait que raffiner l'argument lorsqu'il fit appel à une chaîne d'évêques des grands centres chrétiens dans sa réfutation des doctrines gnostiques. Cette approche a permis à l'Église catholique romaine de survivre aux jours tumultueux de la Réforme ; elle a permis au mouvement de Luther de survivre à une gauche protestante anarchique engendrée par sa propre protestation contre Rome ; aujourd'hui, elle devrait permettre aux Églises traditionnelles de survivre aux sectaires bibliques. L'Église a le droit de ne pas se laisser détruire de l'intérieur.
- Les dangers de cette idée
Le grand danger d'une insistance exclusive sur l'enseignement officiellement contrôlé réside toutefois dans le fait qu'une fois introduit en période de crise, il devient un mode de vie permanent. Une véritable politique pastorale exige plutôt un assouplissement de ces contrôles stricts une fois la crise passée. C’est ce qu’a fait Vatican II en abolissant certains de ses contrôles doctrinaux négatifs.
De plus, la crainte des idées nouvelles qui transparaît dans les épîtres pastorales peut devenir endémique dans l'Église structurée. On oublie que Jésus a défié les autorités religieuses de son époque. À certains moments, le plus grand danger auquel est confrontée une Église institutionnelle bien ordonnée n'est pas celui des idées nouvelles, mais celui de l'absence d'idées. Elle pourrait tomber sous le coup de la condamnation de la parabole évangélique des talents contre le troisième serviteur qui était parfaitement heureux de remettre ce qu'il avait reçu, mais qui était considéré par Jésus comme méchant et paresseux parce qu'il n'y avait rien ajouté de nouveau (Mt 25, 24-30).
Bref, cette idée traduite par « dépôt de la foi » (2 Tm 2, 14) a de sévères limites si elle projette l'image d'un coffre-fort protégeant de manière stérile ce qui y a été déposé au premier siècle. Chaque génération doit enrichir ce dépôt par son expérience unique du Christ à son époque. Les presbytres-évêques de l'Église doivent « s'attacher à la parole fidèle telle qu'elle a été enseignée » (Tite 1, 9), et malheur à eux si une partie du dépôt de la foi est perdue sous leur administration. Mais malheur aussi à eux s'ils n'encouragent pas les idées constructives qui enrichissent et nuancent la saine doctrine qu'ils sont tenus d'enseigner. Une faiblesse des Épîtres pastorales est que ce dernier devoir n'est jamais mentionné.
- Les vertus institutionnelles sûres exigées des pasteurs
- La valeur de ce profil
En mettant l’accent sur la prudence, la sobriété et l'équilibre, ces exigences garantissaient une administration bienveillante, sainte et efficace de la communauté. Le « clergé » nommé par Timothée et Tite devait être composé de personnes bonnes, saines et faciles à vivre en tant que pasteurs résidents
- Les dangers de ce profil
Un tel profil professionnel n'était probablement pas de nature à attirer des « moteurs » dynamiques qui changeraient le monde. Quelqu’un comme le Paul historique ne se serait pas qualifié pour un tel profil, lui qui avait des idées nouvelles et risquées sur le Christ comme fin de la Loi et une agitation indomptable qui lui ont permis de réussir à ouvrir de nouvelles frontières pour le Christ, mais qui a suscité beaucoup d’opposition; selon ses opposants, Paul ne s'en tenait pas à la saine doctrine enseignée par Jésus (dans la tradition de Mt 5, 18), à savoir que pas même le plus petit trait de lettre, pas même la plus petite partie d'une lettre, de la Loi ne passerait. Mais Paul était missionnaire, et non pasteur résident.
De plus, en oubliant que les épitres pastorales établissaient des critères pour faire face à une situation particulière, on commet l’erreur d’y voir un ordre ecclésiastique idéal adapté à toutes les époques. Et la tendance à privilégier des dirigeants très prudents, attachés au passé, crée une orientation qui ne favorise pas les innovations nécessaires à une mission dynamique, surtout en période de changement. C’est ainsi que les autorités ecclésiastiques ont rejeté des pasteurs qui dérangent parce qu'ils voyaient que de nouvelles choses devaient être faites, et ceux qui s'impatientaient face à l'inertie qu'ils rencontraient, au profit de la fadeur de la continuité.
- La distinction nette entre ceux qui enseignent et ceux qui sont enseignés
- Ce que cela signifie
Seuls des presbytres-évêques soigneusement sélectionnés peuvent transmettre la doctrine en toute sécurité, avec pour conséquence que les autres enseignants suscitent la suspicion. Voici ce qu’écrit 2 Tm 3, 1-9 :
1 Mais comprenez ceci : dans les derniers jours, il y aura des temps difficiles. 2 Les hommes seront égoïstes, avides d'argent, orgueilleux, arrogants, injurieux, rebelles à leurs parents, ingrats, irréligieux, 3 sans coeur, implacables, calomniateurs, débauchés, cruels, ennemis du bien, 4 traîtres, téméraires, orgueilleux, aimant le plaisir plutôt que Dieu, 5 ayant l'apparence de la piété, mais reniant sa puissance. Ne vous associez pas à de telles personnes. 6 Parmi elles, certaines s'introduisent dans les maisons et prennent le contrôle de femmes faibles, accablées par le péché et influencées par diverses pulsions, 7 qui écoutent n'importe qui et n'arrivent jamais à la connaissance de la vérité. 8 Tout comme Jannès et Jambrès s'opposèrent à Moïse, ces personnes à l'esprit dépravé et à la foi contrefaite s'opposent également à la vérité. 9 Mais ils n'iront pas loin, car leur folie sera évidente pour tous, comme celle de ces deux hommes.
Il y a une distinction claire dans les épitres pastorales entre l'ecclesia docens (l'Église qui enseigne) et l'ecclesia discens (l'Église qui apprend). Et parmi les « enseignés », l’auteur nomme explicitement les femmes qui sont présentées de manière peu gracieuse comme « faibles » et des exemples de personnes ignorantes et impulsives qui se laissent facilement égarer. C'est le reflet du milieu gréco-romain conservateur qui attribuait souvent la prolifération des cultes ésotériques et des superstitions à des femmes irresponsables qui se sentaient émancipées par ceux-ci. Le Nouveau Testament n’échappe pas aux limites des perceptions de son époque.
- La valeur de cette idée
Cette distinction entre enseignant / enseigné est valable tant que l'on reconnaît que l'appartenance aux deux groupes est mobile : à un moment ou à un autre, chaque chrétien fait ou devrait faire partie de l'Église enseignante et chacun devrait faire partie de l'Église apprenante. De plus, en pensant à la situation vécue dans les épitres pastorale, les enseignants gnostiques attaqués méritaient peut-être certains des adjectifs utilisés pour les décrire. Dès lors, s'écarter de l'enseignement standard peut en effet être le signe de faux enseignants auxquels il faut s'opposer.
- Les dangers de cette idée
Malheureusement, il n'est pas rare que, là où seuls les enseignants approuvés prospèrent, ceux qui posent des questions approfondies sur la doctrine standard soient présentés comme les adversaires de la vérité de Dieu. En d'autres termes, poussées par la lutte, les épîtres pastorales présentent une vision dualiste du vrai et du faux, alors que la vie ordinaire de l'Église est rarement dualiste. Par exemple, s’écarter de l’enseignement standard peut être le signe de penseurs constructifs dont les idées, surprenantes au premier abord, peuvent amener les enseignants désignés à percevoir plus clairement ce qui leur a été confié pour être gardé avec l'aide du Saint-Esprit (2 Tm 1, 14). On n’a qu’à penser à l’affaire Galilée.
Les épîtres pastorales suggèrent, qu’à l'exception des presbytres, tous les autres appartiennent à une classe fixe d'enseignés qui, s'ils ne sont pas instruits par les enseignants officiels, seront trompés par les faux enseignants. Il y a alors le danger que l'on n'attende guère d'idées créatives ou de contributions intellectuelles de la part des enseignés, qui constituent la majorité de la communauté. Le fait que l'auteur ne tienne pas compte des idées « venues d'en bas », comme si toute perspicacité venait d'en haut dans la structure, ne prépare pas les lecteurs ordinaires des épîtres pastorales à jouer un rôle actif dans l'enseignement. Une telle situation unilatérale deviendra de plus en plus désastreuse dans toutes les régions du monde où les laïcs sont très instruits et tout à fait capables d'apporter une contribution significative à la croissance religieuse globale de la communauté. Certains laïcs, une fois instruits, sont tout à fait capables d'être eux-mêmes des enseignants, non seulement en transmettant ce qu'ils ont reçu, mais aussi en apportant leur propre contribution. C'est là une faiblesse des épitres pastorales.
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