Etty Hillesum - Lévitique 19, 17-18


17 Tu n'auras pas dans ton cœur de haine pour ton frère. Tu dois réprimander ton compatriote et ainsi tu n'auras pas la charge d'un péché. 18 Tu ne te vengeras pas et tu ne garderas pas de rancune envers les enfants de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé.


Vendredi matin [le 28 novembre 1941], 9 heures moins le quart.
Hier soir, j'avais le sentiment de devoir lui demander pardon de toutes les vilaines pensées de révolte qu'il m'inspirait ces derniers jours. Je commence à me rendre compte que, lorsqu'on a de l'aversion pour son prochain, on doit en chercher la racine dans le dégoût de soi-même. « Aime ton prochain comme toi-même. » Je sais aussi que c'est toujours moi, et jamais lui, qui porte la responsabilité de tels sentiments. Nous avons tous deux des rythmes de vie très différents ; il faut laisser à chacun la liberté de vivre selon sa nature. À vouloir modeler l'autre sur l'image qu'on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l'on est toujours trompé, non par l'autre, mais par ses propres exigences, à soi-même et à l'autre. C'est assez bête et à vrai dire bien peu démocratique, mais c'est humain. À travers la psychologie, un chemin conduit peut-être à la vraie liberté : on ne réfléchira jamais trop à la nécessité de se libérer intérieurement de l'autre, mais aussi de lui laisser sa liberté en évitant de se former de lui une représentation déterminée. Il reste assez de domaines à explorer pour l'imagination sans la faire travailler sur les personnes aimées.

p. 232.

 

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