Analyse biblique de Luc 5, 1-11


 

Dans toute analyse de texte biblique en vue d’un commentaire qui l’actualise, je procède toujours en sept étapes.

  1. Traduction du texte grec
  2. Analyse verset par verset en exprimant toutes mes questions ou observations
  3. Analyse de la structure du texte
  4. Analyse du contexte
  5. Analyse des parallèles
  6. Intention de l’auteur en écrivant ce passage
  7. Situations ou événements actuels dans lesquels on pourrait lire ce texte

  1. Traduction du texte grec

    Texte grecTexte grec translittéréTraduction littéraleTraduction en français courant
    1 Ἐγένετο δὲ ἐν τῷ τὸν ὄχλον ἐπικεῖσθαι αὐτῷ καὶ ἀκούειν τὸν λόγον τοῦ θεοῦ καὶ αὐτὸς ἦν ἑστὼς παρὰ τὴν λίμνην Γεννησαρέτ1 Egeneto de en tō ton ochlon epikeisthai autō kai akouein ton logon tou theou kai autos ēn hestōs para tēn limnēn Gennēsaret1 Mais il arriva dans l’acte de la foule presser lui et écouter la parole de Dieu et lui était s’étant tenu debout auprès du lac de Génésareth1 Alors que la foule pressait Jésus de toutes parts et écoutait la parole de Dieu, et que lui se tenait debout près de la mer de Génésareth,
    2 καὶ εἶδεν δύο πλοῖα ἑστῶτα παρὰ τὴν λίμνην• οἱ δὲ ἁλιεῖς ἀπʼ αὐτῶν ἀποβάντες ἔπλυνον τὰ δίκτυα2 kai eiden dyo ploia hestōta para tēn limnēn• hoi de halieis ap’ autōn apobantes eplynon ta diktya.2 et il vit deux barques se tenant auprès du lac. Mais les pécheurs à partir d’eux étant sortis lavaient les filets.il arriva qu’il vit deux barques qui se tenaient près de la mer et dont les pêcheurs, qui en étaient descendus, lavaient leurs filets.
    3 ἐμβὰς δὲ εἰς ἓν τῶν πλοίων, ὃ ἦν Σίμωνος, ἠρώτησεν αὐτὸν ἀπὸ τῆς γῆς ἐπαναγαγεῖν ὀλίγον• καθίσας δὲ ἐκ τοῦ πλοίου ἐδίδασκεν τοὺς ὄχλους.3 embas de eis hen tōn ploiōn, ho ēn Simōnos, ērōtēsen auton apo tēs gēs epanagagein oligon• kathisas de ek tou ploiou edidasken tous ochlous.3 Mais étant monté vers une des barques, elle était de Simon, il invita lui à partir de la terre à mener en pleine eau un peu. Mais s’étant assis, de la barque il enseignait les foules.3 Étant monté dans une des barques, celle qui appartenait à Simon, il lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis s’étant assis, il enseignait les foules de la barque.
    4 Ὡς δὲ ἐπαύσατο λαλῶν, εἶπεν πρὸς τὸν Σίμωνα• ἐπανάγαγε εἰς τὸ βάθος καὶ χαλάσατε τὰ δίκτυα ὑμῶν εἰς ἄγραν.4 Hōs de epausato lalōn, eipen pros ton Simōna• epanagage eis to bathos kai chalasate ta diktya hymōn eis agran.4 Mais comme il cessa parlant, il dit envers le Simon : mène en pleine eau vers la profondeur et laisse aller les filets de vous pour la capture de poissons. 4 Quand il eut terminé de parler, il dit à Simon : « Éloigne-toi en eau profonde et jetez vos filets pour pêcher. »
    5 καὶ ἀποκριθεὶς Σίμων εἶπεν• ἐπιστάτα, διʼ ὅλης νυκτὸς κοπιάσαντες οὐδὲν ἐλάβομεν• ἐπὶ δὲ τῷ ῥήματί σου χαλάσω τὰ δίκτυα5 kai apokritheis Simōn eipen• epistata, di’ holēs nyktos kopiasantes ouden elabomen• epi de tō rhēmati sou chalasō ta diktya.5 Et ayant répondu Simon il dit: chef, pendant toute nuit ayant peiné rien avons pris. Mais sur la parole de toi nous laisserons descendre les filets.5 Simon lui répondit : « Maître, après avoir peiné toute la nuit, nous n’avons rien pris. Mais sur ta parole, je vais jeter les filets. »
    6 καὶ τοῦτο ποιήσαντες συνέκλεισαν πλῆθος ἰχθύων πολύ, διερρήσσετο δὲ τὰ δίκτυα αὐτῶν.6 kai touto poiēsantes synekleisan plēthos ichthyōn poly, dierrēsseto de ta diktya autōn.6 Et cela ayant fait ils enfermèrent une multitude de poissons nombreuse, mais elle brisait les filets d’eux6 Après avoir fait cela, ils saisirent une très grande quantité de poissons au point que leurs filets se déchiraient.
    7 καὶ κατένευσαν τοῖς μετόχοις ἐν τῷ ἑτέρῳ πλοίῳ τοῦ ἐλθόντας συλλαβέσθαι αὐτοῖς• καὶ ἦλθον καὶ ἔπλησαν ἀμφότερα τὰ πλοῖα ὥστε βυθίζεσθαι αὐτά.7 kai kateneusan tois metochois en tō heterō ploiō tou elthontas syllabesthai autois• kai ēlthon kai eplēsan amphotera ta ploia hōste bythizesthai auta.7 Et ils firent signe aux compagnons dans l’autre barque pour qu’étant venu ils viennent en aide à eux et ils vinrent et ils remplirent l’une et l’autre barque si bien que s’enfoncer elles.7 Ils firent alors signe à leurs compagnons dans l’autre barque de leur venir en aide. Ils vinrent et remplirent les deux barques au point qu’elles s’enfonçaient.
    8 ἰδὼν δὲ Σίμων Πέτρος προσέπεσεν τοῖς γόνασιν Ἰησοῦ λέγων• ἔξελθε ἀπʼ ἐμοῦ, ὅτι ἀνὴρ ἁμαρτωλός εἰμι, κύριε.8 idōn de Simōn Petros prosepesen tois gonasin Iēsou legōn• exelthe ap’ emou, hoti anēr hamartōlos eimi, kyrie.8 Mais voyant Simon Pierre tomba sur les genoux de Jésus disant : éloigne-toi de moi, car homme pécheur je suis, seigneur.8 Voyant cela, Simon Pierre se jeta aux genoux de Jésus en disant à Jésus : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »
    9 θάμβος γὰρ περιέσχεν αὐτὸν καὶ πάντας τοὺς σὺν αὐτῷ ἐπὶ τῇ ἄγρᾳ τῶν ἰχθύων ὧν συνέλαβον,9 thambos gar perieschen auton kai pantas tous syn autō epi tē agra tōn ichthyōn hōn synelabon,9 Car la crainte s’empara de lui et tous ceux avec lui au sujet de la pêche des poissons qu’ils capturèrent,9 La perplexité l’avait envahi, et tous ceux qui étaient avec lui, devant cette pêche de poissons qu’ils venaient de réaliser.
    10 ὁμοίως δὲ καὶ Ἰάκωβον καὶ Ἰωάννην υἱοὺς Ζεβεδαίου, οἳ ἦσαν κοινωνοὶ τῷ Σίμωνι. καὶ εἶπεν πρὸς τὸν Σίμωνα ὁ Ἰησοῦς• μὴ φοβοῦ• ἀπὸ τοῦ νῦν ἀνθρώπους ἔσῃ ζωγρῶν10 homoiōs de kai Iakōbon kai Iōannēn huious Zebedaiou, hoi ēsan koinōnoi tō Simōni. kai eipen pros ton Simōna ho Iēsous• mē phobou• apo tou nyn anthrōpous esē zōgrōn.10 mais pareillement aussi Jacques et Jean fils de Zébédée, eux étaient associés à Simon. Et il dit vers le Simon le Jésus : ne crains pas. À partir de maintenant des hommes tu seras capturant.10 Ce fut également le cas de Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon. Jésus dit alors à Simon : « Arrête d’avoir peur! Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. »
    11 καὶ καταγαγόντες τὰ πλοῖα ἐπὶ τὴν γῆν ἀφέντες πάντα ἠκολούθησαν αὐτῷ.11 kai katagagontes ta ploia epi tēn gēn aphentes panta ēkolouthēsan autō.11 Et descendant les barques sur la terre, laissant toutes choses, ils suivirent lui.Ramenant leurs barques sur la rive et abandonnant tout, ils se mirent à le suivre.

  2. Analyse verset par verset

    1 Alors que la foule pressait Jésus de toutes parts et écoutait la parole de Dieu, et que lui se tenait debout près de la mer de Génésareth,

    • L’auditoire que nous présente Luc est avide d’entendre la parole de Dieu au point qu’elle presse Jésus. Pourtant, le comportement de la foule semble surtout dû au fait qu’il commande avec autorité et puissance aux esprits impurs et qu’ils sortent, ce qui les amènent à dire : « Quelle est cette parole? » (Voir Lc 4, 36). Ainsi, il ne faut pas situer cette parole de Dieu dans le monde théologique, mais dans le monde d’une action efficace qui libère les gens. Dans ce contexte, on peut imaginer l’espoir des gens et leur recherche de Jésus.

    2 il arriva qu’il vit deux barques qui se tenaient près de la mer et dont les pêcheurs, qui en étaient descendus, lavaient leurs filets.

    • En soi, cette scène est tout à fait vraisemblable sur la rive du lac de Galilée qui portait aussi le nom de Génésareth (ville sur la rive nord-ouest) ou Kinnereth (i.e. harpe, la forme du lac) ou Tibériade (ville sur la rive ouest). Ce lac a une longueur nord-sud de 21 km, et est large de 12 km, avec une profondeur de 42 à 48 m. En raison de ses dimensions, les évangiles parlent de mer. L’activité principale était la pêche puisque ce lac est poissonneux. Luc mentionne qu’il y avait deux barques et les pêcheurs lavaient leur filet. La façon dont Luc raconte ce récit nous donne l’impression d’être devant un événement historique; car pourquoi parler de deux barques, et non d’une seule? De plus, laver les filets faisait partie de l’activité habituelle des pêcheurs de retour de leur pêche.

    3 Étant monté dans une des barques, celle qui appartenait à Simon, il lui demanda de s’éloigner un peu du rivage. Puis s’étant assis, il enseignait les foules de la barque.

    • Pourquoi Jésus demande-t-il de s’éloigner de la rive et de monter dans une barque pour poursuivre sa prédication? On voit mal pourquoi Luc aurait inventé ce fait pour des raisons catéchétiques. Par contre, on peut comprendre la décision de Jésus pour des raisons logistiques. Enfin, nous savons que le nom de naissance de Pierre était Simon, et que c’est Jésus qui lui a donné le surnom de Pierre, si bien que Luc n’utilisera que le nom Pierre après la formation des Douze (voir Lc 6, 12-16); l’utilisation du nom Simon contribue à appuyer le caractère historique de la scène.

    4 Quand il eut terminé de parler, il dit à Simon : « Éloigne-toi en eau profonde et jetez vos filets pour pêcher. »

    • Quand on fréquente régulièrement les évangiles, on sait qu’une action qui suit une prédication vise à appuyer la prédication. Dans notre récit, il est donc normal de s’attendre à quelque chose qui va illustrer la prédication de Jésus. D’ailleurs, la demande de Jésus d’aller en eau profonde pour pêcher a quelque chose d’artificiel : pourquoi Jésus serait-il soudainement intéressé par la pêche? Aurait-il un urgent besoin de manger du poisson. On sent très bien la touche éditoriale de Luc.

    5 Simon lui répondit : « Maître, après avoir peiné toute la nuit, nous n’avons rien pris. Mais sur ta parole, je vais jeter les filets. »

    • La structure habituelle d’un récit de miracle est quelque peu bousculée ici. Car dans un récit de miracle on a habituellement cinq moments, i.e. 1) la description d’un problème, une maladie par exemple, 2) puis la demande d’aide ou de guérison, et 3) suivie habituellement d’une parole ou d’un geste de Jésus et 4) des résultats de cette parole ou action, et 5) le récit se termine avec la réaction de l’auditoire. Ici, avant même la description d’un problème ou une demande quelconque d’aide, Jésus prend l’initiative et demande de jeter les filets. Ce n’est que par la suite qu’on apprend le problème : la pêche de nuit a été infructueuse. Quant à une demande d’aide, elle est inexistante : jamais Simon demande à Jésus d’intervenir.

    • Il est clair que nous sommes devant une mise en scène. Le fait que la nuit précédente la pêche ait été infructueuse mettra en relief le succès de la pêche du jour. La réponse de Pierre est clairement un geste typique de foi : « Sur ta parole, je vais faire ce que tu me demandes même si je ne le comprends pas. »

    6 Après avoir fait cela, ils saisirent une très grande quantité de poissons au point que leurs filets se déchiraient.

    • Voici le 4e moment d’un récit de miracle, les résultats de l’invitation de Jésus : une pêche surabondante qui suit une pêche infructueuse. On comprend très bien que la mention des filets sur le point de se rompre cherche moins à donner des détails visuels de ce qui se passe, qu’à appuyer l’affirmation qu’il s’agit d’une pêche extraordinaire.

    • Il est inutile de cherche des explications rationnelles. Bien sûr, une pêche extraordinaire peut toujours suivre une nuit infructueuse. Mais nous sommes devant un récit de Luc, et l’intention de Luc est clairement de créer un lien entre cette pêche formidable et la prédication de Jésus : il n’est certainement pas intéressé à jouer au journaliste et à présenter une scène de pêche en Galilée en l’an 27 de l’ère chrétienne. Tout d’abord, il n’était pas présent, et deuxièmement, comme il le dit dans l’introduction à son évangile, il écrit un récit catéchétique. Ce que Luc dit est ceci : cette scène de pêche merveilleuse est l’illustration du succès de la prédication de Jésus (Pour une étude sur la question de l’historicité de ce récit, voir Meier).

    7 Ils firent alors signe à leurs compagnons dans l’autre barque de leur venir en aide. Ils vinrent et remplirent les deux barques au point qu’elles s’enfonçaient.

    • De manière indirecte, ce verset affirme que c’est seulement le groupe avec Jésus qui réussit ce coup de filet, et non pas l’ensemble des compagnons; car on invite ces autres compagnons à venir aider ceux qui sont dans la barque avec Jésus.

    • La mention que la barque s’enfonçait, typique des contes où les traits sont exagérés, veut simplement insister le caractère extraordinaire de la pêche.

    8 Voyant cela, Simon Pierre se jette aux genoux de Jésus en disant : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

    • Nous voici à la 5e et dernière étape d’un récit de miracle : la réaction de l’auditoire. Ici, l’auditoire est personnifié par Simon. Tout ce que Simon fait et dit se situe dans le monde de la foi : a) tout d’abord le fait d’utiliser le terme « Seigneur » pour désigner Jésus, terme qui fera partie du vocabulaire des premiers chrétiens; b) le geste de se jeter à genoux qui se justifie devant un être supérieur ou devant la divinité et exprime une forme de vénération ou de piété; c) enfin, on ne peut se reconnaître pécheur que devant Dieu, et le fait de se reconnaître pécheur entend exprimer la distance infinie qui existe entre l’homme et Dieu. Bref, Simon exprime le sens que Luc veut donner à son récit : nous ne sommes pas devant un pur hasard, mais devant une action de ce mystère infini qu’est Dieu et dont Jésus est le porte-parole.

    9 La perplexité l’avait envahi, et tous ceux qui étaient avec lui, devant cette pêche de poissons qu’ils venaient de réaliser.

    • J’ai traduit par perplexité ce que certaines bibles traduisent par frayeur ou stupeur. Il est difficile de trouver le terme juste. Car rares sont les individus qui peuvent témoigner d’une telle expérience. Il s’agirait de l’expérience d’être devant une force qui nous dépasse, devant un événement inhabituelle qui échappe à notre contrôle et à notre compréhension. La Bible parle parfois de crainte religieuse dans un contexte d’un Dieu tout-puissant qui peut faire trembler les colonnes de la terre. Dans un contexte moderne où l’accent est mis sur la recherche de sens, je trouve approprié d’utiliser le mot perplexité pour décrire ce sentiment d’être devant un événement qui échappe à notre compréhension des choses et pointe vers le mystère.

    • Pour Luc, la réaction de l’auditoire est sa façon d’exprimer cette rencontre de l’homme avec le mystère divin. Il ne s’agit pas d’une réalité familière, car non seulement elle n’est pas habituelle, mais elle confronte deux réalités totalement différentes. Nous avons peut-être ici un critère pour juger de l’authenticité d’une expérience religieuse : une expérience authentiquement religieuse bouleverse nos schèmes et nos préconceptions, d’où le sentiment de perplexité, et nous ouvre à des dimensions nouvelles et plus grandes.

    10 Ce fut également le cas de Jacques et Jean, fils de Zébédée, qui étaient les compagnons de Simon. Jésus dit alors à Simon : « Arrête d’avoir peur! Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. »

    • Parmi les compagnons de Simon, Jésus identifie deux des fils de Zébédée, Jacques et Jean. C’est la première fois qu’il les nomme dans son évangile. On voit maintenant son intention : faire de ce récit un appel à devenir disciple, et plus particulièrement à constituer le groupe des intimes appelé : les Douze. Son récit se distingue de ceux de Marc et Matthieu où il n’y a pas de pêche miraculeuse, mais simplement un appel de Jésus sur le bord du lac adressé d’abord à Pierre et André, son frère, puis ensuite à Jacques et Jean, les fils de Zébédée. Étrangement, Luc ignore André dans cet appel à être disciple et son nom n’apparaît que dans la liste générale des Douze au chap. 6. L’ordre dans l’évangile de Jean est aussi différent, puisque c’est d’abord André qui découvre Jésus et l’annonce à son frère Pierre, tandis que Jacques et Jean sont totalement absents, et une référence aux fils de Zébédée sans les nommer n’apparaît que dans ce qui est considéré comme un appendice à l’évangile, au chapitre 21. Que conclure de tout cela? Les évangiles ne sont pas des journalistes ou des historiens qui cherchent le plus d’exactitude possible. Ils font œuvre catéchétique. Il ne fait pas de doute sur le plan historique que Jésus s’est choisi douze disciples intimes qu’il a appelés à le suivre. Mais ici Luc ne s’intéresse qu’à Simon, Jacques et Jean, c'est qu'ils seront par la suite considérés comme les colonnes de l’église primitive; Luc a déjà en tête leur rôle qu’il décrira dans ses Actes des Apôtres, comme Jacques qui mourra martyr, comme Pierre et Jean toujours ensemble pour prêcher avec assurance et imposer les mains. Bref, pour bien interpréter ce récit, il faut se placer après Pâques, dans un contexte de communauté chrétienne.

    • « Arrête d’avoir peur! », dit Jésus. C’est une autre façon de dire : « Aie la foi ». Car peur et foi sont antithétiques : quelqu’un qui a peur, manque de confiance, et donc manque de foi. Faire confiance à la vie, c’est arrêter d’avoir peur. Pour Jésus, la mission qu’il s’apprête à confier aux disciples présuppose l’élimination de la peur et une grand foi qu’elle va réussir.

    • La parole finale de Jésus éclaire tout le récit : la pêche illustre symboliquement la mission que Jésus confie à Pierre et aux disciples, et cette mission sera fructueuse comme le fut cette sortie de pêche. Il ne faut évidemment pas trop presser l’image utilisée : les gens qui accueilleront la prédication des Douze ne seront pas « des poissons » qui se sont fait avoir. L’accent est plus sur une activité qui donne des résultats merveilleux, comme on utilisera ailleurs l’image d’une semence ou d’un arbre qui porte des fruits. Comme le contenu de la prédication de Jésus est une bonne nouvelle qui donne espoir et remet les gens debout, alors le récit annonce cette masse humaine qui trouvera dans cette prédication une guérison.

    11 Ramenant leurs barques sur la rive et abandonnant tout, ils se mirent à le suivre.

    • Luc donne ici une caractéristique du disciple qui fera partie du groupe intime des Douze : il devra laisser son métier et suivre physiquement Jésus sur la route. Malheureusement, nous savons très peu de chose sur les individus qui ont constitués le groupe des Douze. Mais ce que nous savons sur Simon, Jacques et Jean confirme qu’ils ont suivi physiquement Jésus sur les routes de Palestine, et après Pâques ils se retrouveront à Jérusalem, loin de leur Galilée natale, pour porter courageusement leur témoignage. Jésus ne peut pas seulement être un ami de passage, mais quelqu’un qui saisit tout l’être et pour toute la vie.

  3. Analyse de la structure du récit

    Introduction : contexte

    v.1 Nous sommes sur le bord du lac de Génésareth où Jésus prêche et où la foule se presse contre lui

    Partie 1 : Prédication de Jésus à partir d’une barque de pêcheurs

    Jésus prend l’initiative de changer son lieu de prédication en utilisant l’aide de pêcheurs
    v.2 Jésus voit deux barques sur la rive
    v.3 Jésus demande à Simon de s’éloigner pour pouvoir enseigner à partir d’une barque

    Partie 2 : Pêche extraordinaire et appel à devenir pêcheur d’hommes

    1. Demande de Jésus à Simon d’aller pêcher
      v.4 Jésus demande de s’éloigner en eau profonde pour jeter les filets.

    2. Objection humaine de Simon
      v.5a La pêche précédente a été infructueuse

    3. Attitude de foi de Simon
      v.5b Simon obéit à Jésus même si cela contredit son expérience

    4. Le résultat de l’action des pêcheurs est extraordinaire
      v.6 Les filets sont pleins au point de se déchirer
      v.7 Les pêcheurs doivent collaborer pour rapporter tout le poisson

    5. Réaction des pêcheurs
      v.8 Simon découvre l’œuvre de Dieu et se reconnaît indigne
      v.9-10a Les autres pêcheurs sont perplexes, en particulier Jacques et Jean

    6. Appel de Jésus
      v.10b Simon est appelé à pêcher des hommes

    7. Réponse de quelques pêcheurs
      v.11 Simon, Jacques et Jean abandonnent tout pour suivre Jésus

    La structure du récit dévoile ceci :

    • Il y a clairement deux parties dans le récit :
      1. Une prédication très fructueuse de Jésus au point où il doit trouver un nouveau lieu pour enseigner, i.e. l’une des barques de pêcheurs

      2. Une pêche extraordinaire et inattendue de Simon et de ses compagnons, signe de l’action missionnaire qui les attend

    • Les deux parties sont très liées : d’une part, la prédication fructueuse de Jésus donne un sens symbolique au récit de pêche qui suit, i.e. il s’agit moins de poissons à ramasser que d’êtres humains; et d’autre part, la pêche miraculeuse illustre la force de la prédication de Jésus, qui deviendra par la suite une prédication sur Jésus.

    • Deux genres littéraires se retrouvent partiellement combinés :
      1. Un récit de miracle dont on reconnaît une partie de la structure, sauf la demande exprimée par quelqu’un qui a un problème : attitude de foi, parole de Jésus, confirmation d’un résultat extraordinaire et réaction de l’auditoire.

      2. Un récit d’appel à être disciple : appel de Jésus, réponse des gens qui laissent tout pour le suivre

  4. Analyse du contexte

    1. Début de l’activité missionnaire de Jésus en Galilée (4, 1-44)

      • Après avoir été baptisé, Jésus subit les tentations du diable pendant 40 jours avant que ce dernier ne se retire (4, 1-13)
      • Il se met à enseigner dans les synagogues de Galilée et sa réputation se répand (4, 14-15)
      • Jésus enseigne à la synagogue de Nazareth un jour de sabbat et annonce que c’est maintenant que se réalise la bonne nouvelle d’Isaïe (4, 16-21)
      • Réactions mitigées et même hostiles de l’auditoire (4, 22-30)
      • Jésus enseigne à la synagogue de Capharnaüm le jour du sabbat et chasse le démon d’un homme, stupéfiant les gens par l’autorité de sa parole (4, 31-37)
      • Le même jour, Jésus se rend chez Simon et guérit sa belle-mère (4, 38-39)
      • Au coucher du soleil Jésus guérit beaucoup de malade et expulse les démons, tout en les empêchant de dévoiler qu’il est le messie (4, 40-41)
      • Le lendemain matin, Jésus refuse qu’on le retienne, car il doit annoncer la bonne nouvelle du Règne de Dieu aux autres villes, et part ainsi prêcher dans les synagogues de Judée (4, 42-44)

    2. L’appel des disciples, formation des Douze et justification par Jésus de ses gestes (5, 1 – 6, 16)

      • Serré par la foule, Jésus s’éloigne pour prêcher, puis invite Simon et ses compagnons, dont Jacques et Jean, à une pêche extraordinaire, suscitant la stupéfaction et la foi, au point que ceux-ci décident de le suivre (5, 1-11)
      • Jésus guérit un lépreux et les gens parlent de plus en plus de lui, mais lui se retire au désert pour prier (5, 12-16)
      • Jésus guérit un homme paralysé en lui pardonnant ses péchés, ce qui suscite des réactions controversées, allant de la stupéfaction à des accusations de blasphème (5, 17-26)
      • Jésus invite Lévi, un percepteur d’impôt, à le suivre et celui-ci obéit (5, 27-28)
      • Jésus doit se justifier auprès des pharisiens et scribes scandalisés devant son geste d’accepter de manger chez Lévi avec les percepteurs d’impôt, en disant que ce sont justement les malades qui ont besoin de médecin (5, 29-32)
      • Jésus doit justifier le fait que ses disciples boivent et mangent et ne jeûnent pas comme bien d’autres groupes, en disant que c’est actuellement une période de noces (5, 33-35)
      • Jésus justifie également son attitude en se présentant comme un nouveau vêtement ou un vin nouveau, impossible à harmoniser avec ce qui est ancien (5, 36-38)
      • Jésus doit justifier devant les Pharisiens le geste de ses disciples d’enfreindre le sabbat alors qu’ils arrachent et mangent des épis, en disant que David et l’être humain nouveau sont maîtres de la loi, et non esclaves (6, 1-5)
      • Jésus finalise sa liste des douze apôtres après avoir passé la nuit à prier dans la montagne (6, 12-16)

    L’analyse du contexte nous permet un certain nombre de considérations.

    • Le récit de la pêche miraculeuse amorce une section où Jésus choisit ses disciples et qui se terminera avec la sélection des douze apôtres. Dans notre récit, il en choisit d’abord trois : Simon, Jacques et Jean.

    • Dans la section précédente, après avoir surmonté l’obstacle du diable, Jésus commence sa mission d’enseignement, un enseignement plein d’autorité au point de guérir et libérer les gens, ce qui provoque des réactions mitigées.

    • Le récit de la pêche miraculeuse joue donc un peu le rôle de pivot entre les deux sections : d’une part, elle reprend l’action missionnaire de Jésus de la première section, qui est d’enseigner avec autorité, au point de rejoindre de grandes foules symbolisées par l’immense quantité de poissons; d’autre part, parmi les gens qui écoutent dans la foi il y a ceux qui acceptent de devenir ses disciples, dont les premiers sont Simon, Jacques et Jean.

    • La deuxième section révèle un autre aspect de l’enseignement de Jésus, sa nouveauté, ce qui provoque des controverses avec les Pharisiens en particuliers. La pêche miraculeuse l’avait un peu annoncé puisqu’elle avait eu lieu de jour, et non pas la nuit, et avait provoqué des résultats inédits. Et par la suite, Jésus doit constamment justifier cette nouveauté (liberté par rapport au rituel du pardon, liberté par rapport au jeûne, aux lois juives et aux gens impurs), ce qui annonce les conflits à venir, et d’une certaine façon, son procès et sa mort. Alors le fait même de se choisir des disciples prépare « l’après Jésus ».

    • L’opposition à Jésus qu’on rencontre dans la première section (Et ils disaient: "N'est-il pas le fils de Joseph, celui-là?" 4, 22) s’accentuera dans la deuxième section :
      • Les scribes et les Pharisiens se mirent à penser: "Qui est-il celui-là, qui profère des blasphèmes? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul?" (5,20);
      • Les Pharisiens et leurs scribes murmuraient et disaient à ses disciples: "Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs?" (5,30);
      • Les disciples de Jean jeûnent fréquemment et font des prières, ceux des Pharisiens pareillement, et les tiens mangent et boivent!" (5, 33);
      • Mais quelques Pharisiens dirent: "Pourquoi faites-vous ce qui n'est pas permis le jour du sabbat?" (6, 2)
      • Mais eux (les scribes et les Pharisiens) furent remplis de rage, et ils se concertaient sur ce qu'ils pourraient bien faire à Jésus (qui venait de guérir un jour de sabbat (6, 11)
      Ce contexte met en relief la foi des disciples comme Simon, Jacques et Jean qui, contrairement aux scribes et aux Pharisiens, s’ouvrent à ce mystère de nouveauté et s’attachent à Jésus.

  5. Analyse des parallèles (à partir de la traduction de la Bible de Jérusalem)

    En souligné les bouts de phrase identiques et en italique les bouts différents.

    La seule autre scène semblable à cette pêche miraculeuse se trouve chez Jean ch. 21, cet appendice à l’évangile de Jean où la scène se passe après Pâques.

    Luc 5, 1-11 Jean 21, 1-19
    1 Or il advint, comme la foule le serrait de près et écoutait la parole de Dieu, tandis que lui se tenait sur le bord du lac de Gennésaret,
    2 qu'il vit deux petites barques arrêtées sur le bord du lac; les pêcheurs en étaient descendus et lavaient leurs filets.
    3 Il monta dans l'une des barques, qui était à
    Simon, et pria celui-ci de s'éloigner un peu de la terre; puis, s'étant assis, de la barque il enseignait les foules.
    4 Quand il eut cessé de parler, il dit à Simon: "Avance en eau profonde, et lâchez vos
    filets pour la pêche."
    5 Simon répondit: "Maître, nous avons peiné toute une
    nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets."
     
    6 Et l'ayant fait, ils capturèrent une grande multitude de
    poissons, et leurs filets se rompaient.
    7 Ils firent signe alors à leurs associés qui étaient dans l'autre barque de venir à leur aide. Ils vinrent, et l'on remplit les deux barques, au point qu'elles enfonçaient.
     
    8 A cette vue,
    Simon-Pierre se jeta aux genoux de Jésus, en disant: "Eloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur!"
    9 La frayeur en effet l'avait envahi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause du coup de filet qu'ils venaient de faire;
    10 pareillement Jacques et Jean,
    fils de Zébédée, les compagnons de Simon.
























    Mais Jésus dit à Simon: "Sois sans crainte; désormais ce sont des hommes que tu prendras."
    11 Et ramenant les barques à terre, laissant tout, ils le
    suivirent.
    1 Après cela, Jésus se manifesta de nouveau aux disciples sur le bord de la mer de Tibériade. Il se manifesta ainsi.
    2
    Simon-Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres de ses disciples se trouvaient ensemble. 3 Simon-Pierre leur dit: "Je m'en vais pêcher." Ils lui dirent: "Nous venons nous aussi avec toi." Ils sortirent, montèrent dans le bateau et, cette nuit-là, ils ne prirent rien. 4 Or, le matin déjà venu, Jésus se tint sur le rivage; pourtant les disciples ne savaient pas que c'était Jésus. 5 Jésus leur dit: "Les enfants, vous n'avez pas du poisson?" Ils lui répondirent: "Non!" 6 Il leur dit: "Jetez le filet à droite du bateau et vous trouverez."
     
    Ils le jetèrent donc et ils n'avaient plus la force de le tirer, tant il était plein de
    poissons. 7 Le disciple que Jésus aimait dit alors à Pierre: "C'est le Seigneur!"



    A ces mots: "C'est le Seigneur!"
    Simon-Pierre mit son vêtement - car il était nu - et il se jeta à l'eau. 8 Les autres disciples, qui n'étaient pas loin de la terre, mais à environ 200 coudées, vinrent avec la barque, traînant le filet de poissons. 9 Une fois descendus à terre, ils aperçoivent, disposé là, un feu de braise, avec du poisson dessus, et du pain. 10 Jésus leur dit: "Apportez de ces poissons que vous venez de prendre." 11 Alors Simon-Pierre monta dans le bateau et tira à terre le filet, plein de gros poissons: 153; et quoiqu'il y en eût tant, le filet ne se déchira pas. 12 Jésus leur dit: "Venez déjeuner." Aucun des disciples n'osait lui demander: "Qui es-tu?" Sachant que c'était le Seigneur. 13 Jésus vient, il prend le pain et il le leur donne; et de même le poisson. 14 Ce fut là la troisième fois que Jésus se manifesta aux disciples, une fois ressuscité d'entre les morts. 15 Quand ils eurent déjeuné, Jésus dit à Simon-Pierre: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci?" Il lui répondit: "Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes agneaux." 16 Il lui dit à nouveau, une deuxième fois: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu" - "Oui, Seigneur, lui dit-il, tu sais que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis." 17 Il lui dit pour la troisième fois: "Simon, fils de Jean, m'aimes-tu?" Pierre fut peiné de ce qu'il lui eût dit pour la troisième fois: "M'aimes-tu", et il lui dit: "Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t'aime." Jésus lui dit: "Pais mes brebis. 18 En vérité, en vérité, je te le dis, quand tu étais jeune, tu mettais toi-même ta ceinture, et tu allais où tu voulais; quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un autre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas."
    19 Il signifiait, en parlant ainsi, le genre de mort par lequel Pierre devait glorifier Dieu. Ayant dit cela, il lui dit:
    "Suis-moi."

     

    • Luc et Jean présentent donc deux récits semblables. On peut se poser la question : ces deux récits empruntent-ils à un même récit de base? La réponse est oui en raison du nombre d'éléments communs (voir Meier) :

      1. Un groupe de pêcheurs conduit par Pierre ont passé la nuit sans rien prendre
      2. Avec une connaissance surnaturelle, Jésus les invite à étendre de nouveau leurs filets
      3. Pierre et ses associés obéissent, et remontent une énorme quantité de poissons
      4. L’impact sur le filet qui pourrait se briser est mentionné
      5. Pierre est le seul à réagir vivement
      6. Le narrateur nomme Jésus par son nom, tandis que Pierre seul dit : Seigneur
      7. Les autres disciples restent silencieux
      8. Jésus invite Pierre à le suivre
      9. La symbolique du récit est claire et est lié à l’action missionnaire : sans Jésus, Pierre et les autres disciples ne peuvent rien réussir, mais avec Jésus ils connaîtront beaucoup de succès
      10. Les récits de Luc et Jean contiennent beaucoup de mots communs : embarquer, débarquer, suivre, filet, poisson, barque, nuit, fils de Zébédée.
      11. Lorsque Pierre réagit à la pêche miraculeuse, il est appelé : Simon Pierre. Cela est d’autant plus remarque que c’est l’unique mention chez Luc.

      Bref, nous avons deux versions différentes du même récit.

    • Tout cela pose un problème. Car la scène chez Jean se passe après Pâques, alors qu’elle se passe au début du ministère de Jésus chez Luc. Lequel a raison, lequel est plus près du récit originel? Ici, il faut donner raison à l’évangile selon Jean pour les raisons suivantes :

      1. Dans l’ensemble des évangiles, on note une tendance à rétro projeter dans le ministère de Jésus des situations des premières communautés chrétiennes, comme celle de proclamer « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant » (Mt 16, 16) qui présuppose l’expérience de Pâques, ou encore des affirmations « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les Portes de l'Hadès ne tiendront pas contre elle. » (Mt 16, 18) ou « Que s'il refuse de les écouter, dis-le à la communauté. Et s'il refuse d'écouter même la communauté, qu'il soit pour toi comme le païen et le publicain » (Mt 18, 17) qui présupposent l’existence de communautés chrétiennes. En faisant cela, les évangélistes cherchaient à justifier et légitimer l’enseignement, le culte et la mission de l’Église afin qu’ils soient perçus en continuité avec le Jésus historique. À l’inverse, nous n’avons aucun exemple où on aurait projeté après Pâques une scène du ministère de Jésus. Bref, tout milite pour dire que cette pêche miraculeuse est une scène postpascale, comme l’affirme Jean, rétro projetée par Luc dans le ministère de Jésus.

      2. D’une certaine façon, la version de Jean nous aide à comprendre un élément étrange du récit de Luc : pourquoi Simon se dit-il pécheur en voyant cette pêche miraculeuse? Chez Jean, Jésus demande trois fois à Pierre s’il l’aime, pour faire écho à ses trois reniements. Dès lors, on peut comprendre le fait que Pierre se reconnaisse pécheur à la suite de ses trois reniements lorsqu'il se trouve devant Jésus ressuscité opérant des merveilles chez Luc.

      3. On pourrait se demander : mais pourquoi Luc n’a-t-il pas fait comme Jean et inséré cette scène après Pâques? On peut imaginer que Luc, en optant pour bloquer toutes les scènes sur Jésus ressuscité le jour même de Pâques et centrées à Jérusalem (voir l’unité de temps et de lieu du théâtre grec), ne pouvait plus présenter de scène de pêche en Galilée qui, forcément, aurait eu lieu quelques jours plus tard. De plus, comme nous l’avons vu en analysant le contexte, cette scène lui sert bien d’amorce de l’appel des disciples au début du ministère de Jésus.

      4. Enfin, le récit de la pêche miraculeuse porte les traits caractéristiques d’une situation après Pâques :
        • Jésus y apparaît comme le Seigneur exalté
        • Le titre de Simon Pierre fait référence à son rôle dans l’Église
        • Jésus prêche à distance de la foule pour exprimer la majesté du Seigneur au milieu de sa communauté
        • Pierre utilise le mot Seigneur quand il s’adresse à Jésus.

  6. Intention de l’auteur en écrivant ce passage

    • Luc avait donc entre les mains un récit où Pierre est retourné à son métier de pêcheur après la mort de Jésus, mais connaît mystérieusement un jour une pêche extraordinaire après une nuit infructueuse, ce qui ouvre la porte à l’expérience de Jésus ressuscité et l’amène à reprendre la route de la mission. De fait, dans la mesure où on peut reconstituer la suite des événements, il semblerait qu’à la suite de la mort de Jésus, le groupe immédiat des disciples soit retourné en Galilée pour reprendre leur travail et leur vie quotidienne. Sans qu’on puisse situer cet événement dans le temps et avoir quelque détail que ce soit, il semblerait que Pierre aurait été le premier à faire l’expérience de Jésus ressuscité. De cela, les plus anciens témoignages chrétiens en font écho (notons le nom pré-communauté chrétienne de Pierre) : "C'est bien vrai! le Seigneur est ressuscité et il est apparu à Simon!" (Lc 24, 34); "qu'il (le Christ) est apparu (d’abord) à Céphas, puis aux Douze" (1 C 15, 5). Ce récit avait une grande valeur, car il justifiait le rôle fondamental de Pierre et la place de la mission dans l’Église.

    • Comme Luc avait fait le choix littéraire de tout bloquer les récits liés à la résurrection de Jésus à Jérusalem et le jour même de Pâques, il lui fallait trouver un autre moment pour insérer ce récit qui se passe en Galilée. On peut alors comprendre qu’il l’insère au début du ministère de Jésus en Galilée, ce qui résout le problème de la géographie. De plus, en l’insérant tôt dans le ministère de Jésus, cela lui permet d’amorcer la séquence des appels à le suivre, en commençant par Simon-Pierre.

    • En reprenant et modifiant le récit originale comme il le fait, Luc lui donne une couleur théologique qui lui est propre. Tout d’abord, Luc donne une place centrale à la parole de Dieu, à l’annonce joyeuse de la bonne nouvelle telle que prophétisée par le prophète Isaïe (voir Lc 4, 17-21 : les captifs sont délivrés, les aveugles voient, les opprimés sont libérés, tous vivent une année de grâce). C’est là un des fils conducteurs de son évangile (par exemple, voir la place donnée à Marie qui est à l’écoute de la Parole par rapport à Marthe (Lc 10, 38-42) et dans les Actes (par exemple, les Apôtres nomment des diacres pour ne pas délaisser la Parole (Ac 6, 2-3). Aussi, notre récit commence avec Jésus qui prêche à la foule la parole de Dieu (v.1), et cette prédication se poursuit dans la barque de Pierre (v.3), une allusion à peine voilée à la prédication de l’Église. Par la suite, la quantité de poissons ramassés par Pierre renvoie clairement aux résultats de cette prédication, puisque Jésus associera ces poissons aux hommes que Pierre réussira à rejoindre.

    • De plus, comme nous l’avons déjà dit, Luc utilise ce récit pour en faire le premier appel de Jésus pour que des gens deviennent des disciples. Mais il le fait de manière différente de Marc (et par ricochet de Matthieu). Chez Marc, l’appel se passe comme ceci : Jésus vit Simon et André, le frère de Simon, qui jetaient l'épervier dans la mer; car c'étaient des pêcheurs. Et il leur dit: "Venez à ma suite et je vous ferai devenir pêcheurs d'hommes." (Mc 1, 16-17). Il s’agit donc d’un appel direct de Jésus, sans introduction. Pour Luc, l’appel adressé à Simon se produit après avoir fait l’expérience du mystère de Pâque, de la force de Jésus ressuscité en quelque sorte, à travers l’abondance de poissons. Cela rejoint sa définition de l’apôtre qui devient un témoin de Jésus ressuscité, l’ayant rencontré dans une expérience unique.

    • Enfin, Luc met dans la bouche de Pierre une expression caractéristique d’un pur acte de foi : "Maître, nous avons peiné toute une nuit sans rien prendre, mais sur ta parole je vais lâcher les filets." « Sur ta parole » ne se retrouve pas dans la version de Jean du récit. Mais c’est la façon de Luc de reprendre la même idée qu’on trouve chez Jean quand tous les disciples veulent quitter Jésus et que Simon-Pierre lui dit : "Seigneur, à qui irons-nous? Tu as les paroles de la vie éternelle." (Jean 6, 68) Dans le récit de Luc, cet acte de foi est le pivot du récit qui permet la suite des événements, la pêche miraculeuse et la réponse à l’appel de Jésus.

    • Luc s’adresse à des chrétiens vers les années 80 ou 85, alors que les piliers qu’étaient Pierre, Paul ou Jacques sont déjà morts, mais que les communautés chrétiennes continuent à se répandre un peu partout dans l’empire romain. Au début de son évangile adressé à Théophile (= ami de Dieu), soit un chrétien connu, soit un nom fictif représentatif de tous les chrétiens, Luc explique qu’il a écrit cet évangile « pour que tu te rendes bien compte de la sûreté des enseignements que tu as reçus. » Il vise donc des chrétiens convaincus dont il veut affermir la foi par une catéchèse solide. Que dit-il donc à Théophile avec ce récit de la pêche miraculeuse? Si tu es croyant aujourd’hui, c’est en raison de la fécondité extraordinaire de la prédication chrétienne, à l’image de cette pêche miraculeuse, une prédication commencée avec Jésus par laquelle des gens se sentent guéris et libérés, une prédication poursuivie par des disciples que Jésus s’est choisis, dont Simon Pierre, un pilier de la communauté parce que, même s’il a été un homme pécheur qui a renié Jésus, il a posé ce geste de foi de mettre toute sa confiance en lui malgré l’opposition autour de lui, et a accepté de le suivre. À toi de prendre maintenant la relève, si tu moins tu es prêt à montrer la même foi et à croire que Jésus ressuscité agira à travers toi.

    • Quand on analyse ce que veut dire un auteur, je trouve important d’expliciter également l’opposé, ce que le texte ne veut pas dire. Cela évite les contresens ou les dérives. Tout d’abord, Luc n’entend pas nous impressionner avec un nouveau tour de magie de Jésus. Si c’était le cas, nous ne nous retrouverions sans catéchèse : car que peut-on dire devant un tour de magie, sinon : « Ah! Ce qu’il est bon, lui! » Ensuite, Luc n’entend pas jouer au journaliste d’un journal local en décrivant le plus minutieusement possible tous les faits survenus au bord du lac un jour particulier de la semaine. Il n’est pas au niveau des faits, mais au niveau du sens des choses et de la vie. D’ailleurs, comme nous l’avons vu plus haut, le récit originel qu’il reprend se situe dans un contexte postpascal, alors que Jésus n’est plus de ce monde.

  7. Situations ou événements actuels dans lesquels on pourrait lire ce texte

    Notre récit comprend plusieurs images qui se prêtent à une interprétation symbolique et peuvent être évocatrices de situations actuelles.

    1. La pêche et les filets qui débordent de poissons

      • Pour des parents ou des grands parents, ce sont leurs enfants ou leurs petits enfants qui réussissent de manière surprenante à faire leur chemin dans la vie et à s’épanouir.
      • Pour des éducateurs, ce sont tous ces gens auxquels ils ont consacré d’innombrables heures et le résultat de leur travail les surprend
      • Dans le monde du travail, l’attitude de superviseurs ou gestionnaires qui vivent des valeurs profondément humaines et investissent dans leur personnel, se retrouvent avec des résultats incroyables.
      • Comment voir autrement les résultats du travail d’un Nelson Mandela qui, après 27 ans en prison, réussit sans coup de fusils à faire tomber le régime de l’apartheid?
      • Deux milles ans après la mort de Jésus, on retrouve ses disciples partout dans le monde, animés par la même passion pour la même bonne nouvelle

    2. Jésus enseigne de la barque

      • Ce qui caractérise notre humanité, c’est sa capacité de parler et de transmettre les leçons péniblement apprises. Il est vital pour des parents de parler à leurs enfants, pour des éducateurs de parler à leurs élèves, pour des hommes politiques de parler à leurs électeurs. Il n’est par surprenant que Luc nous présente Jésus comme un maître qui enseigne constamment.

      • Le message que nous transmettons par notre parole est à double tranchant : elle peut libérer comme elle peut détruire ou emprisonner. Quand on enseigne aux gens à réfléchir par eux-mêmes, à trouver des solutions à leurs problèmes, à avoir confiance en eux, à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes, à ne pas avoir peur de l’avenir ou de l’inconnu, on sait qu’on les libère. Quand on utilise la peur, les menaces, l’autorité, la force ou la violence, comme font certaines sectes, on détruit les personnes, on en fait des esclaves.

      • Jésus a enseigné dans les synagogues, puis dans notre récit sur la rive du lac, et ensuite dans une barque. Notre façon d’enseigner aujourd’hui utilise divers media : les rencontres personnelles, la salle de classe, l’imprimé, la radio, la télévision, l’Internet. Selon les circonstances, nous devons changer nos méthodes. L’important est de s’adapter à chaque fois aux circonstances pour mieux rejoindre les gens.

    3. La foule presse Jésus de toutes parts

      • Les gens perçoivent bien si ce qu’on leur dit est pertinent. Quand on offre ce qui comble vraiment le besoin des gens, ceux-ci se mettre à notre recherche, nous collent les talons et en redemandent encore. Savons-nous repérer ces besoins? Savons-nous les combler? Quand des gens ne veulent plus rien savoir de l’Église, est-ce simplement parce que leur foi s’est refroidie, ou bien n’envoient-ils pas plutôt un message sur la pertinence de ce qu’elle enseigne?

      • L’enseignement de Jésus a reçu des réactions mitigées : alors que certains le collaient et voulaient qu’il demeure avec eux, d’autres ont été choqués au point de le rejeter. Peut-on transposer aujourd’hui ces deux attitudes? Dans quelles circonstances? Prenons d’abord ceux qui se pressaient contre lui : ils avaient besoin de guérison, ils avaient besoin d’être libérés, ils avaient besoin qu’on reconnaisse leur valeur dans la société. Quelle parole et quel geste aujourd’hui pourraient illuminer leur cœur? Cette parole ne serait-elle pas semblable à celle de l’homme de Nazareth? Passons maintenant à ceux qui étaient choqués par l’enseignement de Jésus. Dans la séquence des scènes qui suivent la pêche miraculeuse, on note la stupéfaction et la colère des Pharisiens qui représentent beaucoup de gens parmi nous : comment peut-on passer par-dessus les égarements passés d’une personne (pardon des péchés du paralysé)? Comment peut-on socialiser avec des gens non recommandables (Jésus est à table avec les percepteurs d’impôt)? Comment peut-on passer tout ce temps à boire et manger, et laisser de côté ces actions religieuses comme le jeûne (reproche des Pharisiens)? Comment peut-on ainsi prendre ses distances par rapport aux lois religieuses et ne pas les respecter, sous prétexte que la vie est plus importante (les disciples qui arrachent des épis le jour du sabbat)? Toutes ces attitudes se retrouvent dans le monde d’aujourd’hui.

    4. Pierre pose un geste de foi : « Maître, après avoir peiné toute la nuit, nous n’avons rien pris. Mais sur ta parole, je vais jeter les filets. »

      • Peiner toute une nuit de manière infructueuse pourrait représenter beaucoup de choses dans nos vies.
        • Le sentiment de ne pas avoir réussi avec nos enfants
        • Le sentiment d’un éducateur après plusieurs années d’enseignement
        • Le sentiment devant un conjoint ou un parent avec qui, malgré tant d’effort, la communication ne peut être rétablie
        • Le sentiment d’un homme politique qui n’a pu mener à bien son projet politique
        • Notre sentiment devant un combat personnel : dépression, alcoolisme, drogue, etc.
        • Notre sentiment devant un projet personnel qui n’a pas réussi

      • Le fait de dire à Jésus « sur ta parole, je vais agir, même si ça ne semble pas avoir de bons sens » est caractéristique d’un acte de foi. Cela peut vouloir dire les choses suivantes :
        • Sur ta parole, je vais laisser la porte ouverte à mon fils ou à ma fille, même si les ponts semblent coupés et que ce qu’il ou elle a fait est terrible, car je sais que ton Esprit travaille les cœurs
        • Sur ta parole, je vais me remettre au travail même si les résultats sont jusqu’ici ridicules, car je sais que je ne suis pas seul et que ce que je vois n’est pas toute la réalité
        • Sur ta parole, je vais me relever malgré mes échecs précédents, car tu as fait de Simon-Pierre, cet homme qui a eu peur et t’a renié, un pilier de la foi pour une multitude, et tu es capable de faire la même chose avec moi
        • Sur ta parole, je vais continuer mon combat pour la justice, l’équité ou la paix, car je sais que ce n’est pas seulement un combat personnel, mais je participe à un mouvement qui vient fondamentalement de toi

    5. Jésus dit alors à Simon : « Arrête d’avoir peur! Désormais, ce sont des hommes que tu prendras. »

      • La peur est ce qui paralyse et nous empêche d’agir : peur des autres, peur de leur jugement, peur de l’inconnu, peur de ne pas contrôler notre destin, peur de perdre nos possessions ou notre pouvoir ou notre réputation ou nos relations. Peur de se faire voler. Peur du terrorisme. Peur de perdre la vie. On ne peut agir sans maîtriser ses peurs. Cela valait pour Simon, ce pêcheur qui s’est retrouvé par la suite responsable des jeunes communautés chrétiennes. Cela vaut pour nous aujourd’hui.

      • Quel est l’antidote à la peur? La foi. Foi et peur sont antinomiques. Il ne s’agit pas de la foi magique à la Ayrton Senna, ce coureur automobile, qui s’imaginait que rien ne lui arriverait, parce qu’il faisait régulièrement sa prière. On sait la suite : il est mort lors d’une course automobile. Non. Il s’agit de la foi à la manière de Jésus qui agissait avec passion, car il se savait constamment aimé par celui qu’il appelait Abba, papa, et que l’amour qu’il partageait avec chacun y prenait sa source, parce qu’il savait qu’il participait à un mouvement plus grand que lui et qu’il appelait Règne de Dieu ou Monde de Dieu. Cela ne l’a pas empêché de vivre l’angoisse de Gethsémani, mais cette angoisse ne l’a pas paralysé et il est allé jusqu’au bout de lui-même. Voilà la foi qui nous permet d’agir de la même façon aujourd’hui.

    6. Ramenant leurs barques sur la rive et abandonnant tout, Simon, Jacques et Jean se mirent à le suivre.

      • Ramener les barques, tout abandonner, cela signifiait pour Simon, Jacques et Jean de délaisser leur métier et leur source de revenu, de quitter un certain temps leur foyer ou leur vie de couple, pour suivre physiquement Jésus sur les routes de Palestine. Cela signifiait en quelque sorte une remise de leur destin entre les mains de ce leader qu’est Jésus. On pourrait identifier les actions équivalentes aujourd’hui avec ces gens aujourd’hui qui décident de suivre un leader, délaissant leur travail et leur milieu. Mais nous savons combien tout cela peut être ambigu, quand on pense aux ravages de certaines sectes. Quoi qu’il en soit, on ne peut faire de véritables options de vie sans laisser tomber un certain nombre de choses.

      • Sans aller jusqu’à mentionner ces religieux qui deviennent des « suiveurs professionnels » de Jésus, on peut comprendre les événements suivants qui impliquent des choix obligeant à délaisser quelque chose. À noter que cette liste pourrait aller à l’infini.
        • Quitter une forme d’indépendance pour former un couple et avoir des enfants
        • Délaisser un travail pour un autre moins bien rémunéré parce qu’il rencontre mieux nos valeurs et nos priorités
        • Accepter de donner du temps à former des hommes et des femmes, même si cela pourrait nuire à l’avancement d’une carrière
        • Accepter un enfant difficile ou handicapé, même si cela rongera nos temps de loisir et de liberté
        • Accepter d’aider financièrement des gens dans le besoin, même si cela aura un impact sur son train de vie et certains loisirs
        • Accepter de s’occuper d’un parent comme aidant naturel, même si cela implique délaisser une carrière et ne plus avoir de temps libre
        • Aller à l’étranger pour partager ses connaissances et son expertise et contribuer au progrès humain, même si cela implique délaisser un travail bien rémunéré ou une carrière prometteuse
    7. Jésus dit à Simon : « Éloigne-toi en eau profonde et jetez vos filets pour pêcher. »
      • « Éloigne-toi », « eau profonde. » Il y a une exigence minimale pour s’ouvrir aux résultats inattendus, celui de s’éloigner de son monde connu pour affronter ce qui peut faire peur, ce qui comporte des risques. Il y a des gens qui n’acceptent pas de s’éloigner de qui leur est familier. Ces gens se condamnent à ne jamais se dépasser et écouter les appels de l’Esprit. Seule la foi donne le courage de surmonter ses peurs et de répondre à l’appel à une mission.

      • Beaucoup de gens qui font partie des ONG se retrouveront dans cette phrase.

    Plutôt que de partir de la richesse symbolique de notre récit, nous pouvons simplement partir de ce qui préoccupe nos pensées et chercher comment notre récit peut apporter son éclairage.

    • Lecture récente dans le National Geographic Magazine sur Douglas Mawson et son exploit de survivre seul dans l’Antarctique à la fin de 1912, en frôlant la mort de si près.
    • Un beau-frère bipolaire et atteint du trouble de déficit de l’attention / hyperactivité (TDAH) et la tension que cela introduit dans le couple.
    • Un collègue qui doit s’absenter du travail, avec ses conséquences financières, car sa conjointe, qui attend des jumeaux après avoir donné naissance à trois autres enfants, a reçu l’ordre des médecins de ne plus faire aucun travail ménager en raison de complications et du danger de naissances trop prématurées.
    • Des parents âgés qui demandent de plus en plus de soin et avec qui la communication est extrêmement décevante.

-André Gilbert, janvier 2013

 

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